Enseignement traditionnel sur l'Apostolicité [2]
Publié : sam. 14 oct. 2006 19:03
M. JUGIE
Art. “Apostolicità” In Enciclopedia Cattolica, Città del Vaticano 1948 Vol. I, col. 1693.
La notion donc générale et complète de l’apostolicité veut dire continuité avec l’Eglise fondée par les Apôtres par succession ininterrompue de légitimes Pasteurs (apostolicité matérielle); et identité essentielle de ministère et de régime hiérarchico-monarchique (apostolicité formelle).
YVES DE LA BRIERE
Eglise (Question des Notes) in Dictionnaire Apologétique de la Foi Catholique. éd. A. D’Alès. Paris, Beauchesne 1911.
Une succession est attestée comme légitime, lorsqu’elle a lieu conformément aux règles prescrites et qu’aucun vice essentiel n’en invalide l’exercice. La chose est comprise et vérifiable parmi les hommes, de même qu’est comprise et vérifiable la régularité d’une nomination ou la validité d’un mandat officiel.
Par conséquent, dans telle Eglise locale, la succession apostolique des évêques sera matériellement continue lorsque, remontant de titulaire en titulaire du même siège, on trouve chez les apôtres l’origine de la succession. Il y aura, de la sorte, origine directement apostolique, si le siège a été fondé par les apôtres eux-mêmes. Il y aura, d’autre part, origine indirectement apostolique, si le siège n’a pas été fondé par les apôtres, mais se rattache à une succession antérieure, émanant elle-même des apôtres.
Quant au caractère de légitimité de cette succession apostolique matériellement continue, il résultera du fait que la validité de la juridiction épiscopale n’aura pas été annulée par le schisme ou l’hérésie; c’est-à-dire par la rupture déclarée avec l’oeuvre authentique de Jésus-Christ. Après semblable rupture, en effet, il ne peut évidemment pas y avoir de transmission régulière, valide, légitime, de l’autorité gouvernante, du pouvoir pastoral des apôtres: puisque, par hypothèse, on s’est notoirement exclu, séparé, de la hiérarchie apostolique on a cessé d’être un vrai «pasteur» de l’Eglise pour devenir «rebelle» à l’Eglise du Christ.
Mais où faudra-t-il chercher la preuve extérieure du caractère légitime de la succession épiscopale? Comment établir l’absence de tout schisme, de toute hérésie, bref de toute rupture qui ait invalidé la juridiction transmise? - La preuve de légitimité apparaîtra si l’on trouve, joints à la succession matériellement continue depuis les apôtres, deux caractères distinctifs qui seront étudiés plus loin: les «notes» d’unité visible et de catholicité visible. Ces deux caractères permettront d’exclure pratiquement toute hypothèse de schisme, d’hérésie, de rupture. Ils garantiront ainsi la validité, la légitimité de la succession apostolique dans le gouvernement de telle Eglise chrétienne.
Donc la «note» d’apostolicité, prise dans toute l’ampleur de sa signification, envelopperait les «notes» d’unité et de catholicité, qui attesteraient la légitimité successorale. C’est la réunion de ces trois notes qui formerait un critère juridique de la véritable Eglise, en manifestant la transmission régulière du pouvoir pastoral des apôtres. En tant que distincte de l’unité et de la catholicité, la «note» d’apostolicité n’aura qu’une valeur négative et d’exclusion, puisqu’elle n’attestera pas, par elle-même, le caractère légitime de l’autorité transmise. Ce sera néanmoins acquérir un indice précieux, pour l’examen des titres de chaque communion chrétienne, que de vérifier si elle possède - ou ne possède pas - la succession continue depuis les apôtres dans le gouvernement de l’Eglise. (Tomus I, col. 1283 s.).
LE TRAITÉ DE L'EGLISE CARDINAL CHARLES JOURNET 1957
A. L’apostolicité comporte verticalement une médiation et horizontalement une succession.
1. Confesser que la véritable Église est apostolique, c’est confesser qu’elle dépend d’une vertu spirituelle qui réside dans la Trinité sainte, qui descend ensuite d’abord dans l’humanité du Christ, puis dans le double pouvoir sacramentel et juridictionnel du corps apostolique, enfin jusqu’au peuple chrétien. Où se trouve cette médiation, cette chaîne, se trouve la véritable Église, composée, nous aurons à le dire, de justes qui seront sauvés et de pécheurs qui seront damnés. Où manque cette médiation, manque la véritable Église; c’est-à-dire non pas toujours l’appartenance initiale, déjà salutaire, mais du moins l’appartenance plénière à la véritable Église. Nul anneau de la chaîne ne peut être supprimé ou même changé: la Déité est éternelle, Jésus-Christ est le même, hier, aujourd’hui et pour tous les siècles (Hébr., XIII, 8), et jusqu’à la fin il assistera le corps apostolique. Un Dieu éternel, un Christ immortel, un corps apostolique indéfectible, enfin les nations fidèles, tel est l’ordre évangélique.
