formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
PREMIERE MEDITATION
VIIIè Exercice: Le Néant de la Créature
Premier point: Le néant de l'être: Je ne suis rien.
Deuxième point: Le néant de l'acte: Je ne puis rien.
Préparation pour la veille._ Si nous tenions notre être d'une matière quelconque existant en dehors de Dieu; ou encore si, étant créés par lui de toutes pièces, nous emportions, par impossible, de sa substance la plus imperceptible parcelle, nous aurions une valeur, si minime fût-elle, serait pourtant appréciable.
Il n'en n'est point ainsi: car, si nous venons de Dieu, nous ne sortons pas de son sein fécond, mais d'un acte extérieur, d'un simple vouloir de sa toute-puissance; nous ne sommes pas des êtres à proprement parler, mais ce quelque chose d'inconsistant, de fugitif, que l'on peut comparer à des notes de musique, s'échappant d'un instrument sous les doigts de l'artiste. Dieu n'est ni enrichi par le fait qu'il devient Créateur, ni diminué par le fait que nous existons.
Voilà la vérité certaine, démontrée par la raison, admise par la philosophie la plus rigoureuse.
Et pourtant, je suis, j'ai une sorte d'être; cet être a une étendue, des formes; il agit, il déplace la matière et la transforme; il veut ou ne veut pas, il est libre; son intelligence lui donne conscience de tout l'univers, son génie peut enfanter des merveilles. Tout cela n'est-il donc rien? Un être et des actes sont pourtant quelque chose!
Entendons-nous bien, ce quelque chose, en face de Dieu, est si vain, si fugitif, que l'Ecriture l'appelle "un quasi-néant, tamquam nihilum ante te"; en résumé: un être qui ne compte pas!
Ainsi se trouve mise en lumière cette parole de st Paul:"Quis te discernit? Quid habes quod non accepisti? Qu'as-tu qui te distingue? qu'as-tu que tu ne l'aies reçu?"_Vue profonde jusqu'à nous déconcerter, saisissante jusqu'à nous troubler; mais surtout conclusion rigoureuse et pressante qui s'impose à l'âme toute entière et détermine la volonté; car enfin, l'humilité n'est pas seulement une conviction, elle est plus que cela, elle est une vertu agissante. Il ne suffit donc pas de philosopher sur toutes ces questions, il faut principalement en poursuivre la pratique.
VIIIè Exercice: Le Néant de la Créature
Premier point: Le néant de l'être: Je ne suis rien.
Deuxième point: Le néant de l'acte: Je ne puis rien.
Préparation pour la veille._ Si nous tenions notre être d'une matière quelconque existant en dehors de Dieu; ou encore si, étant créés par lui de toutes pièces, nous emportions, par impossible, de sa substance la plus imperceptible parcelle, nous aurions une valeur, si minime fût-elle, serait pourtant appréciable.
Il n'en n'est point ainsi: car, si nous venons de Dieu, nous ne sortons pas de son sein fécond, mais d'un acte extérieur, d'un simple vouloir de sa toute-puissance; nous ne sommes pas des êtres à proprement parler, mais ce quelque chose d'inconsistant, de fugitif, que l'on peut comparer à des notes de musique, s'échappant d'un instrument sous les doigts de l'artiste. Dieu n'est ni enrichi par le fait qu'il devient Créateur, ni diminué par le fait que nous existons.
Voilà la vérité certaine, démontrée par la raison, admise par la philosophie la plus rigoureuse.
Et pourtant, je suis, j'ai une sorte d'être; cet être a une étendue, des formes; il agit, il déplace la matière et la transforme; il veut ou ne veut pas, il est libre; son intelligence lui donne conscience de tout l'univers, son génie peut enfanter des merveilles. Tout cela n'est-il donc rien? Un être et des actes sont pourtant quelque chose!
Entendons-nous bien, ce quelque chose, en face de Dieu, est si vain, si fugitif, que l'Ecriture l'appelle "un quasi-néant, tamquam nihilum ante te"; en résumé: un être qui ne compte pas!
