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Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : mer. 19 mai 2021 16:07
par Alexandre
MEDITATION

Prélude: Afin d'ajouter la conviction à l'impression, demander la grâce de voir avec plus de clarté les circonstances qui rendent nécessaire une intervention spéciale de la miséricorde.
Ces considérations, de tout temps proposées par l'Eglise, doivent être suivies sans contention et sans curiosités vaine; à plus forte raison, sans exigence déplacée:" Scrutator majestatis opprimetur a gloria. L'oeil qui veut imprudemment scruter la majesté divine, sera aveuglé par l'éclat de sa gloire."

I. La nature de notre liberté._Considérons d'abord la nature de ce frêle instrument, à l'aide duquel nous faisons notre éternité heureuse ou malheureuse: la liberté!
Je le sens , elle hésite et varie bien souvent.
Elle est agitée par les impressions diverses qui se succèdent; elle dépend si profondément des motifs qui la frappent._Se mettre sous des bonnes impressions, s'arrêter aux motifs favorables, tel est son principal moyen de se bien gouverner.
Et elle est si imprudente dans ce choix, si elle s'attarde par faiblesse sous des influences contraires, la voilà entraînée au mal... or, après toute une vie de fidélité, ma liberté demeure essentiellement défectible.
O Dieu! avec quel bonheur je vous remets ma liberté, je l'assujettis à votre domination, je la confie à votre miséricorde! Prenez-la, gouvernez-la, soutenez-la, et, au besoin, réservez-lui vos inépuisables pardons!
O mon Dieu! vous parler ainsi, n'est-ce pas commencer à être humble?

II.Nos mauvais penchants._Parmi ces influences funestes qui détournent notre liberté vers le mal, nos penchants tiennent le premier rang.
Ils sont inhérents à notre être. Un simple manque d'équilibre les constituent. Ils se dissimulent sous mille apparences de bien; et, s'ils sommeillent, ils ne sont pas moins redoutables, car leur réveil souvent nous trouve confiants en nous-mêmes et par conséquent désarmés. Bon gré mal gré, ils vivent au fond de nous. Favorisés, ils commandent en maître; combattus, ils demeurent une influence latente qui travaille sourdement.
Nos penchants vont plutôt vers le mal: l'Eglise l'enseigne, l'expérience le montre, le péché originel l'explique.
Les sophistes seuls peuvent dire que l'homme au fond veut toujours le bien. Oui, il veut le bien mais d'une façon indéterminée. En pratique, il confond le bien en lui-même avec son bien à lui; et c'est souvent ce dernier qu'il préfère. Là encore, il se laisse tromper par l'apparence, quand il place son bien uniquement dans la jouissance, voulant jouir, et jouir immédiatement.
Cette tendance égarée agit su la liberté par l'illusion et par l'attrait.
Quel sujet d'épouvante, quand on regarde au fond de soi-même! Pour y projeter une plus vive lumière, formons l'étrange supposition que voici: il n'y a plus d'enfer à redouter ni de Dieu à aimer; il n'y a plus de réputation à ménager et plus d'inconvénients à craindre...
Demandons-nous jusqu'où iraient alors nos excès et que ce serait notre vie...
Elles serait exactement ce que la feraient nos penchants, s'ils n'étaient point contenus... Or, ces penchants existent en puissance, et ils sont, hélas! nous-mêmes.
A cette force native, si l'habitude vient ajouter la sienne, quelle tyrannie! La liberté se trouve alors asservies et désemparée; l'horreur du mal ne lui offre plus ses répulsions instinctives; les mauvais penchants grossis l'entraînent comme un torrent, et la conscience des faiblesses passées lui ôte tout courage; or, que d'habitudes fâcheuses, despotiques peut-être, formées par de nombreuses défaites!
Qui arrachera à la mort cette victime?
La seule miséricorde de Dieu!
Qui portera la miséricorde à s'exercer?
L'humilité!
On a vu des personnes, même durant la série de leurs fautes, se jeter dans l'humilité comme dans un lieu de refuge, et la miséricorde ne les a point repoussées...

