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Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : mer. 02 juin 2021 19:06
par Alexandre
III. La loi.

Est-il bien vrai que cette humiliation de Jésus demeure le modèle de la nôtre?
Est-il bien vrai que, pour être chrétienne, notre humilité doit être une inclination à nous juger dignes de mépris.
Ou bien plutôt ne devons-nous pas voir là qu'un admirable excès, un stimulant sans pareil, ayant pour but de nous contraindre au moins à une humilité commune?
Sans doute, cet exemple est un stimulant; mais il est autre chose et tout autre chose: il est une loi, ou plutôt la révélation d'une loi et sa promulgation authentique.
Il ne s'agit pas de se payer de mots, et de s'en tenir à de vagues sentiments. Creusons à fond cette vérité.
Ce que Jésus fait ici, à quel titre le fait-il?
Est-ce en qualité d'Homme-Dieu? Nullement.Comme tel, il mérite toute gloire.

Est-ce en qualité de Rédempteur? OUI, et c'est à ce seul titre.
En tant que Rédempteur, il est notre représentant et notre caution. Or, l'attitude que prend mon représentant est exactement celle qui me convient, qui m'incombe de plein droit_Le prix que paie ma caution, est le prix dont je suis redevable... l'abjection de Jésus ne crée donc pas une obligation, elle la montre.
La loi d'abjection existait pour nous, pécheurs; mais nous ne la connaissions pas; et sans Jésus, nous ne l'aurions jamais connue...
Il vient, il prend nos fautes, il connaît l'humiliation qu'elles méritent;... et cette humiliation, il la subit, il la veut, il l'aime...
Et quand il nous dit: "Je suis humble de coeur", c'est comme s'il nous disait:"Être humble c'est la loi; Je l'ai subie pour vous. Mais c'est surtout votre loi; subissez-la!"

O Jésus, quelle leçon! Je ne l'avais jamais bien comprise!
Tout me l'insinuait, cependant: les expressions reçues, les conclusions constantes, les choses elles-mêmes; je le savais donc, et voilà que cette vérité me paraît pourtant nouvelle!... C'est que je la commande enfin... Oh! merci de me l'avoir révélée... Vous avez vu ma bonne volonté, mes désirs, mes besoins surtout; et vous vous êtes dit dans votre miséricorde: que mon humilité d'abjection lui ouvre enfin les yeux!

Résolution: Si l'humiliation est ma loi, pourquoi m'irriter contre elle? Je veux me faire doux en toute occasion pénible à mon orgueil.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : ven. 04 juin 2021 13:59
par Alexandre
SIXIEME MEDITATION DE LA TROISIEME SEMAINE

XXè Exercice: Humilité d'abjection - -Son caractère mystérieux

Premier point: Elle est une sorte de mystère.
Deuxième point: Ce mystère trouve son explication dans le mystère du péché.
Troisième point: Le péché originel suffit.

Préparation pour la veille:

La méditation de demain explique et complète les deux précédentes. Bien plus, elle établit leur conclusion sur des preuves irréfutables. Ces preuves, remarquons-le bien, relèvent principalement de la foi; ainsi s'explique cette sorte d'inquiétude qui étreint la raison, car la raison a peur des abîmes où elle est entraînée, même logiquement.
Au milieu de leurs obscurités, elle a beau toucher le vrai, elle ne se rassure pas, elle voudrait le voir directement et en lui-même. Notre premier devoir est dons de nous méfier non pas de la raison, mais de ses habitudes. La raison trouve étrange ce qui ne lui est pas familier; elle appelle volontiers rêveries ce qui la dépasse, et traiterait dédaigneusement de mysticisme une doctrine profonde. Que faisons-nous ici? Nous en appelons de la raison mal impressionnée à la raison logique et conséquente. Les dogmes de la foi sont-ils vrais? L'humilité d'abjection découle-t-elle de ces dogmes? Ces principes, une fois démontrés, leur conclusion doit être admise au même titre que les mystères, si elle reste mystère elle-même.
On le croit, on se l'affirme, et cependant, on reste indécis, tant la nature est tenace, tant il est vrai que notre volonté, pas plus que notre raison, ne peut se suffire à elle-même.

