Dom Eugène Vandeur, O. S. B.
Prieur de l'Abbaye du Mont-César, Louvain.
Récemment un revue française (1) imprimait ces lignes : « On a raison d'attribuer pour une grande part le fléchissement de la foi à la diminution de la vie religieuse ; mais on ne réfléchit pas assez que le vie religieuse n'a tant baissé que parce que la vie liturgique est presque totalement supprimée. »
… la liturgie fait vivre d'une piété puisée non dans notre propre fond ou dans les livres de dévotion pieuse, mais dans la piété catholique de l'Eglise, celle puisée à sa première source, qui est la religion du Christ....
… la liturgie ne fait pas seulement monter aux oreilles de Dieu la prière même du Christ, elle imprègne petit à petit la vie entière de façon à nous faire vivre « in Christo » « propter Patrem. » Elle enseigne d'une façon vivante à réaliser pratiquement le but de notre vie. Avec et dans le Christ qui seul est parfaitement agréable au Père, et de qui découle toute sainteté, nous rendons hommage à Celui de qui toute chose tire sa perfection et à qui toute chose tend comme vers son but suprême et dernier ; et cette religion du Christ et de l'Eglise, avec laquelle et dans laquelle nous exprimons notre adoration, nos actions de grâces, nos demandes de pardon, nos supplications personnelles, cette religion, disons-nous, nous sanctifie, en donnant à la fois la lumière à l'intelligence et la charité au cœur.
La liturgie instruit non seulement les esprits plus cultivés, mais elle éduque aussi les foules les plus grossières.... Les paroles du Christ sont esprit et vie ; de même celles de l'Eglise …
«!oh ! S'écrie Dom Guéranger (2) qui pourrait dire combien les grâces de salut se répandraient directement sur le peuple chrétien, comme effet direct d'un enseignement basé sur l'explication et la compréhension des paroles et des rites de la liturgie, si nos peuples savaient et goûtaient ce que savaient et goûtaient les simples catéchumènes de nos anciennes Eglises... Quelle influence sur les mœurs catholiques ! Quel boulevard de la foi ! Quelle disposition à sentir les choses de la vie surnaturelle dans ces populations instruites avec soin et détail des secrets que le Christ et son Eglise ont cachés sous le vaste et profond emblème de la liturgie. »
La connaissance des attributs de Dieu, l'habitation de la sainte Trinité dans nos âmes, notre condition de fils adoptifs de notre Père céleste, notre incorporation au corps mystique de Jésus-Christ, tous ces mystères de la grâce que le chrétien soupçonne à peine lui deviendraient familiers, non dans des formules abstraites et stériles, mais dans l'intime de lui-même... »
(1) Rev. Prat. Apolog. 15 avril 1909.
(2) D. Guéranger Institutins Liturgiques, I, p.9