Mgr Turquetil, Apôtre des Esquimaux.

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Louis Mc Duff
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CHAPITRE X

Préfet Apostolique

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Son enterrement, si l'on peut appeler ainsi la manière dont les Esquimaux disposent des cadavres, se fit au milieu des plus grandes difficultés, aucun de ces barbares non chrétiens n'osant toucher à un mort, et observant à leur endroit une foule de tabous plus ridicules les uns que les autres (3). Le prêtre dut lui-même se charger de beaucoup des détails.

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Comme il n'y a point, dans tout le pays les éléments pour faire la moindre latte (4), on ficelle le corps dans la peau sur laquelle il est passé de vie à trépas. C'est son cercueil. Puis, après le service à l'église, on le dépose au « cimetière » (5), c'est-à-dire sur le sol, où on le recouvre de pierres. C'est sa tombe.

Le P. Duplain, lui aussi, nous parle du fameux Joseph…
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(3) Par exemple, il est défendu parmi eux de sortir un mort par la porte de sa demeure, autrement personne ne pourrait plus y passer. — (4) Partant rien pour confectionner un cercueil. — (5) V. illustration Nº 69.

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Louis Mc Duff
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Le P. Duplain, lui aussi, nous parle du fameux Joseph, le premier néophyte de son supérieur. Non seulement pour montrer que ce dernier n'exagérait rien dans le portrait qu'il en avait fait, mais encore pour attester à quel point l'Esquimau chrétien persévéra dans sa ferveur première. Je me plais à reproduire ici ce que le nouveau prêtre en dit.

« Depuis sa conversion ... il est devenu un ardent apôtre », écrit le P. Duplain. « Lorsqu'il est en son pays sans prêtre, il observe le dimanche. Il s'abstient du travail, et fait la prière avec les païens des alentours, qu'il réunit et exhorte à la prière et au culte du Grand-Esprit. Chez lui il n'y a pas de respect humain. C'est ainsi que, l'an dernier, venant du nord ici sur un bateau de la compagnie de fourrures, il réunissait l'équipage esquimau soir et matin, et faisait la prière sans s'occuper de ce que pensaient les blancs à bord.

« Et cette année, à la Mission, il ne manque jamais la messe et la communion, quoique souvent il ait à partir pour visiter ses pièges à une dizaine de milles. A l'église, il se tient comme une statue. Comme les auditeurs de saint Jean Chrysostôme, il approuve et fait ses commentaires au fur et à mesure que se déroule le sermon.

« Après le sermon, il ne manque pas de prendre des notes, pour le prêcher lui-même, je suppose, quand il retournera dans son pays. Un seul chrétien comme celui-là console de bien des déboires et de bien des retards chez les autres ».

Le même missionnaire nous fait maintenant connaître la femme de cet excellent chrétien…
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Louis Mc Duff
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Le même missionnaire nous fait maintenant connaître la femme de cet excellent chrétien.

« Sa femme est un modèle d'épouse et de mère chrétienne », écrit-il. « Elle joint à la réserve extérieure de la femme esquimaude la sincérité intérieure d'une vraie enfant de la religion. Intelligente et ferme, elle est un entraînement pour les femmes païennes ».

Quant à son fils, il est, continue le même Père, « un rayon de gaieté. Il rit tout le temps d'un rire contagieux. Il est le boute-en-train de la colonie. Mais en religion il ne rit pas ; il y met toute son âme ».

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Comme conclusion, le P. Duplain ajoute: «Voilà le type de la famille esquimaude convertie, que nous espérons voir se multiplier dans un avenir prochain » (6).

Pareille chrétienté, évoquée du cloaque infect qu'était hier encore la société esquimaude, méritait quelque faveur de la part de celui qui aurait pu empêcher son éclosion en retirant ses prêtres, alors que leurs services n'étaient point appréciés. Une visite officielle de l'évêque dont elle dépendait ne pourrait que contribuer à l'épanouissement de la fleur qui s'était ouverte sur la glace de la baie d'Hudson.

C'est ce que celui-ci pensa lui-même. En conséquence…
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(6) L'Ami du Foyer, octobre 1923, p.. 43-44.
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Louis Mc Duff
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C'est ce que celui-ci pensa lui-même. En conséquence, le 1er août 1923, Mgr Ovide Charlebois, O. M. I. arrivait à N.-D. de la Délivrande, et, en vertu d'un indult tout spécial, il conférait le lendemain le sous-diaconat et le diaconat au Frère Ducharme, puis le 3 le faisait prêtre pour l'éternité en présence d'une assistance ébahie. Celle-ci se composait de quatre blancs et d'une quarantaine d'Esquimaux, dont plusieurs étaient encore infidèles, avec, à leur tête, le grand sorcier du pays.