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : mer. 19 mai 2021 16:39
par Alexandre
III. Le monde et le Démon._ Le monde, maudit par le Sauveur, nous enveloppe comme l'atmosphère, et nous pénètre de ses poisons comme les épidémies de leur ferments. -("!")-
Rien n'agit aussi fortement sur l'homme que la conduite des autres hommes. Ce que tout le monde fait, on admet instinctivement qu'on peut le faire; et devant cette persuasion sans raisonnement, tous les raisonnements succombent.
Les Saints, qui ne sont pas comme nous des esprits forts, savent quelle est la puissance du démon, et quelle est son activité. Mais son influence n'est-elle pas plus fatale sur ceux qui ne la remarque pas?
Or, nous ne pouvons pas quitter le monde; nous ne pouvons pas nous tenir à l'écart du démon. L'esprit du monde nous amollit; la ruse du démon épie le moment favorable. Complices de nos penchants, ne peuvent-ils pas réunir leurs forces, pour entraîner notre imprévoyante liberté?
Que deviendrons-nous si notre orgueil, nous aliénant le coeur de Dieu, nous livre seul à de tels adversaires?

IV. Les circonstances:

Il est des circonstances où nous succomberions certainement, quoique librement.
Dieu les connaît toutes jusqu'au plus redoutables; il mesure notre degré de résistance que nous pouvons leur opposer, et il sait que dans tels et tels cas, ce degré, suffisant en lui-même, serait rendu impuissant par nos propres défaillances.
Ces cas désespérants, les laissera-t-il se produire, ou les écartera-t-il?... Une fois la lutte engagée, viendra-t-il à notre secours, ou permettra-t-il note chute?... C'est le secret de sa libre détermination
Mais s'il éloigne le danger ou s'il fortifie la résistance, c'est l'effet d'une grâce qui ne nous est point due... qu'elle est donc écrasante, notre dépendance!
O mon Dieu!vous connaissez le concours de tous les événements... Vous prévoyez ces jours de désoeuvrements énervés, où l'âme s'abandonne...Vous constatez ces relâchements successifs, qui détendent les ressorts de la volonté... Avant de vous décider à envoyer un secours spécial, vous jetez les yeux sur les dispositions de cette âme en danger. La voyez-vous humble et soumise, vous étendez la main et elle est sauvée!... La voyez-vous raidie par l'orgueil, vous détournez votre visage, et elle est perdue!
O Dieu! O Père, je n'ai point peur de vous, je n'ai peur que de moi, si je me cache dans le sein de votre miséricorde. oui, j'y veux entrer et n'en plus sortir. J'en étudierai avec amour les lois bienfaisantes; j'y apprendrai à ma faire doux, indulgent les uns pour les autres, comme vous l'êtes pour moi; à ne réclamer aucune estime d'excellence quelconque; à vous laisser la louange du bien, qui d'ailleurs, ne m'appartiens pas.
Toutes les peines de ma pauvre vie, tous les oublis, tous les dédains, toutes les déceptions, et jusqu'aux humiliations les plus profondes. Ô Dieu, ô Père, je les accepterai, comme l'action réunie de votre justice et de votre miséricorde, comme l'argent providentiel de ma réhabilitation présente et de ma grandeur future.
O Dieu, ô Père, ne m'avez-vous pas donné votre Fils Jésus! Avec Lui, je suis sûr de Vous.
Vivant de Lui, je suis sûr de moi.
O Jésus, venez dans mon néant, remplissez-le, animez-le, Vivons ensemble...
Ensemble aimons et avançons!
O Dieu,ô Père, ne me faites sentir vivement mon impuissance que pour m'amener dans vos bras. Entre vos bras, et sans cesse sur l'abîme, quel bonheur!
Je dépends de vous... Et je me presse plus étroitement sur votre poitrine adorée!