De cette disposition, découle un second devoir, qui est d'implorer la grâce, ce secours divin qui nous fera franchir le difficile passage de la preuve à l'adhésion franche et entière. O mon Dieu, établissez-moi enfin dans la vérité; créez en moi une conviction inébranlable!
_Une telle est plus rare qu'on ne le pense; et pourtant, ô mon Dieu, la conviction n'est pas encore la vertu, et c'est la vertu même que vous attendez de moi!... La vertu, c'est la facilité qui fait aux humiliations l'accueil le plus doux; c'est l'habitude sainte qui en soutient paisiblement le fardeau, tant que votre volonté l'impose; chez quelques âmes, c'est l'amour qui leur ouvre les bras, et qui parfois les appelle!
O mon Dieu! Que j'ai besoin de vos puissantes grâces! O Jésus, vos exemples passés ne me suffisent pas; venez en moi, venez vous-même, pour les vivre encore!

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : ven. 04 juin 2021 14:47
par Alexandre
MEDITATION

Premier prélude._ Se représenter Jésus homme Dieu en face du péché originel et proclamant que sa Passion et sa mort sont un moindre mal. Avec lui plongeons nos regards dans le mystère de ce péché comme on le fait au bord d'un abîme._Abîme si obscur que l'oeil se dilate jusqu'à la fatigue, sans rien distinguer; si profond que l'oreille ne perçoit pas le choc du caillou qu'on y jette._ Les moyens d'appréciation dont nous manquons, Jésus les possède: voyons par ses yeux, jugeons d'après sa pénétrante raison.

Deuxième prélude._ Demander le grâce de m'abandonner Jésus, pour le suivre avec conviction et amour dans la voie de l'humilité.

I. L'humilité d'abjection est une sorte de mystère.

Elle l'est pour le rationaliste qui la trouve absurde; elle l'est, hélas! pour nous qui la regardons peut-être comme un pieux excès, du moins pratiquement.

Afin de réformer nos idées, il sera bon de ne pas isoler notre divin Maître de ses disciples les plus éclairés. En eux c'est toujours Lui, d'ailleurs, puisque c'est son esprit; mais c'est Lui plus près de nous, plus semblable à nous.
Rappelons à notre mémoire les expressions désolantes dont s'accablent les Saints: "un abîme de malice, un avorton, le rebut de l'humanité, etc."
Voyons leurs sentiments; ils se jugent indignes de parler, indignes même de vivre. De telles expressions leurs sont familières, elles se trouvent dans la bouche de tous... C'est comme un gémissement traditionnel depuis le Calvaire... Quel spectacle que celui de ces dix-neuf siècles d'une telle humilité, toujours la même et la seule qui soit canonisée!...
Considérons la logique de leur humilité: des paroles, elle passe aux actes. On les méprise, on les persécute: ils sont doux.
_On les outrage, on les frappe: ils ont un sourire de joie.
_On les déclare mauvais et ils avouent l'être plus encore.
_On les délaisse et ils le trouvent bon.
_Ils se jugent inutiles; le bien qu'ils font ils proclament qu'il se fait par Dieu, et que c'est moins avec eux, que malgré eux, qu'il s'accomplit.
Voilà ce qu'ils disent, voilà ce qu'ils sentent; et comprenons-le bien: voilà vraiment ce qu'ils pensent.
Voyons ceux qui se sont montrés plus particulièrement altérés d'humiliations: ils aspirent au mépris comme les ambitieux aspirent à la gloire;et quand Dieu leur demande quelle récompense ils choisissent pour le prix de leur travaux, ils répondent: souffrir et être méprisés pour vous!

