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Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Publié : lun. 31 mai 2021 18:32
par Alexandre
TROISIEME MEDITATION DE LA TROISIEME SEMAINE
XVIIè Exercice: Humilité du Coeur de Jésus & humilité d'anéantissement
Premier point: Mystère de cette humilité en Jésus.
Deuxième point: Humilité produite par le sentiment de son néant:_Troisième point: Humilité entretenue par la vision béatifique.
Préparation pour la veille.Les deux méditations qui précèdent nous ont montré l'humilité de Jésus dans ses manifestations extérieures; nous l'y avons contemplée douce et vaillante; demain et les jours suivants nous la chercherons dans son coeur même, et nous la découvrirons profonde jusqu'au mystère.
Posons-nous résolument en face de la question si naturelle, soulevée au début de ses méditations comment Jésus, infini comme Dieu et parfait comme homme, pouvait-il avoir de bons sentiments de lui-même, car enfin les actes extérieurs trouveraient à la rigueur quelque explication qui les justifie; mais le sentiment, la persuasion, la certitude, qui font l'humilité paraissent contradictoires? O jésus, vous me le ferez comprendre demain!
Sous le poids de cette écrasante révélation d'humilité, ne serais-je pas contraint de devenir humble à mon tour? Tiendrai-je ma tête haute quand je verrai baisser la vôtre,ô Jésus?
Auriez-vous donc, pour être humble, plus de motifs que j'en ai moi-même; ou bien serais-je, moi, assez aveugle pour ne pas les distinguer, assez inconséquent pour ne point tirer les conclusions légitimes? O Jésus, vous me le ferez comprendre demain.
Je vous demande de me toucher après m'avoir convaincu. Je veux, que, chez moi aussi l'humilité soit une humilité de coeur, une humilité qui incline à l'abaissement, et même qui s'y complaise.
O Jésus, qui vivez en moi par votre grâce sanctifiante et qui animez tous mes actes par votre grâce actuelle, faites vibrer mon coeur des transports du vôtre pour l'humilité. Faites-vous aimer et faites-vous suivre. Amenez-moi avec vous dans ces profondeurs du détachement où l'on s'oublie, mais où l'on vous trouve avec délices.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Publié : lun. 31 mai 2021 18:57
par Alexandre
MEDITATION
Premier prélude._ Composition du lieu_ Me représenter une de ces montagnes ombreuses où Jésus aimait à prier, la nuit, sous la clarté discrète des étoiles. Le voir, à genoux, les yeux au ciel, noyé dans la contemplation de Celui qui est._Pénétrons avec un saint respect dans le secret de ce grand temple, qui est son âme et que remplissent l'adoration et l'amour dans l'étendue de son humilité.
Deuxième prélude._Demander la grâce du dégagement de l'estime propre, par le profond sentiment de la part prédominante de Dieu en tout bien.
I. Mystère de cette humilité en Jésus.
Rappelons-nous cette parole du Maître: Je suis doux et humble de coeur. C'est donc ce Coeur que nous allons méditer maintenant; ce Coeur d'où partait le vouloir de l'humilité; ce Coeur qui en savourait les amères délices._Pénétrons dans ce sanctuaire comme dans un temple aux profondeurs mystérieuses. Habituons nos regards à ces obscurités saintes: les actes se voient, les mobiles restent cachés; or les mobiles sont la vertu même.
Prions le Saint-Esprit de répandre sa lumière sur notre raison, et adressons-nous à Jésus lui-même pour apprendre enfin le secret de son humilité.
O Jésus, coeur d'amour, vous voulez être aimé!
Pour toucher mon coeur, pour l'arracher et le ravir, vous avez rêvé les plus grands sacrifices.
Or, vous n'en n'avez pas trouvé de plus grand que celui de votre honneur... Donner sa vie est plus facile._C'est donc "l'amour de notre amour" qui vous fait humble!...
