Question sur la consécration épiscopale

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Richard-Marie
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Question sur la consécration épiscopale

#1 Message par Richard-Marie » dim. 03 févr. 2019 16:52

Bonjour à tous,

Laudetur Iesus Christus !

Saint IVème dimanche après l’Épiphanie à vous tous.

Je voudrais vous poser cette question : pour qu'une consécration épiscopale soit valide (il n'est question ici que de la validité ; il n'est pas question ici de la licéité), est-il ABSOLUMENT NÉCESSAIRE que le sujet qui va être sacré ait été préalablement ordonné prêtre, et, ou, avant, ordonné diacre ?

Doctrine :
- Il me semble que si l'on s'en tient aux théologiens comme saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, la réponse sera : « oui, c'est absolument nécessaire que le sujet qui va être sacré ait été préalablement ordonné prêtre, et, ou, avant, ordonné diacre ».
- Il me semble que si l'on s'en tient à d'autres théologiens comme Duns Scot, Guillaume d'Auvergne, la réponse sera négative : « non, ça n'est pas absolument nécessaire que le sujet qui va être sacré ait été préalablement ordonné prêtre, et, ou, avant, ordonné diacre (« diaconat, presbytérat, épiscopat sont trois ordinations symétriques et se correspondent parfaitement, avec l'imposition des mains et une préface eucharistique invoquant la venue du Saint-Esprit : on ne peut attribuer le caractère sacramental à l'une sans l'affirmer des deux autres, la refuser à l'une sans la refuser aux trois, etc. »)
→ Mais surtout, qu'enseigne le magistère de l'Eglise ?

Pourquoi cette question ?

A cause de cela :
Cas historiques de sacres épiscopaux « per saltum » (sur lesquels, à ma connaissance du moins, l'Eglise n'est jamais revenus) :
* « per saltum = par saut, c'est-à-dire sauter les étapes » : https://books.google.fr/books?id=a3WGTH ... &q&f=false : si on s'en tient d'ailleurs à la définition, il semble bien que se dégage cela : « pas invalide MAIS contraire aux canons » : en ce cas, quelle peine est alors portée (d'avance) ou à porter ?
- Nectaire de Constantinople : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nectaire_ ... tantinople
- saint Loup de Bayeux : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loup_de_Bayeux
- saint Taraise de Constantinople : https://fr.wikipedia.org/wiki/Taraise_de_Constantinople

Mais, derechef, qu'enseigne le magistère de l'Eglise précisément sur cette question, s'il vous plaît ?

A-t-elle définitivement tranché ?
Quel est l'état actuel de la question ?

Pax et Bonum +

Si vis pacem
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Re: Question sur la consécration épiscopale

#2 Message par Si vis pacem » lun. 04 févr. 2019 0:40


1° - Sur la validité
Richard-Marie a écrit :
dim. 03 févr. 2019 16:52

 … pour qu'une consécration épiscopale soit valide (il n'est question ici que de la validité ; il n'est pas question ici de la licéité), est-il ABSOLUMENT NÉCESSAIRE que le sujet qui va être sacré ait été préalablement ordonné prêtre, et, ou, avant, ordonné diacre ? ...
→ Mais surtout, qu'enseigne le magistère de l'Eglise ?
Voici ce que nous en dit l'abbé Bergier :
   Bergier – Théologie. Paris, 1788, tome I, p. 718 a écrit :
On demande, en troisième lieu, si un Laïque , ou un Clerc qui n'est pas Prêtre , peut être ordonné Évêque, et si cette Ordination serait valide. Tous les Théologiens conviennent qu'elle serait illégitime, et contraire aux Canons, qui ont ordonné qu'un clerc ne pût monter à l'Épiscopat que par degrés, et en recevant les ordres inférieurs ; ainsi l'a réglé le Concile de Sardique, l'an 347, can. 10.
D'ailleurs il appartient aux seuls Évêques d'ordonner des Prêtres, de leur conférer le pouvoir de consacrer l'Eucharistie, et de remettre les péchés ; comment communiqueraient-ils ce double pouvoir, s'ils ne l'avaient pas reçu formellement eux-mêmes ? Or, l'Ordination épiscopale ne fait aucune mention de ce double pouvoir. À la vérité, Bingham, ibid.., liv. 2, c. 10, § 5 et suiv., rapporte plusieurs exemples d'Évêques et même de saints personnages, qui paraissent n'avoir été que Diacres ou simples Laïques, lorsqu'ils furent élevés à l'Épiscopat; mais si l'on ne peut pas prouver que tous reçurent l'Ordination sacerdotale avant d'être sacrés Évêques, on ne peut pas prouver non plus qu'ils ne l'ont pas reçue. Ce n'est donc ici qu'une preuve négative qui ne peut prévaloir à des titres et à des monuments positifs. Or, il y en a du contraire.
Le Concile de Sardique, dans sa lettre synodale, déclara nulle l'Ordination épiscopale d'un certain Ischyras, parce qu'il n'étoit pas Prêtre. Théodoret, Hist. ecclés., liv. 2 , c. 8. Saint Athanase, Apol. 2, parle d'une décision semblable, faite dans un Concile de Jérusalem. Le Concile de Chalcédoine regarda comme nulle l'ordination de Timothée Elure, faux Patriarche d'Alexandrie, et le Pape S. Léon approuva la lettre que les Évêques d'Égypte adressèrent à ce sujet à l'empereur Léon. Aussi, en 1617, la faculté de théologie de Paris condamna l'opinion contraire, enseignée par Marc-Antoine de Dominis.

