600e anniversaire du dies natalis de Saint Vincent Ferrier 5 avril 1419 - 5 avril 2019

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Abbé Zins
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600e anniversaire du dies natalis de Saint Vincent Ferrier 5 avril 1419 - 5 avril 2019

#1 Message par Abbé Zins » jeu. 04 avr. 2019 14:34



600e anniversaire du dies natalis de Saint Vincent Ferrier 5 avril 1419 - 5 avril 2019



Demain, ce sera le 600e anniversaire de l’envol au Ciel de l’âme de Saint Vincent Ferrier, qui a été une figure d’un Ange de l’Apocalypse, a contribué à rendre Chrétiens des milliers de juifs et de mahométans par sa prédication illustrée par des centaines de miracles dont plus d’une vingtaine de résurrections de morts.

Il a pourtant adhéré un temps, comme notamment toute la France et l’Espagne d’alors, à l’antipape Pedro de Luna qui l’avait ordonné à Barcelone, avant de l’exhorter à abdiquer en vue de la résolution du grand schisme d’Occident ; puis, devant son obstination à rechercher son bien particulier plutôt que le bien commun de l’Eglise, s’en est séparé.

Il serait souhaitable que quelqu’un puisse publier à la suite un bon récit de sa vie, moi-même étant trop pris présentement pour le faire.

chartreux
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Re: 600e anniversaire du dies natalis de Saint Vincent Ferrier 5 avril 1419 - 5 avril 2019

#2 Message par chartreux » jeu. 04 avr. 2019 15:37

Voici ce que j'ai trouvé sur archive.org :

Vie de S. Vincent Ferrier par l'abbé A. Bayle (1855)

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Laetitia
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Re: 600e anniversaire du dies natalis de Saint Vincent Ferrier 5 avril 1419 - 5 avril 2019

#3 Message par Laetitia » jeu. 04 avr. 2019 16:38

Image

  Saint Vincent de Paul reconnaissait saint Vincent Ferrier pour son patron spécial. Il étudiait sans cesse sa vie, et sans cesse il avait entre les mains le Traité de la vie spirituelle, afin d'y conformer son cœur et ses actes, et d'y conformer aussi le cœur et les actes des  prêtres de son institut.
(Teoli, l.III, tratt. 1, c. 14 et 15, etc.)

(note des Petits Bollandistes dans les Écrits de Saint Vincent Ferrier )


Les Petits Bollandistes a écrit :
Saint Vincent Ferrier, de l'ordre de Saint-Dominique, confesseur.

1357-1419 .               Papes : Innocent VI. Martin V.              Roi de France : Charles VI.


Après les premiers Apôtres, Vincent est de tous les hommes apostoliques celui qui a fait le plus de fruit dans la parole de Dieu. Louis de Grenade.
Il fut l'ange de l'Apocalypse, volant au milieu du ciel, pour annoncer le jour redoutable du jugement dernier. Pie II, Bulle de canonisation.


La ville de Valence, en Espagne, très-féconde en Saints, donna au monde Vincent, de l'ancienne famille de Ferrier, le 23 janvier 1357. Guillaume Ferrier, son père, et Constance Miguel, sa mère, étaient des personnes fort pieuses, et l'on peut croire que ce fut par les grandes aumônes qu'ils faisaient aux pauvres qu'ils méritèrent d'avoir un tel fils. Notre Seigneur leur fit connaître, avant sa naissance, l'excellence du présent qu'il leur voulait faire. Un religieux, vêtu de l'habit de Saint Dominique, apparut au père et l'assura qu'il aurait un fils du même Ordre que lui, qui brillerait dans l'Eglise par l'intégrité de sa vie, par la pureté de sa doctrine et par la grandeur de ses miracles et, pour sa mère, contre son ordinaire, elle ne sentit aucune douleur en le portant de plus, elle entendit souvent, pendant sa grossesse, comme un petit chien qui aboyait dans ses entrailles ; l'archevêque de Valence, son parent, interpréta ce signe et lui dit que l'enfant qu'elle mettrait au monde serait un excellent prédicateur. Son baptême se fit avec beaucoup de solennité, et il fut appelé Vincent il devait, en effet, remporter d'insignes victoires sur les trois ennemis de notre salut le démon, la chair et le monde.(1)

(1) Vincens, homme qui est toujours en action de vaincre.


