Pourquoi tronquez-vous systématiquement les citations que vous faîtes de ceux que vous appelez les antipapes conciliaires ?
Un exemple ici :
Le texte dans son intégralité peut être trouvé ici.« Les paroles du Christ rapportées en Mt.19,11s (ainsi que celles de Paul en I Cor. ch.7) ne donnent de fondement ni pour soutenir l'infériorité du mariage ni la supériorité de la virginité ou du célibat, en tant que, par nature, il consiste à s'abstenir de l'union conjugale corporelle....
Dans les paroles du Christ sur la continence "pour le royaume de Dieu" (Mt. 19,10-12), il n'y a aucune allusion se rapportant à l'infériorité du mariage en raison du corps, c.à.d. en raison de l'essence du mariage qui consiste dans le fait que l'homme et la femme s'unissent en lui de sorte qu'ils soient "une seule chair" (Gen. 2,24).» (JP 2, Audience Générale Mercredi 14/4/1982, OR Esp 18/4/1982 p.263)
COMPLÉMENTARITÉ DU MARIAGE ET DE LA CONTINENCE - Jean Paul II, Aud. gén. 14 avril 1982
La continence n’est pas proposée au détriment de l’union conjugale
Ces paroles du Christ, dans toute leur concision, sont admirablement riches et précises, riches d’un ensemble d’implications aussi bien de nature doctrinale que pastorale et, en même temps, elles montrent une juste limite en la matière. Ainsi donc toute interprétation manichéenne reste incontestablement au-delà de cette limite, comme le reste aussi, selon ce que le Christ a dit dans le discours sur la montagne, le désir " dans le cœur " (Mt 5, 27-28).
Dans les paroles du Christ sur la continence à cause du royaume des cieux, il n’y a aucune allusion au sujet de l’infériorité du mariage concernant le corps ou l’essence du mariage, qui consiste dans le fait que l’homme et la femme s’y unissent de manière à devenir " une seule chair " (Gn 2, 24). Les paroles du Christ rapportées dans Matthieu (19, 11-12) (et aussi les paroles de Paul dans la première lettre aux Corinthiens, chapitre 7) ne fournissent pas d’argument pour soutenir l’infériorité du mariage ou la supériorité de la virginité ou du célibat par le fait que ceux-ci consistent dans l’abstention de l’union conjugale dans le corps. Sur ce point, les paroles du Christ sont incontestablement claires. Il propose à ses disciples l’idéal de la continence et l’appel à cette continence n’est pas proposé en raison de l’infériorité ou au détriment de l’union conjugale dans le corps mais seulement à cause du royaume des cieux.
Les deux sont complémentaires
Dans cette perspective, un éclaircissement plus approfondi de l’expression " pour le royaume des cieux " est particulièrement utile. C’est ce que nous chercherons à faire par la suite, du moins sommairement. Mais, pour ce qui est de la juste compréhension du rapport entre le mariage et la continence dont parle le Christ, et de la compréhension de ce rapport tel que l’a compris toute la Tradition, cela vaut la peine d’ajouter que cette supériorité et cette infériorité sont contenues dans les limites de la complémentarité même du mariage et de la continence à cause du royaume de Dieu. Le mariage et la continence ne s’opposent pas l’un à l’autre et ne divisent pas la communauté humaine (et chrétienne) en deux camps (disons le camp des " parfaits " à cause de la continence et celui des " imparfaits " ou des moins parfaits à cause de la réalité de la vie conjugale). Mais ces deux situations fondamentales ou, comme on avait coutume de dire, ces deux " états ", s’expliquent dans un certain sens et se complètent mutuellement pour ce qui est de l’existence et de la vie (chrétienne) de cette communauté qui, dans son ensemble et dans tous ses membres, se réalise dans la dimension du règne de Dieu et a une orientation eschatologique qui est le propre de ce règne. Eh bien ! par rapport à cette dimension et à cette orientation — auxquelles doit participer dans la foi la communauté tout entière, c’est-à-dire tous ceux qui lui appartiennent — la continence à cause du royaume de Dieu a une particulière importance et une particulière éloquence pour ceux qui ; vivent la vie conjugale. On sait d’ailleurs que ces derniers constituent la majorité.