Ainsi se trouve mise en lumière cette parole de st Paul:"Quis te discernit? Quid habes quod non accepisti? Qu'as-tu qui te distingue? qu'as-tu que tu ne l'aies reçu?"_Vue profonde jusqu'à nous déconcerter, saisissante jusqu'à nous troubler; mais surtout conclusion rigoureuse et pressante qui s'impose à l'âme toute entière et détermine la volonté; car enfin, l'humilité n'est pas seulement une conviction, elle est plus que cela, elle est une vertu agissante. Il ne suffit donc pas de philosopher sur toutes ces questions, il faut principalement en poursuivre la pratique.
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MEDITATION
Prélude:Demander la grâce de concevoir une impression si vive de mon néant, qu'elle me pénètre tout entier et me dirige.
I.Le néant de l'être: Je ne suis rien._Notre-Seigneur a dit a sainte Catherine de Sienne:"Sais-tu, ma fille, qui je suis et qui tu es? Tu seras bien heureuse si tu le sais! (Si tu le sais d'une façon lumineuse, pénétrante et pratique): Je suis Celui qui est; tu es celle qui n'est pas!"
Dieu est l'Etre dans toute la plénitude de ce mot, c'est le nom qu'il se donne:"Ego sum qui sum."_Moi, je suis le néant dans tout son vide, et c'est mon nom: "Substantia mea tanquam nihilum. Ma substance est une sorte de rien."
Avant la création, je n'existais pas même dans l'élément le plus lointain. Il y a mille ans, cent ans, j'étais une simple possibilité qu'un rien eût pu détourner de l'arrivée à l'existence.
J'ai apparu un jour sur la terre. Des siècles m'y précèdent; des siècles, sans doute, s'y succèderont après moi. Dans cette durée, je remplis quelques heures courtes et précipitées.
Puis le silence se refermera sur moi, comme une eau profonde engloutit bientôt la pierre qui rida un instant sa surface.
Cet être que j'ai, est la fragilité et l'inconsistance mêmes, une vapeur qui s'élève pour disparaître aussitôt:" Vapor est ad modicum parens."Il n'est qu'une poussière vivifiée "Memento, homo, quia pulvis es."
A la clarté de la vérité pure, ce qui se verra en moi, dans la matière de mon corps, dans la substance même de mon âme, ce serait un néant, de toutes parts soutenu par la puissance créatrice. Ecartez un instant cette action nécessaire, quoique invisible: mon être disparaît et s'évanouit comme la fumée dans les airs, comme le nuage dans le ciel, sans laisser aucune trace:"ad nihilum redactus sum et nescivi."
"ô rien inconnu! ô rien inconnu!" répète dans l'extase la bienheureuse Angèle de Foligno. _Cri de profonde vérité, sommaire de nos dérisoires grandeurs! Mais aussi, point d'appui des sentiments les plus puissants, les plus élevés, les lus dignes de Dieu.
Si je suis le Néant, ô Seigneur, vous êtes l'Etre! Si je suis le rien, vous êtes le Tout.
Cette double vision forme, par son contraste, le rythme des chants du ciel. sous ses clartés d'en haut, la condition des bienheureux apparaît semblable à la mienne; mais leur humilité est ma honte comme ma leçon. La gloire fait sans cesse resplendir à leurs yeux la vérité de leur néant, tandis que mes multiples misères parviennent à l'obscurcir aux miens...
Prélude:Demander la grâce de concevoir une impression si vive de mon néant, qu'elle me pénètre tout entier et me dirige.
I.Le néant de l'être: Je ne suis rien._Notre-Seigneur a dit a sainte Catherine de Sienne:"Sais-tu, ma fille, qui je suis et qui tu es? Tu seras bien heureuse si tu le sais! (Si tu le sais d'une façon lumineuse, pénétrante et pratique): Je suis Celui qui est; tu es celle qui n'est pas!"
Dieu est l'Etre dans toute la plénitude de ce mot, c'est le nom qu'il se donne:"Ego sum qui sum."_Moi, je suis le néant dans tout son vide, et c'est mon nom: "Substantia mea tanquam nihilum. Ma substance est une sorte de rien."
Avant la création, je n'existais pas même dans l'élément le plus lointain. Il y a mille ans, cent ans, j'étais une simple possibilité qu'un rien eût pu détourner de l'arrivée à l'existence.
