Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)
3. Actualité doctrinale
Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?
RÉPONSES AUX OBJECTIONS : (*)
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198. « Ainsi donc, selon la passion de la joie, l'âme s'inquiète et se trouble.
Pour détacher cette passion de tout ce qui n'est pas Dieu, il faut savoir que tout ce dont peut se réjouir d'une manière particulière la volonté est pour elle suave et agréable ; or cet objet suave et agréable, quel qu'il soit, dont elle fait sa joie et ses délices n'est pas Dieu.
Dieu, en effet, qui ne peut être perçu par aucune des autres puissances, ne peut l'être non plus par les penchants et les goûts de la volonté, car sur cette terre l'âme ne pouvant goûter Dieu d'une manière essentielle, toutes les suavités et délices qu'elle peut savourer, si élevées qu'elles soient, ne peuvent être Dieu.
De plus, la volonté ne peut goûter et désirer d'une manière particulière tel ou tel objet qu'autant qu'elle en a la connaissance.
Or comme elle n'a jamais goûté Dieu tel qu'il est, et qu'elle ne l'a pas connu par quelque appréhension de ses puissances, elle ne peut pas savoir comment il est, ni ce que c'est que de le goûter. Ses puissances sont incapables de le goûter et de le désirer. Il est au-dessus de toute sa capacité.
Il est donc clair qu'aucune de ces choses particulières où elle met sa joie n'est Dieu ; voilà pourquoi, si elle veut s'unir à lui, elle doit faire le dénuement dans ses puissances et se détacher de toutes les joies particulières qui pourraient lui venir d'en haut ou d'en bas, car si la volonté peut d'une certaine manière comprendre Dieu et s'unir à lui, ce n'est pas par un moyen appréhensif de ses puissances, mais par l'amour.
Or comme ni les délices ni la suavité ni les joies perçues par la volonté ne sont l'amour, il en résulte qu'aucun de ces sentiments agréables ne peut être un moyen proportionné pour l'union de l'âme à Dieu ; il faut l'opération de la volonté elle-même, opération qui est toute différente de son sentiment.
Par l'opération, elle s'unit à Dieu, et son terme c'est l'amour, mais non l'effet du sentiment ou de l'appréhension qui s'arrête à l'âme, comme à son but et à son terme.
Les sentiments peuvent seulement servir de motifs pour aimer, si la volonté veut aller de l'avant ; mais là s'arrête leur rôle.
Voilà pourquoi les sentiments de joie par eux-mêmes ne dirigent pas l'âme vers Dieu ; ils la fixent plutôt en eux-mêmes.
Seule l'opération de la volonté, qui est d'aimer Dieu, place l'âme en lui ; elle laisse loin derrière elle toutes les créatures, et aime Dieu au-dessus de tout.
Par conséquent, si quelqu'un se met à aimer Dieu non à cause du plaisir qu'il y éprouve, c'est qu'il laisse de côté cette suavité et met son amour en Dieu, lequel n'est pas sensible.
S'il mettait avec advertance son amour dans la suavité et le goût qu'il ressent, ce serait le mettre dans la créature ou ce qui la concerne, et prendre ce qui n'est qu'un moyen pour la fin et le terme ; par conséquent l'oeuvre de la volonté serait vicieuse...
En effet, il n'irait plus à la recherche de Dieu avec une volonté qui a pour fondement le dénuement de la foi, mais avec une volonté qui s'attache au goût spirituel, c.à.d. à quelque chose de créé, et par conséquent il suivrait ses inclinations : il n'aimerait pas Dieu purement et au-dessus de tout, en d'autres termes, en mettant en Dieu toute la force de la volonté.»
(Saint Jean de la Croix,
La Montée du Carmel, L. 3 ch. 45,46 ; ou Fragment 1, 2)
199. Voilà donc amplement démontré comment la Bonté Divine voulant se diffuser et se faire partager est la Cause première et la Fin suprême de tout, en particulier de la Vie intérieure, de la sanctification et du salut.
Quant à la cause finale de l'Incarnation, elle est la même que celle de notre sanctification, avec ces trois éléments distincts dans leur ordre hiérarchique :
1̊) la Gloire accidentelle de Dieu ou manifestation de sa Bonté "ad extra",
2̊) la Gloire accidentelle du Verbe Incarné, et
3̊) la sanctification du genre humain, comme cela a été démontré (n° 127, 171, 174, 186) :
telle est la réalité, et la réalité révélée ; les choses étant ce qu'elles sont, et non autrement ;
Dieu sachant de toute éternité qu'elles seraient ainsi et non autrement, ayant donc depuis toujours tout pensé, voulu et organisé (cf. n° 207) dans ce contexte et non en dehors.
(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.