Si vis pacem
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Re: Question sur la consécration épiscopale

#3 Message par Si vis pacem » lun. 04 févr. 2019 0:47


2° - Sur la notion « per saltum »
Richard-Marie a écrit :
dim. 03 févr. 2019 16:52

 * « per saltum = par saut, c'est-à-dire sauter les étapes » : https://books.google.fr/books?id=a3WGTH ... &q&f=false : si on s'en tient d'ailleurs à la définition, il semble bien que se dégage cela : « pas invalide MAIS contraire aux canons » : en ce cas, quelle peine est alors portée (d'avance) ou à porter ?
- Nectaire de Constantinople : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nectaire_ ... tantinople
- saint Loup de Bayeux : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loup_de_Bayeux
- saint Taraise de Constantinople : https://fr.wikipedia.org/wiki/Taraise_de_Constantinople
Mais, derechef, qu'enseigne le magistère de l'Eglise précisément sur cette question, s'il vous plaît ?

A-t-elle définitivement tranché ?
          a) Je ne me fierais pas spécialement à l'auteur que vous citez pour définir la notion présentée … je ne sais, en effet, s'il est la personne idoine pour nous entretenir sur ce sujet.

          b) Reprenons l'abbé Bergier :
   Bergier – Théologie. Paris, 1788, tome I, pp. 718-719 a écrit :
Souvent on n'a pas pris le vrai sens de ce qui s'est appelé Ordinatio per saltum : ce n'est point l'omission d'un Ordre inférieur, mais le passage rapide et sans interstice d'un Ordre à un autre. Ainsi, le Pape Nicolas I° a dit de Photius, qu'il fut fait Évêque per saltum, parce qu'il reçut, en six jours successivement, les Ordres inférieurs à l'Épiscopat. Quoique les historiens disent de plusieurs Cardinaux Diacres, qu'ils ont été élevés à la dignité de Souverain Pontife, sans faire mention de leur Ordination sacerdotale, il ne s'ensuit pas de là qu'ils ne l'aient pas reçue. Quand on compare l'Ordination des Prêtres avec celle des Évêques, on voit que la première est un préliminaire absolument nécessaire à la seconde.
Si l'on ne peut pas taxer d'erreur le sentiment contraire, parce que l'Église n'a point décidé formellement la question, il doit du moins être regardé comme téméraire. Mais Bingham et les autres anglicans ont eu intérêt à le soutenir, parce que, depuis leur schisme avec l'Église Romaine, il parait que l'on n'a fait aucun scrupule, parmi eux, d'élever à l'Épiscopat de simples laïques.
          c) Sur les cas cités :

               - saint Nectaire : votre lien précise « Il n'était pourtant pas encore baptisé » et poursuit « La formule de foi qu'il prononça lors de son baptême » Si donc il y eut baptême … pourquoi n'y aurait-il pas eu collation des ordres ?

               - Quant à saint Taraise « Étant laïc, il reçut tous les ordres ecclésiastiques en un laps de temps très bref ... » Où est-le problème ici ???