O Jésus! sage comme un Dieu, dévoué comme un Sauveur, vous avez vu que l'orgueil est le plus grand mal de l'humanité et sa plus dangereuse tendance; pour nous entraîner dans le chemin de l'humilité, vous vous êtes dit: Je m'y jetterai moi-même; et j'irai si avant qu'ils rougiront de ne point m'y suivre..._C'est donc, ô Jésus, le devoir de l'exemple qui vous fait humble!...
Lentement, je parcours tous ces nobles motifs; je les médite avec une tendresse émue.
Comment n'y céderai-je pas?
Comment ne me ferais-je pas humble, ô Jésus, pour vous aider à me sauver..., pour vous prouver que je vous aime..., pour être près de vous, le plus près possible?... Et, cependant, plus je vous découvre sage, bon, parfait, saint, plus je m'étonne de vous voir humble!
Ah! s'il ne s'agissait que d'actes extérieurs, je me l'expliquerais: l'amour et la sagesse y conduisaient vos pas; mais vous dites: je suis humble de coeur.
De coeur! je l'ai bien entendu; et vous êtes la vérité même!... Mais, l'humilité de coeur, n'est-ce-pas le sentiment de sa petitesse, et vous êtes si grand!
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Publié : lun. 31 mai 2021 19:16
par Alexandre
II.Humilité produite en Jésus par le sentiment de son néant.
Commençons par nous faire de lui une ravissante image.
C'est le plus beau des enfants des hommes. Sa chair est pure et sainte... Son esprit est exempt d'illusions... Son coeur est maître de tous ses mouvements... Son imagination est belle comme la poésie... Son regard ravit, sa parole persuade, sa bonté entraîne... Nulle tache, nulle imperfection ne le dépare... Les vertus et les dons brillent en lui de leur suprême éclat... Il voit en haut les anges prosternés devant lui, en bas la création obéissante, et dans l'avenir toutes les générations baisant la trace de ses pas, tous les plus beaux dévouements s'élançant à sa suite...
Que dire des attributs relativement infinis que lui reconnaît la théologie: la transformation de son âme qui épuise l'idée de la grâce;...
Sa science qui s'étend à tout le créé... Mais surtout sa Dignité absolument infinie: le corps et l'âme subsistant dans l'unité d'une seule personne, celle du Verbe;entraînés dans son orbite et recevant les mêmes hommages d'adoration: quel éblouissement!...
Et, au milieu de tout cela, Jésus est humble.
Est-ce par l'effet d'une miraculeuse illusion? Nullement!
_Jésus, pleinement conscient de toutes ses grandeurs, reconnaît avec une netteté lumineuse la petitesse de sa nature humaine.
Que voit-il donc?
_Cette dignité divine, dont il jouit, n'est qu'un vêtement splendide; et ce vêtement est un pur don qui repose sur un pur néant... Cette âme qui en est revêtue, hier n'existait pas, et, toute à l'heure, elle retomberait dans ce néant, si, toute à l'heure, elle n'était soutenue par la toute-puissance, tant le créé demeure fragile, même chez un Homme-Dieu, tant il porte de néant dans ses entrailles!
Représentons-nous cet âme adorable disant bien avec Catherine de Sienne: Je suis celle qui n'est pas... Tombées de si haut, ces paroles donnent le vertige, et font passer devant nos yeux l'image insaisissable du néant.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Publié : lun. 31 mai 2021 19:38
par Alexandre
III. Humilité entretenue en Jésus par vision béatifique.
On sait que l'on est un néant, et l'on est pas humble! Pourquoi?
Parce que l'on ne vit pas sans cesse dans cette pensée pénétrante qui seule impose la conviction et impressionne le sentiment.
L'orgueil commence par être un oubli, il devient une illusion: il n'est jamais le vrai.
Si un Saint revenait parmi nous en conservant la vision béatifique, il pourrait par miracle mériter et souffrir; il ne pourrait être orgueilleux, la vue de Dieu et de son propre néant dans une vision unique, ne le quittant jamais.