Résolution: Prendre en pitié ma vaine assurance, supplier Dieu de dissiper mon aveuglement.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : jeu. 20 mai 2021 15:49
par Alexandre
ECLAIRCISSEMENTS SUR LES DEUX MEDITATIONS QUI PRECEDENT

Un étonnement mêlé de frayeur est l'impression qui résulte presque inévitablement de l'analyse de toute vie,vie du corps, vie même de la plante. Tout y apparaît si délicat, si compliqué, si fragile, que l'on craint à chaque instant de voir un tel organisme victime du plus léger incident. La lecture des livres de médecine, par exemple, a coutume de produire cet effet.
Heureusement, pour réagir, on a mieux que l'analyse, on a l'expérience. Il semblerait que notre être n'est pas viable, mais il vit; qu'il ne peut résister à tant de causes de destruction mais il dure... Ainsi en est-il dans l'ordre surnaturel. L'analyse des lois qui le régissent reste menaçante, mais la réalité des faits modère les alarmes. Il y a, toujours en jeu pour remédier à tout, cette merveilleuse action, qui, dans, l'Univers, s'appelle la Providence, et qui prend ici un nom plus rassurant encore, celui de miséricorde.

1/ Pas un chrétien qui, de fait, n'ait largement le pouvoir d'éviter tout péché mortel, et celui de se relever s'il pèche.

2/ Pas une âme qui ne puisse obtenir par la prière tout ce qui lui manque, et pas une qui soit, à un moment, privée du pouvoir de prier.

3/Ce que nous ne pouvons peut-être pas aujourd'hui, nous le pourrons demain, si nous usons bien des grâces moindres qui nous préparent à ce dernier effet.(Gratiae remote suficientes)

4/Certains secours qui ne nous sont pas dus rigoureusement, nous serons pourtant donnés infailliblement: et qu'importe pour nous le droit strict à ces secours, s'ils nous arrivent aussi sûrement par la grâce.

5/Au jour du jugement, chaque âme sera contrainte, par l'évidence, de confesser que Dieu a été très bon pour elle; il n'y aura pas une exception à cette règle, car nous sommes sous le régime de la miséricorde et partant, ne l'oublions pas, sous celui de l'humilité.

Nota: Lire dans le traité de l'Amour de Dieu les chapitres où st François de Sales traite cette question avec sa sûreté de doctrine et sa lucidité ordinaire.

A suivre: Vè Méditation: nos fautes.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : ven. 21 mai 2021 14:31
par Alexandre
CINQUIEME MEDITATION DE LA DEUXIEME SEMAINE

XIIè Exercice: Nos fautes

Premier point: L'examen de la cause.
Deuxième point: Le jugement motivé.