               - À propos de saint Loup enfin, où il est mentionné expressément la condition per saltum ; l'auteur de la notice de Wikipedia se base sur l'étude de Jules Lair citée en note 2 pour affirmer « l'élection per saltum » de saint Loup. Permettez-moi ici, de vous rapporter la position de l'abbé Tapin exprimée dans la Revue de l'art chrétien quant à cette même étude  :
  Abbé Tapin – La science et la tradition a écrit :
Avant de terminer, nous ne pouvons résister au désir de signaler un passage de la seconde Étude de M.Lair, relatif à l'élection de saint Loup, si nous voulons donner une idée de la science de l'auteur:
« Il (saint Loup) fut nommé Evêque per saltum, c'est à dire n'étant pas encore ordonné prêtre. Ce fait est d'autant plus remarquable, qu'il y avait non pas trois jours, mais deux ans, que saint Loup était diacre. C'est un curieux exemple de ces élections exceptionnelles, très-canoniques d'ailleurs, puisqu'une lettre du pape Zozime en avait réglé le mode, mais dont l'usage paraît avoir assez tôt disparu. »
Nous affirmons que ce passage renferme autant de non-sens que de phrases. Que veut dire nomination per saltum ? le langage de la théologie ne connaît pas cette manière de s'exprimer. L'élection de saint Loup eût été moins remarquable, s'il n'y eut eu que trois jours qu'il eût été ordonné diacre. Quel langage, et que signifie-t-il ! Quant à la lettre du pape Zozime, M. Lair ne l'a pas lue ; il le prouve par ses notes. 1° Il écrit comme un savant pourrait le faire: Zozimi papa. Epist.,ep. X. Or, l'Épître X adressée aux Évêques d'Afrique et relative à l'affaire de Célestius, n'a pas de rapport avec la question. 2° Il cite Fleury, liv. XXIII. Fleury ne mentionne pas la lettre dans laquelle le pape Zozime parle des ordinations ; il indique bien la lettre X, mais qui ne s'y rapporte pas. Si M. Lair eût lu le passage de Fleury, il aurait reconnu son erreur. 3° M. Lair appelle à son secours le témoignage du R. P. de Buck, et lui fait dire « qu'au IXe siècle ou ignorait en France qu'il y eût jamais eu de semblables ordinations ». Or nous aimons à croire que le R. P. Jésuite n'a pu émettre une telle affirmation en présence de la lettre du pape Zozime, où il est dit : ... ad Gallias... in quibus regionibus familiaris est ista præsumptio (des ordinations per saltum). 4° Il dit que saint Athanase et saint Léon paraissent avoir été ordonnés de la sorte. Or, quant a saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze dit de lui qu'il fut élevé sur le siège d'Alexandrie, cum omnem graduum seriem pertransisset (Orat. I, in laudem Athanasii). Saint Léon n'était que diacre lorsque, remplissant une mission pour laquelle il avait été envoyé dans les Gaules, il fut élu pape à la mort de Sixte III. Il se hâta de revenir en Italie où, suivant la coutume, il se fit ordonner prêtre avant de recevoir la consécration épiscopale. Lorsque nous disons que les notes qui accompagnent le texte de M. Lair ne sont qu'une surcharge au travail, nous devrions ajouter qu'elles ne sont qu'un tissu d'erreurs, et qu'elles ne semblent placées au bas des pages que pour l'usage de ceux qui ne les lisent pas.

Si maintenant nous voulions procurer à M. Lair l'avantage de lire la lettre du pape Zozime, nous pourrions lui dire qu'elle est la première de celles recueillies par les collecteurs des Conciles, qu'elle ne règle pas les élections per saltum, mais qu'elle défend absolument les ordinations faites de cette manière, et qu'elle règle en même temps les interstices qui doivent se trouver entre la réception de chacun des Ordres. Cette lettre est l'accusation la plus grave qui puisse être portée contre le passage que nous avons mentionné de l'Étude de M. Lair, car il en résulte que M. Lair ne sait pas que les citations qu'il fait sont fausses et inexactes.

Nous nous arrêtons et résumons. La science de M. Lair consiste dans de vaines affirmations qu'il n'essaie même pas de prouver. Toutes les fois cependant qu'il veut hasarder un raisonnement, les propositions qu'il émet tournent contre sa thèse et servent à la doctrine qu'il attaque.

Ultima Ratio
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Re: Question sur la consécration épiscopale

#4 Message par Ultima Ratio » lun. 04 févr. 2019 11:35

Richard-Marie a écrit :
dim. 03 févr. 2019 16:52
Bonjour à tous,

Laudetur Iesus Christus !

Saint IVème dimanche après l’Épiphanie à vous tous.

Je voudrais vous poser cette question : pour qu'une consécration épiscopale soit valide (il n'est question ici que de la validité ; il n'est pas question ici de la licéité), est-il ABSOLUMENT NÉCESSAIRE que le sujet qui va être sacré ait été préalablement ordonné prêtre, et, ou, avant, ordonné diacre ?
Pax et Bonum +

Il y a malgré tout lien de causalité au for externe.

