Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?
Publié : sam. 16 févr. 2019 12:15
Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)
3. Actualité doctrinale
Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?
Introduction :
93. Selon la méthode d'enseignement et le procédé d'explication de Saint Thomas d'Aquin dans les articles de sa Somme Théologique, et comme nous l'avons déjà fait pour la question du doute de Saint Joseph (cf. S.T.P. n° 4 p. 13 à 20), nous exposerons dans cet article : d'abord les objections à la vérité que nous nous proposons de mettre ici en lumière, puis nous indiquerons la juste et bonne réponse à la question posée dans le titre, avant de répondre aux objections.
94. Etant donné la nature de ces objections, il nous paraît important vis-à-vis d'un certain nombre de nos lecteurs de préciser ceci : la plupart des arguments employés dans ces objections sont justes en eux-mêmes, et c'est ce qui fait leur valeur, leur intérêt, et leur force a priori.
Souvent, ce qui s'y trouve erroné, c'est simplement l'application qui en est faite dans la conclusion ; parfois, l'erreur repose uniquement sur l'insinuation sous-jacente à l'ensemble du contexte et à la connexion de ces objections entre elles.
Ce qui fait la grande force de certaines d'entre elles, c'est le préjugé général de l'ensemble des milieux dits traditionalistes qui va dans leur sens et prédispose de ce fait nombre de lecteurs de ces milieux à les admettre sans guère réfléchir, ou à correspondre aussitôt de façon favorable aux applications erronées ou aux insinuations qui y sont faites.
Ce préjugé général repose sur une erreur fondamentale contre laquelle s'élève l'ensemble de ce double numéro spécial, et s'appuie sur la méconnaissance, l'ignorance ou la non considération de plusieurs distinctions élémentaires et capitales que cet article a pour but de rappeler.
C'est en cela que les objections et les réponses qui y sont faites s'avèrent fort utiles ; car, comme nous l'avons exposé brièvement dans l'avant-propos (n° 11.), il s'agit de ne tomber ni dans un excès ni dans son opposé, concernant le délicat sujet traité.
95. Bien loin, donc, d'avoir un a priori défavorable à l'encontre des objections indiquées, du fait qu'elles sont des objections, que nos lecteurs y appliquent au contraire leur attention et leur réflexion : d'une part, parce qu'ils apprécieront et comprendront davantage les réponses données s'ils ont d'abord cherché à trouver par eux-mêmes la bonne et juste solution des objections (ce qui n'est pas le moindre des avantages de cette méthode d'enseignement) ; d'autre part, parce que certaines des précisions et distinctions justes et enrichissantes qui sont contenues dans ces objections sont simplement concédées et non répétées dans les réponses données, où se trouve seulement réfuté ce qu'il y a de faux ou d'erroné dans chacune.
C'est pour cette raison que l'exposé des objections et des réponses données se trouve être beaucoup plus étendu que celui du corps même de la réponse juste donnée à la question posée dans le titre.
Précisons enfin que la plupart des objections ont été composées par nous, en dehors de quelques-unes tirées en substance du n° 16 de "La Voie" et que nous mentionnons à chaque fois comme telles. Nous avons cependant donné à ces dernières une forme plus scolastique, et les avons parfois augmentées d'un complément d'arguments.
Nous conseillons à nos lecteurs de lire cet article dans sa suite chronologique, en ne lisant les réponses aux objections qu'après avoir lu le corps même de la réponse à la question posée dans le titre. Car en procédant ainsi, ils apprécieront et comprendront davantage les réponses données, qui ne font de plus que préciser le corps de la réponse, tandis que l'ensemble des objections sert à mieux poser et situer le problème dans toutes ses nuances.
En outre, la suite logique et progressive des objections fait acheminer peu à peu la pensée du lecteur d'une vue particulière, restreinte et bornée de la question vers une vue générale et complète, d'une motivation imparfaite de nos rapports avec Dieu vers une motivation parfaite.
Une fois arrivé à la réponse aux objections, le mieux est alors de relire rapidement chaque objection avant la lecture de chacune des réponses.