Préparation pour la veille:_ Ici, nous mettons le pied sur notre territoire propre, car rien n'est autant plus notre propriété que le péché.
Il est à nous, et à nous seuls; il est l'unique chose où Dieu ne soit pas.
Cette terre désolée, abordons-là avec courage; proposons-nous d'y faire une exploration sérieuse. Trop souvent nous l'avons parcourue d'un oeil distrait, comme une route familière où rien n'étonne.
Il s'agit de nous bien voir, et de nous bien juger, au point de vue de notre valeur.
Ne laissons point suivre par cette idée, côtoyant peut-être nos constations humiliantes: Je ne suis pas le seul!
Que d'autres soient pécheurs, en sommes-nous moins coupables? qu'une prison soit pleine de criminels, chacun d'eux en est-il moins méprisable? L'homme est en face de Dieu seul:"Tibi soli peccavi".
Ne fût-il qu'en face de lui-même, de sa conscience, de sa dignité, de son idéal, il trouverait encore ces trois grandes choses qui l'accuseraient, sans égard pour des fautes commises par d'autres hommes.
Et, d'ailleurs, quel est notre rang parmi les pécheurs? Nous l'ignorons jusqu'au dernier jour. Ce n'est ni le nombre, ni la grandeur apparente des fautes, qui déterminent les degrés de culpabilité.
Nous envisagerons plus loin quelle attitude devant les autres nous impose l'humilité; ici, nous avons seulement à rechercher quel jugement nous avons à faire sur nous-mêmes, de par notre oeuvre; et si nous arrivons à une persuasion raisonnée de notre peu de valeur personnelle, si nous nous sentons bien bas devant Dieu et devant notre conscience, nous aurons une très grande facilité à nous défendre de tout mépris pour le prochain, de toute arrogance et de toute susceptibilité.
Nous aurons également assez de logique pour ne point prétendre à une estime particulière que nous savons ne pas mériter.
O mon Dieu, vous m'aiderez à me connaître dans la vérité! Vous me garderez dans l'illusion qui voilerait la gravité de mes torts et de l'exagération qui n'établirait rien de solide.Je veux me juger comme vous me jugez vous-même. Je ne partirai pas de l'idée préconçue qu'il faut, pour devenir humble, se croire d'avance vil et misérable; j'étudierai la cause froidement, avec la liberté d'un esprit indépendant, avec la rigueur d'une raison qui veut affirmer le vrai, conclure le juste et rien d'autre.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : ven. 21 mai 2021 14:50
par Alexandre
MEDITATION

Prélude: demander la grâce d'une grande clairvoyance pour reconnaître ma vie, et d'une grande loyauté pour la juger.

I.Examen de la cause.

1/ Les faits.C'est une sorte de confession générale renouvelée devant Dieu seul. C'est une revue intime et douloureuse des actes de notre libre arbitre.
Il sera bon de partager sa vie en périodes successives, et de s'arrêter à ce qui domine en chacune.
On pourra faire utilement une addition approximative du nombre des fautes, du moins des fautes graves.
On fixera son attention sur les péchés les plus humiliants, si l'imagination ne doit pas en souffrir.

2/ Les motifs, les vrais, ceux que nous n'avouons pas. Les motifs des fautes sont toujours bas: certains sont plus vils, quelques uns sont abominables... Au fond, c'est pour nous satisfaire que nous avons péché.
Dans nos bonnes actions elles-mêmes, voyons le vice de l'attention. N'ont-elles pas été quelquefois inspirées par le désir et par le besoin, hélas! de paraître meilleurs que nous le sommes?

3/Les grâces. A côté de l'histoire de l'ingratitude, l'histoire de la miséricorde: éducation religieuse privilégiée..., situation favorable..., grâces de piété..., de ferveur même..., grâces de préservation... que serions-nous sans elles? Repentir peut-être longtemps attendu, merveilleusement provoqué. Evaluons le nombre de nos absolutions... et de nos rechutes... Si nous n'avions pas compté sur ce pardon si facile, peut-être aurions-nous moins péché...
Etonnement en face de la Providence de Dieu, si bonne et si persévérante. Etonnement plus grand encore en face de notre ingratitude, étrangement persistante... Et nous n'étions pas même heureux!...
Notre attitude aujourd'hui n'est point précisément celle du repentir, mais celle de l'humilité: "Peccatum meum contra me est semper." Les fautes sont effacées; les effets peut-être. Le fait...jamais!

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : ven. 21 mai 2021 16:06
par Alexandre
II.Le jugement motivé:

1/ Au point de vue de notre valeur personnelle,quelle confiance méritons-nous?
La confiance ne peut s'appuyer que sur l'esprit de conduite et la fermeté d'âme.
Or, passer par des alternatives continuelles de fautes, de repentir et de fautes nouvelles, est-ce là conduire sa vie?
Succomber pour des riens, parfois sans résistance, par le seul fait d'un peu de temps écoulé et du retour offensif de l'habitude, est-ce là être maître de soi?
On a voulu pourtant, on s'est cru changé et voilà qu'on est retombé!... Que vaut notre volonté?_ Que de fois ne s'est-on pas dit: mais c'est insensé!... Et la raison, qui voyait si juste, n'a pas su parler assez haut.
Quelquefois l'instinct le plus bas a tellement dominé l'intelligence elle-même, qu'il l'a conduite à lui fournir de fallacieuses justifications...
En vérité, le mal a été mon maître, et je n'ai pas le droit d'avoir confiance en moi.

