Les quinze oraisons

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Si vis pacem
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Les quinze oraisons

#1 Message par Si vis pacem » mar. 08 mars 2016 21:58


Dans les prières proposées à la dévotion, une place de choix semble réservée aux « Oraisons de sainte Brigitte », mais l'attrait que celles-ci évoquent repose bien souvent sur les « magnifiques promesses » les accompagnant.

Or malgré les boniments certifiant l'approbation de celles-ci notamment par les plus hautes instances de l'Église, il nous faut constater que bien au contraire, elles furent, tout au long des siècles passés, régulièrement condamnées car, ainsi que le fait remarquer à la suite du R.P. Maurel (S.J.), le R.P. Béringer (S.J.) dans son ouvrage sur Les indulgences, leurs nature et leur usage : « rien n'est plus absurde et plus contraire aux principe de la foi que les promesses faites à quiconque récitera ces oraisons pendant un an »


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gabrielle
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Re: Les quinze oraisons

#2 Message par gabrielle » mer. 09 mars 2016 14:13

Donc, ces oraisons ne viennent pas de Sainte Brigitte? Où ne sont-ce que les promesses qui furent frauduleusement ajoutées aux oraisons.


Merci

Si vis pacem
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Re: Les quinze oraisons

#3 Message par Si vis pacem » mer. 09 mars 2016 23:39

Gabrielle a écrit :
Donc, ces oraisons ne viennent pas de Sainte Brigitte?
  • Nicholas Rogers résume la situation ainsi :
    Nicholas Rogers a écrit :
    the XV O's [are] a series of fifteen meditations on the Passion, each beginning with an O. These are commonly ascribed to St Birgitta of Sweden, but they are not to be found in the corpus of her writings compiled by Prior Peter Olafsson and Alfonso de Vadaterra, and have been rejected as suppositions by Wilmart and others.