_Considérons notre divin Sauveur sur terre jouissant de cette vision béatifique, et puisant dans cette lumière sa profonde humilité.
Quel spectacle que ce face à face du Verbe avec la nature qu'il s'est associée! L'âme plonge ses regards étonnés et ravis dans les profondeurs de cet océan, aux lointains inaccessibles, même pour elle... De toutes parts, sa vue s'arrête et sent au-delà qui s'en va infiniment...
Jamais, même à travers les siècles de l'éternité, cette âme unie au Verbe ne comprendra pleinement le Verbe!
Que les hosanna de la foule passent ici-bas autour de son front, comme un nuage brillant, son front ne s'élève point!
Que les crachats souillent son visage, son coeur ne se révolte pas!
Sa pensée plane plus haut!
A défaut de vision béatifique, essayons de nous faire cette vision de foi: Dieu infini et toujours infini; nous, devant lui, sorte de néant en tout et toujours.
Ne retrouverons-nous pas cette vision dans les grandes âmes des Saints?
Ne la rencontrons-nous pas dans certaines âmes ignorantes et simples?
A quoi nous servent donc nos lumières qui dépassent les leurs? Nous savons notre néant; elles le voient, elles le sentent, elles le touchent.
Rendons-nous cette vue familière; qu'elle pénètre tout notre être moral._Renouvelons-la, quand nous nous mettons en la présence de Dieu, surtout à l'oraison.
Quelle douce manière de nous préparer à la vision béatifique de l'éternité!... Que ce soit au ciel ou sur terre: qui voit Dieu est humble!
Résolution: Voir Dieu en tous nos succès, et l'y voir si bien, que nous en arrivions à nous oublier nous-mêmes.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Publié : mar. 01 juin 2021 14:31
par Alexandre
ECLAIRCISSEMENTS SUR LES TROIS MEDITATIONS QUI VONT SUIVRE
L'humilité que nous avons envisagée hier est celle qui convient à tout être créé. Elle eût été la disposition d'Adam au Paradis terrestre; elle sera en quelque sorte celle de notre béatitude; c'est le sentiment du néant devant l'infini.
L'humilité d'abjection est essentiellement celle de la laideur et de la bassesse vile; elle ne saurait convenir à un être sortant des mains de Dieu; elle est faite, hélas! tout entière des mains de l'homme; elle est uniquement l'oeuvre du péché.
Remarquons-le bien: tout mal, pour petit qu'il soit, est une laideur et descend plus bas que le néant; c'est sous cet aspect qu'il se présente à la raison qui réfléchit; mais c'est sous des traits bien différents qu'il se présente à nos idées et à nos goûts.
L'humilité d'abjection, nous ne la comprenons décidément pas! Le profond et complet sentiment de notre vileté, nous ne l'avons pas!
L'inclination à nous mettre bien bas, nous ne la sentons pas! Remarque frappante, les âmes les plus coupables sont précisément les plus réfractaires à ces sentiments, et l'on voit au contraire l'innocence douter d'elle-même et se mépriser; tant il est vrai que la vue claire des choses demande des yeux purs."Les coeurs purs verrons Dieu", dit l'Evangile; mais ils verront aussi, par contraste, la laideur de ce qui lui est opposé: le mal.
Voir en soi la laideur du mal et se juger d'après cette vue, constitue spécialement l'humilité de l'homme déchu; mais cette persuasion est tellement opposée à l'opinion commune qu'elle nous abandonne au sortir de la méditation. C'est comme un rêve de la nuit dont on garde à peine un souvenir vague et inefficace.
C'est une formule qu'on se dit à soi-même, mais sans bien y croire. Persuasion, rêve, souvenir, formule, tout a disparu quand l'occasion se présente; et, devant les humiliations vraies, l'on ne retrouve en soi que le sens humain!
Que faire, ô mon Dieu,pour sortir enfin de ces illusions persistantes! Que tenter pour s'élever au-dessus de ces vues naturelles?
