Quelques Saints d'Orient
Publié : lun. 07 sept. 2015 9:45
Saint Athanase d'Alexandrie
docteur de l’église catholique
295 - 373
VIE de saint Athanase
Remarque préliminaire
La vie d'Athanase fut commandée, pendant son long épiscopat de 46 ans, par la lutte acharnée contre l'arianisme. Cette vie est un vrai roman policier aux multiples péripéties : l'essence de la lutte est doctrinale et à tout instant saint Athanase est le défenseur intrépide de la foi du concile de Nicée : la foi en la divinité du Verbe incarné, Fils de Dieu. Mais cette lutte fut d'une complexité inouïe : subtilités doctrinales, rivalités politiques se nouent et se dénouent.
Pour l'histoire de la doctrine, - et ce point de vue est le plus important, - nous recommandons l'ouvrage de J.A. Moelher sur Saint Athanase. On trouvera un aperçu rapide des différentes doctrines qui vont s'entrecroiser dans Marrou qui unit la clarté à la sûreté de l'exposé. Voici les deux références :
J.A. MOELHER, Athanase le Grand et l’église de son temps en lutte avec l'arianisme, traduit de l'allemand par J.COHEN. 3 tomes, Paris 1840.
J. DANIELOU et H. MARROU, Nouvelle Histoire de l’Eglise,
1 Des origines à Grégoire le Grand. Paris 1963, au chapitre V de la deuxième partie : Les péripéties (de la crise arienne, par H. MARROU, p. 295-309.
Ce n'est qu'en 381, date du Concile de Constantinople, que la crise s'apaisera.
Une citation de Marrou rendra bien compte de la complexité de cette crise :
Il est extrêmement difficile de condenser de façon claire et précise le récit des développements de la crise arienne au cours de la période troublée qui s'étend de 325 à 381. La réalité historique a une structure polyphonique et il faudrait pouvoir en saisir et combiné tous les aspects divers à la fois. Il y a et le temps et l'espace : les générations se succèdent et les problèmes se transforment . nous constaterons une opposition presque constante entre l'occident latin (avec l'Égypte) paisiblement établi sur la définition de Nicée, et l'Orient grec beaucoup plus incertain où l'on est sensibilisé à l'extrême au danger sabellien
[Sabellius, dont l’origine n’est guère connue, vint à Rome en 217. Il répandit une doctrine mornachienne : le monarchisme, préoccupé de maintenir l’idée de l’unité de Dieu, niait la trinité des personnes, le Fils et l’Esprit Saint étaient, disaient-ils, des modes d’être du Père]
que les Occidentaux mettront vingt ans à découvrir.
Les idées et les Hommes : les questions de personne viendront souvent compliquer les problèmes d'ordre doctrinal, et ce temps a été fertile en fortes personnalités : lorsque le 8 juin 328, saint Athanase monte sur le trône d'Alexandrie, 1'homoousios acquiert un champion infatigable, mais son énergie même et, il faut bien le dire, la violence de son caractère, lui attireront beaucoup d'ennemis et le mettront souvent dans des situations difficiles. Il y a enfin ce que nous avons appelé la structure bipolaire de la société chrétienne : d'un côté, les évêques discutent, les conciles cherchent à définir, mais de l'autre, il y a l'empereur qui intervient pour appuyer les uns, exiler ou faire déposer les autres ; que l'empereur change, ou change d'avis, et la vie de l'Église s'en trouve aussitôt affectée.
H.MARROU op. cit. p. 297-298
1. Enfance et jeunesse
On ne peut rien avancer de précis sur la jeunesse de saint Athanase. On sait qu'il fut élevé à l'épiscopat vers l'âge de trente-trois ans, on en déduit la date de sa naissance : 295 sans doute. Il semble que saint Athanase soit né à Alexandrie, ses parents furent certainement chrétiens, d'origine grecque, pense-t-on : l'enfant reçoit un nom grec : l'immortel.