    La position du R.P. Wilmart est exprimée dans une étude remarquée, parue dans la Revue bénédictine (seules les notes les plus propres à notre sujet sont conservées) :
    R.P. Wilmart André (O.S.B.) - [i]Le grand poème bonaventurien sur les sept paroles du Christ en croix.[/i] Revue Bénédictine, tome 47 (1935), pp. 274-277 a écrit :
    … [La fortune du texte appelé] les « Quinze oraisons de sainte Brigitte ». a été grande, d'une part à Rome, composant à lui seul un petit livret, d'autre part et surtout en Angleterre, jusqu'aux réformes radicales de Cranmer, sous ce titre caractéristique : « The fifteen Oos of Saynt Brygitte ». Des deux côtés, la tradition est antécédente aux livres d'heures ; c'est, du reste, en Angleterre seulement que le groupe a fini par prendre place dans cette catégorie d'ouvrages, à tel point qu'on ne l'a pas encore signalé en des Heures françaises ni même romaines. La rédaction normale est introduite par une très longue rubrique, qui promet au fidèle récitant toutes sortes, d'étonnantes et très indiscrètes faveurs (1), mais pose pour condition principale l'addition d'un Pater et d'un Ave après chaque morceau. Quinze prières d'une étendue variable, également amorcées par l'exclamatif O, sont donc proposées, en relation avec les souffrances de la Passion. La première commence un peu plus solennellement : O domine Iesu Christe eterna dulcedo te amantium, iubilus excedens omne gaudium et omne desiderium .... La sainte mise en cause est incontestablement Brigitte de Suède (+ 1373), venue à Rome pour s'y établir, au début de son veuvage, dès 1346. Dans l'antidotarius de Salicetus, la rubrique initiale nous fait lire ceci : Sequuntur nunc quindecim orationes de passione domini revelate sancte Brigide regine Suetie devotissime mulieri, cum esset Rome reclusa apud Sanctum Paulum. D'autre part, le livret romain, un peu antérieur (v. 1478), aussitôt après le feuillet liminaire qui représente « S. Brigida — Roma », à genoux devant un crucifix, offre ces lignes significatives : Hec sunt quindecim collecte sive orationes illius preclarissime virginis beate Birgitte, quas ante imaginem domini nostri Jesu Christi crucifixi in dies devotissime dicebat … Sequitur responsio quam habuit sancta Birgitta ab imagine crucifixi dum oraret in ecclesia sancti Pauli ... ; suivent, à peu près comme dans l'Antidotarius, les incroyables promesses faites au récitant, c'est-à-dire à Brigitte elle-même, par le Christ en croix. En dépit de données si explicites, qui ne laissent pas d'impressionner au premier abord, nous osons déclarer que l'authenticité n'est pas acceptable. Il faut noter, en premier lieu, qu'entre ces éditions à grand succès et la mort de sainte Brigitte plus d'un siècle s'est écoulé, et que la fondatrice de l'Ordre du Saint-Sauveur a reçu les honneurs liturgiques les plus solennels dès l'année 1391 ; une légende a donc eu tout le temps de s'implanter, et le terrain y était parfaitement préparé. Nous avons, précisément, tout au long du livre de ses Révélations, et encore à côté d'elles, formant appendice, des prières incontestées, qui doivent être lues en regard des « quinze oraisons » (2). Or celles-là sont d'un tout autre ton, celui d'une voyante. Mais, en même temps, les souvenirs de la Passion y tiennent la plus grande place, avec des détails circonstanciés et concrets ; dans les Révélations, par exemple, Notre-Dame vient elle-même décrire à Brigitte la crucifixion et les sentiments avec lesquels elle y avait assisté (3). On aperçoit dès lors comment, d'assez bonne heure sans doute, les membres de l'Ordre ont pu avoir l'idée d'attribuer à leur fondatrice la série des, quinze O et cela, selon la plus grande vraisemblance, en Angleterre, où le monastère de Syon avait été richement doté, à Isleworth près Londres, dès 1415, par suite des relations de la maison de Lancastre avec celle de Suède (4). A part les livres imprimés en effet, je ne vois à citer que des Heures d'York écrites vers 1420, où l'on trouve déjà le titre : XV orationes sancte Brigitte, et il est sûr, quant au reste, que la tradition des livres d'heures est purement anglaise ; c'est donc bien d'Angleterre que le groupe de textes pourvu d'un nom, aura fait retour à Rome durant le XV° siècle, pour reprendre de là son essor.