(à suivre)

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Re: 600e anniversaire du dies natalis de Saint Vincent Ferrier 5 avril 1419 - 5 avril 2019

#4 Message par Laetitia » jeu. 04 avr. 2019 19:48

A peine eut-il l'usage de la raison, que ses parents, qui l'aimaient tendrement et en voulaient faire quelque chose de grand, l'envoyèrent aux écoles ; il y fit des progrès si remarquables, qu'on le jugea capable, à douze ans, d'entrer en philosophie, et à quatorze, d'entrer en théologie ; dans ces sciences, non-seulement il surpassait tous ses condisciples, mais il égalait même ses professeurs et s'acquit la réputation d'un grand philosophe et d'un excellent théologien. On vit paraître dès lors en lui l'inclination qu'il avait pour la prédication car il prenait plaisir à assembler ses compagnons et à réciter devant eux les sermons qu'il avait entendus dans les chaires de Valence. Son amour était encore plus grand pour la piété que pour l'étude. Il fréquentait les églises et y passait tous les jours beaucoup de temps en oraison ; il ne manquait jamais de jeûner le mercredi et le vendredi pratique qu'il observa inviolablement tout le reste de sa vie. Sa tendresse et sa dévotion pour la sainte Vierge étaient extrêmes, et un prédicateur lui semblait toujours avoir bien prêché lorsqu'il avait publié les louanges de cette Reine des Anges. Les larmes qui coulaient alors de ses yeux faisaient voir la joie dont son cœur était rempli. La passion et la mort de Notre-Seigneur étaient un autre objet de sa dévotion il ne pouvait rien lire ni entendre sur ce sujet qu'il ne pleurât d'amour et de compassion ; aussi ne manquait-il jamais de réciter les Heures de la Croix et celles de Notre Dame. Loin de faire tort à ses études, cette régularité lui méritait du Ciel l'ouverture de l'esprit et les lumières nécessaires pour réussir. Il avait aussi une très grande charité pour les pauvres il leur donnait tout ce qui était en son pouvoir, les menait librement dans la maison de ses parents pour y recevoir l'aumône et, ayant reçu de ces mêmes parents la troisième partie de ce qu'il pouvait espérer de leur héritage, il n'employa que quatre jours à tout distribuer aux nécessiteux, et surtout aux maisons religieuses, qu'il regardait comme des compagnies bienheureuses de pauvres évangéliques.

Lorsqu'il eut dix-sept ans, son père lui fit trois propositions. La première, d'entrer dans l'ordre de Saint Dominique, selon la vision qu'il en avait eue avant qu'il vint au monde. La seconde, de se marier, ce qu'il pourrait faire fort avantageusement, ayant beaucoup de biens et les qualités de corps et d'esprit nécessaires pour faire une grande fortune dans le siècle. La troisième, d'aller à Rome ou à Paris, pour y faire valoir les talents extraordinaires que Dieu lui avait donnés. Vincent ne délibéra pas beaucoup sur ces trois choses il dit tout d'un coup à son père qu'il choisissait la première, à laquelle Dieu l'avait destiné de toute éternité. Ce choix causa une joie extrême tant à son père qu'à sa mère ils ne cessèrent tout le jour de lui en témoigner leur satisfaction, bien différents de ces parents cruels qui détournent leurs enfants de la profession religieuse, et aiment mieux les voir dans l'engagement des vices du monde que dans cette condition sainte, où l'on fait état de les combattre et de les surmonter.