2. Mais comment le corps apostolique sera-t-il indéfectible, sinon grâce à une succession ininterrompue ? Qu’il y ait faille, et qu’ensuite une autre institution, apparemment identique, reprenne la place : il pourra sembler que rien n’est modifié ; en réalité tout sera bouleversé, et cela ne tardera pas d’ailleurs à paraître. L’institution nouvelle n’hériterait aucun des mystérieux privilèges attachés par Jésus au corps apostolique. Sans la succession ininterrompue, le dernier anneau de la chaîne à laquelle est suspendue l’Église se briserait, l’apostolicité de l’Église s’effondrerait.
La médiation signifie l’ordre vertical de dépendance; la succession, l’ordre horizontal.
[...]
1° L’apostolicité comme signe mixte, ou l’argument de prescription
Si l’on admet que Jésus et les apôtres ont apporté au monde la religion définitive venue du ciel, de deux choses l’une : ou bien cette religion sera continuée dans le monde par une suite sans défaillance, et, dès lors, conservera intact son caractère divin ; ou bien cette religion sera interrompue, et ce qui lui succédera sera dû à l’initiative humaine et ne pourra venir que d’en-bas. Les deux signes de la rupture seront la dissidence, qui s’écarte de ce qui est cru partout, et l’innovation, qui s’écarte de ce qui est cru depuis toujours. [...] Ce n’est pas toutefois que le nombre seul puisse décider d’une question de vérité. L’universalité qui importe ici est celle, selon le mot de saint Vincent de Lérins, des vrais adorateurs du Christ, ou, selon l’image de l’Évangile, des vraies brebis du Christ. Où les trouvera-t-on, sinon là où Pierre est pasteur?
DOMENICO PALMIERI, S.J.
Tractatus de Romano Pontifice, Prati Giachetti 1891.
Puisqu’ici nous traitons des caractéristiques propres de la succession, analysons-la correctement et revendiquons-la pour l’Eglise.
En vérité, 1° la succession matérielle est nécessaire. En effet le Christ institua le ministère apostolique et voulut qu’il fût perpétuel:
voici, dit-Il, je suis avec vous tous les jours, etc... Or, il ne serait pas perpétuel si les ministres de l’Eglise n’étaient pas dans une série ininterrompue successeurs des Apôtres; ergo. Et encore: l’Eglise doit être une seule et toujours égale. Le principe de l’unité de l’Eglise est le ministère institué par le Christ; donc il est nécessaire que dans l’Eglise il y ait toujours un unique ministère: il est nécessaire donc que l’Eglise soit dirigée par ce ministère que dès le commencement le Christ confia aux Apôtres. Et cela ne peut arriver si elle n’est pas toujours dirigée par ceux qui sont issus des Apôtres en une série ininterrompue; si en effet elle est dirigée par d’autres qui ne peuvent pas être mis en relation avec les Apôtres, en substance elle est dirigée par un ministère qui commence par lui-même, et non par celui qu’institua le Christ. Dans ce cas l’autorité serait multiple et l’Eglise cesserait d’être une mais deviendrait multiple, le principe de l’unité se multipliant. C’est pourquoi il est aussi manifeste que la série des successeurs ne doit jamais être interrompue, si en effet à un certain point elle est interrompue, cesse ce ministère avec lequel l’Eglise doit être gouvernée et cesse le principe de sa vraie unité, l’Eglise elle-même cesse donc: mais si jamais un jour l’Eglise cesse, elle ne pourra plus être rétablie. En effet son principe efficient est le ministère des Apôtres qui consiste à enseigner, gouverner et sanctifier, et qui dans cette hypothèse n’existerait plus. Les ministres ne peuvent pas s’engendrer d’eux mêmes, puisque le ministère doit être Apostolique et pour être Apostolique il doit provenir par transmission de la succession: «s’ils avaient été corrompus (les bons par la compagnie des mauvais) alors (au temps de Cyprien) l’Eglise n’existait pas. Répondez: d’où tire-t-elle son origine ici-bas? D’où Donat tire-t-il son origine? Où a-t-il été baptisé, où a-t-il été ordonné?» dit Augustin aux Donatistes in de Baptismo, I. 2. c. 6.