    (1) - Quinze personnes défuntes, dans la parenté du récitant, seront délivrées du purgatoire ; quinze personnes vivantes, pareillement, seront gardées dans le bien ; le récitant lui-même verra le Seigneur durant les quinze jours qui précéderont sa mort ; son âme sera conduite au ciel par le Seigneur et la Vierge Marie ; trente années passées dans le péché mortel seront pardonnées, et tous les péchés commis depuis l’enfance seront effacés ; à chaque fois, il y aura quarante jours d’indulgence. Tout cela, aussi bien, par révélation du Christ en personne. Le bon Salicetus s’est vu contraint d’abréger un peu ces trop nombreuses « prérogatives » quas enarrare longum esset (éd. de Venise 1499, fol. 57v) ; mais les nombreuses éditions romaines reproduisent cette liste fantastique, d’accord avec le recueil de Salisbury qui me semble livrer la formule originale. On peut donc excuser les zélateurs anglicans de s’être scandalisés devant tant de naïveté.
    (2) - Revelationes S. Brigittae (Rome, 1606), en huit livres, remplis par les entretiens de la sainte avec le Christ ou avec la Vierge Marie, ainsi que par ses visions. A la suite (pp. 795-802), on a réuni quatre prières proprement dites, adressées deux à la Vierge (I et IV), deux à N. Seigneur (II et III) ; ces morceaux sont bien du même style que les Révélations. La seconde a pour principal objet la Passion ; on y lit entre autres choses : « Quando corpus tuum benignum suis totis uiribus exinaniuit in cruce, oculi tui benigni caligabant, speciosa facies tua ex diminutione sanguinis tota operiebatur pallore, lingua tua benedicta estuabat et siccabatur. Et ex amarissimo poculo madebat os tuum. Crines et barba sanguine replebantur de uulneribus tui sanctissimi capitis... » (p. 798). A part les acclamations qui ponctuent le discours (Benedictus sis tu domine mi..., Honor sit tibi mi domine..., Gloria sit tibi domine mi), ce n’est qu’une longue description. Les quinze prières sont notablement plus sobres, et tirent, à chaque fois, une leçon.
    (3) - Livre I, chap. 10 (ib., pp. 16-19) : «... Tunc oculi eius apparuerunt semimortui, maxillae eius submersae, et uultus lugubris, os eius apertum, et lingua sanguinolenta, uenter dorso inhaerens consumpto humore quasi non haberet uiscera. Omne corpus pallidum, et languidum ex fluxu et effusione sanguinis. Manus et pedes eius rigidissime extenti erant et iuxta formam crucis cruci attracti et conformati. Barba et crimes ex toto respersi sanguine. Itaque cum filius meus sic laceratus et liuidus staret, solum cor recens erat... » (p. 18). C’est bien la même vision que celle de la prière n° II de l’appendice. Au cours de ces développements saisissants, Notre-Dame fait une allusion indirecte à la parole qui la remettait à la garde de saint Jean (p. 18
    2), et cite même les deux textes Pater quare me dereliquisti (mais avec ce commentaire : « Quasi diceret : Nullus est qui misereatur mei nisi tu pater »), et 0 pater in manus tuas... Un morceau de ce genre, sous les yeux d'un fils dévot, pouvait suffire à déterminer l'attribution du groupe des quinze prières. On le trouve en effet transcrit à part, en anglais, dans le manuscrit 432 de Lambeth : « Wordys of the Blessed virgyne our lady seint Marye to Seint Burgitt of the incarnacion and passion of our lord Ihesu Crist » — Voir encore livre II, chap. 21 (p. 146 sq.), où la Vierge décrit de même la descente de croix ; elle voit les trois échelles et retrace tous les gestes et mouvements de la scène.
    (4) - Cf. M. Bateson, Catalogue of the Library of Syon monastery Isleworth, (1898), p. x sq. En 1406 Philippa, fille du roi Henri IV alla en Suède épouser le roi Éric ; la fondation d'Isleworth finit par en résulter, juste aussi célèbre, en ce temps-là que celle de Shene, voisine, en faveur des Chartreux.

    à suivre ...

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Re: Les quinze oraisons

#4 Message par Si vis pacem » jeu. 10 mars 2016 23:56


Après avoir nié l'authenticité des quinze oraisons, le R.P. Wilmart continue ainsi :
R.P. Wilmart André (O.S.B.) - [i]Le grand poème bonaventurien sur les sept paroles du Christ en croix.[/i] Revue Bénédictine, tome 47 (1935), pp. 277-278 a écrit :
Nous avons la bonne fortune de pouvoir expliquer mieux toute l'aventure. Un recueil de prières rédigé selon l'usage de Salisbury vers la fin du XIV° siècle, nous a été conservé, où l'on reconnaît, sans aucun doute possible, la forme originale de la rubrique (1). Or il n'est question, cette fois que d'une « recluse » (femina quedam solitaria et reclusa) ; révélation faite, celle-ci informa l'ermite qui habitait auprès d'elle (quidam solitarius in eodem nemore morabatur) ; l'ermite, à son tour, instruisit l'abbesse du monastère voisin, l'abbesse enfin ses moniales. Cette histoire correspond trop parfaitement aux conditions des recluseries d'Angleterre au XIV° siècle pour avoir été inventée, ou décalquée de l'histoire même de sainte Brigitte. En définitive, c'est donc à la singularité de la dévotion anglaise qui florissait en ces temps-là, qu'il convient de faire honneur des étranges quinze prières, et le manuscrit d'York cité semble indiquer que la recluse qui les composa vivait dans cette région, où les ermites et reclus furent toujours plus nombreux.