Le lendemain, son père le conduisit lui-même au couvent de Saint Dominique, et le présenta au prieur. Toute la communauté le reçut et l'admit au nombre des postulants, et trois jours après, le 5 février 1367, fête de sainte Agathe, il prit l'habit de religion avec un contentement extrême de son âme, et au milieu de la joie générale des assistants on vit bien que sa vocation avait Dieu pour auteur aussi le considéra-t-on comme une lumière qui se levait sur l'horizon de l’Église. Son noviciat fut une imitation perpétuelle de la vie de saint Dominique, qu'il lut avec beaucoup d'assiduité et d'application de sorte qu'il n'eut pas de peine, au bout de l'an, d'être reçu à faire profession.

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Re: 600e anniversaire du dies natalis de Saint Vincent Ferrier 5 avril 1419 - 5 avril 2019

#5 Message par Laetitia » jeu. 04 avr. 2019 19:50

Après ses vœux, comme il savait que, pour réussir dans la prédication de l’Évangile, la fin de sa vocation religieuse et celle de son Ordre, trois choses lui étaient nécessaires l'oraison continuelle, l'étude de la théologie et la lecture de l’Écriture sainte, il s'y appliqua sérieusement, et amassa, par ce moyen, un trésor de lumières et d'onction qui lui devait servir dans la suite à éclairer toute l'Europe, à toucher et convertir une infinité de cœurs. On l'obligea, quelques années après, à enseigner la philosophie aux jeunes religieux de son monastère et il s'en acquitta de telle sorte que plus de soixante-dix séculiers y venaient aussi pour l'entendre.

Ses supérieurs, admirant de plus en plus son érudition, l'envoyèrent à Barcelone, où les plus savants hommes de leur Ordre étaient alors et de là à l'université de Lérida, où, n'ayant encore que vingt-huit ans, il fut fait docteur par le cardinal Pierre de Lune, en ce temps-là légat en Espagne, et depuis en France, à la cour du roi Charles VI. Ayant été honoré du bonnet de docteur, il revint à Valence, lieu de sa naissance et de sa profession, où il fut reçu avec grand respect par plusieurs personnes de qualité, qui allèrent au-devant de lui, et lui témoignèrent une singulière estime. Quelques jours s'étant écoulés, l'évêque, avec son chapitre et les magistrats de la ville, le prièrent d'exposer publiquement l’Écriture sainte et de faire des leçons de théologie. Il le fit avec tant de succès, et prêcha au peuple avec tant de zèle et d'édification, qu'on venait de tous côtés pour l'entendre. Étudiant, professeur ou prédicateur, il pratiqua toujours le conseil qu'il donne lui-même dans son admirable Traité de la vie Spirituelle : « Quelque étendue d'esprit qu'on croie avoir, dit-il, il ne faut jamais omettre les pratiques de la dévotion en lisant et en étudiant, on doit toujours élever son cœur à Jésus-Christ, pour lui demander la grâce de l'intelligence et il est nécessaire de retirer souvent ses yeux du livre pour se cacher intérieurement dans les plaies du Crucifix ».

C'était là la méthode qu'il gardait en étudiant, principalement après qu'il se fut entièrement consacré à l'exercice de la prédication, qui était son principal talent; car il composait ordinairement ses sermons aux pieds du crucifix, pour tirer des plaies de Jésus-Christ crucifié la lumière et le feu dont il avait besoin pour toucher ses auditeurs, et, après le sermon, il se mettait encore aux pieds du crucifix pour en rapporter tout le succès à sa gloire et pour renouveler ses résolutions de pratiquer le premier ce qu'il avait enseigné aux autres. Un jour, comme un grand seigneur devait assister à sa prédication, au lieu de suivre cette méthode, il se prépara avec travail, et avec une grande application d'esprit, mais il ne réussit pas à son ordinaire. Se faisant entendre le lendemain devant le même seigneur avec les dispositions qu'il avait coutume d'apporter, il prêcha incomparablement mieux et avec beaucoup plus d'onction et de forcé. Ce prince, qui s'en aperçut, lui en demanda la raison il lui répondit ingénument que c'était parce que Vincent avait prêché la première fois, et que Jésus-Christ avait prêché la seconde. Il ne faut donc pas s'étonner si ce zélé prédicateur faisait tant de bruit par ses sermons, et si l'on n'en sortait jamais qu'avec componction de cœur, et dans le dessein de quitter le péché et de commencer une meilleure vie.