Dans l’un et l’autre état de vie la perfection se mesure à la charité
Il semble donc qu’une complémentarité ainsi comprise trouve sa base dans les paroles du Christ selon Matthieu 19, 11-12 (et aussi dans la première lettre aux Corinthiens, chapitre 7). Il n’y a, au contraire, aucune base pour une opposition hypothétique selon laquelle les célibataires, en raison de la seule continence, constitueraient la classe des " parfaits " et , au contraire, les personnes mariées, la classe des " non-parfaits " (ou des " moins parfaits "). Si, en s’en tenant à une certaine tradition théologique, on parle de l’état de perfection, on le fait non pas en raison de la continence elle-même, mais par rapport à l’ensemble de la vie basée sur les conseils évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance), car cette vie correspond à l’appel du Christ à la perfection (Mt 19, 21). La perfection de la vie se trouve mesurée par la charité. Il s’ensuit qu’une personne qui ne vit pas dans l’" état de perfection " (c’est-à-dire dans une institution qui fonde son plan de vie sur les vœux de pauvreté, de charité et d’obéissance), ou qui ne vit pas dans un institut religieux mais dans le monde, peut atteindre de fait un degré supérieur de sainteté — dont la mesure est la charité — par rapport à la personne qui vit dans " l’état de perfection " avec un degré moindre de charité. C’est pourquoi celui qui l’atteint, même s’il ne vit pas dans un " état de perfection " institutionnalisé, parvient à cette perfection qui jaillit de la charité, à travers la fidélité à l’esprit de ces conseils. Cette perfection est possible et accessible à tout être humain, aussi bien dans un institut religieux que dans le monde.
Les valeurs propres des deux états se complètent et se compénètrent
Aux paroles du Christ rapportées par Matthieu semble donc correspondre adéquatement la complémentarité du mariage et de la continence " à cause du royaume des cieux " dans leur signification et dans leur portée multiple. Dans la vie d’une communauté authentiquement chrétienne, les attitudes et les valeurs propres de l’un et l’autre état, c’est-à-dire de l’un ou l’autre choix essentiel et conscient comme vocation, pour toute la vie terrestre et dans la perspective de l’ " Église céleste ", se complètent et, dans un certain sens, se compénètrent mutuellement. Le parfait amour conjugal doit être marqué par cette fidélité et ce don à l’unique Époux (et aussi par la fidélité et par le don de l’unique Époux à l’unique Épouse) sur lequel sont fondés la profession religieuse et le célibat sacerdotal. En définitive, la nature de l’un et l’autre amour est " sponsal ", c’est-à-dire exprimé à travers le don total de soi. L’un et l’autre amour tend à exprimer cette signification sponsale du corps qui, " depuis l’origine ", est inscrit dans la structure personnelle même de l’homme et de la femme.
D’autre part, l’amour sponsal qui trouve son expression dans la continence à cause du royaume des cieux doit porter, dans son développement régulier, à la paternité ou à la maternité au sens spirituel (ou précisément à cette " fécondité de l’Esprit Saint " dont nous avons déjà parlé), de manière analogue à l’amour conjugal qui mûrit dans la paternité et la maternité physique et qui se confirme précisément en elles comme un amour sponsal. De son côté, même la procréation physique ne répond pleinement à sa signification que si elle se trouve complétée par la paternité et la maternité dans l’esprit, dont l’expression et le fruit sont toute l’oeuvre éducatrice des parents à l’égard des enfants qui sont nés de leur union conjugale et corporelle.
Comme on le voit, ils sont nombreux les aspects et les sphères de la complémentarité de la vocation, au sens évangélique, de ceux qui " prennent femme et mari " et de ceux qui choisissent consciemment et volontairement la continence à cause du royaume des cieux. Dans sa première lettre aux Corinthiens saint Paul écrira sur ce sujet " Chacun reçoit de Dieu un don particulier, l’un celui-ci, l’autre celui-là " (1 Co 7, 7).
Dans les saints cœurs de Jésus et Marie,
Guillaume