Confondons-nous devant eux... Ce sont des légions d'hommes semblables à nous, souvent moins coupables, toujours plus méritants...

II.Cette humilité trouve son explication dans le mystère du péché.

L'homme comprendrait l'humilité d'abjection, s'il était capable de sonder à fond l'abîme du péché.
Jésus-Christ en a exploré les sombres profondeurs à la double lumière de sa science infuse et de sa vision béatifique.
La sainteté de l'Être infini, sa majesté, sa bonté, sa beauté suprême, toute la splendeur des attributs divins, inondant son âme de clartés éblouissantes, lui montraient à quel point Dieu mérite le respect, l'amour et la louange.
Puis, tout à coup, le spectacle change: le péché vient d'atteindre toutes ces merveilles?
Il s'abat sur l'honneur divin comme pour l'anéantir. A cette vue, une confusion éperdue, une amère désolation envahissaient Celui qui portait les péchés du monde...
Contemplons- le, écrasé sous ce poids, dans son agonie. entendons ces paroles d'un étrange découragement:"Transeat a me. Que ce calice s'éloigne!"Remarquons cette sueur de sang qui qui témoigne d'une sorte de désastre!...
Et pourtant, disons-le sans hésiter, l'humanité sainte du Sauveur elle-même, ne connaissait pas tout lle désordre, tout l'outrage que contient le péché... Seule sa nature divine avait la pleine lumière!
Quelle n'est pas ma confusion, ô Père adorable, de me voir mesurer le péché à son apparence extérieure ou à la connaissance que m'en donne la raison!... Quoi! pour la raison de Jésus, le péché garde ses mystères! Ah! Je commence à comprendre qu'en fait d'humilité, je ne sais rien, et que je ne saurai jamais tout!...
Le mystère se trouve dans le péché seul, et non dans l'humilité, qui est sa conclusion logique.
Elle est, en effet, l'état qui convient au pécheur.
C'est une sentence de justice qu'il doit porter contre lui-même...
Mais comment peut-il la porter s'il est incapable de sonder la vérité de sa faute?
Une ressource lui reste, c'est de voir par des yeux plus pénétrants que les siens; c'est de juger non point par des sentiments de l'homme, mais par ceux de Dieu... Les Saints ont fait ainsi; voilà pourquoi la céleste folie de leurs abaissements demeure une profonde sagesse.
"Apprenez de moi", nous redis le Sauveur.
Qu'ai-je donc à chercher autre part? L'humilité est une vertu presque entièrement surnaturelle, haute comme les cieux, profonde comme l'enfer!...
Que la raison paraît courte, et qu'elle se sent faible en face cette révélation!

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : ven. 04 juin 2021 16:23
par Alexandre
III.Le péché originel impose d'ailleurs une telle humilité.