2/ Au point de vue de la dignité personnelle, l'honneur nous est-il dû?
L'honneur s'attache à la dignité. Or, la dignité exige qu'on se tienne à son rang sans déroger et qu'on soit fidèle à sa parole sans s'y forfaire.
Combien de fois, et à quel point, n'ai-je pas avili ma dignité de chrétien, peut-être ma dignité d'homme?
N'ai-je pas introduit dans les faculté de mon âme, dans les dispositions de mon corps, un principe de dégradation?
Le caprice, la passion, l'égoïsme, l'orgueil, n'ont-ils pas souvent remplacé, comme mobiles, le noble amour du bien?
Et je me croirais digne d'honneur!
_Le violateur de sa parole est-il digne aussi?
Parole donnée en pleine connaissance de cause..., parole donnée à sa conscience, à son confesseur, à Dieu même!...
Un seul cas de ce genre déshonorerait un homme du monde, et je ne puis compter le nombre de mes défections!
Que dire d'une violation de ces promesses passée en habitude, et accompagnant la marche de la vie entière!
En vérité n'ai-je pas perdu toute dignité personnelle; et à quel honneur puis-je prétendre?

3/Au point de vue de mon idéal, où en suis-je?
Mon idéal, c'était mon histoire possible, écrite par la bonté de Dieu... C'était la série graduelle des dons sui devaient m'être offerts, si j'étais fidèle... C'était ma personnalité prenant de perpétuels accroissements, et ma destinée s'embellissant de jour en jour.
Quel idéal et à sa place quel état!: Grâces rendues vaines, efforts refusés, amoindrissements de tous côtés... A chaque pardon, plan restauré avec miséricorde, mais sur des bases moins larges... finalement défiguré par de perpétuelles défaillances!...
Je vois Dieu travaillant sans cesse à le refaire, et je me vois travaillant, hélas! avec non moins de persévérance à le défaire.
L'idéal réalisé eût été la beauté, l'élévation de mon être... Qu'en ai-je fait? Et que suis-je? Laideur, bassesse, un vrai contraste!... Graduellement l'action de Dieu en moi s'est diminuée; son image a pâli; sa joie s'est éteinte!
Ah! je n'ai de refuge que dans la confusion, l'aveu, le repentir... Je n'ai de refuge que dans la plus sincère humilité!
O Dieu magnanime, vous ne sauriez frapper celui qui s'humilie le front contre terre. O Dieu de pitié, vous vous attendrissez sur le mendiant, qui étale les haillons de ses déchéances. Dans ce pauvre, ô Dieu père, vous reconnaissez les traits visibles, mais déformés, de Jésus, votre Bien-Aimé. Laisserez-vous son sang dégénérer en moi? N'aurez-vous pas compassion de sa gloire?
Sa gloire? oh! qu'elle sera pure et grande, si, d'un être misérable, vous parvenez à faire une créature nouvelle, droite et belle, tendre et forte, confiante et généreuse... Mais surtout vraiment humble!
Eloignez de mon avenir toute faute, je n'en saurai vouloir aucune; mais laissez-moi, s'il le faut, d'humiliantes misères; laissez-moi surtout l'impression vivante de ma bassesse, afin qu'elle m'accompagne dans mes progrès personnels et dans les succès de mon zèle; stimulant sans cesse ma reconnaissance, mon désir de réparation, et, dans une humilité profonde, l'Amour Sacré, votre vie et la mienne, fruit divine de votre miséricorde et délices de mon repentir!