Il me semblait avoir bien senti la force des méditations précédentes, et voilà que ce n'est pas seulement la courage qui me manque pour être chrétiennement humble, mais que c'est même la simple conviction!...
Là encore, Jésus se présente comme notre lumière. Il se fera l'homme des humiliations, plus peut-être que l'homme des douleurs; il se montrera si abaissé, si avili, que nos yeux s'ouvriront forcément. Devant un tel spectacle, notre coeur attendri le plaindra, et notre main agitée cherchera à écarter de son front l'odieuse couronne des opprobres._Mais de lui de s'écrier: ne fais pas cela! ces humiliations... je les mérite! O Maître, expliquez-moi ce mystère!...
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Publié : mar. 01 juin 2021 16:18
par Alexandre
QUATRIEME MEDITATION DE LA TROISIEME SEMAINE
XVIIIè Exercice: Humilité d'abjection de Jésus-Christ
Premier point: Humiliations extérieures
Deuxième point: Humiliations intérieures
Troisième point: Humiliations spirituelles
Préparation pour la veille._ Cette méditation sera comme ne sorte de tableau des humiliations de Jésus durant sa Passion. nous nous appliquerons à les bien constater et à les sentir pour en être impressionnés. Parcourons-les avec persuasion que, malgré nos efforts, nous ne distinguerons jamais que les bords de cet abîme. La Passion, en effet, renferme un tel excès d'abaissement que l'esprit humain n'en saurait sonder les profondeurs; il aperçoit ce qui s'étale au grand jour et il reste étonné; il le médite et il reconnaît qu'il ne voyait rien. Que serait-ce si nous avions l'âme d'un saint François d'Assise, d'une sainte Catherine de Sienne, d'une sainte Thérèse, d'un saint Jean de la Croix, nous découvririons un Jésus humilié que nous ne connaissons pas!
Comme eux, nous foulerions au pieds tout l'orgueil de la terre, et nous arracherions de notre coeur la dernière fibre sensible à l'estime vaine.
...O Jésus, je n'ai point ces vues, je n'ai point cette âme, cette âme qui voit et qui sent!
Votre Esprit-Saint peut seul me les donner. Dites-lui, ô Jésus, de dissiper toutes mes idées fausses; dites-lui de faire son oeuvre qui est de vous révéler: je désire tant vous connaître!
Vous devez être si beau, oui si beau sous vos humiliations; car il y a là, je le soupçonne une beauté morale, si étrangement haute que je ne puis la saisir, si ravissante qu'elle jette sur l'humiliation même un éclat qui la rend estimable!
Cette méditation ne demande pas précisément des retours sur nous-mêmes; son but est plutôt de mettre sous nos yeux, dans notre esprit, au fond de notre être une image saisissante de Jésus humilié. Qu'elle y pénètre dans la sincérité de nos réflexions; qu'elle s'y imprime dans la vivacité de notre amour!
Formons-nous une âme toute imprégnée de Jésus, et nous aurons plus fait pour le développement de notre humilité personnelle, que si nous en avions anxieusement parcouru notre propres misères: nous aurons mis en notre coeur, pour cette vertu, tout l'amour que nous avons pour Jésus.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Publié : mar. 01 juin 2021 16:51
par Alexandre
MEDITATION
Premier prélude._Composition du lieu_Parcourir rapidement les endroits témoins de la Passion: Géthsémani, qui vit les humiliations personnelles de l'agonie, la trahison de Judas et l'abandon des apôtres._La maison de Caïphe et celle d'Anne, le prétoire de Pilate, le palais d'Hérode où l'injustice et la haine s'acharnèrent sur Jésus_La salle de la flagellation, la voie douloureuse, le Clavaire, la mort, entre deux voleurs, sous les yeux de tout un peuple!... C'est un torrent débordé qui roule sa victime dans les eaux de l'abjection.
Deuxième prélude._Demander la grâce d'une résignation sincère et douce dans les humiliations.