Pour dissiper les dernières ombres, demandons la grâce de comprendre comment cette humilité d'abjection, peut se trouver chez les Saints qui n'ont pas commis le péché personnel de quelque gravité.
D'autre part, ils ne sont point chargés des péchés d'autrui, dont la responsabilité explique du moins l'humilité de Jésus.
C'est vrai; mais ils ont été atteints de la faute originelle, et la participation à cette déchéance justifie, même chez eux, l'humilité d'abjection.
Une fois de plus reconnaissons-le sincèrement: c'est encore un mystère qui éclaire un autre mystère. Mais la réalité du péché originel est un dogme défini qui projette toute sa lumière de foi sur le sujet qui nous occupe.
Le péché originel domine sur l'humanité.
C'est principalement pour lui que Jésus s'est incarné. C'est pour lui qu'il est mort, pour lui qu'il s'est fait si humble.
Or, cette tache déshonorante, objet de l'aversion de Dieu, il reste toujours vrai que l'homme le plus juste l'a subie et portée... Il reste toujours vrai qu'il en traîne les suites humiliantes, jusqu'à la mort.
Ces ignorances, ces illusions, ces révoltes, ces propensions au mal qui troublent le sang et le cerveau, ne portent-elles pas dans le sein le ferment de tous les péchés? Quelle ignominie et quel danger!
Il n'est pas une seule faute commise par un homme que je ne sois capable de commettre.
_Et si pareil malheur ne m'est pas arrivé (et le sais-je?), c'est sans doute que l'occasion maîtresse, avec ses insidieuses préparations, ne s'est point présentée.
_Assez d'exemples, d'ailleurs, justifient cette crainte et cette humilité... "Misericordia Domini quia non sumus consumpti. Seigneur, c'est votre miséricorde qui m'a préservé de l'abîme."
Oh! Jésus, je ne résiste plus, je crois, à votre humilité et à celle des Saints. Je rougis de la mienne et de ses réserves, qui ne tiennent plus. Ai-je besoin de comprendre puisque vous enseignez... Je n'ai même pas besoin de vous entendre, je n'ai qu'à vous contempler. Je me fais de votre humilité extérieure un tableau vivant qui m'instruit, et je tâche de soupçonner de loin le mystère de votre humilité intérieure qui m'étonne...
Mais comme l'humilité est une vertu pratique, qui se mêle à tout, aux sentiments comme aux actes, je veux la pratiquer très généreusement et sans tant mesurer l'obligation qui m'y contraint. Peut-être parviendrai-je ainsi à la mieux comprendre... Ce doit être là le secret des Saints.


Note de bas de page:[/i]L'humilité d'abjection n'est-elle pas de nature à jeter l'homme dans une sorte de terreur et de trouble qui le paralyse; comme aussi d'amoindrir en lui le sentiment de dignité personnelle, ce guide élevé de la conscience ce ressort puissant de l'action?
La réponse est simple: voyez les saints, voyez surtout les plus humbles; leur paix, leur courage, leurs oeuvres!
Leur paix est imperturbable, elle s'appuie, non sur eux, mais sur Dieu. Aimés de lui que craindraient-ils? Toute inquiétude, toute tristesse se noie, au besoin, dans sa miséricorde!
Leur dignité personnelle! Ah! Qu'elle se fonde, non pas sur les qualités de nature qui s'élèvent peu; mais sur les dons de la grâce, qui dépassent out le créé. Dans leur plus haute noblesse; dans l'action, ils se savent les instruments des volontés divines.
Comparez ces consciences et ces vies à celles des ambitieux!... Si, de nos jours, la piété ne comprend pas assez l'humilité, c'est qu'elle est, sans s'en rendre compte, sous l'influence répandue partout du rationalisme; or, le rationalisme, nous ne le cesserons de le dire, n'est pas la raison, car la raison bien informée, reconnaît le devoir d'admettre les vérités surnaturelles. Il est une raison étroite, qui ne veut rien voir hors de sa sphère propre.
Beaucoup de fausses idées, beaucoup de maux dérivent de cette erreur._Mais dira-t-on encore: sous le poids de tels sentiments d'humilité, il est impossible de jouir, d'aimer, de se distraire, en un mot, de vivre sa vie?
Point du tout, voyez l'effet que produit sur vous la pensée de la mort, par exemple, de la mort qui sûrement un jour viendra nous arracher de ce monde, et d'une mort si subite qui peut fondre sur nous à chaque instant? Si elle demeure, au fond, un avertissement utile, elle nous laisse néanmoins calmes et occupés. Ainsi du sentiment de l'humilité.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : sam. 05 juin 2021 16:27
par Alexandre
ECLAIRCISSEMENTS Sur la méditation qui va suivre

I

Nous abordons le point délicat de l'humilité: nous mettre au-dessous des autres. Ici, plusieurs questions se posent, un tel abaissement entre-t-il véritablement dans les exigences de cette vertu? Est-il précepte ou de conseil?
Doit-il s'étendre jusqu'à cette intime persuasion qu'on est le dernier de tous les hommes?...
Commençons par rappeler certaines vérités indiscutables.