(1) - Paris, Bibl. Nat. Lat. 13283, fol. 126 sq.

Nous trouvons également l'histoire de cette recluse dans la collation du manuscrit (daté du XIV° siècle) 1098 (f° 72) de la bibliothèque de l'université de Cambridge ainsi que dans la notice concernant le manuscrit Additional 37787 (f° 71) de la British Library ; notice qui nous précise : A text commonly found in fifteenth century horae.

Si commun que nous le retrouvons également dans les documents découverts à Barcarrota, en 1992 sous le titre d'Oração da Empardeada

Il est intéressant alors de souligner ici l'hypothèse de Nicholas Rogers :

Nicholas Rogers a écrit :
Thus there is a good degree of circumstantial evidence to support the Brigittine origin of the XV O's. This is not to say that they were composed by St Birgitta herself. The phrase 'orationes sancte Brigitte' does not necessarily have that implication. Perhaps the circumstances of their origin are most truly reflected in the rubric to the 1576 translation: 'Fifteene Prayers righte good and vertuous, vsually called the .XV.Oos, and of diuers called S. Brigets prayers, because the holye and blessed Virgin vsed dayly to say them before the Image of the Crucifix, in S. Paules Church in Rome'

même si celui-ci ne semble pas tenir compte du problème que représente en ce cas les promesses attachées à ces prières ...

à suivre ...

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Re: Les quinze oraisons

#5 Message par Si vis pacem » mer. 16 mars 2016 22:28


Mais quelles sont ces promesses qui ont assuré la bonne fortune de cette prière ?

Écoutons un maître auto-déclaré :

[i]Les promesses du Christ à sainte Brigitte de Suède concernent-elles tous les hommes ?[/i] a écrit :
Le Christ ajouta ensuite que quiconque dirait ces Oraisons pendant un an :

Une chose que je reconnais à cet intervenant, c'est qu'il s'agit bien là de promesses … « extraordinaires ». Mais voyons un peu ce qu'en dit le Magistère :

Il nous faut reconnaître qu'on est loin des sornettes que propage le théologien de pacotille cité ci-dessus ... Numquid potest caecus caecum ducere ?

à suivre ...

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Re: Les quinze oraisons

#6 Message par Si vis pacem » jeu. 17 mars 2016 20:37


En lieu et place de puériles sottises et de vulgaire sensiblerie au service d'un si dangereux merveilleux, lisons plutôt l'avis d'un théologien catholique :
Thiers Jean-Baptiste - Traité des superstitions selon l’Écriture Sainte, les décrets des conciles, et les sentiments des saints Pères et des théologiens. Paris, 1704, tome IV, p. 74 a écrit :
Si tout cela est vrai, qu'avons-nous besoin de la Confirmation, de l’Eucharistie, de la Pénitence, de l'Ordre et de l'Extrême-onction ? Les Théologiens, les gens de bien, qui savent un peu leur Religion, tous ceux qui aiment l'honneur de la maison de Dieu, peuvent-ils lire sans horreur les impiétés et les blasphèmes de ces préambules ? On les imprime cependant tous les jours dans des Heures, et dans des Livres de prières ; on souffre que les personnes simples se nourrissent du poison mortel qui y est renfermé sans se mettre en peine de bannir de leurs esprits des superstitions exécrables ; et on entretient par-là les pécheurs dans une vaine confiance de leur salut, et dans l'impénitence. Je ne blâme point ces Oraisons en elles-mêmes. Elles ont du sens pour la plupart. Mais je blâme les promesses frivoles dont on les accompagne, et les fausses assurances de grâce, de protection, de salut, qu'on donne à ceux qui les disent : et c'est pour cette raison qu'il serait à souhaiter qu'on les retranchât absolument de tous les Livres de Prières qui sont entre les mains des fidèles.
à suivre ...