J'ai apparu un jour sur la terre. Des siècles m'y précèdent; des siècles, sans doute, s'y succèderont après moi. Dans cette durée, je remplis quelques heures courtes et précipitées.
Puis le silence se refermera sur moi, comme une eau profonde engloutit bientôt la pierre qui rida un instant sa surface.
Cet être que j'ai, est la fragilité et l'inconsistance mêmes, une vapeur qui s'élève pour disparaître aussitôt:" Vapor est ad modicum parens."Il n'est qu'une poussière vivifiée "Memento, homo, quia pulvis es."
A la clarté de la vérité pure, ce qui se verra en moi, dans la matière de mon corps, dans la substance même de mon âme, ce serait un néant, de toutes parts soutenu par la puissance créatrice. Ecartez un instant cette action nécessaire, quoique invisible: mon être disparaît et s'évanouit comme la fumée dans les airs, comme le nuage dans le ciel, sans laisser aucune trace:"ad nihilum redactus sum et nescivi."
"ô rien inconnu! ô rien inconnu!" répète dans l'extase la bienheureuse Angèle de Foligno. _Cri de profonde vérité, sommaire de nos dérisoires grandeurs! Mais aussi, point d'appui des sentiments les plus puissants, les plus élevés, les lus dignes de Dieu.
Si je suis le Néant, ô Seigneur, vous êtes l'Etre! Si je suis le rien, vous êtes le Tout.
Cette double vision forme, par son contraste, le rythme des chants du ciel. sous ses clartés d'en haut, la condition des bienheureux apparaît semblable à la mienne; mais leur humilité est ma honte comme ma leçon. La gloire fait sans cesse resplendir à leurs yeux la vérité de leur néant, tandis que mes multiples misères parviennent à l'obscurcir aux miens...
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II. Le néant de l'acte: Je ne puis rien._Nos actes sont de la même nature que notre être. Notre être subsiste et nous ne voyons pas la puissance créatrice qui le soutient. Nous agissons et nous ne voyons pas davantage cette même puissance qui l'anime. Il nous semble que tout notre acte nous appartient.
1/ Je remue la main ou la tête, je combine une affaire, je trouve une solution, je pense , je choisis, j'aime...Eh bien! Tout ce qui, dans ces actes, est positif, se trouve produit par l'action de Dieu, beaucoup plus que par la mienne.
Il ne peut en être autrement. La nature des choses s'y oppose; et Dieu, qui peut tout, ne peut pas me donner le pouvoir d'accomplir en dehors de Lui un acte positif: ce serait me constituer créateur!... Conséquence aussi écrasante que mystère, qu'éblouissante que vérité! conséquence qui envahit jusqu'au sanctuaire de ma détermination libre.
2/ Là encore, dans cette résolution que je prends de devenir humble, et qui semble m'appartenir exclusivement, parce que je l'ai prise pouvant la laisser, Dieu agit mille fois plus que moi; et ma participation, je ne la trouve que dans l'adhésion à son influence qui m'y sollicitait.
Et si je veux chercher, au fond de cette adhésion même, pourquoi je l'ai donnée, la force qui m'y a conduit, je retrouve encore Dieu. Enfin, pour expliquer comment avec cela je demeure libre, je suis forcé de me dire: Je sens que je le suis, et je sais que Dieu est assez puissant pour respecter ma liberté dans ses conditions essentielles, tout en la remplissant jusqu'à son dernier effet. (Dieu ne nous détermine pas; nous conservons réellement le pouvoir de choisir; voilà qui est certain mais aussi mystérieux que certain. Ici le fait seul nous importe; sa conciliation relève de la philosophie.)
3/ Si je fais le mal, l'action de Dieu, obéissant à des lois générales d'une sagesse supérieure, prête son concours à tout ce qui est là comme ailleurs, acte positif; et m'accompagne encore au moment où, m'éloignant de l'ordre, je me soustrais à son influence.
Le mal est une défaillance dont je suis responsable: Je détourne l'action de Dieu et je l'empêche d'aboutir; je la force à s'égarer, et finalement, à s'évanouir!
Ah! Seigneur! je ne comprends pas! Qu'elle est donc vaine et ridicule, la complaisance que je prends en mes qualités, même les plus réelles!... Qu'elle est téméraire ma confiance en ma volonté, même la mieux affermie!...