Je m'explique :

En parlant d’une Apostolicité de succession,nous ne considérons pas la succession dans le pouvoir d’ordre,mais uniquement dans le gouvernement de l’Église. L’existence ou la validité du pouvoir d’ordre,du sacerdoce,est,en effet,chose essentiellement mystérieuse et invisible.On ne peut jamais être fixé avec certitude,en pareille matière,que par l’autorité,préalablement reconnue,de l’Église enseignante.

A. D’Alès, Dictionnaire apologétique, t. I, col.1283
D'ou l'importance de la collation des Ordres sacrés !... A défaut, la validité intrinsèque des Ordres sacrés demeurent au for externe douteuses comme par exemple celui du pseudo-episcopus STUYVER, Fellay ect...Toutefois pour revenir au sujet :
CODE DU DROIT CANONIQUE.Par le Chanoine Georges BAREILLE Docteur en Théologie et en Droit Canonique.MONTRÉJEAU - LIBRAIRIE CARDEILHAC-SOUBIRON, ÉDITEUR – 1922 – Livre Troisième.Titre VI – De l’Ordre – Art. I.Des conditions requises.p.252

II. Condition pour la licéité. -

1. Pour être admis licitement à une ordination,le candidat doit : 1° avoir reçu le sacrement de confirmation, - 2° posséder les mœurs conformes à l’ordre qu’il va recevoir, - 3° avoir l’age canonique, - 4° la science requise , - 5° avoir reçu les ordres inférieurs, - 6° avoir observé les interstices, - 7° lorsqu’il s'agit des ordres majeurs,posséder un titre canonique. ( c. 974, § 1. nn. 1-7. )

Richard-Marie
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Re: Question sur la consécration épiscopale

#5 Message par Richard-Marie » mar. 16 juil. 2019 19:03

Je remercie les deux personnes qui ont répondu.


Soit : la définition de per saltum « par saut, c'est-à-dire sauter les étapes » serait donc plutôt strictement à entendre « réception des ordres en accéléré ».
Concernant les cas historiques mentionnés, il semble bien tous répondent à la seconde définition, à savoir qu'ils ont reçu les ordres en accéléré. MAIS...

Nonobstant tout ce qui a précédemment été écrit, je vous partage un article de la revue réputée « Le Canoniste Contemporain », dont l'auteur est le Cardinal Gasparri, et qui regarde notre sujet :
https://archive.org/details/lecanoniste ... ri/page/64. Le cardinal Gasparri y conclue que « les deux opinions sont parfaitement libres » (page 77). L'avant-dernier paragraphe de sa page 78 peut être éclairant.
Aussi, toujours sur le même sujet, voici un passage du pape Saint célestin Ier, cité par la Patrologie de Migne : https://archive.org/details/patrologiae ... t/page/221.

Pax et Bonum +

chartreux
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Re: Question sur la consécration épiscopale

#6 Message par chartreux » ven. 19 juil. 2019 14:35

Richard-Marie a écrit :
mar. 16 juil. 2019 19:03
Concernant les cas historiques mentionnés, il semble bien tous répondent à la seconde définition, à savoir qu'ils ont reçu les ordres en accéléré. MAIS...

Nonobstant tout ce qui a précédemment été écrit, je vous partage un article de la revue réputée « Le Canoniste Contemporain », dont l'auteur est le Cardinal Gasparri, et qui regarde notre sujet (...) Le cardinal Gasparri y conclue que « les deux opinions sont parfaitement libres » (page 77). L'avant-dernier paragraphe de sa page 78 peut être éclairant.
L'abbé Berthier cité plus haut s'accorde au moins en partie avec le cardinal Gasparri :
Si vis pacem a écrit :
lun. 04 févr. 2019 0:47
   Bergier – Théologie. Paris, 1788, tome I, pp. 718-719 a écrit :
Si l'on ne peut pas taxer d'erreur le sentiment contraire, parce que l'Église n'a point décidé formellement la question, il doit du moins être regardé comme téméraire. Mais Bingham et les autres anglicans ont eu intérêt à le soutenir, parce que, depuis leur schisme avec l'Église Romaine, il parait que l'on n'a fait aucun scrupule, parmi eux, d'élever à l'Épiscopat de simples laïques.
          
Et le cardinal Gasparri tout en tenant que les deux opinions sont parfaitement libres, note cependant qu' on ne peut donc refuser à la première opinion une véritable et très sérieuse probabilité, soit extrinsèque, soit intrinsèque (p.78 dans l'ouvrage cité en lien).

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