La persécution de Dioclétien éclata en 303, elle fut particulièrement longue et cruelle en Orient où elle ne s'apaisera qu'en 313. Saint Athanase avait alors de huit à dix-huit ans, il semble impossible que cette atmosphère de danger et de courage ne l'ait pas profondément marqué, donnant à sa foi une fermeté décisive.
Les écrits de saint Athanase témoignent de son érudition : il a une connaissance parfaite de la Bible, saint Athanase a reçu d'autre part une bonne formation hellénique, saint Athanase cite les auteurs grecs, sans doute d'après des anthologies, il connaît surtout Homère et Platon. Ses discours sont construits d'après les lois du genre héritées de Démosthène.
Il serait possible que saint Athanase, qui a écrit La vie d’Antoine et a tant aimé les moines auprès desquels il fit de longs séjours, ait connu Antoine dès sa jeunesse :
Je fus son disciple et comme Élisée, je versai de l'eau sur les mains de cet autre Elie.
Vie d’Antoine, Prologue 9, livre de saint Athanase
2. Du diaconat à l'épiscopat
Saint Athanase fut lecteur six ans, ensuite en 319 son évêque Alexandre l'ordonna diacre et le choisit peu après comme secrétaire. Le jeune saint Athanase rédige alors le Traité contre les païens et surl'Incarnation du Verbe, ouvrage unique en deux parties, mais souvent édité en deux livres distincts.
La querelle arienne éclate et saint Athanase suit son évêque au Concile de Nicée en 325. Alexandre mourut en 328 et le 8 juin de la même année, saint Athanase lui succéda et reçut la consécration épiscopale.
Tous disaient que c'était un homme vertueux, pieux, un chrétien, un ascète, un véritable évêque.
Apol. contre Ar., I, 6
3. Les débuts de l'épiscopat : de 328 à 335
Les premières lettres festales de saint Athanase montrent le nouvel évêque préoccupé d'affermir ses fidèles dans la foi et la pratique de la vie chrétienne. Tout semble calme. Athanase visite son diocèse, il rencontre Pacôme qui vint à sa rencontre avec ses moines à Tabenne.
Mais les difficultés s'amoncelèrent bientôt. Arius avait été rappelé d'exil, les ariens devenaient hardis et puissants à la cour impériale. Constantin demandait à saint Athanase d'admettre Arius à la communion ecclésiastique. Saint Athanase ne pouvait accepter. Bientôt les calomnies se multiplièrent : saint Athanase fut accusé d'avoir donné ordre de briser un calice, de renverser un autel sous prétexte qu'un prêtre schismatique mélétien officiait. Les mélétiens avaient désormais partie liée avec les ariens contre saint Athanase :
[Mélèce, évêque de Lycopolis, s’était révolté vers 306 contre l’évêque Pierre, patriarche d’Alexandrie, parce que celui-ci avait accordé le pardon à des apostats repentants. Mélèce avait alors ordonné des prêtres et même consacré des évêques, fondant une église schismatique]
Saint Athanase est accablé de tous les griefs : il a introduit un nouvel impôt, il a tenu tête à l'empereur, refusant la communion ecclésiastique à ceux qui la demandaient, bien plus il est accusé de conspirer contre la vie de l'empereur. C'est trop : saint Athanase est mandé à Nicomédie auprès de l'empereur mais l'accusé repart justifié :
J'ai accueilli votre évêque Athanase avec bienveillance, et je lui ai parlé comme le dictait la conviction que j'ai que c’est un homme de Dieu.
Lettre de Constantin, Apol ad Constant., 62
Une nouvelle vague d'accusations tenta de renverser saint Athanase : l'évêque d'Alexandrie aurait fait assassiner l'évêque mélétien Arsène. Mais celui-ci fut retrouvé en vie, bien caché dans un monastère d'Égypte.
Les ennemis de saint Athanase obtinrent de l'empereur la convocation d'un nouveau concile. Ce fut en 335 le scandaleux concile de Tyr. On accusa saint Athanase de tenter d'affamer la ville impériale et on obtint de l'empereur la déposition de saint Athanase et son exil.