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Re: 600e anniversaire du dies natalis de Saint Vincent Ferrier 5 avril 1419 - 5 avril 2019

#6 Message par Laetitia » jeu. 04 avr. 2019 19:51

Le démon, ne pouvant souffrir qu'il marchât à si grands pas dans le chemin de la perfection, et qu'il lui enlevât tous les jours un si grand nombre d'âmes dont il croyait être le maître, se servit de divers moyens pour le perdre ou pour l'arrêter dans l'heureux progrès de sa course. Un jour, il lui apparut sous la figure d'un anachorète : il disait être un de ces anciens, solitaires qui avaient vécu avec tant de sainteté dans les déserts de la Thébaïde ; il raconta qu'étant jeune, il s'était donné du bon temps, mais que cela ne l'avait pas empêché d'arriver, dans la suite, à une grands pureté de vie ; il lui conseilla de ne pas tant s'affaiblir dans sa jeunesse par les austérités et par les veilles, mais de donner quelque chose à la faiblesse et aux nécessités du corps, d'autant plus qu'il avait besoin de force pour la prédication, et que la discrétion était la mère de toutes les vertus. Il n'y avait rien de plus plausible ni de plus artificieux que cette tentation; mais le Saint, l'ayant découverte, repoussa courageusement le démon, tant par le signe de la croix, qu'en lui disant : « Va, Satan, je ne veux pas moins donner ma jeunesse à Dieu que ma vieillesse ».

Une autre fois, cet ennemi des hommes lui apparut sous la figure d'un éthiopien, et le menaça de lui faire une guerre continuelle, dont enfin il sortirait victorieux mais les menaces ne lui réussirent pas mieux que les ruses, et le Saint le confondit en lui répondant que celui qui lui avait donné la force de commencer, lui donnerait aussi le courage de persévérer.

Enfin, Vincent ayant lu, dans le livre de saint Jérôme, sur la virginité de la Mère de Dieu, ces paroles du Sage : « Personne ne peut être continent si Dieu ne le soutient de sa grâce », et, s'étant mis aussitôt à genoux devant une image de Notre-Dame, pour lui demander la conservation de sa virginité, ce monstre infernal eut l'effronterie de former une voix du côté de cette image, qui disait qu'il avait été vierge jusqu'alors, mais qu'il perdrait bientôt une fleur si précieuse. On ne peut pas concevoir quelle fut la douleur et la confusion de ce fervent Religieux en entendant ces paroles mais la Sainte Vierge, qui ne le voulait pas laisser longtemps en peine, lui apparut aussitôt avec une beauté admirable, et lui fit connaître que la première voix venait de l'ennemi, et que, pour elle, elle ne l'abandonnerait jamais. L'esprit présomptueux fut couvert d'une telle confusion, qu'il n'osa plus se servir des mêmes armes pour l'attaquer.

Mais comme son orgueil monte toujours et ne se rend jamais jusqu'à notre mort, il prit d'autres mesures pour faire la guerre au Serviteur de Dieu. [...]

(à suivre)

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Re: 600e anniversaire du dies natalis de Saint Vincent Ferrier 5 avril 1419 - 5 avril 2019

