Début de l'article publié en la revue Sub Tuum Praesidium :
Il me faut commencer par préciser que cette analyse (d' "
eros est agapé") est, en ce qui me concerne, en partie aisée, en partie délicate et difficile.
Aisée, en ce qui s’y rapporte à la doctrine catholique ou à son écart en matière théologique, difficile pour ce qui en découle de doctrines hétérodoxes qui me sont mal connues.
En ce second genre, il me faut donc me fier aux remarques apparemment très pertinentes et justifiées que d’autres ont faites avant moi en signalant ces rapports significatifs de nombreux passages et même de l’esprit général de l’auteur avec des doctrinaires et théories acatholiques.
Signalons d’abord une double "captatio benevolentiae" au début et à la fin de ce texte. Il part d’une citation de Saint Jean en évoquant "l’amour de Dieu", et finit sur une prière à la Sainte Vierge. De quoi bien disposer les âmes simples et pieuses.
Toutefois, au-delà de ces apparences en trompe-l’oeil, si l’on considère l’ensemble du texte proprement dit et l’idée principale qui s’y trouve véhiculée, on peut remarquer, selon l’heureuse réflexion d’un jeune suisse (Luern), que
"B16 part de l'homme (comme le faisait El Subito [= JP 2]), de sa conscience, de son expérience du désir, etc .., ensuite il parle des doctrines non chrétiennes (il cite Nietzsche au début) et dans cet arrière-fond, il inscrit la Révélation."
Selon l’aveu d’un "religieux conciliaire",
B 16 "n’hésite pas à avoir recours à des éléments conceptuels tirés de la phénoménologie et du personnalisme"
d’autres disent à René Guénon, à l’ésotérisme, au tantrisme, à Kant et autres esprits tordus.
Quant au point de départ, revenons sur la citation de l’Apôtre Saint Jean qui sert en même temps de titre trompeur :
"Deus caritas est".
Tant en ce passage de la Sainte Ecriture que dans les commentaires qui en sont faits par les Saints Docteurs, tout est centré sur Dieu, part de Dieu et ramène à Dieu en passant par l’amour du prochain pour l’amour de Dieu.
Dans l’optique de Ratzinger, tout est centré sur l’homme, part de l’homme et ramène à l’homme et à l’humanisme, en passant (pour ainsi dire) par Dieu comme moyen à la fois d’auto-dépassement ou d’auto-"réalisation" et en vue de mieux servir l’Homme et l’Humanité, ou selon les expressions singulièrement osées et significatives de JP 2,
"sur cette route qui conduit du Christ à l’homme" (R.H. 13), "en Jésus-Christ marcher vers l’homme" (D.i.M. 1) :
nouvelles inversions sataniques !