4. Le premier exil, sous l'empereur Constantin,
11 juillet 335 au 22 novembre 337, séjour à Trèves.
Saint Athanase séjourna à Trèves où résidait le jeune Constantin, fils de l'empereur, qui l'accueillit avec honneur. L'évêque de Trèves Maximin fit aussi le meilleur accueil à l'exilé.
Il est certain que celui-ci apporta en Occident une lumière nouvelle au monachisme qui se cherchait. Saint Augustin raconte dans ses Confessions VIII, 15 comment on lisait encore à Trèves de son temps le livre de saint Athanase: Vie d'Antoine.
A Alexandrie, les ennemis de saint Athanase s'employèrent, mais en vain, à confier à Arius sa charge épiscopale.
L'histoire n'a rien retenu de l'exil d'Athanase à Trèves et les deux lettres festales datant de cette période sont perdues.
Les protestations qui s'élevèrent, nombreuses, contre l'exil ne furent pas entendues. Antoine, le " père des moines d'Orient " écrivit en vain à l'empereur qui répondit :
Il n'est pas croyable qu'une assemblée si nombreuse d'évêques éclairés et honnêtes eût agi par haine ou par complaisance (au concile de Tyr), même si quelques-uns l'avaient fait. Athanase est un insolent, un orgueilleux, un homme de désordre et de discorde. SOZOMENE, Hist. Eccl., II, 31
En 336, Arius mourait subitement. Le 22 mai 337, l'empereur Constantin mourait à son tour près de Nicomédie après y avoir reçu le baptême des mains de l'évêque arien Eusèbe de Nicomédie. L'empire fut partagé : à Constantin II revenaient la Gaule, l'Espagne et l'Afrique ; à Constance l'Orient et à Constant l'Italie et l'Illyrie.
Constantin II, qui avait toujours soutenu saint Athanase à Trèves et lui avait accordé sa confiance, le rappela à Alexandrie où le siège épiscopal était demeuré vacant ; il écrivit lui-même aux chrétiens d'Alexandrie :
Il n'a sans doute pas échappé à vos saintes pensées pour quels motifs Athanase, le prédicateur de l'adorable loi, a été envoyé momentanément dans les Gaules. La fureur de ses sanguinaires ennemis tenant des dangers suspendus sur sa tête, cette résolution fut prise afin qu'il ne lui arrivât pas malheur. C'est pour le mettre à l'abri de la vengeance de ses adversaires qu'il me fut confié... Déjà notre maître Constantin-Auguste, mon père, avait résolu de le rendre à votre piété bien-aimée, mais le sort commun de tous les hommes l'a rappelé au repos éternel avant qu'il ait pu accomplir son désir, j'ai donc cru devoir exécuter les intentions de l'empereur. Vous savez vous-mêmes de quels respects Athanase sera digne quand il reviendra auprès de vous...
SOZOMENE, Hist. Eccl., III, 2
Sur le chemin du retour, saint Athanase rencontra l'empereur Constance, il arriva à Alexandrie où saint Athanase fut accueilli triomphalement le 23 novembre 337. Son exil avait duré 28 mois.
5. Reprise des fonctions épiscopales : 22 novembre 337 au 16 avril 339
Les menées hostiles des ariens et des mélétiens reprirent aussitôt. L'évêque revenait sans le consentement de l'Église, disaient-ils, faisant appel au brigandage de Tyr, ce concile convoqué contre Athanase.
