La "puissance sacramentelle" du coeur de l'homme
Publié : ven. 01 déc. 2006 20:42
Voici, extrait textuellement du livre de l'abbé Bougaud un remarquable chapitre, propre à nous animer à une confiante prière.
Ne trouvez-vous pas que cet extrait est propice à rendre espoir à beaucoup d'âmes, tout particulièrement à notre époque…?L'abbé Bougaud dans [i]Le Christianisme et les temps présents[/i] a écrit : Qui peut dire les miséricordes de Dieu au lit de mort de ses enfants ? Là, dans ces ombres confuses de la dernière heure, où l'oeil de l'homme ne discerne plus rien, qui peut savoir ce qui se passe entre Dieu et une âme ? Quand l'âme erre sur les lèvres comme un léger souffle, déjà plus de la terre, pas encore du ciel, au moment où Dieu s'approche pour recueillir cette âme, qui peut dire ce qui se passe ? Une mère repousserait-elle son enfant même ingrat ? N'essaierait-elle pas tous les moyens de le ramener à elle ? Ne ferai-t-elle pas les premières et les dernières avances ? N'excèderait-elle même pas, et jusqu'au bout ne chercherai-t-elle pas à le sauver, malgré lui ? Or, Dieu est plus que mère.
Voyez ce qu'il a fait pour rendre la perte des âmes presque impossible. C'est peu de nous avoir enveloppés de cette grâce dont il est dit qu'elle nous prévient, qu'elle nous accompagne, qu'elle nous suit, qu'elle nous enveloppe et nous baigne comme un atmosphère; c'est peu d'avoir établi sept Sacrements, c'est-à-dire sept fleuves de lumière et de force qui arrosent la vie tout entière et chaque période de la vie : comme si ce n'était pas encore assez pour rassurer son coeur de père; voyez et adorez l'admirable invention de son amour.
Vous êtes dans une île déserte : vous êtes seul ; vous n'êtes pas baptisé : il n'y a là, pour vous donner le Sacrement de la régénération, ni un prêtre, ni un chrétien, ni un homme. Vous allez mourir. Serez-vous perdu ? Non. Vous avez un coeur, vous en tirez un seul acte, un acte de désir, un acte d'amour : vous voilà baptisé, régénéré, sauvé. Qui enseigne cela ? L'Eglise.
Vous êtes malade, déjà vous sentez que la mort étend sui vous ses ailes funèbres. Vous rappelez vos péchés, vos faiblesses, tel acte dont la conscience vous dit : Ceci, certainement, incontestablement, c'est mal. Le prêtre n'arrive pas pour recueillir votre aveu, l'offrir à Dieu et vous pardonner en son nom : Que faire ? Vous avez un coeur, vous en tirez un souffle, un cri, une larme, un regret, un acte d'amour, un seul ! Vous voilà absous, purifié, pardonné.
Vous êtes dans une église à l'heure où le saint Sacrifice de la Messe ne s'offre pas, où nul prêtre n'ouvre les portes du tabernacle : cependant vous avez faim et soif de Dieu : vous dites :
Comme un cerf altéré soupire après les sources d'eau vive, ainsi mon âme soupire après vous, ô mon Dieu ! Serez-vous privé du bonheur de la sainte communion ? Non. Vous avez un coeur, vous en tirez un acte d'amour, vous voilà communié. Qui dit cela ? L'Eglise. Et elle enseigne que cette communion de désir peut avoir une telle intensité, qu'elle égale, en résultat, la communion réelle, et que quelque fois elle la surpasse.
Ainsi, le coeur de l'homme a reçu de Dieu une sorte de puissance sacramentelle. Il baptise, il absout, il communie. Il produit tout seul les effets des Sacrements, et les remplace quand on ne peut pas les recevoir. Il est à lui seul toute la religion. Que dites-vous donc quelquefois, que nous damnons tout le monde ? Eh ! Vous voyez bien que nous ne pouvons damner personne. Cet homme qui va mourir, il blasphémait tout à l'heure; le prêtre est venu, il l'a repoussé ; le crucifix, il l'a écarté de la main. Cela a été son dernier mot, son dernier acte. Puis il est tombé dans les ténèbres, et dans ces derniers bégaiements que l'homme n'entend plus. Les secours de la religion ne pourront plus arriver jusqu'à son âme, désormais trop avancée dans les ombres de la mort. Mais il lui reste son coeur : et, pour être sauvé, pardonné, que faut-il ? Un simple acte d'amour, un seul désir, un seul regret, un seul mot : Mon Dieu, je vous aime ! Hommes aveugles, qui pleurez de désespoir autour de cette couche ! Pendant ce temps, peut-être, les anges emportent l'âme avec des cris de joie. Elle a été sauvée par le huitième Sacrement.
…
Cet homme qui vient de se suicider, oh ! Il a fait un crime affreux. L'Eglise se détourne avec horreur de ses restes mutilés, et elle fait bien. Mais enseigne-t-elle qu'il est certainement perdu sans ressources ? Non, certes : car qui sait ce qu'à fait son âme au moment où elle partit, blessée, de ce monde ? Qui sait ce qu'elle a vu à la lueur du coup qui l'a tuée, qu'elle révélation lui a apportée la décharge de l'arme à feu ? Elle a eu bien peu de temps ! Direz-vous. Eh ! Que fait le temps ici ? Un mot, un cri, un regard, un élan, c'est assez pour qu'elle sorte purifiée de ce monde…
Elévation :
Ah ! Sans doute, Seigneur si l'on comptait sur ces miséricordes de la fin, au lieu de vous servir pendant la vie, ce serait à la fois tenter et outrager votre Providence. Vous les réservez, ces bontés, à ceux qui ont eu moins de secours, qui se sont trouvés plus exposés ; en ce moment vous leur rendez ce que vous avez distribué à d'autres au courant des années. De ces consolantes pensées je ne tirerais donc pas pour moi-même un motif d'attiédissement et de présomption, mais une grande espérance pour tant d'âmes peut-être, dont la mort sans préparation m'avait laissé un chagrin mortel au cœur, et comme un désespoir. Oui, mon Dieu, vous êtes bien le père tendre, aimant, vigilant, indulgent, le père par excellence. Et comment passer un instant, un seul, sans vous aimer de toute la force d'un cœur aimant !