I.Humiliations extérieures.
Présentons-nous devant Celui qui fut l'opprobre des hommes et le rejeté du peuple. Il nous est montré semblable à un lépreux, à un maudit de Dieu, à un être bas comme la poussière. Parcourons rapidement tous les genres d'humiliations qui nous seraient particulièrement sensibles, disons le mot, qui nous révolteraient.
Jésus fut humilié:
1/Dans sa dignité d'homme libre
Ses ennemis se jettent sur lui, brutalement; le garrotent; le trainent en prison. Nous, si jaloux de notre indépendance... Oh! quand on la menace simplement!...
2/Dans la dignité pudique de son corps.
Dépouillé de ses vêtements, flagellé, cloué, nu sur la croix, à la vue du peuple! Un homme d'honneur préfèrerait mille mort à cette honte!
3/Dans sa dignité personnelle
Injures, crachats, soufflets. Que font les hommes devant ces outrages!
4/Dans la dignité de sa raison
On le regarde comme un fou,; on lui en donne le costume; on le fait passer lentement ente deux haies de curieux. Et nous, si troublés quand on conteste une de nos qualités, quand on ridiculise une de nos opinions!
5/Dans sa dignité de prophète.
On couvre ses yeux d'un bandeau; on lui frappe sur le dos, sur la tête: devine qui l'a fait!...
3/ Dans sa dignité royale
Voyez-le revêtu d'un vieux lambeau de pourpre, un roseau à la main, une couronne d'épines sur le front. Les soldats font devant lui d'ironiques génuflexions, et rient grossièrement en le frappant de son sceptre dérisoire!
7/Dans sa dignité de Dieu
Ses ennemis la lui arrachent autant qu'il est en leur pouvoir. "Il est un imposteur, car il s'est fait Fils de Dieu."
sa condamnation à mort, basée sur ce motif, est le jugement d'une autorité reconnue._Au Calvaire, les Pharisiens lui crient en ricanant:"Si tu es le Fils de Dieu, descend de la Croix!"
Ah! quand on nous condamne à tort... quand on nous raille cruellement et que nous pouvons nous venger!... Et, si notre colère est impuissante, quels frémissements intérieurs!
8/Dans sa doctrine.
Il vient détruire la loi! Il trompe le peuple! il blasphème!il est l"ennemi de Dieu!
6/Dans sa réputation
Il est condamné par tous les tribunaux, juif, hérodien,romain. Il est livré au dernier des supplices. Il est placé entre deux voleurs, comme le plus criminel;... et cela à une époque de l'année où Juifs et étrangers affluent de toutes parts; au grand jour, et avec toute la publicité possible.
10/Dans ses disciples.Trahi par l'un d'eux, délaissé de tous, renié formellement par leur chef, Jésus se voit perdu auprès de cette partie du peuple qui hésitait encore!...
Que reste-t-il à cet humilié!
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Publié : mar. 01 juin 2021 18:16
par Alexandre
II.HUMILIATIONS INTERIEURES
Pénétrons plus avant. Sur les ruines de l'honneur extérieur, l'orgueil, peut se dresser encore et prolonger la résistance. Chassé de partout, il se réfugiera dans le sentiment de sa valeur personnelle, comme dans une citadelle demeurée intacte.
C'est par sa force morale que l'homme est le plus grand. Sous la force brutale qui l'opprime, il reste invaincu.Trop souvent, hélas! cette grandeur d'âme est fragile, parce qu'elle est faite d'orgueil.
Jésus se présente à nos yeux, dans l'opprobre de son apparente faiblesse. Même avant sa Passion, il semble vaincu. Des impressions de crainte l'envahissent: "Caepit pavere..." Et les exhale comme s'il était incapable de les contenir :"Tristis est anima mea usque ad mortem!..."
Il en est si fort pressé qu'une sueur de sang ruisselle de ses membres tremblants...