En juillet 338, Antoine le Grand, d'après le récit de saint Athanase, quitta son désert et vint à Alexandrie pour combattre l'hérésie arienne :
Les ariens prétendirent mensongèrement qu'Antoine pensait comme eux. Il s'en indigna et s'irrita contre eux. Alors, à la requête des évêques et de tous les frères, il descendit de la montagne, vint à Alexandrie, condamna les ariens, disant que leur hérésie était la dernière et l'avant coureuse de l'antéchrist. Il enseigna aussi au peuple que le Fils de Dieu n'est pas une créature, qu'il n'est pas tiré du néant, mais qu'il est le Verbe éternel et la Sagesse de la substance du Père. Vie d'Antoine, n°69
Vers la fin de l'année 338, les ariens envoyèrent une ambassade auprès du pape Jules pour demander la déposition de saint Athanase : Eusèbe de Nicomédie avait été élevé au trône épiscopal de Constantinople et dès lors les ariens s'enhardirent, se groupant autour de lui sous le nom d'eusébiens. Le pape Jules prit la défense de saint Athanase. Les eusébiens réunirent un synode à Antioche en 339 et prononcèrent la déposition de saint Athanase. Ils nommèrent Grégoire de Cappadoce évêque d'Alexandrie : Grégoire pénétra dans sa ville épiscopale sous l'escorte de soldats en armes, saint Athanase dut se cacher et s'enfuir. Il se réfugia à Rome auprès du pape Jules et ce fut le deuxième exil.
6. Le deuxième exil : sous l'empereur Constant
- du 16 avril 339 au 21 octobre 346 - séjour à Rome
Saint Athanase fut admis à présenter sa défense devant un synode romain et il fut réhabilité par le pape Jules en 341. Le séjour d'Athanase à Rome eut d'heureux résultats : l'Occident fut gagné à la foi du concile de Nicée et le monachisme oriental fut connu à Rome. Saint Athanase s'était fait accompagner de deux moines égyptiens ; saint Jérôme racontera plus tard comment ce fut alors que, pour la première fois, on entendit parler à Rome de Pacôme et d'Antoine (Lettre 127). En 342, saint Athanase fut appelé à Milan auprès de l'empereur Constant qui cherchait à obtenir de son frère Constance une grande réunion d'évêques des deux partis opposés ; en 343 il fit un voyage en Gaule, enfin, la même année, il se rendit au synode de Sardique. Sardique, dernière ville de l'empire occidental au nord de la Grèce, en Thrace, avait été choisie comme le lieu de rencontre de l'Occident et de l'Orient. Une nouvelle fois, saint Athanase fut reconnu innocent et les Pères de Sardique réclamèrent son retour à Alexandrie. En vain . L'empereur Constance en Orient s'y opposa. Cependant en 345, l'évêque Grégoire qui occupait le siège de saint Athanase à Alexandrie mourut, et peu après l'empereur Constance consentit enfin à rappeler l'exilé. Il fut de retour à Alexandrie, après plus de sept ans d'absence, le 21 octobre 346.
7. La décade d'or: de 346 à 356
Dix années d'épiscopat à Alexandrie : la chose semble à peine croyable ! On l'aura remarqué : ce n'est pas sans quelque hésitation que saint Athanase avait repris, très lentement, étape par étape, le chemin du retour. Le synode de Sardique était en fait la victoire des Occidentaux, l'Orient arien ne désarmait pas et saint Athanase revenait sous la menace des troubles.
La victoire de saint Athanase était, hélas - et il le savait - une victoire politique impériale, celle de Constant s'opposant à son frère Constance, celle de l'Occident s'opposant à l'Orient. Constance lui avait écrit cependant :
Hâte-toi au plus vite d'offrir ta présence à nos regards, afin qu'au comble de tes voeux, tu fasses l'épreuve de notre Clémence et sois rendu aux tiens. J'ai prié mon seigneur et frère Constant, vainqueur, de te permettre de venir. Rendu à ta patrie, tu nous devras à tous deux ce gage de notre grâce. Apologie contre Arien, 51
Une nouvelle fois, saint Athanase reçut de la part de ses fidèles un accueil triomphal. Il veillera à se montrer uniquement l'évêque de son peuple. La lettre pascale de 347, qui est un vrai chant de reconnaissance, signale la nomination de nouveaux évêques parmi lesquels d'anciens mélétiens réconciliés : cette mesure de clémence est à relever, car la position de saint Athanase fut en général, par amour de la foi de Nicée, prudente jusqu'à l'intransigeance.