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Re: Les quinze oraisons

#7 Message par Si vis pacem » jeu. 31 mars 2016 19:50


Avis que confirme le R.P. Antoine du Saint-Esprit (O.C.D.) :
Antoine du Saint-Esprit – Directorium confessariorum. Venise, 1697, p. 53 a écrit :
87 Orationes S. Brigittae si hac intentione dicantur, sunt superstitiosae

... Et hinc etiam superstitiosam esse recitationem aliquarum orationum S. Brigitte, quae nunc apud Lusitanos circumferetur, si recitentur cum spe firma, quod illas recitantes per integrum annum, morti aeternae non erunt subiecti, nec certi illorum consanguinei, vt falso in illarum libello asseritur a Christo Domino fuisse S. Brigittae revelatum.
Unde licet orationes in se bonae, & sanctae sint, dicere tamen illas hac certa spe , est valde superstitiosum, & retrahit homines a Sacramentis. Unde quidam superstitiosi Religiosi, qui hanc, & alias superstitiosas devotiones docent, recludendi sunt, & docendi, utpote, ut seductores muliercularum, aut saltem, ut ignorantes.
Mirum enim est, quod homines in Ulissipone haec perdiderit devotio; a multis enim audivi dicere, sibi sufficere per totum annum recitare illas S. Brigittae orationes, & postea vivere quomodo voluissent, quomodocunque namque vixissent, etsi innumeris peccatis essent involuti, semper tamen esse salvandos; quod quidem non a se tantum dicebant, sed sic in praedicto libello harum orationum falsissime afferebatur.
Unde Domini inquisitores de hoc informati, prologum harum orationum interdixerunt, ne homines deciperentur.


87 Réciter les Oraisons de Ste Brigitte en cette intention, relève de la superstition.

… Et de là aussi, la récitation superstitieuse de certaines Oraisons de Ste Brigitte, qui à présent circulent parmi les Portugais, en lesquelles il est déclaré que le Christ Seigneur lui aurait révélé que ceux qui auraient récité ces Oraisons avec une espérance ferme, durant une année entière, ne seraient pas sujets à la mort éternelle, ni certains de leurs consanguins, comme ceci est prétendu dans leur faux livret.
Bien qu'en soi ces oraisons soient bonnes et saintes, toutefois y ajouter cela comme une espérance certaine, est de la pure superstition, et éloigne les fidèles des sacrements. Sont donc à enfermer et à tenir comme des séducteurs de femmelettes, ou pour le moins, comme des ignorants, certains Religieux superstitieux, qui enseignent cette fausse dévotion et d’autres du même genre.
Car, à ce que j'ai entendu dire par beaucoup, il est étonnant que par cette dévotion, des hommes à Lisbonne aient perdu le sens au point d’imaginer qu’il leur suffise d’avoir récité ces oraisons de Ste Brigitte durant toute une année pour vivre ensuite comme bon leur semble, en pensant être cependant toujours sauvés quelle que soit la façon dont ils vivent, y compris enveloppés dans d’innombrables péchés ; ce que certains n’affirment pas seulement d’eux-mêmes, mais en sont assurés par ce très trompeur livret de ces oraisons.
C’est pourquoi les inquisiteurs du Seigneur, informés de cela, ont interdit le prologue de ces oraisons, afin que personne ne soit trompé.

à suivre ...

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Re: Les quinze oraisons

#8 Message par Si vis pacem » jeu. 14 avr. 2016 22:58


De ce qui précède, nous voyons donc que la condamnation des « Oraisons de sainte Brigitte » vient de leur prologue et plus particulièrement des promesses contenues en celui-ci. Cependant, l'énumération de celles-là ne vient qu'après un récit permettant de les asseoir :
Extrait du prologue le plus fréquent des quinze oraisons a écrit :
... Cum enim diu scire desiderasset numerum vulnerum domini Jesu, quadam die apparauit ei dominus Iesus dicens : Corporis mei vulnera tot erant : scilicet quinque millia quadringenta et octoginta, quae si veneratione aliqua prosequi volueris, quindecim Pater noster. & totidem Ave Maria, dices quotidie per annum integrum, & sic revoluto anno unumquodque vulnus venerabiliter salutaveris. Eamque docuit sequentes orationes ad unumquodque Pater noster orationem.