Il paraît si peu semblable à lui-même qu'il repousse ce calice longtemps désiré... Il se montre si accablé, qu'il cherche du secours auprès des apôtres et qu'il en accepte d'un ange!
O la belle et profonde humilité, de forme si humaine et d'intention si compatissante!
III.HUMILIATIONS SPIRITUELLES.
Il est un autre genre d'orgueil, plus rare et non moins pernicieux, c'est l'orgueil spirituel.
Redoutable au milieu de l'estime commune, il l'est jusqu'au milieu des opprobres.
Sommes-nous méprisés, calomniés, persécutés, nous trouvons cependant autour de nous, comme Jésus au Clavaire, quelques personnes sympathiques.
Si notre attitude est digne, si nos paroles trahissent des sentiments élevés, si tout en nous manifeste une âme supérieure au malheur, la sympathie devient de l'admiration.
Que Dieu , par quelque signe spécial de protection, nous prête l'auréole des martyrs, l'admiration se transforme en enthousiasme.
Ah! quels dangers pour l'âme qui ne serait pas très humble! quel piédestal pour son orgueil!
_Jésus choisit l'humiliation sans retour. Il la veut dans toute se nudité spirituelle. Point de discours, mais une sorte de stupeur, ente-coupées par de très rares paroles qui ressemblent à des sanglots.
_Aucun rayonnement de l'âme; tout en lui est sombre comme la nuit qui envahit le Calvaire.
_Son Père est sans pitié; Jésus se déclare abandonné de lui!...
Déjà abandonné des hommes, maintenant abandonné de Dieu!... Rien, rien, ni sur la terre, ni au ciel, qui ne soit une humiliation!
Son abjection est consommée et il y meurt!
Oh! ce crucifix qui se dresse partout devant nos yeux, avec sa tête penchée, son visage livide, son aspect de lassitude désolée, c'est l'image de l'homme humilié.
C'est l'image même de l'humilité, plus encore que celle de la douleur... Quand la douleur cesse, l'humiliation reste après ce cadavre suspendu au gibet... oh! quel exemple! oh! quel secours!
Résolution: m'agenouiller aujourd'hui trois fois devant un crucifix pour demander à Jésus de ma faire comprendre cette humilité.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Publié : mer. 02 juin 2021 18:12
par Alexandre
CINQUIEME MEDITATION DE LA TROISIEME SEMAINE
XIXè Exercice: Humilité d'abjection. Sa nécessité.
Premier point: La raison d'être.
Deuxième point: L'exemple.
Troisième point: La loi.
Préparation pour la veille.
O Jésus, j'ai parcouru hier avec émotion toutes vos hontes subies, toutes vos troublantes faiblesses; je vous ai vu abandonné de tous et dépouillé de tout; votre abjection inouïe m'est apparue dans son évidence! Point de doute, vous avez voulu être l'homme des humiliations! Je le vois, je le sens. Mais pourquoi l'avez-vous voulu? Je ne le sais pas encore. N'étais-ce là qu'un grand exemple? Non, car alors si je vois l'humiliation, je ne vois pas l'humilité, l'humilité qui dit: C'est justice. Et pourtant, cette parole, vous l'avez prononcée en venant au monde; dans chacun de vos abaissements, vous l'avez répétée; on la lisait dans vos yeux abattus; on la retrouvait errante sur votre front soucieux, frémissante le long de vos membres tremblants; chacune de vos attitudes dénonçait le coupable!
O Jésus, tout en vous est nécessairement sincère, tout jusqu'à l'expression même d'un regard, jusqu'au simple mouvement d'u muscle; j'entends donc sortir de toutes ces choses lamentables une voix gémissante qui redit sans trêve: c'est justice! je l'ai mérité!...
O Jésus, demain vous me le ferez comprendre, n'est-ce-pas? mais comprendre à fond pour que je ne l'oublie jamais!
Si l'humilité est pour vos justice, qu'est-elle donc pour moi?