Saint Athanase n'hésite pas à nommer des moines évêques [voir lettre à Dracontius] il en attend un renouveau de ferveur chrétienne et il met tout en oeuvre pour consolider l'unité de la foi.
Cette longue période privilégiée, à laquelle on donna le nom de décade d'or, est consacrée aussi à la production littéraire de saint Athanase qui écrit alors, entre autres, son Apologie contre les ariens.
Cependant, en janvier 350 l'empereur Constant meurt en Occident dans un soulèvement militaire, saint Athanase perd en lui un appui. Un usurpateur, le comte Magnence, est nommé empereur par les soldats gaulois. Magnence cherche l'appui de saint Athanase et lui envoie une ambassade mais, diplomate, saint Athanase la reçoit en pleurant la mort de Constant. Il invite ses fidèles à prier pour " le très pieux Auguste Constance " qui l'assure d'ailleurs de sa bienveillance :
Vaque avec ton peuple aux prières consacrées ! Nous voulons que, conformément à notre décision, tu sois en tout temps évêque dans ton église.
Apologie à Constance, 23
En 352 meurt le pape Jules. Le pape Libère lui succède et les ennemis de saint Athanase relèvent la tête, tentant de circonvenir Libère contre saint Athanase. Sur ces entrefaites, saint Athanase reçoit une lettre de l'empereur Constance qui lui " accorde " l'entrevue demandée... une entrevue que saint Athanase n'a jamais demandée ! Celui-ci comprend le danger : on tente de l'éloigner de son Église. Il se contente d'envoyer auprès de l'empereur une ambassade que celui-ci refuse d'accueillir ! Les hostilités reprennent. En 350, Magnence se suicide et Constance dévoile alors son jeu, il demande aux Gaulois qui n'y comprennent rien de renoncer à la communion d'Athanase.
En Gaule, Hilaire de Poitiers cherche à s'informer, Paulin de Trèves qui connaît saint Athanase proteste, mais aussitôt on l'exile.
En 355, un concile fut réuni à Milan et prononça la condamnation de saint Athanase. Trois évêques sur 300 protestèrent et refusèrent de signer. " Le seul canon, avaient dit les évêques, c'est la volonté de l'empereur " : saint Athanase se sait à nouveau traqué. Il rédige son Apologie à Constance. L'empereur cherche, mais en vain, à soulever le peuple contre l'évêque.
Dans la nuit du 8 février 356, l'évêque était en prière dans une des plus grandes églises d'Alexandrie, y célébrant une vigile. Et ce fut l'assaut subit à main armée :
J'ordonne au diacre de lire le psaume : " La miséricorde du Seigneur est grande dans les siècles " et je dis au peuple de répondre et de se retirer ensuite chacun dans sa maison. Mais à cet instant, le duc s'élança dans le temple et les soldats assiégèrent de toutes parts le sanctuaire... J'en atteste la suprême vérité, malgré tant de soldats et malgré tous ceux qui entouraient l'église, je sortis sous la conduite du Seigneur et m'échappai sans être vu, glorifiant surtout le Seigneur de ce que je n'avais pas trahi mon peuple et de ce que je l'avais d'abord mis en sûreté... Je fus ainsi miraculeusement sauvé par la Providence. Apol de fuga, 24
Saint Athanase prit la fuite. Où était-il ? Une nouvelle fois, le trône épiscopal était vide, l'empereur Constance avait atteint son but et il sut faire taire ceux qui élevèrent la voix pour protester : les résistants étaient exilés et, parmi eux, le pape Libère lui-même .
8. Le troisième exil : sous l'empereur Constance
- du 9 février 356 au 21 février 362 - dans les déserts d'Égypte
Saint Athanase fut poursuivi et il dut se cacher. Il s'enfuit dans les déserts peuplés de moines auprès desquels il trouvait refuge. En 356, Antoine mourut et légua son manteau à Athanase :
Antoine dit à ses deux compagnons : " ... Partagez mes vêtements. A l'évêque Athanase donnez une mélote et le manteau dont je m'enveloppais ; il me l'a donné neuf, je l'ai usé. A l'évêque Sérapion donnez l'autre mélote ; quant à vous, gardez le vétement de crins. Et maintenant, mes enfants, Antoine fait route, il n'est plus avec vous ".