#7 Message par Laetitia » jeu. 04 avr. 2019 21:51

En ce temps, Clément VII, qui s'était toujours porté pour successeur de saint Pierre contre le pape Urbain VI, étant mort, le célèbre Pierre de Lune, dont nous avons déjà parlé, fut élu en sa place par les suffrages des cardinaux de ce parti, et se fit nommer Benoît XIII. Une des premières choses qu'il fit après son couronnement fut d'envoyer vers saint Vincent, dont il connaissait les grands mérites, et de l'obliger de venir à sa cour. Lorsqu'il fut arrivé, il le prit pour son confesseur, et lui donna la charge de maître du sacré palais. Le Saint avait en aversion ces honneurs qui le tiraient souvent de son cloître et le détournaient des exercices de l'étude, de l'oraison et de la prédication néanmoins, il les accepta par obéissance, sachant bien que Dieu l'en ferait sortir selon l'ordre invariable de ses desseins, quand il lui plairait : Si l'on s'étonne qu'un homme si saint et si rempli de l'amour et de la lumière de Dieu, ait suivi le parti d'un pape schismatique, et ait même été son confesseur, on doit considérer que Dieu n'éclaire ses plus grands serviteurs qu'autant qu'il lui plaît et que dans le temps qu'il lui plaît ; d'ailleurs, l'affaire de la légitime succession de saint Pierre était alors extrêmement embrouillée et difficile à résoudre, chacun des trois qui se disaient papes prétendant être le vrai Pape; le parti de Benoît était suivi de la France et de l'Espagne, et jugé le meilleur par un grand nombre de personnes éminentes en savoir et en sainteté. Nous tenons sans doute pour article de foi que, comme il n'y a qu'une Église catholique, il ne peut aussi y avoir qu'un seul souverain Pontife ; la foi ne nous oblige pas néanmoins de croire que ce souverain Pasteur soit celui qui est reconnu pour tel par une partie des fidèles, lorsque les autres fidèles en reconnaissent un autre, lorsque l'affaire est obscure et difficile d'elle-même, et n'a point encore été décidée par le jugement de l’Église.

Cependant, un grand nombre de princes et de prélats, ayant inutilement travaillé pour faire cesser ce grand schisme, jetèrent les yeux sur notre Saint pour négocier une affaire de cette importance. Il fit plusieurs voyages pour ce sujet, tant vers l'empereur Sigismond, qui était alors en Catalogne, que vers Charles VI, roi de France, et vers Martin, roi d'Aragon ; il avait même persuadé à Benoît XIII de renoncer volontairement à cette suprême dignité, et de fouler aux pieds les honneurs du monde pour donner la paix à l’Église. Mais ce pape ne persévéra pas dans une si sainte pensée ; il ne consentit pas plus que ses antagonistes de Rome : Boniface IX, Innocent VII, Grégoire XII; pas plus que les papes du concile de Pise, Alexandre V et Jean XXIII, ou moins encore, à abdiquer, pour l'unité et la paix de l’Église, une charge qui, rompue en deux ou trois, mise en lambeaux, usurpée, était bien moins puissante à éloigner l'anarchie et la discorde du corps mystique de Jésus-Christ. Ces malheurs ne cessèrent qu'en 1417, par l'élection de Martin V, comme unique pape.

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#8 Message par Laetitia » jeu. 04 avr. 2019 21:52

Quand il vit les efforts inutiles qu'on faisait pour amener le Pape à déposer la tiare, Vincent fut saisi d'une profonde douleur. Le séjour de la cour pontificale lui devint à charge, et il obtint de se retirer dans le couvent des religieux de son Ordre à Avignon. Telle fut sa tristesse qu'il tomba gravement malade ; la fièvre le dévora ; aucun remède ne put diminuer l'intensité du mal qui l'épuisait. Il était alité depuis douze jours, et il attendait la mort, qui devait mettre un terme aux amers chagrins qui le consumaient. La veille de la fête de saint François, 3 octobre 1396, il eut une si forte crise, que tous ceux qui entouraient son lit de douleur furent consternés, et crurent qu'il allait rendre le dernier soupir. Mais Dieu voulut alors vérifier en son serviteur ce qu'il avait dit dans le livre de Job : « Quand tu te croiras sur le point de périr sans ressource, alors tu te lèveras comme l'étoile du matin (chap.II)». Tout à coup la cellule de Vincent fut remplie d'une lumière prodigieuse et d'une céleste splendeur.