Ce n'est plus ici une affaire de sentimentalité, mais de raisonnement rigoureux.C'est un point de départ, d'où dépend toute une direction de vie: l'humilité d'abjection une fois reconnue nécessaire, c'est une résolution dans mon être moral.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Publié : mer. 02 juin 2021 18:44
par Alexandre
MEDITATION
Premier prélude. Au tableau des abjections accumulées dans la méditation d'hier, opposons celui de la laideur morale du péché. Ce dernier l'emporte en horreur._La cause contient l'effet: le péché contient donc toutes ces abjections qui sont sa juste peine._Voir le péché identifié à l'ignominie des crachats, des soufflets, de la nudité sanglante, de la mort infâme...
Deuxième prélude: Demander le grâce d'accepter en principe l'humiliation par esprit de justice d'abord et, en même temps, par amour pour Jésus.
I. La raison d'être.
Comparons attentivement deux textes de l'Ecriture.
Le premier est celui-ci:"Exinanivit semetipsum formam servi accipiens. Il s'anéantit sous la forme de l'esclave." C'est le Jésus que nous avons considéré avant sa Passion: Il s'est fait néant, puisqu'il s'est fait homme. Eût-il réalisé ce dessein au Paradis terrestre, dans les splendeurs de la nature originelle, il se fût nécessairement trouvé dans ce vis-à-vis du Tout et du rien, de l'Être par lui-même et de l'être par création; si Incarnation eût été, même alors, un anéantissement, et son humilité le sentiment d sa petitesse.
Mais un second texte complète l'idée de cette vertu, telle qu'elle convient à l'homme déchu."Humiliavit semetipsum usque ad mortem, mortem autem crucis."
Humiliavit: il s'est comme jeté à terre: on fait ainsi d'un objet qu'on méprise.
Usque ad mortem: comme un coupal'oubli, c'est le mépris.ble, qu'on traîne à la mort.
Mortem autem crucis: c'est l'ignominie dans la mort, la mort du dernier châtiment, ce genre de mort qui laisse voir le supplicié, au-dessus de la foule, avec ses traits bouleversés, sa nudité et ses tortures.
Ce n'est plus ici le Dieu incarné, c'est le Dieu Rédempteur._ Ce n'est plus l'humilité d'anéantissement, c'est l'humilité d'abjection.[/b]_ Ce n'est plus l'oubli, c'est le mépris._Le motif de cette vertu grandissante n'est plus le néant, c'est le mal.
II.L'exemple.
Contemplons Jésus couvert de toutes les hontes. Il porte les péchés du monde entier:"Qui tollit peccata mundi"_Il en est responsable; il en est chargé:"qui peccata nostra ipse tulit."Le péché est sa chose propre, il en est sa personnification "eum pro nobis peccatum fecit."
_Il n'est pas chargé et revêtu seulement, il en est pénétré, dévoré: c'est une lèpre qui le ronge:"tanquam leprosum".
_ C'est comme un objet d'horreur pour Dieu, de dégoût pour son peuple:"ut percussum a Deo humiliatum."
Entendons Jésus s'écrier:" Vermis sum et non homo." Sondons tout ce qu'il y a d'humiliation sentie dans cette locution: Je ne suis plus un homme, mais un ver de terre...
Un ver qu'on foule aux pieds et qui se cache dans les profondeurs sombres.
_S'humilier, c'est s'abaisser jusqu'à la terre... Jésus va au delà... Quelle image!
_Pénétrons dans les sentiments intimes du Sauveur.
Toute vertu se montre dans l'amour de son objet propre, et consiste dans une inclination pratique qui l'y porte. Ici l'objet est l'abjection.
Le premier degré est l'acceptation...
Puis viennent le désir...
La recherche...
Le contentement...
Il nous sera extrêmement profitable de rappeler à notre mémoire, soit les paroles, soit les circonstances qui nous montrent ces sentiments en Notre-Seigneur.
Contemplons-les en silence, régnant dans notre coeur.