Vie d'Antoine, 91
[Sérapion est l'évêque de Thmuis à qui saint Athanase adressa ses quatre lettres à Sérapion sur la divinité du Saint Esprit.]
A Alexandrie, la situation était dramatique. Toutes les églises sans exception devaient être remises aux ariens. L'empereur Constance s'excusait dans ses lettres impériales d'avoir si longtemps supporté saint Athanase, par respect pour la mémoire de son frère. L'empereur cherchait maintenant ouvertement à étendre l'arianisme à tout l'empire. Le siège épiscopal de saint Athanase fut donné à un arien connu pour sa richesse et son avarice, Georges de Cappadoce ; il avait été autrefois dégradé de la prêtrise à cause de ses vices. Il fut intronisé le 24 février 357 et le peuple chrétien d'Alexandrie eut à subir dix-huit mois de tyrannie. Le 29 août 358 en effet, ce fut l'émeute, le peuple se révolta et Georges de Cappadoce, l'évêque intrus, dut s'enfuir. Après un bref retour, il fut emprisonné le 1er décembre 361.
Cependant, l'empereur Constance mourut le 3 novembre 361. On arracha l'évêque Georges à sa prison pour l'assassiner le 23 décembre de la même année. Le nouvel empereur Julien - à qui on donnera le nom de Julien l'Apostat - réclama la riche bibliothèque de l'évêque Georges. Il rappela par un édit tous les évêques exilés. Saint Athanase revint à Alexandrie le 21 février 362.
9. Reprise des fonctions épiscopales: 21 février 362- 23 octobre 362
Pourquoi l'empereur Julien avait-il rappelé tous les évêques exilés ? Voulait-il vraiment faire preuve de modération ou espérait-il troubler le christianisme en mettant de nouveau en présence ariens et nicéens ?
Quoi qu'il en soit, l'évêque Athanase voulut mettre à profit la liberté dont jouissait l'Église pour pacifier les esprits. L'heure était enfin venue de discuter dans le calme. Saint Athanase réunit au printemps de 362 l'important synode d'Alexandrie : important, il le fut, par l'esprit de modération qui l'anima et par ses résultats, mais non pas par le nombre des évêques, 25 seulement. Chacun travailla à dissiper les. équivoques et les malentendus qui surgissaient souvent du vocabulaire. Saint Athanase lui-même accepta une terminologie différente : il maintenait la foi de Nicée définie par le symbole, mais acceptait que d'aucuns utilisent une autre expression que l'homoousios contesté, mal compris.
L'influence de saint Athanase contribua non seulement à la paix de l'Église, mais à la propagation du christianisme. L'empereur Julien en fut furieux et ordonna que saint Athanase reprit la route de l'exil, il chercha mais en vain à le faire assassiner.
Tandis qu'Athanase quittait une fois encore ses fidèles, il les rassura : " Ce n'est qu'un léger nuage, leur dit-il, ne vous laissez pas troubler, frères, il passera bientôt !"
RUFIN, Hist. Eccl. I, 34.
10. Le quatrième exil : sous l'empereur Julien l'Apostat
- du 24 octobre 362 au 5 septembre 363 - dans les déserts d'Égypte
Une nouvelle fois, Athanase se cache dans sa chère Thébaïde, parmi les moines. Il rend visite aux Pachômiens. Pachôme était décédé depuis longtemps (en 346), ce fut l'abbé Théodore qui reçut le saint évêque tandis que les moines l'escortaient au chant alterné des psaumes. Tandis qu'au moment du départ, les moines supplièrent saint Athanase de se souvenir d'eux dans ses prières, il leur répondit : " Si jamais je t'oublie, Jérusalem ! " (Psaume 136).