Première vérité.
_ Au jour de la Cène, Notre-Seigneur se met aux pieds de tous les apôtres, aux pieds même de Judas; et il déclare ensuite que cet abaissement doit être notre loi._ Plus tard saint Paul en rappelle l'obligation par ces paroles:" Traitez les autres comme vos supérieurs." Rien de plus clair au point de vue pratique. Cette règle de conduite, tous les saints l'ont suivie, tous sans exception; et l'Eglise ne canonisa jamais une humilité moindre: voilà donc légitimés, que dis-je? glorifiés ces prétendus excès!

Deuxième vérité.
_L'humilité est le sentiment de nos résistances coupables, de nos fautes et de nos défauts. Or, ce sentiment, quand il est vif, s'empare de l'âme toute entière, voile à ses yeux les fautes ou les défauts d'autrui, et lui fait sincèrement rechercher la dernière place comme étant celle qui convient à tant de misère. Cette tendance à l'abaissement a toujours été regardée comme essentielle à la perfection de cette vertu.

Troisième vérité.
_Une raison indirecte, mais très forte, de cette loi d'humilité se trouve dans ses rapports avec la loi de charité chrétienne: elle en est la sauvegarde la plus sûre. Il y aurait là de merveilleux points de vue à parcourir: il semble que la charité ne puisse s'étendre que dans l'espace fait par l'humilité.

II

De ces vérités, il résulte: 1/ que l'abaissement devant les autres entre bien dans les exigences de l'humilité, en ce sens que nous ne méprisions personne et que nous ne nous préférions à personne d'une façon absolue;
2/ qu'au delà de cette réserve, l'abaissement n'est plus que le conseil, et n'a d'autres limites assignées que celle que lui impose la prudence.


III[/b

Mais cet abaissement de conseil aux pieds de tous les hommes, est-il seulement une règle pratique? Serait-il, en outre, une règle de jugement? En d'autre termes, dois-je me mettre au-dessous des autres en inclinant à croire que c'est bien là ma place? Assurément! car le divin maître, ennemi absolu de toute hypocrisie, ne saurait nous demander une attitude qui fût en contradiction avec nos sentiments intimes.
Comment se forme une telle persuasion et comment peut-elle être sincère? C'est ce que nous étudierons dans la méditation de demain.
Contentons-nous de déblayer le terrain en faisant remarquer, dès maintenant, que la juste appréciation de soi doit se baser sur la vie toute entière, spécialement sur la manière dont elle finit et qui nous classe; or, un voile impénétrable recouvre cet avenir, le nôtre, et aussi celui de l'homme actuellement méprisable.
Cette impossibilité de se préférer à personne, permet donc de se mettre sincèrement au-dessous de tous.
C'est une conclusion de simple prudence, il est vrai; mais nous verrons comment l'humilité conseille de l'adopter.

IV

Serrant de plus près la question, faut-il se demander si l'humilité parfaite, exige que l'on se juge numériquement le dernier des hommes! Nous répondrons avec franchise: Non. Qu'on soit le dernier, exactement le dernier, parmi cette multitude d'hommes qui remplissent la terre, c'est spéculativement peu probable; et, si chacun doit le penser, c'est en fait, une erreur chez tous, excepté chez un seul.
_Cette réserve, qu'on pourrait étendre encore, n'enlève rien à la force des conclusions qui précèdent et que nous retrouverons bientôt. L'inclination pratique demeure, et c'est en elle que résiste l'humilité.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : lun. 07 juin 2021 9:57
par Alexandre
SEPTIEME MEDITATION DE LA TROISIEME SEMAINE

XXIè Exercice: "Le Mandatum novum" Se mettre aux pieds de tous.