Dans l'après-midi de ce dernier jour, eut lieu l'émission des promesses solennelles des catéchumènes qui allaient recevoir le baptême le lendemain. Sous les yeux de Monseigneur, chacun écrivait son nom sur le registre de la Mission.

A leur tour et de la même manière, les païens qui désiraient faire baptiser leurs enfants promirent expressément de ne pas soumettre ces enfants, une fois baptisés, aux superstitions des infidèles.

Le lendemain, 4 août, première messe du nouveau prêtre et grande cérémonie du baptême solennel et de la confirmation. Vingt-six païens furent faits enfants de Dieu et de l'Eglise et seize adultes reçurent le sacrement de confirmation.

« La tenue de ces gens impressionna vivement Monseigneur », écrit notre P. Turquetil. « Personne n'avait à se préoccuper de l'ordre, de faire approcher tel ou tel, de dire que faire, de répéter les questions ou de souffler les réponses. On eût dit des chrétiens de vieille date, habitués à ces cérémonies. Des enfants, juste en âge de comprendre et de répondre par eux-mêmes, le font avec un sérieux fort au-dessus de leur âge. On dirait que l'atmosphère de piété et de recueillement les a pénétrés. »

Monseigneur nous disait après la cérémonie: « Dans toute ma vie de missionnaire je n'ai jamais encore vu chose pareille; pas un enfant qui s'amuse, qui tourne la tête à droite ou à gauche, pas même un bébé qui crie, même quand on lui donne le sel, et les adultes ont l'air bien pieux, et en même temps ne sont nullement embarrassés » (7).

Quelques petits traits maintenant…
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(7) Ibid., mai 1924, pp. 153-54.
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Préfet Apostolique

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Quelques petits traits maintenant, pour couronner la série de ces belles fêtes.

Après la dernière cérémonie, un infidèle va trouver les Pères avec ce qu'il appelle une lettre, quelque chose d'écrit sur un bout de carton déchiré qu'il a ramassé quelque part. A ses yeux, le fait d'écrire donne plus de poids à ce qu'on va dire. Il veut être baptisé; il croit de tout son cœur, et il est prêt à suivre la religion dans son entier. Néanmoins comme il n'est pas assez instruit, on doit le remettre à plus tard.

Une femme dont l'instruction est plus avancée désire grandement le baptême, elle aussi. Mais les siens vont partir de suite pour l'île Southampton (8). Que deviendra-t-elle au milieu des païens, seule et sans avoir eu le temps de pratiquer sa religion avant de partir?

Le cas est vite tranché. La catéchumène insiste tant et si bien auprès de son mari et des siens qu'elle réussit à les décider à rester dans les environs, l'hiver prochain, et elle est baptisée.

Une chrétienne malade et enfiévrée se traîne à l'église pour recevoir la confirmation. Mgr Charlebois s'est offert à aller la confirmer dans sa tente. Mais elle a voulu venir à l'église : on ne prie pas si bien toute seule chez moi, fait-elle; après tout la tente n'est pas l'église.

Le lendemain du grand jour des baptêmes, un jeune infidèle qui avait promis solennellement de ne rien faire contre la religion de sa femme qui allait devenir chrétienne, vient s'accuser devant Monseigneur d'avoir oublié sa promesse. Le dimanche matin, sans y penser, il a pris un

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morceau d'ivoire pour le ciseler. Sur la remarque de sa femme que c'était défendu de travailler le dimanche, il a tout lâché, ivoire, lime, etc., et vient s'accuser d'avoir déjà menti à sa parole donnée à l'évêque.

Le jour suivant était un dimanche. Le Nascopie n'ayant pas fini de décharger, grâce à une tempête providentielle qui avait arrêté les travaux, il y eut grand'messe pontificale — nouvelle merveille pour les indigènes. Comme les jours précédents, ceux-ci écoutaient avidement la parole du Grand-Priant, et le suivaient du regard. Dès que Turquetil ouvrait la bouche pour l'interpréter, tous, les yeux se tournaient vers le prêtre, et l'instant d'après, ils se reportaient vers l'évêque.

