Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 97 (Mars 2009)
3. ACTUALITÉ D0CTRINALE
Engrenage piégé de la notion de “liberté religieuse” individuelle
Dans le contexte actuel de la grande Apostasie des Etats autrefois Chrétiens et du brassage de toutes les fausses “religions” et vraies “irréligions”, la notion même de “liberté religieuse” est donc doublement un leurre, un mirage, un miroir aux alouettes et un tremplin d’apostasie pratique, faisant abandonner l’objectif du Règne familial, social, communautaire et étatique du Christ-Seigneur Jésus, en dehors duquel nul autre Nom n’a été donné aux humains pour leur salut, leur véritable bonheur en rendant grâce et gloire à leur Créateur, le Dieu Tout-Puissant. (10)
(10) « Ils vont donc, au rebours de la doctrine catholique, vers un idéal condamné. Nous savons bien qu'ils se flattent de relever la dignité humaine... le progrès d'un être consiste à fortifier ses facultés naturelles par des énergies nouvelles et à faciliter le fonctionnement de leur activité dans le cadre et conformément aux lois de sa constitution, mais qu'au contraire, en blessant ses organes essentiels, en brisant le cadre de leur activité, on pousse l'être non pas vers le progrès, mais vers la mort.
C'est cependant ce qu'ils veulent faire de la société humaine ; ils rêvent de changer ses bases naturelles et traditionnelles, et de promettre une cité future édifiée sur d'autres principes, qu'ils osent déclarer plus féconds, plus bienfaisants que les principes sur lesquels repose la cité chrétienne actuelle.
Non, Vénérables Frères, - il faut le rappeler énergiquement dans ces temps d'anarchie sociale et intellectuelle où chacun se pose en docteur et en législateur, - on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l'a bâtie ; on n'édifiera pas la société, si l'Eglise n'en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n'est plus à inventer, ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle est ; c'est la Civilisation Chrétienne, c'est la Cité Catholique.
Il ne s'agit que de l'instaurer et de la restaurer sans cesse sur ces fondements naturels et divins, contre les attaques toujours renaissantes de l'utopie malsaine, de la révolte et de l'impiété : Omnia instaurare in Christo....
Le souffle de la Révolution a passé par là... D'abord son catholicisme ne s'accommode que de la forme du gouvernement démocratique...
Qu'est-ce à dire, sinon qu'il y a deux hommes dans le Silloniste : l'individu qui est catholique ; le Silloniste, l'homme d'action, qui est neutre. Il fut un temps où le Sillon, comme tel, était formellement catholique.
En fait de force morale, il n'en connaissait qu'une, la force catholique, et il allait proclamant que la démocratie serait catholique ou qu'elle ne serait pas. Un moment vint où il se ravisa.
Il laissa à chacun sa religion ou sa philosophie. Il cessa lui-même de se qualifier de catholique et à la formule : " la démocratie sera catholique", il substitua cette autre "la démocratie ne sera pas anticatholique", pas plus d'ailleurs qu'antijuive ou anti-bouddhiste.
Ce fut l'époque du plus grand Sillon. On appela à la construction de la cité future tous les ouvriers de toutes les religions et de toutes les sectes. On ne leur demanda que d'embrasser le même idéal social, de respecter toutes les croyances et d'apporter un certain appoint de forces morales.
Certes, proclamait-on, « les chefs du Sillon mettent leur foi religieuse au-dessus de tout. Mais peuvent-ils ôter aux autres le droit de puiser leur énergie morale là où ils peuvent ?
En revanche, ils veulent que les autres respectent leur droit, à eux, de la puiser dans la foi catholique.
Ils demandent donc à tous ceux qui veulent transformer la société présente dans le sens de la démocratie de ne pas se repousser mutuellement à cause des convictions philosophiques ou religieuses qui peuvent les séparer, mais de marcher la main dans la main, non pas en renonçant à leurs convictions, mais en essayant de faire sur le terrain des réalisations pratiques la preuve de l'excellence de leurs convictions personnelles.
Peut-être sur ce terrain de l'émulation entre âmes attachées à différentes convictions religieuses ou philosophiques l'union pourra se réaliser ».
Et l'on déclara en même temps (comment cela pouvait-il s'accomplir ?) que le petit Sillon catholique serait l'âme du grand Sillon cosmopolite...
Récemment... une nouvelle organisation est intervenue, sans modifier, bien au contraire, l'esprit et le fond des choses...
Et tous les groupements nouveaux, devenus en apparence autonomes : Catholiques, protestants, libres penseurs, sont priés de se mettre à l'oeuvre.
Les camarades catholiques travailleront entre eux dans une organisation spéciale à s'instruire et à s'éduquer.
Les démocrates protestants et libres penseurs en feront autant de leur côté.
Tous, catholiques, protestants et libre penseurs, auront à coeur d'armer la jeunesse, non pas pour une lutte fratricide, mais pour une généreuse émulation sur le terrain des vertus sociales et civiques...
Voici fondée par des catholiques une association inter-confessionnelle, pour travailler à la réforme de la civilisation, oeuvre religieuse au premier chef ; car pas de vraie civilisation sans civilisation morale et pas de vraie civilisation morale sans la vraie religion : c'est une vérité démontrée, c'est un fait d'histoire.
Et maintenant, pénétrés de la plus vive tristesse, nous nous demandons, Vénérables Frères, ce qu'est devenu le Catholicisme du Sillon.
Hélas ! Lui qui donnait autrefois de si belles espérances, ce fleuve limpide et impétueux a été capté dans sa marche par les ennemis modernes de l'Eglise et ne forme plus dorénavant qu'un misérable affluent du grand mouvement d'apostasie, organisé, dans tous les pays, pour l'établissement d'une Eglise universelle qui n'aura ni dogmes, ni hiérarchie, ni règle pour l'esprit, ni frein pour les passions, et qui, sous prétexte de liberté et de dignité humaine, ramènerait dans le monde, si elle pouvait triompher, le règne légal de la ruse et de la force, et l'oppression des faibles, de ceux qui souffrent et qui travaillent.
Nous ne connaissons que trop les sombres officines où l'on élabore ces doctrines délétères, qui ne devraient pas séduire des esprits clairvoyants.»
(Saint Pie X, Encyclique Notre charge apostolique, 25/8/1907)