Le Sauveur du monde, accompagné d'une multitude d'anges et des glorieux patriarches Dominique et François, se présenta au malade. « Lève-toi sain et sauf, Vincent, lui dit-il, et console-toi le schisme finira bientôt, et ce sera lorsque les hommes auront mis un terme aux nombreuses iniquités dont ils se souillent. Lève-toi donc, et va prêcher contre les vices c'est pour cela que je t'ai choisi spécialement. Avertis les pécheurs de se convertir, parce que mon jugement est proche ». Le Sauveur lui parla encore de trois choses. Il lui dit premièrement que, pour le rendre capable d'entendre et de poursuivre l'apostolat dont il le chargeait, il le confirmait en grâce faveur singulière, qui dut extraordinairement réjouir une âme aussi pleine d'humilité et de crainte. Il ajouta qu'il sortirait victorieux de toutes les persécutions suscitées contre lui et que dans ses combats le secours divin ne lui manquerait jamais, jusqu'à ce qu'après avoir prêché le jugement dans une grande partie de l'Europe, avec un grand fruit pour les âmes, il finît saintement sa vie aux extrémités de cette partie du monde. Enfin il lui donna diverses instructions sur la manière dont il devait exercer son ministère apostolique. Ses historiens ne nous en ont pas transmis les détails, mais il est facile de les deviner à l'ordre admirable invariablement suivi par le nouvel apôtre dans l'exercice de son ministère miraculeux. En cessant de parler au Saint, le Seigneur, en signe d'amour, lui toucha le visage avec sa main droite. « O mon Vincent, lève-toi », lui dit-il une seconde fois puis il disparut. L'attouchement divin avait produit son effet. Soudain Vincent se sentit parfaitement guéri et son cœur fut rempli d'ineffables consolations.

Cette apparition merveilleuse, racontée par les plus anciens biographes du Saint, est d'autant plus digne de foi que le Saint lui-même l'a confirmée dans une lettre qu'il écrivit à Benoît XIII, quinze ans plus tard. La cellule où saint Vincent Ferrier reçut une grâce aussi remarquable et une mission aussi miraculeuse, fut changée en une chapelle qui devint l'objet d'une grande dévotion. Le cataclysme révolutionnaire la détruisit avec le couvent qui la renfermait.

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#9 Message par Laetitia » jeu. 04 avr. 2019 22:02

Le lendemain de sa guérison miraculeuse, Vincent se rendit auprès du Pape. Celui-ci fut aussi joyeux que surpris de voir en parfaite santé celui que la veille même, dans une visite bienveillante, il avait vu aux portes de la mort. Il fut plus surpris encore, mais moins joyeux, lorsqu'il entendit le Saint lui demander la permission de quitter la ville, et d'aller prêcher librement et pauvrement l’Évangile de contrée en contrée. Benoît XIII ne crut pas devoir lui donner cette permission pour le moment ; il avait besoin de lui. Vincent ne voulut pas désobéir ; il savait que les révélations particulières doivent être soumises au contrôle de l’Église de Dieu ; il se résigna donc à renvoyer à un autre moment l'exécution de son projet. Cette attente fut longue. On le retint deux ans, durant lesquels il servit avec une patience héroïque et une fidélité exemplaire, dans l'office de maître du sacré palais, celui qu'il regardait comme le véritable vicaire de Notre-Seigneur. Enfin il obtint le juste sujet de ses demandes. Pour le retenir et l'attacher à jamais à la cause des papes d'Avignon, on lui avait offert l'évêché de Lérida et le chapeau de cardinal ; Vincent avait refusé. « Je dois exécuter, disait-il, l'ordre que j'ai reçu de Dieu, et Dieu m'a commandé d'aller prêcher le jugement à toutes les nations ». Un jour donc que, désolé de la résistance de Benoît XIII ses vœux les plus ardents, il priait avec larmes devant son crucifix, et offrait à Dieu la douleur de son âme, le Sauveur consola sa tristesse, en lui faisant entendre miraculeusement cette parole : « Va, je t'attendrai encore ». Il comprit qu'on ne résisterait plus à ses sollicitations, et, en effet, Benoît XIII lui permit de parcourir le monde en apôtre et de prêcher l’Évangile à tous les peuples de l'Europe. Il lui accorda pour cela les pouvoirs les plus étendus, pouvoirs qui furent confirmés plus tard par le concile de Constance et par le pape Martin V.