Le 7 août, ce dernier quittait enfin la mission de N.-D. de la Délivrande, emportant avec lui la meilleure impression de ce qu'il avait vu et entendu, et laissant de son passage un souvenir embaumé des grâces de choix: ordinations, baptêmes et confirmations, dont il avait été le dispensateur.

Vraiment, qui eût pu prévoir pareilles bénédictions du ciel, seulement huit ans auparavant, dans ces lieux déserts où ne retentissaient guère que les chants licencieux de l'Esquimau et le vacarme assourdissant du sorcier? Encore une fois, gloire à la Petite Fleur de Lisieux et à son digne instrument de Chesterfield !

Monseigneur Charlebois retourna…
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(8) En face de Chesterfield, mais à une grande distance de là. V. la carte.

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Louis Mc Duff
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Monseigneur Charlebois retourna à sa propre mission par la voie de Montréal, c'est-à-dire qu'il dut franchir une distance au moins quatre fois aussi grande que celle qui, en ligne droite, sépare Chesterfield du Pas, où résidait Sa Grandeur — à peu près, soit dit pour les Français, comme si l'on se rendait de Paris à Lyon en passant par Moscou. ou même par une place beaucoup plus éloignée du terme de son voyage.

Pareille anomalie ne pouvait durer, et nous allons voir qu'on n'allait pas tarder à y remédier.

En attendant, l'Ordinaire des missionnaires de N.-D. de la Délivrande fut si frappé de ce que sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus avait fait pour les Esquimaux, qu'il résolut de mettre toutes ses missions sous la protection de la thaumaturge de Lisieux.

Comme nous le verrons au chapitre suivant, à l'automne de cette même année 1924, un nouveau poste devait se fonder pour les Esquimaux. Le prélat voulut qu'il fût mis sous le vocable de la même sainte.

Il fit plus. Il conçut dès lors le projet de la faire déclarer patronne de toutes les missions du monde catholique, et, dans ce but, une pétition en règle fut préparée dès le printemps suivant, 1925, laquelle fut dûment envoyée au Saint-Père. Chacun sait qu'en conséquence sainte Thérèse de Lisieux fut officiellement proclamée patronne de toutes les missions et de tous les missionnaires de l'univers, et c'est là aujourd'hui l'un des plus beaux fleurons de sa couronne.

Combien y en a-t-il qui savent que ce titre lui a été décerné en reconnaissance de ce que la Petite Fleur a fait pour la mission du P. Turquetil? Ce fut sa manière, à lui et à son évêque, de reconnaître ses indicibles bienfaits — son grand miracle, le miracle des Esquimaux.

C'était en même temps comme l'adieu de l'évêque missionnaire à ce poste de Chesterfield, en pratique si loin de sa propre mission, comme nous l'avons vu. Maintenant que Mgr Charlebois avait vu de ses yeux la transformation opérée par le prêtre français et sa puissante protectrice, et qu'on lui avait fait entrevoir les possibilités qui résulteraient d'un gouvernement autonome, le vicaire apostolique du Keewatin fut heureux de voir cette mission et les autres à créer sur la baie d'Hudson détachées de son propre vicariat, en pratique si éloigné de cette méditerranée.

En conséquence, le 15 juillet 1925, le R. P. Turquetil fut nommé préfet apostolique de la baie d'Hudson, et comme tel mis sous la juridiction immédiate du Saint-Siège.

C'était là non seulement une reconnaissance formelle des mérites de « l'héroïque fondateur de ces missions » (9), mais un stimulant efficace à de nouvelles conquêtes.

La nouvelle préfecture consistait dans les parties septentrionale; des vicariats apostoliques du Keewatin (10) et du Saint-Laurent (11) ; en un mot, elle comprenait tout le territoire peuplé par des Esquimaux le long, et au nord, de la Baie et du Labrador. Le bref d'érection était signé du cardinal Gasparri et celui de la nomination du nouveau préfet était au nom du cardinal Van Rossum, Rédemptoriste ami des Oblats.

L'œuvre de l'héroïque P. Turquetil était donc en bonne voie. Il nous reste maintenant à en voir les développements.
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(9) Missions des O. M. I., pour septembre 1925, p. 105. — (10) A l'est. — (11) V. la carte.

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A suivre : Chapitre XI. Nouvelle Fondation.
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Louis Mc Duff
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CHAPITRE XI

Nouvelle Fondation

Le titre de préfet apostolique conférait au R. P., dès lors Monseigneur, Turquetil tous les droits d'un évêque sur ses administrés. Il pouvait maintenant non seulement revêtir les livrées d'un prélat romain, mais donner la confirmation dans les limites de son territoire, conférer ou retirer la juridiction à son clergé, autoriser ou défendre de nouvelles fondations et changer ses missionnaires de place en place. En un mot, il devenait leur Ordinaire, sous l'autorité immédiate du Saint-Siège.