Premier point: C'est l'humilité que Jésus entend nous enseigner jusqu'ici.
Deuxième point: Cette humilité est d'ordre surnaturel.
Troisième point: Raisons qui l'établissent.

Préparation pour la veille.Cette méditation bien comprise est de nature à modifier profondément nos idées. Sous ses obscurités apparentes, l'humilité d'abaissement est au fond très lumineuse. Ses exigences sont les exigences d'un Dieu sage, qui reconnaît à fond la nature humaine. Si elle régnait parmi les hommes, une immense paix règnerait avec elle et nul devoir ne serait trouvé trop dur.
je commencerai par laisser à mon esprit toute sa liberté d'examen. Le convenu, le factice n'établissent rien de solide, ni conviction, ni vertu. D'autre part, je me teindrai en garde contre les préjugés qui émanent soit de la nature inconsciemment réfractaire à ces idées, soit de l'opinion humaine entièrement aveugle sur ces questions. Je me rappellerai que les vérités surnaturelles, une fois prouvées deviennent comme les vérités de raison, des principes dont les conséquences doivent être admises, si elles en découlent rigoureusement.
Mais surtout je prierai, j'appellerai la lumière d'en haut; et, quand ma conviction sera faite, je prierai, je prierai encore pour que la sève féconde d'une telle humilité, passant dans tous mes sentiments, donne à ma charité pour le prochain cette vitalité et ce charme, qui sont ses fruits.
O Marie si humble, ô Jésus tout humble, pourquoi donc craindrais-je de m'abaisser autant que vous?
eaux saintes de l'humilité qui ne coulez que dans les basses vallées, transformez en oasis ces sables arides de mon stérile orgueil!

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : lun. 07 juin 2021 10:53
par Alexandre
MEDITATION
"Le repas achevé, le démon ayant mis la trahison au coeur de Judas, Jésus se lève de table, dépose ses vêtements d'honneur et se ceint d'un linge.
Puis, versant de l'eau dans un bassin, il se met à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer... Il arrive à Pierre et Pierre lui dit:" Vous, me laver les pieds? Jamais!" et Jésus lui répond:"Ce que je fais tu ne le comprendras pas à cette heure, mais tu le comprendras plus tard..."
"Quand il et fini de laver les pieds de tous les disciples, il reprit ses vêtements et, se remettant à table, il dit: savez-vous ce que je viens de faire auprès de vous? Vous m'appelez Maître, et vous dites bien, car je le suis. Si donc j'ai lavé vos pieds, moi, votre Seigneur et votre Maître, vous devez à votre tour, vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple que je vous ai donné, afin qu'après moi vous fassiez ainsi... En vérité, en vérité, le serviteur n'a pas plus de dignité à sauvegarder que le Maître...Si vous comprenez bien ces choses, bienheureux serez-vous en les accomplissant!"
Premier prélude. Se représenter le Cénacle vaste et somptueux.. Au dehors, les derniers rayons du jour font pâlir les longues draperies des fenêtres. A l'intérieur, les flambeaux étincellent. Au milieu, la table de la Cène, entourées de riches divans. Au dehors, Jérusalem silencieuse à cette heure...

Deuxième prélude. Demander le saint abaissement devant tous les hommes

I.C'est l'humilité que Jésus entend nous nous enseigner ici.

Tout le prouve; le sens de l'action et l'intention du Maître.

1/Le sens de l'action. De tous temps les hommes, et surtout les Orientaux, se sont servi d'une représentation matérielle, pour graver dans les esprits leurs leçons les plus importantes. Or, quelle action, exprime mieux l'humilité que celle de laver les pieds,- les pieds! cette partie basse qui foule le sol et se salit- mais ici ce n'est pas une humilité quelconque. C'est l'humilité à l'égard des hommes. Humilité sans parade: Jésus ne se fait point aider. Humilité résolue: il fait violence à saint Pierre. Humilité extrême: il s'agenouille aux pieds du dernier des hommes, Judas... Pénétrons-nous de tous ces détails significatifs.