Comme il y avait fort longtemps qu'elle désirait savoir le nombre de coups que Notre Seigneur reçut en sa Passion ; un jour il lui apparut, lui disant : Je reçus en mon corps 5480 coups : Que si vous les voulez honorer par quelque vénération, vous direz quinze Pater noster et quinze Ave Maria avec les Oraisons suivantes, qu'il lui enseigna, pendant un an entier ; et l'année étant achevée, vous aurez salué chacune de mes plaies.


Or ce simple récit pose déjà problème ...

à suivre ...

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Re: Les quinze oraisons

#9 Message par Si vis pacem » mar. 10 mai 2016 22:26


En effet, la version française ne retranscrit pas exactement la réalité contenue dans le texte latin.

Alors que la traduction française nous explique que pour honorer les blessures de Notre Seigneur Jésus-Christ, il doit être dit quotidiennement et durant une année entière, quinze Pater noster et quinze Ave Maria accompagnés des oraisons enseignées par Notre Seigneur à sainte Brigitte ; le texte latin nous rapporte quant à lui, que la récitation quotidienne, durant une année entière, de quinze Pater noster et autant d'Ave Maria suffit à honorer pleinement les dites blessures (« quae si veneratione aliqua prosequi volueris, quindecim Pater noster. & totidem Ave Maria, dices quotidie per annum integrum, & sic revoluto anno unumquodque vulnus venerabiliter salutaveris »).

Les oraisons ne sont évoquées qu'à la phrase suivante (« Eamque docuit sequentes orationes ad unumquodque Pater noster orationem ») donnant ainsi la nette impression d'être non le cœur de la dévotion, contrairement à l'idée exprimée dès les premiers mots du prologue (« Sequuntur quindecim orationes de passione Domini »), mais un simple ajout à celle-ci.



à suivre ...

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Re: Les quinze oraisons

#10 Message par Si vis pacem » ven. 13 mai 2016 22:20


Cette impression devient certitude lorsque l'on compare ce passage à celui similaire, issu de la Vita Jesu Christi de Ludolphe le chartreux, en son chapitre 58 de la deuxième partie :
Ludolphe le Chartreux en sa [i]Vita Jesu Christi[/i] a écrit :
Cuidam etiam seni matronae reclusae multitudinem et numerum omnium vulnerum Christi scire cupienti, et pro hac re flebiliter Deum oranti, vox coelica missa dixit : Quinque millia quadringenta nonaginta vulnera mei corporis extiterunt : quae si venerari volueris, orationem Dominicam cum salutatione Angelica quindecies quotidie in memoriam passionis meae replicabis, sicque anno revoluto unumquodque vulnus venerabiliter salutabis. Haec oratio valde placet Deo, prout postmodum revelatum fuit cuidam solitario.

On raconte encore qu'une sainte dame recluse désirant savoir combien de blessures Notre-Seigneur avaient reçues en sa Passion, priait Dieu avec larmes de le lui découvrir. Elle entendit une voix du ciel qui lui dit : Mon corps a été couvert de cinq mille quatre cent quatre-vingt-dix plaies. Pour les vénérer, récitez chaque jour en mémoire de ma Passion quinze fois l'Oraison Dominicale et la Salutation Angélique ; par ce moyen vous honorerez convenablement chacune de mes blessures dans le courant de l'année. Cette prière est en effet très agréable à Dieu, comme il fut révélé dans la suite à un pieux solitaire.

Ici, aucune référence à sainte Brigitte; en lieu et place une « seni matronae reclusae » bien proche de la « femina solitaria et reclusa » dont nous entretenait Wilmart.

De même, aucune référence aux quinze oraisons ; la vénération de chaque plaie de Notre Seigneur Jésus-Christ se fera donc par la récitation des seuls Pater noster et Ave Maria car … cette prière est en effet très agréable à Dieu !


à suivre ...

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