Quant à ses prétendues « ouailles », la plupart étaient naturellement encore païennes. Chrétiens ou infidèles, le nombre des Esquimaux de sa préfecture était fort restreint. Tout d'abord, il faut bien admettre que, dans ces affreux déserts de glace, où la vie est une lutte perpétuelle avec cette marâtre qu'on appelle la nature, ces pauvres gens ne peuvent être bien nombreux, si nous les mettons en ligne de compte avec ce qui se voit en Europe, ou même en Afrique.

C'est là qu'on peut le mieux apprécier le prix d'une âme, d'une seule âme, rachetée du sang d'un Dieu. Sans les enseignements de la foi, on serait vraiment tenté de trouver les résultats de l'action missionnaire hors de toute proportion avec l'intensité de cette action.

Le P. Turquetil a plusieurs fois donné une idée…
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Le P. Turquetil a plusieurs fois donné une idée de la population esquimaude qui est, ou devrait être, son troupeau. Mais ses chiffres ne sont qu'approximatifs, et toujours donnés comme tels. En 1926, un an après sa nomination, il fournissait les suivants, chiffres ronds comme on le verra, partant dépourvus de toute précision, pour les Esquimaux de sa préfecture :

Population des Esquimaux en 1926 :

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Bien plus précis, et pourtant pas de tous points corrects, sont les chiffres d'une récente publication officielle du Gouvernement canadien sur les territoires arctiques de l'Est. Mais, ainsi que l'indique le titre de cette brochure (2), elle se borne aux points habités sous le cercle arctique, c'est-à-dire au nord du 67º degré de latitude. Dans ces limites, elle trouve exactement 2,346 âmes (3) sous la juridiction du nouveau préfet apostolique.

Mais ce ne sont là que les plus septentrionaux de ses « diocésains ».

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Aux pages 163-66 du même document, nous avons un aperçu bien plus détaillé et plus complet de la population esquimaude dans les limites de la préfecture de la baie d'Hudson. Il paraît très exact, donnant des chiffres tout à fait précis, mais il est incomplet.

En premier lieu, il énumère certains points géographiques, comme Coral Harbour, qui ont deux Missions (catholique et protestante), sans leur donner aucune population; d'autres, comme Grand Lac et Povungnituk, qui possèdent deux postes de traite (celui de la compagnie de la baie d'Hudson et un des Frères Révillon), mais apparemment aucun indigène avec qui « traiter » ; d'autres encore, comme la baie Diane et la baie Peterson, qui ont chacun un comptoir de commerçants en fourrures, mais point de clients, etc.

En outre, deux points sont portés sur cette liste comme dénués de toute population humaine, pour l'unique raison que le Gouvernement les a constitués « réserves de rennes ». Ce sont l'île Coats, juste au sud de la grande île Southampton, et Tavane, point de la baie d'Hudson desservi par un poste de traite. Va sans dire que ces « traiteurs » ne resteraient pas là où il n'y a pas âme qui vive.

Sous le bénéfice de ces réserves, en additionnant soigneusement la population esquimaude des différentes localités données par la brochure officielle, on arrive au chiffre de 2,846, auquel il faut ajouter les 422 Esquimaux qu'elle donne à part (4) comme habitant les îles de la baie d'Hudson proprement dite et de la baie James, sa partie méridionale; soit en tout 3,268. Bien que la liste en question énumère la population de quelques points du Québec septentrional, il n'en faut pas moins encore majorer ce total de quelque 1,500 âmes pour arriver au chiffre que la même source présente (5) comme formant la population esquimaude du Québec et du Labrador. Ce qui donne pour résultat le chiffre total de 4,768.

Mais peut-il lui-même prétendre à quelque correction?...
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(1) Turquetil au Devoir, de Montréal, janvier 1926. Pour plus ample information, V. Appendices II et III. — (2) Canada's Eastern Arctic; its History, Resources, Population and Administration ; Ottawa, 1934. — (3) P. 42. — (4) P. 163. — (5) P. 42.
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Mais peut-il lui-même prétendre à quelque correction? Voyons. Parlant du Cap Esquimau, dont nous allons présentement nous occuper, le « livre bleu » d'Ottawa lui attribue une population de seulement 85 Esquimaux, qui sont desservis par deux Missions et autant de postes de traite — commodités qui, à première vue, paraissent pas mal exagérées pour un groupe d'individus si infime.

