"Revue Sub Tuum Praesidium, n° 4 - Juillet 1986" a écrit :
2. L’ ECHO DE LA TRADITION
Le doute de Saint Joseph
Saint Joseph a-t-il pensé que l’enfant que Marie portait en Elle était le fruit d’un péché qu’Elle aurait commis ?
S'Y OPPOSE :
Voici, en effet, la pensée d'Origène et de Saint Jérôme, résumée par Saint Thomas (in Mt.1,19) :
« Saint Joseph n'eut aucune suspicion d'adultère. Il connaissait en effet la pudicité de Marie ; il avait lu dans les Ecritures qu'une Vierge enfanterait ; il savait de plus que Marie descendait de David. Aussi il crût plus facilement que ceci s'accomplissait en Elle, plutôt qu'Elle pût être coupable de fornication. Se réputant donc indigne de cohabiter avec une telle sainteté, il voulut La renvoyer secrètement, comme saint Pierre avait dit : « Eloignez-vous de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur » (Lc. 5,8). C'est pourquoi, il ne voulait pas La conduire (du verbe latin « traducere », dont c'est le premier sens ; celui de "diffamer" n'étant que le cinquième et dernier selon le "Gaffiot"), c.à.d. l 'amener chez lui et La recevoir comme épouse, s'en jugeant indigne.»
On trouve la même explication dans la Glose, citée par saint Thomas dans sa "Catena Aurea" (in Mt.1,19) : « Ou bien, comme il ne voulait pas La conduire dans sa maison pour une habitation continue, il voulait L'éloigner, c.à.d. changer le temps des noces.»
C'est ce qu'affirme également saint Rémi (in Mt.1,19) :
« Il voyait enceinte Celle qu'il savait chaste, et parce qu'il avait lu Isaïe (11,1) : « Un rameau sortira du tronc de Jessé », de qui il savait que Marie tenait son origine, et qu'il avait également lu : « Voici que la Vierge concevra » (Is. 7,14), il ne doutait pas que cette prophétie s'accomplissait en Elle.»
Saint Bernard (hom.2 sup.Missus est) en rend compte comme suit :
« Ainsi donc, Joseph, se jugeant indigne et pécheur (v. réponse ad 1), se disait en lui-même qu'Elle ne devait pas plus longtemps partager avec lui le logement familial, une telle et si noble Vierge dont l'éminente grandeur l'effrayait. Il voyait en Elle les signes évidents de la divine présence et en était bouleversé ; et parce qu'il ne pouvait pénétrer ce mystère, il inclinait à La renvoyer. Pierre fut effrayé par la grandeur de la puissance de Jésus ; le centurion fut effrayé par la majesté de sa présence ; Joseph assurément frémit aussi, comme un simple mortel, devant la nouveauté d'un si grand miracle. Vous vous étonnez de ce que Joseph se jugeât indigne d'habiter avec une Vierge devenue Mère, quand vous entendez sainte Elisabeth elle-même, qui ne peut soutenir sa présence sans être saisie de crainte et de respect ? Ne dit-elle pas, en effet : « D'où m'arrive que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? » (Lc. 1,43)
Voilà donc pourquoi Joseph inclinait à La renvoyer ; mais pourquoi secrètement, et non pas ouvertement ? De crainte, sans doute, qu’on ne recherchât la cause de ce départ et qu’on ne voulût en connaître le motif. En effet, qu’eût répondu l’homme juste à un peuple à la tête dure, à un peuple incroyant et rebelle ? S’il dit ce qu’il pense et comment il a été convaincu de la pureté de Marie, est-ce que les Juifs incrédules et cruels ne vont pas aussitôt se moquer de lui, et lapider son épouse ? Comment pourraient-ils croire à la Vérité qui se tait dans le sein maternel, ceux qui, plus tard, méprisèrent sa voix dans le temple ? Que feraient-ils à celui qui ne parait pas encore, quand peu après ils portèrent des mains impies sur celui qui se révèle par d’éclatants miracles ? C’est donc à bon droit que cet homme juste, pour n’être pas exposé à mentir ou à diffamer son épouse innocente, inclinait à La renvoyer en secret.»
Quant au danger qui aurait résulté pour la Mère et l’Enfant qu’Elle portait, si cette conception miraculeuse avait été annoncée aux Juifs, voici ce qu’en dit saint Jean Chrysostome (hom.3 in Mt.)
« En effet, si les Juifs avaient été au courant du mystère, ils l’auraient interprété malignement et auraient lapidé la Vierge sous l’accusation d’adultère... S’ils s’obstinaient à appeler Jésus le fils de Joseph, alors qu’il faisait tant de miracles, auraient-ils consenti à le croire né d’une vierge avant ses miracles ?. . . Enfin, si l’on avait eu quelque soupçon du mystère, on n’aurait pas tenu le Christ pour fils de David, et cette incrédulité aurait entraîné de fâcheuses conséquences.»