1. Le péché. Puisque la mort est arrivée par le péché.
R.P. Pègues - Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin. Toulouse, 1926, tome XVI, pp. 445-446 a écrit :
« On peut dire du genre humain, dans la suite de son histoire, que tout s'y ramène à une question de vie et de mort, rattachée elle-même à une question d'obéissance et de désobéissance.
Dieu avait créé l'homme — pouvant cependant être mortel de sa nature — dans un état de vie qui ne connaîtrait point la mort : mais, à une condition : c'est qu'il observerait un précepte, d'ailleurs très facile, que Dieu lui donnait pour marquer sa dépendance à l'endroit du Créateur.
Il était, du reste, expressément averti que s'il désobéissait il mourrait de mort. L'homme eut le malheur de ne point tenir compte de cette défense et de cette menace. Emporté par un mouvement d'orgueil, à la suggestion du Tentateur perfide il désobéit à Dieu.
Aussitôt, le privilège de vie immortelle, accordé par Dieu à la nature humaine dans la personne du premier homme lui fut enlevé. Pour toujours désormais, la mort devait régner dans le genre humain déchu. Mais Dieu dans sa miséricorde faite de sagesse, de bonté et de puissance infinie, allait tout restaurer en vue d'un triomphe éblouissant sur la mort et sur le démon, qui en était le premier auteur. Il allait créer l'homme nouveau, par lequel Il remporterait la victoire. Le démon avait vaincu en amenant l'homme premier à désobéir.
Dieu allait vaincre en se donnant dans l'homme nouveau, un obéissant parfait. Et de même que la désobéissance du premier avait causé la mort en violant le précepte auquel été attaché l'immortelle vie ; de même l'homme nouveau restaurerait la vie en observant fidèlement et par obéissance au Chef, Dieu Lui-même, souverain maître de la mort et de la vie, le précepte qui lui commandait d'aller à la mort.
Toute l'économie des conseils de Dieu, dans l'histoire du genre humain, tient dans ce double contraste : d'une vie immortelle perdue par une désobéissance qui méprisait le précepte de la vie ; et de cette même vie immortelle reconquise par une obéissance qui embrasserait amoureusement le précepte de la mort.»
2. Non, car au lieu de subir la mort comme nous tous pécheurs, le Christ la domine et pour cela, il était souverainement à propos qu'Il descendît aux enfers parce que toutes les âmes des justes qui étaient sanctifiées par la foi en sa venue, depuis le commencement du monde, y attendaient le fruit de sa passion.
R.P. Pègues - Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin. Toulouse, 1926, tome XVI, pp. 557-558 a écrit :
« Dès son arrivée aux limbes des Patriarches, le Christ, présent par son âme et sa divinité, communiqua aux âmes des saints qui l'y attendaient le bonheur de la gloire céleste ; mais parce que son corps devait demeurer dans le tombeau jusqu'au moment de la résurrection, son âme attendit, pour quitter le limbe des Patriarches et en faire sortir avec elle les âmes saintes, que le moment d'aller rejoindre son corps fût venu. Ce fut donc seulement au matin du jour de la résurrection, que l'âme du Christ remonta des enfers.»
Ainsi est étendue la victoire du Christ jusqu'au royaume de la Mort elle-même.
Pour expliciter cette victoire sur la mort, la précision suivante
"présent par son âme et sa divinité" énoncée par le père Pègues mérite un développement en forme d'explication (que M. l'abbé cherche, je pense, à nous faire toucher du doigt depuis le début) :
R.P. Pègues - Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin. Toulouse, 1926, tome XVI, p. 527 a écrit :
« Quand nous parlons de la mort du Christ, c'est au sens le plus véritable, le plus réel, le plus formel, que nous entendons nous exprimer.
C'est en toute vérité que le Christ est mort ; parce que, dans sa Personne, la nature humaine, qui est constituée elle-même et vivante par l'union de l'âme et du corps, s'est trouvée détruite dans son être et dans sa vie par la séparation du corps et de l'âme.
Non pas cependant que soit l'âme soit le corps aient été séparés de la divinité. L'une et l'autre sont restés unis à la divinité dans la Personne du Fils de Dieu. Toutefois, bien que le Fils de Dieu ait continué de posséder, dans sa Personne, et son âme et son corps, durant les trois jours de la séparation des deux qui constituait, pour Lui, l'état de mort, on ne pouvait pas, durant ces trois jours, dire de Lui qu'il fût homme.
Son corps n'était plus spécifiquement le même. Il restait cependant le même numériquement, eu raison de l'identité du suppôt, qui était toujours le suppôt de la Personne même du Fils de Dieu. Une nouvelle forme substantielle avait succédé, dans le corps du Christ, à la disparition de l'âme. Mais c'était toujours dans la même Personne du Fils de Dieu que subsistait le corps avec sa nouvelle forme spécifique.
— Tel fut l'état de mort, dans le Christ, durant les trois jours qui s'écoulèrent depuis la séparation de l'âme et du corps sur le Calvaire jusqu'à leur réunion au jour de la résurrection.»