Mais écrivant à propos de ce groupe, le P. Ducharme, sur place, nous apprend qu'il « y a au moins une cinquantaine de familles qui dépendent de ce poste, et vivent dans les environs. Par ailleurs, on dit qu'il y a beaucoup d'Esquimaux à l'intérieur et à l'ouest » (6) .

Sans parler de ces derniers, une cinquantaine de familles doivent, avec les quelques célibataires, les orphelins et les enfants, former au moins 225 âmes, donnant à ces familles une moyenne de deux enfants, ce qui n'est certainement pas exagéré même pour des Esquimaux. Nous sommes pourtant assez loin des 85 individus du Gouvernement, qui ne prend point en considération non plus les familles de l'intérieur.

Tout considéré, étant donné aussi que cette autorité accorde à la Terre de Baffin une population aborigène de 1,597 âmes au lieu des 800 que le P. Turquetil lui attribue, et au Québec septentrional de 1,700 à 1,800, au lieu des 500 de ce dernier, je crois que, avec ceux de l'intérieur, le chiffre de 6,200 Esquimaux pour toute la préfecture de Mgr Turquetil ne peut pas être bien loin de la réalité (7) .

Nous pouvons attaquer maintenant la question de…
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(6) Missions des O. M. I., pour 1926, p. 175. — (7) Le Hand-Book of American Indians (Washington, 1907) estime à pas moins de 28.670 le nombre total des Esquimaux. V. Appendices II et III.
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Nous pouvons attaquer maintenant la question de l'éclosion, de la naissance, du premier rejeton de la mission de N.-D. de la Délivrande.

Le cap Esquimau est un point géographique sur la côte ouest de la baie d'Hudson situé à mi-chemin entre Chesterfield et Churchill, au sud, c'est-à-dire à environ 185 milles de l'une et de l'autre place. En retournant chez lui, à la fin de l'été 1924, Mgr Charlebois constata que l'évêque anglican et son archidiacre faisaient une visite à cette localité, en vue d'y établir un poste de leur secte. En même temps. Sa Grandeur écrivait au P. Turquetil que le Gouvernement canadien avait à Churchill une vieille bâtisse qu'il était prêt à céder aux catholiques, et se demandait s'il ne serait pas possible de la démantibuler et d'en transporter les éléments à la pointe Esquimau, par le second voyage de la goélette de la Compagnie à cette place.

Comme d'habitude, Turquetil trouvait la chose non seulement faisable, mais nécessaire. Néanmoins c'était trop beau. Le diable devait s'en mêler.

Voilà, en effet, que le Père apprend des employés eux-mêmes que ladite goélette doit bien faire deux voyages au cap Esquimau, mais coup sur coup, en sorte qu'il n'y a aucune possibilité physique de défaire la bâtisse planche par planche, alors qu'on n'a que quatre marteaux et un arrache-clou, dans l'espace des cinquante ou cinquante-deux heures que ce bateau mettrait à faire sa première tournée.

Que faire? La mission projetée serait mise sous la protection de la « Petite Thérèse », comme on disait alors. A celle-ci d'y pourvoir. Et elle le fit sans se faire prier. Elle ne manqua pas d'arrêter en chemin la goélette, en lui opposant des glaces infranchissables dans le sud, à près de deux cents lieues de Chesterfield, alors qu'il n'y en avait plus dans le nord! Pareille chose, paraît-il, ne s'était pas vue de mémoire d'homme.

Dix jours se passèrent ainsi, et la goélette n'arrivait pas. Pendant ce temps, les PP. Turquetil et Ducharme, aidés du Fr. Girard, travaillaient comme des mercenaires, se hâtant fiévreusement d'arracher sans les trop abîmer planches sur planches, et de les charger sur un bateau plat, ou transbordeur, prêté par la Compagnie, pour les transporter de l'autre côté du fleuve Churchill, là où la goélette pourrait les prendre.

« Je vois encore le P. Ducharme essayant en vain de terminer une lettre à son vieux père », écrivait plus tard Mgr Turquetil, « les mains endolories, enflées et couvertes de bandages, ne pouvant tenir la plume. Mais, » ajoute-t-il, « on était heureux, parce qu'on avait réussi » (8). Evidemment, la « Petite Thérèse » y avait mis la main.

Restait une autre difficulté…
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(8) Missions pour 1926, p. 169.
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