Vincent commença à Avignon même son nouvel apostolat le 23 novembre 1398. Puis, il parcourut en peu de temps une grande partie de l'Europe, prêchant en Catalogne, en Provence, en Dauphiné, en Savoie, en Lombardie, à Gênes, en Allemagne, en Lorraine, en Flandre, en Angleterre, en Écosse, en Irlande, au royaume de Grenade et presque par toute l'Espagne, en plusieurs autres villes et provinces d'Italie et de France, et enfin en Basse-Bretagne, où nous le verrons finir ses jours, lorsque nous aurons dit quelque chose de ses vertus, pour éviter les répétitions.

Bien qu'il fût muni des autorisations les plus étendues de la part des souverains Pontifes, saint Vincent Ferrier ne prêchait jamais en aucun endroit sans la bénédiction et l'assentiment de l'évêque diocésain, ni la permission des supérieurs de son Ordre. Il s'imposa la règle de marcher toujours à pied, quand il passait de ville en ville et de pays en pays, quels que fussent d'ailleurs l'éloignement, la difficulté des routes et la rigueur des saisons. Ce fut seulement vers les dernières années de sa vie qu'une plaie douloureuse à une de ses jambes le contraignit d'user d'une monture. Mais en cela même il observa l'esprit de simplicité et de pauvreté. Il refusait les chevaux, et il cheminait sur un âne chétif, afin d'avoir un nouveau trait de ressemblance avec le Sauveur des hommes.

Avant d'entrer dans une ville pour l'évangéliser, il se jetait à genoux avec toute sa suite puis, levant les yeux au ciel et versant d'abondantes larmes, il priait pour le peuple à qui il allait prêcher le jugement. Son entrée était ordinairement très-solennelle. Évêque, clergé, magistrats, noblesse, une foule nombreuse, des flots de peuple accouraient à sa rencontre. On le conduisait sous un baldaquin ; on l'honorait à l'égal d'un personnage royal, ou plutôt d'un apôtre, d'un ange du ciel. On chantait avec un enthousiasme indescriptible des hymnes, des psaumes, des cantiques sacrés. Quelquefois on faisait des lieues entières pour aller à sa rencontre. L'endroit où on le rejoignait était orné d'une croix chargée de perpétuer le souvenir de ce bonheur. Tel était aussi très souvent le concours du peuple qui se portait au-devant de lui, qu'afin d'empêcher la multitude trop avide et trop agitée, de le presser, de le renverser et de le fouler aux pieds, il fallait l'enfermer dans une solide barrière en bois précaution assez souvent inutile contre la véhémence et l'indiscrétion populaires, tant on désirait le voir, l'entendre et même le toucher. Au milieu de ces ovations prodigieuses, son humilité était parfaite ; en ces moments il avait sans cesse dans l'esprit et dans la bouche ces paroles du Psalmiste : « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre nom seul donnez la gloire ».

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#10 Message par Laetitia » jeu. 04 avr. 2019 22:04