2° Mais cette succession doit être formelle. C’est elle la vraie succession afin que la seule succession matérielle ne soit pas succession seulement en apparence. Comme nous l’avons dit, l’Eglise doit toujours être dirigée avec l’autorité instituée par le Christ et avec elle seule; en effet dans l’Eglise l’autorité est surnaturelle, c’est-à-dire qu’elle ne peut venir que de Dieu et afin que l’Eglise soit dirigée à perpétuité avec cette autorité il existe une série perpétuelle de successeurs: il faut donc que les successeurs empruntent cette même autorité que reçurent les Apôtres. Mais afin que celui qui succède obtienne l’autorité, il faut qu’il la reçoive de ceux ou de celui qui obtient en acte l’autorité provenant des Apôtres et peut la transmettre; ni il ne peut l’acquérir de lui-même parce qu’alors il ne succéderait pas, ni il ne peut l’emprunter à celui chez qui elle ne provient pas des Apôtres, parce qu’alors il ne recevrait pas l’autorité apostolique, ni il n’est suffisant que l’on dise qu’il la reçoit de celui qui l’eut un temps parce qu’on peut la perdre, et il n’est pas suffisant que l’on dise qu’il la reçoit de celui qui la possède mais ne peut la transmettre parce qu’alors en ce cas il ne recevrait rien. Ergo. Ceci est la succession formelle. Sans doute, afin que quelqu’un ait l’autorité dans l’Eglise, la mission est demandée (Rom. X, 15, col. I Tim. V, 22, 7: Tim. II. 2; Tit. I, 5): mais il ne peut envoyer que celui qui obtient en acte l’autorité Apostolique et peut la transmettre. Donc, c’est de lui que l’on doit recevoir l’autorité; donc, un successeur doit succéder formellement. Ceux par conséquent qui succèdent de cette manière sont les seuls qui puissent vraiment être dits successeurs des Apôtres; puisqu’eux seuls obtiennent cette autorité que les Apôtres reçurent du Christ (pp. 286-288).
Art. “Apostolicità” In Enciclopedia Cattolica, Città del Vaticano 1948 Vol. I, col. 1693.
La notion donc générale et complète de l’apostolicité veut dire continuité avec l’Eglise fondée par les Apôtres par succession ininterrompue de légitimes Pasteurs (apostolicité matérielle); et identité essentielle de ministère et de régime hiérarchico-monarchique (apostolicité formelle).
YVES DE LA BRIERE
Eglise (Question des Notes) in Dictionnaire Apologétique de la Foi Catholique. éd. A. D’Alès. Paris, Beauchesne 1911.
Une succession est attestée comme légitime, lorsqu’elle a lieu conformément aux règles prescrites et qu’aucun vice essentiel n’en invalide l’exercice. La chose est comprise et vérifiable parmi les hommes, de même qu’est comprise et vérifiable la régularité d’une nomination ou la validité d’un mandat officiel.
Par conséquent, dans telle Eglise locale, la succession apostolique des évêques sera matériellement continue lorsque, remontant de titulaire en titulaire du même siège, on trouve chez les apôtres l’origine de la succession. Il y aura, de la sorte, origine directement apostolique, si le siège a été fondé par les apôtres eux-mêmes. Il y aura, d’autre part, origine indirectement apostolique, si le siège n’a pas été fondé par les apôtres, mais se rattache à une succession antérieure, émanant elle-même des apôtres.
Quant au caractère de légitimité de cette succession apostolique matériellement continue, il résultera du fait que la validité de la juridiction épiscopale n’aura pas été annulée par le schisme ou l’hérésie; c’est-à-dire par la rupture déclarée avec l’oeuvre authentique de Jésus-Christ. Après semblable rupture, en effet, il ne peut évidemment pas y avoir de transmission régulière, valide, légitime, de l’autorité gouvernante, du pouvoir pastoral des apôtres: puisque, par hypothèse, on s’est notoirement exclu, séparé, de la hiérarchie apostolique on a cessé d’être un vrai «pasteur» de l’Eglise pour devenir «rebelle» à l’Eglise du Christ.