Cependant, l'empereur Julien mourut le 26 juin 363, frappé par une flèche au cours d'une expédition contre les Perses. Les soldats lui donnèrent Jovien comme successeur. Le nouvel empereur était chrétien. N'avait-il pas déclaré sous le règne de Julien qu'il aurait préféré renoncer à son grade de tribun que de retourner au paganisme ? L'empereur Jovien se hâta de donner à chacun la liberté religieuse et à inviter saint Athanase en termes flatteurs à venir lui exposer la saine doctrine sur la Trinité. Socrate, Histoire Ecclésiastique, III, 25.
Saint Athanase partit pour Antioche afin d'y rencontrer l'empereur, l'exil cependant n'était pas officiellement levé. A la demande de l'empereur, saint Athanase rédigea une exposition de la foi de Nicée, la foi orthodoxe. L'empereur reçut une ambassade arienne qui venait lui demander un nouvel évêque à Alexandrie et l'empereur leur répondit : " Adressez-vous à Athanase " ! L'unification religieuse semblait proche et saint Athanase revint à Alexandrie.
On date la fin de son quatrième exil du 5 septembre 363, date à laquelle le patriarche se mit en route pour rencontrer Jovien, mais le retour à Alexandrie n'eut lieu qu'en février 364. Il sera, une fois de plus, de courte durée
11. Reprise des fonctions épiscopales : de février 364 au 5 octobre 365
Le 16 février 364, Jovien mourut accidentellement. Deux empereurs lui succédèrent : Valentinien, un officier chrétien nicéen pour l'Occident, et son frère Valens, arien, pour l'Orient. Dès le 5 mai 365, Valens publia un édit réitérant l'ordre d'exil à tous les évêques qui avaient été proscrits par Constance. Saint Athanase tenta de résister, il se cacha aux environs de sa ville épiscopale. Le 5 octobre 365 cependant, malgré les supplications des fidèles qui demandaient de garder leur évêque, un ordre impérial direct prononçait l'exil de saint Athanase.
12. Le cinquième exil : sous l'empereur Valens
- du 5 octobre 365 au 31 janvier 366. Au désert ?
Où est saint Athanase ? On ne sait pas, il se cache. Certainement dans la banlieue d'Alexandrie d'abord où il se retire dans le grand caveau de son père ; saint Athanase gagne sans doute ensuite le désert. Les fidèles d'Alexandrie ne cessent de faire pression sur le gouvernement pour réclamer son retour. Finalement, Valens craignit une révolte du peuple et donna l'ordre de rappeler le proscrit.
13. Reprise des fonctions épiscopales et mort :
1er février 366 au 2 mai 373
Après ces derniers quatre mois d'exil, saint Athanase retrouve son vaste diocèse. Il connaîtra enfin un calme relatif : sept ans parmi son peuple. Sans doute, la lutte n'est pas apaisée : on incendie volontairement la vaste église, le Caesareum, mais l'empereur donne aussitôt ordre de la rebâtir, reconnaissant ce crime imputable aux païens. En 367, Lucius tente de s'emparer par force de l'épiscopat, mais cet arien notoire est aussitôt expulsé.
Tout se calme peu à peu. Saint Athanase peut enfin écrire des oeuvres qui ne sont pas directement des oeuvres de combat. Il rédige un commentaire du livre des psaumes (livre perdu). En 366, le pape Damase est élu à Rome et intervient directement pour condamner l'arien Auxence de Milan et, dans sa Lettre aux Africains, saint Athanase parle des écrits de " notre cher collègue Damase, l'évêque de la grande Rome ".
D'autre part, une correspondance s'établit entre saint Athanase et le jeune évêque Basile de Césarée : ensemble, ils recherchent l'union entre l'orient et l'occident.
Enfin, dans la nuit du 2 au 3 mai 373, saint Athanase mourut : il avait 77 ans d'âge, 46 d'épiscopat et avait vécu plus de dix-sept ans en exil.
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