Résolution: Confusion d'un malheureux conduit devant un tribunal, et qui vient d'entendre des témoignages accablants. Vivre aujourd'hui sous cette impression.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : sam. 22 mai 2021 11:15
par Alexandre
SIXIEME MEDITATION DE LA DEUXIEME SEMAINE

XIIIè Exercice: Prière éditée par le Pape Urbain VIII
(placée au commencement du bréviaire Romain)

Préparation pour la veille._ Il ne s'agit plus ici d'établir par le raisonnement, mais de la développer par l'expression ardente de sentiments aussi vifs que sincères.
Dans l'acquisition d'une vertu, la conviction est certainement la première force, la première en date, mais le sentiment est peut-être une force plus pénétrante et plus déterminante encore. Son expression vibrante émeut l'âme toute entière et la rend plus consciente des motifs mêmes qui l'ont établie.
La conviction est un acte de l'intelligence, l'expression du sentiment est un acte de la volonté; or, c'est dans la volonté que se forme et se perfectionne la vertu, c'est-à-dire l'inclination aux actes et la facilité de les accomplir. Nous n'aurons donc qu'un seul but demain: Nous plonger dans l'humiliation. Avec les accents sortis du coeur d'un saint, nous déplorerons nos ingratitudes, nos retours sans fins; et aussi, avec les élans de la confiance, nous nous jetterons tout entiers dans le sein de la miséricorde, nous livrant à Jésus Sauveur.

O mon Dieu, préparez-moi pour demain un coeur plus vivant, un coeur qui s'attendrisse, un coeur qui du moins s'efforce de sentir!
Je ne vous demande point de larmes, mais une vraie douleur.
O mon Dieu, déterminez en mon âme cette inclination d'humilité qui seule fait les humbles, mais relevez-moi,par la confiance qui seule fait les vaillants.
Je n'ai en propre que des fautes et des misères, c'est vrai; mais je peux avoir de vous des richesses et la beauté de Jésus. O vie de Jésus, comme une semence divine, daigne jeter d'abord tes racines dans le fumier de ces misères; un jour tu fleuriras au ciel.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : sam. 22 mai 2021 11:59
par Alexandre
MEDITATION

Prélude._Demander la grâce de faire passer dans mes sentiments et mes sanglots tout le repentir que doit m'inspirer ma vie.

Ante oculos tuos, Domine, culpas nostras ferimus. Chargés et accablés, nous déposons devant vos yeux le lourd fardeau de nos fautes, ô Dieu juste, ô Dieu père!

Et plagas quas accepimus conferimus, et les plaies que nos péchés ont faites, nous les montrons à vos regards. Elles nous défigurent, elles nous font souffrir, elles nous tiennent dans la plus dépendante faiblesse, car elles sont nombreuses, et profondes, et mal cicatrisées.

Si pensamus malum quod fecimus, minus est quod patimur, majus est quod meremur. Oh! voilà qui est inconcevable! Sous l'aiguillon du châtiment , je frémis d'indignation contre moi-même, et sous la ténacité du péché, je me retrouve aussi lâche!... O expérience de tant de grâces reçues, de tant de résolutions prises, de tant de châtiments subis!
Expérience de mes douleurs, de mes regrets, de mes aspirations renouvelées, tu cèdes à cette vie du mal qui est en moi; tu renais quand la douleur passe!

In falgellis nostris infirmitas nostra teritur et iniquitas non mutatur: vous nous brisez et nous ne sommes pas changés; nous voilà meurtris et plus mauvais encore!

Mens aegra torquetur et cervix non flectitur: tristes, malades, torturés, nous ne savons pas assez courber le front!...

Vita in dolore suspirat, et opere non se emendat:notre vie s'en va dans la douleur et le gémissement, sans trouver le chemin du retour!
O coeur humain, ô mon coeur, que tu es inconstant et facile à changer!... Tu souffres du mal, et tu veux en souffrir encore... Tu te sens malade et tu ne veux pas sincèrement guérir!...
Tu gémis de tes chaînes, et tu les traînes toujours!