Mais où faudra-t-il chercher la preuve extérieure du caractère légitime de la succession épiscopale? Comment établir l’absence de tout schisme, de toute hérésie, bref de toute rupture qui ait invalidé la juridiction transmise? - La preuve de légitimité apparaîtra si l’on trouve, joints à la succession matériellement continue depuis les apôtres, deux caractères distinctifs qui seront étudiés plus loin: les «notes» d’unité visible et de catholicité visible. Ces deux caractères permettront d’exclure pratiquement toute hypothèse de schisme, d’hérésie, de rupture. Ils garantiront ainsi la validité, la légitimité de la succession apostolique dans le gouvernement de telle Eglise chrétienne.
Donc la «note» d’apostolicité, prise dans toute l’ampleur de sa signification, envelopperait les «notes» d’unité et de catholicité, qui attesteraient la légitimité successorale. C’est la réunion de ces trois notes qui formerait un critère juridique de la véritable Eglise, en manifestant la transmission régulière du pouvoir pastoral des apôtres. En tant que distincte de l’unité et de la catholicité, la «note» d’apostolicité n’aura qu’une valeur négative et d’exclusion, puisqu’elle n’attestera pas, par elle-même, le caractère légitime de l’autorité transmise. Ce sera néanmoins acquérir un indice précieux, pour l’examen des titres de chaque communion chrétienne, que de vérifier si elle possède - ou ne possède pas - la succession continue depuis les apôtres dans le gouvernement de l’Eglise. (Tomus I, col. 1283 s.).
LE TRAITÉ DE L'EGLISE CARDINAL CHARLES JOURNET 1957
A. L’apostolicité comporte verticalement une médiation et horizontalement une succession.
1. Confesser que la véritable Église est apostolique, c’est confesser qu’elle dépend d’une vertu spirituelle qui réside dans la Trinité sainte, qui descend ensuite d’abord dans l’humanité du Christ, puis dans le double pouvoir sacramentel et juridictionnel du corps apostolique, enfin jusqu’au peuple chrétien. Où se trouve cette médiation, cette chaîne, se trouve la véritable Église, composée, nous aurons à le dire, de justes qui seront sauvés et de pécheurs qui seront damnés. Où manque cette médiation, manque la véritable Église; c’est-à-dire non pas toujours l’appartenance initiale, déjà salutaire, mais du moins l’appartenance plénière à la véritable Église. Nul anneau de la chaîne ne peut être supprimé ou même changé: la Déité est éternelle, Jésus-Christ est le même, hier, aujourd’hui et pour tous les siècles (Hébr., XIII, 8), et jusqu’à la fin il assistera le corps apostolique. Un Dieu éternel, un Christ immortel, un corps apostolique indéfectible, enfin les nations fidèles, tel est l’ordre évangélique.
2. Mais comment le corps apostolique sera-t-il indéfectible, sinon grâce à une succession ininterrompue ? Qu’il y ait faille, et qu’ensuite une autre institution, apparemment identique, reprenne la place : il pourra sembler que rien n’est modifié ; en réalité tout sera bouleversé, et cela ne tardera pas d’ailleurs à paraître. L’institution nouvelle n’hériterait aucun des mystérieux privilèges attachés par Jésus au corps apostolique. Sans la succession ininterrompue, le dernier anneau de la chaîne à laquelle est suspendue l’Église se briserait, l’apostolicité de l’Église s’effondrerait.
La médiation signifie l’ordre vertical de dépendance; la succession, l’ordre horizontal.
[...]
1° L’apostolicité comme signe mixte, ou l’argument de prescription
Si l’on admet que Jésus et les apôtres ont apporté au monde la religion définitive venue du ciel, de deux choses l’une : ou bien cette religion sera continuée dans le monde par une suite sans défaillance, et, dès lors, conservera intact son caractère divin ; ou bien cette religion sera interrompue, et ce qui lui succédera sera dû à l’initiative humaine et ne pourra venir que d’en-bas. Les deux signes de la rupture seront la dissidence, qui s’écarte de ce qui est cru partout, et l’innovation, qui s’écarte de ce qui est cru depuis toujours. [...] Ce n’est pas toutefois que le nombre seul puisse décider d’une question de vérité. L’universalité qui importe ici est celle, selon le mot de saint Vincent de Lérins, des vrais adorateurs du Christ, ou, selon l’image de l’Évangile, des vraies brebis du Christ. Où les trouvera-t-on, sinon là où Pierre est pasteur?
DOMENICO PALMIERI, S.J.