Quand il y avait dans la ville un couvent de son Ordre, il allait s'y retirer, à moins que l'évêque ne l'obligeât à venir dans son palais pour être plus utile au peuple. Mais dans les villages où son Ordre n'avait pas de maison, il allait loger dans un monastère de religieux ou chez le curé. En se dirigeant vers le lieu choisi pour sa demeure, il chantait avec ceux de sa compagnie les litanies de la Vierge ou quelques prières pieuses. Malgré les fatigues du voyage, le Saint ne se reposait pas en entrant dans la maison qu'il devait habiter. Il continuait ses exercices dans l'ordre accoutumé, jeûnait, gardait l'abstinence, faisait l'oraison, lisait la sainte Écriture, et prenait une collation très-frugale. On le sait, la Règle des Frères Prêcheurs n'oblige sous aucune peine de péché, et nous ajoutons ceci hors du couvent elle admet une dispense presque générale des observances qui constituent la vie monastique ; notre excellent religieux y était pourtant aussi fidèle que le plus fervent novice. Il en gardait toutes les austérités ; il y en ajoutait même d'autres. Ainsi il portait continuellement un rude cilice chaque soir, avant sa collation, il s'administrait une discipline sanglante et quand il était trop faible pour agir lui-même, il priait un de ses compagnons, au nom de la Passion du Sauveur, de lui rendre ce bon office et de ne pas l'épargner.

L'homme de Dieu se couchait tard, et il s'accordait cinq heures de sommeil seulement ; son lit ordinaire était la terre ou quelques faisceaux de menues branches. Une pierre ou le livre sacré des Écritures lui servait d'oreiller. Il se levait toujours à minuit pour dire Matines, et il récitait son office à genoux, très-distinctement et avec beaucoup de dévotion. Sa chasteté était admirable. Jamais il ne regarda de femme en face jamais, durant trente ans, il ne vit de tout son corps que ses mains nues. Il avait un si grand amour pour la pauvreté évangélique, qu'il exhortait tout le monde à l'embrasser beaucoup de personnes fort riches, de toutes sortes de conditions, distribuèrent leurs biens aux pauvres pour suivre Jésus-Christ pauvre, à l'exemple de son serviteur.

Émue par les miracles du Sauveur, et désireuse d'entendre sa doctrine, une grande foule suivait ses pas à travers la Judée et la Samarie, où il allait, prêchant le royaume de Dieu. Ce fut un sentiment semblable qui groupa autour de saint Vincent Ferrier quelques personnes, heureuses de le suivre et de marcher sous sa direction dans les voies du salut. Le Saint crut devoir permettre à ces personnes de s'attacher à lui. Leur nombre ne tarda pas à s'accroître bientôt il fallut compter par milliers les dévots pèlerins qui s'associèrent à ses courses. La troupe de notre Saint comprenait trois catégories principales la première formée de ses coadjuteurs dont le nombre s'élevait à une cinquantaine de religieux ou prêtres la seconde, composée d'un nombre assez considérable de Tertiaires de l'Ordre de Saint Dominique la troisième, réunissant une multitude de pénitents dont le nombre a quelquefois atteint le chiffre énorme de dix mille. Le spectacle des vertus héroïques pratiquées par ces pieux pèlerins était une prédication qui parlait aux yeux avec autant d'éloquence, que les sermons du maître retentissaient aux oreilles.

On recevait à la fois le précepte et l'exemple de la piété chrétienne. Ce nombreux personnel accélérait le mouvement religieux. Les uns instruisaient les ignorants, les autres donnaient à chacun en particulier les conseils que saint Vincent donnait à tous en général. Ils excitaient les uns et les autres à une prompte imitation, et ils ajoutaient aux grands exercices religieux une pompe, un enthousiasme qui, de proche en proche, ne tardait pas à gagner tous les cœurs par une salutaire contagion.

Le Saint avait prescrit de très-sages règlements, soit pour l'admission des fidèles dans cette sainte compagnie, soit pour leur manière de vivre. On repoussait ceux qui ne jouissaient pas d'une bonne réputation. Les pécheurs publics devaient faire auparavant une pénitence publique très rigoureuse, et encore ils formaient une section à part, appelée des disciplinants, où l'on voyait des voleurs, des assassins, des courtisanes, des magiciens, des sorcières qui expiaient leurs crimes par des austérités édifiantes. La confession et la communion étaient d'usage au moins une fois par semaine. Cette double pratique contribuait à unir les cœurs à Dieu par des liens plus étroits, et à resserrer entre les membres de la société les nœuds de la charité chrétienne.
(à suivre)

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