2/L'intention du Maître. Par cet acte, Jésus entend imposer une forme nouvelle aux rapports des chrétiens entre eux, sans quoi la solennité de la leçon dépasserait l'importance de l'objet. Il fait appel à l'attention des apôtres:"Vous avez vu ce que je viens de faire."
Il indique son motif formel: je l'ai fait "pour vous donner l'exemple".
Il prend la peine de démontrer l'obligation qui en découle: "Si moi, votre Maître et serviteur, etc."
Il appuie sur l'importance de ce précepte en appelant "bienheureux ceux qui comprendront et qui l'accompliront."
Ce n'est donc pas un enseignement incident ou équivoque: c'est un enseignement préparé, expliqué, prouvé; il est plein et indiscutable.
Porterait-il par hasard sur la pratique spéciale de laver les pieds aux fidèles? Il n'est pas permis de s'arrêter un instant à cette hypothèse; ce serait convaincre d'infidélité l'Eglise, gardienne infaillible et jalouse des traditions sacrées. La pratique matérielle, d'une importance secondaire et d'un usage souvent difficile, a disparu. Elle n'était qu'un signe, l'humilité en était le sens, et son esprit n'a cessé d'animer la société chrétienne, s'adaptant immortel et flexible aux situations changeantes.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : lun. 07 juin 2021 11:22
par Alexandre
II.Cette humilité est d'ordre surnaturel.

Quelle est donc cette humilité que le chef des Apôtres ne peut comprendre encore et qu'il comprendra plus tard? Ce n'est pas la simple humilité de raison, c'est bien l'humilité surnaturelle qui lui révélera le Saint-Esprit.
L'humilité de simple raison, c'est l'abaissement devant Dieu; rien n'est plus surnaturel.
C'est aussi la modestie, ce frein de nos prétentions: la sagesse humaine l'approuve.
Mais l'abaissement devant ses semblables, devant les méchants eux-mêmes, devant tous les hommes enfin; mais cette attitude du plus grand se mettant aux pieds de tous, comme Jésus, et cela sincèrement: voilà ce que Dieu seul peut enseigner et imposer à l'homme.
En effet, pourquoi me mettre au-dessous des autres?... et comment le pouvoir faire avec conviction, quand chaque homme doit prendre ce même rôle à son tour?... N'est-ce point là une théorie exagérée, dont le bon sens fait bientôt justice, une fiction peu sérieuse, qui s'évanouit à la réflexion et ne nous accompagne pas dans la pratique?
NON, ce n'est pas une théorie exagérée; c'est l'enseignement universel des maîtres de la piété, à commencer par saint Paul:" Traitez tous les autres, nous dit-il, comme vous supérieurs."
NON, ce n'est pas une fiction vaine; c'est une inclination spécialement chrétienne.Tous les Saints se sont tenus pour les derniers des hommes;et s'il est une chose qui nous étonne plus que leur admirable vertu, c'est la conviction profonde de leur bassesse.
Le secret de cet enseignement se trouve dans une considération subtile peut-être, mais juste, sur notre condition personnelle. Apportons à la méditer un esprit sans prévention.
Certains vérités nous déconcertent, uniquement parce qu'elles vont à l'encontre des idées reçues.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : lun. 07 juin 2021 18:05
par Alexandre
III.Raison de cette humilité.