Tractatus de Romano Pontifice, Prati Giachetti 1891.
Puisqu’ici nous traitons des caractéristiques propres de la succession, analysons-la correctement et revendiquons-la pour l’Eglise.
En vérité, 1° la succession matérielle est nécessaire. En effet le Christ institua le ministère apostolique et voulut qu’il fût perpétuel:
voici, dit-Il, je suis avec vous tous les jours, etc... Or, il ne serait pas perpétuel si les ministres de l’Eglise n’étaient pas dans une série ininterrompue successeurs des Apôtres; ergo. Et encore: l’Eglise doit être une seule et toujours égale. Le principe de l’unité de l’Eglise est le ministère institué par le Christ; donc il est nécessaire que dans l’Eglise il y ait toujours un unique ministère: il est nécessaire donc que l’Eglise soit dirigée par ce ministère que dès le commencement le Christ confia aux Apôtres. Et cela ne peut arriver si elle n’est pas toujours dirigée par ceux qui sont issus des Apôtres en une série ininterrompue; si en effet elle est dirigée par d’autres qui ne peuvent pas être mis en relation avec les Apôtres, en substance elle est dirigée par un ministère qui commence par lui-même, et non par celui qu’institua le Christ. Dans ce cas l’autorité serait multiple et l’Eglise cesserait d’être une mais deviendrait multiple, le principe de l’unité se multipliant. C’est pourquoi il est aussi manifeste que la série des successeurs ne doit jamais être interrompue, si en effet à un certain point elle est interrompue, cesse ce ministère avec lequel l’Eglise doit être gouvernée et cesse le principe de sa vraie unité, l’Eglise elle-même cesse donc: mais si jamais un jour l’Eglise cesse, elle ne pourra plus être rétablie. En effet son principe efficient est le ministère des Apôtres qui consiste à enseigner, gouverner et sanctifier, et qui dans cette hypothèse n’existerait plus. Les ministres ne peuvent pas s’engendrer d’eux mêmes, puisque le ministère doit être Apostolique et pour être Apostolique il doit provenir par transmission de la succession: «s’ils avaient été corrompus (les bons par la compagnie des mauvais) alors (au temps de Cyprien) l’Eglise n’existait pas. Répondez: d’où tire-t-elle son origine ici-bas? D’où Donat tire-t-il son origine? Où a-t-il été baptisé, où a-t-il été ordonné?» dit Augustin aux Donatistes in de Baptismo, I. 2. c. 6.
2° Mais cette succession doit être formelle. C’est elle la vraie succession afin que la seule succession matérielle ne soit pas succession seulement en apparence. Comme nous l’avons dit, l’Eglise doit toujours être dirigée avec l’autorité instituée par le Christ et avec elle seule; en effet dans l’Eglise l’autorité est surnaturelle, c’est-à-dire qu’elle ne peut venir que de Dieu et afin que l’Eglise soit dirigée à perpétuité avec cette autorité il existe une série perpétuelle de successeurs: il faut donc que les successeurs empruntent cette même autorité que reçurent les Apôtres. Mais afin que celui qui succède obtienne l’autorité, il faut qu’il la reçoive de ceux ou de celui qui obtient en acte l’autorité provenant des Apôtres et peut la transmettre; ni il ne peut l’acquérir de lui-même parce qu’alors il ne succéderait pas, ni il ne peut l’emprunter à celui chez qui elle ne provient pas des Apôtres, parce qu’alors il ne recevrait pas l’autorité apostolique, ni il n’est suffisant que l’on dise qu’il la reçoit de celui qui l’eut un temps parce qu’on peut la perdre, et il n’est pas suffisant que l’on dise qu’il la reçoit de celui qui la possède mais ne peut la transmettre parce qu’alors en ce cas il ne recevrait rien. Ergo. Ceci est la succession formelle. Sans doute, afin que quelqu’un ait l’autorité dans l’Eglise, la mission est demandée (Rom. X, 15, col. I Tim. V, 22, 7: Tim. II. 2; Tit. I, 5): mais il ne peut envoyer que celui qui obtient en acte l’autorité Apostolique et peut la transmettre. Donc, c’est de lui que l’on doit recevoir l’autorité; donc, un successeur doit succéder formellement. Ceux par conséquent qui succèdent de cette manière sont les seuls qui puissent vraiment être dits successeurs des Apôtres; puisqu’eux seuls obtiennent cette autorité que les Apôtres reçurent du Christ (pp. 286-288).