Si expectas, non corrigimur... O Seigneur, votre patience est longue et, par ma faute, elle est vaine... Vous attendez et nous ne nous corrigeons point.

Si vindicas, non duramus: si vous devenez le Dieu des vengeances, c'en est fait de nous!

Confitemur in correctione quod egimus, obliviscimur post visitationem quod flevimus: vous venez nous châtier, et nous avouons nos fautes; vous vous éloignez et ce que nous pleurions toute à l'heure, nous l'avons oublié!

Si extendas manum, facienda promittimus: si suspenderis gladium, promissa non solvimus: vous étendez la main et nous promettons tout; vous retirez le glaive, et nous sommes parjures!

Si ferias, clamamus ut parcas, si peperceris, peccamus ut ferias: vous frappez, et nous crions grâce; vous pardonnez, et nous voilà à provoquer les coups!

Habes, Domine, confitentes reos! novimus quod nisi dimittas, recte non perimus. Ah! du moins, Seigneur je ne me défends pas: je suis coupable et je le confesse bien haut. Cet aveu me soulage; il est l'explosion de ma conscience, à la vue de es interminables rechutes et de mes incessantes provocations!... Si vous n'avez pitié, je suis perdu, et rien n'est plus juste!

Praesta, Pater omnipotens, sine merito quod rogamus, qui fecisti ex nihilo, qui te rogarent per Christum Dominum nostrum. O Père tout-puissant, cet être fait de néant vous implore. Il n'a aucun mérite à alléguer; mais, puisque vous lui donner la grâce de prier, c'est bien pour avoir le droit de pardonner... Vous mettez dans mon coeur des accents qui vous touchent; vous armez ma prière d'un nom qui vous commande; vous regardez en moi Celui que vous aimez, ce Jésus par lequel je prie.

Dans cette longue litanie de nos misères, étudions l'action de l'humilité.
C'est elle qui parle, qui gémit, qui touche.
C'est elle qui donne à Dieu son vrai rôle, à nous l'attitude qui convient.
C'est à travers ces larmes qui passe la miséricorde; c'est sur son front courbé que descend le pardon.
C'est elle qui fait disparaître notre triste personnalité, pour mettre Jésus à sa place...
Supposons l'orgueil relever la tête, quel confusion et quel châtiment! L'orgueil ne saurait attendrir ni le coeur de Dieu, ni le nôtre!
"Le trône de la miséricorde de Dieu, c'est notre misère", disait saint François de sales.
_ Le chemin de Dieu vers le nôtre, et du nôtre vers le sien, c'est l'humilité.
Dès qu'elles sont touchées de reflets de cette vertu nos misères prennent une teinte de surnaturelle beauté. Dès qu'elles sont touchées par la miséricorde, elles se transforme en amour .

Résolution: Entretenir un sentiment profond et doux de la bonté de Dieu:"Je chanterai éternellement vos miséricordes."

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : sam. 22 mai 2021 12:43
par Alexandre
En ce jour de vigile de la Pentecôte, je trouve opportun d'insérer dans cette "formation à l'humilité" de notre Chanoine, une prière de consécration au Saint-Esprit qui entre tout à fait dans le cadre de la SIXIEME MEDITATION.
Son auteur est Jacques de Ghazir, un capucin libanais (1875-1954), la voici:


"O Saint-Esprit créateur et sanctificateur! Vous qui agissez avant tout pour nous transformer à l'image du Fils de Dieu, aidez-moi à me laisser guider par Jésus, à vivre la vie de Jésus, à devenir Jésus.
Habitez en moi toujours.
Par votre grâce, réalisez tous les desseins de Dieu sur mon âme.
Et comme vous avez dirigé l'humanité de notre Très Saint Seigneur Jésus-Christ durant son séjour sur la terre, soyez vous aussi le directeur de ma vie et de mon âme.