En chacun de nous il y a le bien et il y a le mal. Le bien vient finalement de Dieu, et nous n'avons pas le droit de nous en glorifier. Le mal au contraire, vient tout entier de nous, et nous en méritons toute la honte.
Telle est notre condition devant la justice divine.
Or, en face du bien et du mal, l'homme se trouve dans une situation fort différente, selon qu'il s'agit du bien et du mal qui sont en lui, ou du bien et du mal qui sont dans le prochain.
En face de lui-même il est constitué juge.
Il a sa conscience; il se connaît et se sent responsable.
Il se voit au fond assez tristement mauvais; il peut et, en vérité, il doit se déclarer tel.
En face du prochain il n'est plus juge, car il est sans compétence:_La culpabilité s'apprécie par l'intention qui lui échappe;
_l'ingratitude, par la proportion des grâces qu'il ne connaît pas;
_enfin la valeur d'ensemble, par le résultat éternel qu'il ignore.
Pour lui-même, il a des certitudes; pour le prochain, il n'a que des conjectures.
_Pour lui-même il a le devoir de se faire juge; pour le prochain, remarquons-le bien, il en a la défense:" Qui judicat fratrem detrahit legi: Celui qui se permet de juger son frère va contre la loi."
Si je n'ai pas le droit de juger les autres, comment aurais-je de me préférer à un seul?

O divin Maître! faites pénétrer en moi cette doctrine qui me surprend étrangement: Juger les autres me paraissait aussi juste que juger soi-même! Les hommes ne le font-ils pas tous les jours?_Il se trompent... Je me trompais avec eux!
O Jésus, ayez pitié de ma pauvre raison, qui ose à peine affirmer une telle humilité!... Elle la voit pourtant, mais au milieu des ombres...
Donnez-lui du moins la volonté d'être croyante...
Donnez-lui surtout le courage des conclusions saintes!
Dans mes frères, je ne dois envisager que ce qui vient de Dieu, le bien.
En moi je peux aussi considérer le bien, oeuvre divine; mais je dois avant tout juger mon oeuvre propre, le mal.
O sage partialité, tu rends la vie paisible et les rapports faciles!
O sublime point de vue, tu éclaires à la fois la charité et l'humilité, ces deux vertus éminemment chrétiennes; tu les confonds dans ce même principe: Dieu vu dans le prochain...
L'humilité l'y découvre, la charité l'y aime.
C'est un précepte nouveau. Ce n'est pas surprenant. Dès qu'un Dieu entre dans l'humanité, tout change, tout est nouveau; et si, par un vouloir formel et par de mystérieux rapports ce Dieu incarné se prolonge dans chaque homme, est-il donc étonnant qu'il y commande un respect surnaturel?

Résolution: Si je n'ai le droit de juger personne, comment aurais-je celui de me préférer à un seul?_me le répéter à l'occasion_ Me montrer plus déférent pour tous aujourd'hui.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : lun. 07 juin 2021 19:19
par Alexandre
QUATRIEME SEMAINE: GUIDE DE L'ÂME HUMBLE

PREPARATION A LA QUATRIEME SEMAINE

Nous voici convaincus et déterminés: nous voulons être humble.

1/ Mais ce mouvement a besoin d'être dirigé.
Les fausses notions qui nous enveloppent; nos erreurs personnelles, jointes aux habitudes prises sont des causes permanentes de déviation. Des lois secondaires méconnues, des conséquences mal déduites, peuvent nous laisser une humilité incomplète, fausse ou dangereuse.

2/par contre, la splendeur de la véritable humilité fera ressortir les imperfections de la nôtre et par son charme gagnera notre coeur.
Prendre le goût du bien, c'est déjà commencer à en vivre. Le désir est le germe qui tressaille, la sève qui monte; c'est l'effort qui tend au progrès.

3/ Quelques méditations seront ensuite consacrées aux applications diverses du sentiment de l'humilité, envers Dieu, le prochain et notre propre misère. Quelques autres enseigneront la culture de cette vertu, soit par l'extérieur lui-même, soit par l'impression intime, soit par ce grand essor surnaturel qui s'appelle l'amour du mépris.

4/Enfin, la vertu de prudence viendra tracer à tout ce mouvement sa marche logique et sage.
Cette quatrième semaine sera éminemment celle de l'humilité pratique.