O Saint-Esprit! je vous consacre tout mon être que je vous livre en dépôt. soyez le maître de ma volonté que je vous remets sans réserve dès à présent et pour toujours. Je vous remercie des grâces dont vous m'avez comblé. Je vous demande pardon du peu de profit tiré de vos autres bienfaits. Venez en moi. Emparez-vous de moi.
VENI SANCTE SPIRITUS.
Je désire ardemment recevoir vos enseignement, être fidèle aux moindres avertissements de vos divines inspirations. Vous êtes Esprit et Vie. Vous êtes Lumière et Force. Soyez ma vie, ma lumière et ma force.
Vous entretenez mon âme dans le secret, donnez-moi, ô mon Dieu, l'esprit de silence et de recueillement.
Vous descendez dans les âmes des humbles, donnez-moi ô mon Dieu l'esprit d'humilité.

Esprit de charité, apprenez-moi à vivre de votre amour, à être lié par votre amour. Apprenez-moi à répandre l'esprit de charité.
O Esprit-Saint, source de la paix, ramenez la paix dans mon âme.
J'ai faim, venez me rassasier. J'ai soif, venez étancher ma soif. Je ne vois pas, venez me guider. Je suis pauvre, venez m'enrichir.
O Saint-Esprit! Je vous consacre tout mon être, je vous le donne, je vous remets mon âme par Marie votre temple, par Marie votre Epouse, par Marie, le canal de vos grâces.

+Ainsi soit-il+,+ ainsi soit-il+, +ainsi soit-il+.

Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom

Publié : lun. 24 mai 2021 14:06
par Alexandre
SEPTIEME MEDITATION DE LA DEUXIEME SEMAINE

XIVè Exercice: En face des Saints

NOTA._ Si l'on tient à ne consacrer que trente jours à cette probation, on unira en une seule les deux méditations suivantes. Tout en parcourant des régions différentes, elles se réunissent au même terme: l'impression vive de note humiliante médiocrité.

Préparation pour la veille._ Quels effets dois-je rechercher dans la contemplation des vertus des saints? Le vif sentiment de ma petitesse et aussi un stimulant pour ma lâcheté, car l'humilité qui rabaisse les fausses prétentions excite le vrai courage.

1/ Comme au pied des hautes montagnes ou en face de l'Océan, nous éprouvons devant la vertu des Saints une impression de grandeur qui nous écrase. Ne pas se contenter de cette impression générale, mais faire passer sous nos yeux le détail de leur supériorité: vertus, sentiments, oeuvres...
Dans un milieu de basse ignorance, l'homme qui sait lire fait le fier; l'admirez-vous? Eh bien! songez à ces sentiments de vaine estime qui vous redresse dans votre milieu, s'il est ordinaire.

2/ Mais, pour avoir une juste appréciation de notre valeur, convient-il donc de se comparer aux saints qui sont l'exception? Oui, dès lors que l'on prétend à une estime particulière. En effet, c'est dans ce qui est élevé que se trouve la règle du mérite et non point dans ce qui est médiocre. Y a-t-il lieu de s'enorgueillir, par exemple, de ce qu'on est moins bas qu'un être misérable?

3/A la vue de toute supériorité, deux sentiments peuvent se faire jour, celui de la lâcheté, qui, ne se sentant point de force à atteindre si haut, renonce même à tenter l'entreprise; et celui de la grandeur d'âme, qui répète avec st Augustin:"Ne pourrai-je pas donc ce qu'ont pu ceux-ci et ceux-là?" Les larmes d'une sainte émulation montent aux yeux; une émotion presque violente soulève la poitrine et l'on s'écrie:" Je puis tout en celui qui est ma force!"

L'orgueilleux considère l'insuffisance de ses propres ressources et s'affaisse; l'humble considère en même temps la force divine et s'élance.
O vous qui faites les saints, ô mon Dieu, ô mon Père, commencez par me pétrir d'humilité.
Je serais entre vos mains ce limon infime, mais malléable, qui se prête à recevoir quelques traits de votre image.