Qu'elle est injuste, l'attribution que j'ose me faire du bien qui s'accomplit par moi! Comment croire en moi? Comment me préférer à un autre?
Le simple voile du créé recouvre tout ce néant. Ce voile est bien léger et mille accidents le soulèvent; il est suffisant néanmoins pour que je me trompe moi-même. Il est bien transparent aussi; mais je ne suis pas attentif, je ne regarde pas ce qu'il cache: je continue à prêter une réalité absolue à tous ces actes contingents, et j'y appuie mes intentions.
"Seigneur, vous qui voyez!" que devez-vous pensez de cet aveugle? ayez pité de lui, ouvrez ses yeux, et faites surgir l'apparition de votre Infini, devant sa misérable petitesse, confuse de son passé d'orgueil.
_Sérénité parfaite que donne cette vue au milieu des succès comme des revers: vaut-il donc la peine de tant s'émouvoir!_Haute sagesse qui place les choses sous le vrai jour et dans leur exacte proportion!_ Grandes ombres du néant, qui font ressortir l'éclat de l'Etre qui est tout!_Disposition admirable à la contemplation!
Résolution: Contempler souvent l'infini qui m'enveloppe de toutes parts, m'y perdre, y laisser tout orgueil._Déterminer un moment ce soir pour y penser à genoux en savourant ces belles paroles:" Mon Dieu et mon tout!"
1/ Je remue la main ou la tête, je combine une affaire, je trouve une solution, je pense , je choisis, j'aime...Eh bien! Tout ce qui, dans ces actes, est positif, se trouve produit par l'action de Dieu, beaucoup plus que par la mienne.
Il ne peut en être autrement. La nature des choses s'y oppose; et Dieu, qui peut tout, ne peut pas me donner le pouvoir d'accomplir en dehors de Lui un acte positif: ce serait me constituer créateur!... Conséquence aussi écrasante que mystère, qu'éblouissante que vérité! conséquence qui envahit jusqu'au sanctuaire de ma détermination libre.
2/ Là encore, dans cette résolution que je prends de devenir humble, et qui semble m'appartenir exclusivement, parce que je l'ai prise pouvant la laisser, Dieu agit mille fois plus que moi; et ma participation, je ne la trouve que dans l'adhésion à son influence qui m'y sollicitait.
Et si je veux chercher, au fond de cette adhésion même, pourquoi je l'ai donnée, la force qui m'y a conduit, je retrouve encore Dieu. Enfin, pour expliquer comment avec cela je demeure libre, je suis forcé de me dire: Je sens que je le suis, et je sais que Dieu est assez puissant pour respecter ma liberté dans ses conditions essentielles, tout en la remplissant jusqu'à son dernier effet. (Dieu ne nous détermine pas; nous conservons réellement le pouvoir de choisir; voilà qui est certain mais aussi mystérieux que certain. Ici le fait seul nous importe; sa conciliation relève de la philosophie.)
3/ Si je fais le mal, l'action de Dieu, obéissant à des lois générales d'une sagesse supérieure, prête son concours à tout ce qui est là comme ailleurs, acte positif; et m'accompagne encore au moment où, m'éloignant de l'ordre, je me soustrais à son influence.
Le mal est une défaillance dont je suis responsable: Je détourne l'action de Dieu et je l'empêche d'aboutir; je la force à s'égarer, et finalement, à s'évanouir!
Ah! Seigneur! je ne comprends pas! Qu'elle est donc vaine et ridicule, la complaisance que je prends en mes qualités, même les plus réelles!... Qu'elle est téméraire ma confiance en ma volonté, même la mieux affermie!...
Qu'elle est injuste, l'attribution que j'ose me faire du bien qui s'accomplit par moi! Comment croire en moi? Comment me préférer à un autre?
Le simple voile du créé recouvre tout ce néant. Ce voile est bien léger et mille accidents le soulèvent; il est suffisant néanmoins pour que je me trompe moi-même. Il est bien transparent aussi; mais je ne suis pas attentif, je ne regarde pas ce qu'il cache: je continue à prêter une réalité absolue à tous ces actes contingents, et j'y appuie mes intentions.
"Seigneur, vous qui voyez!" que devez-vous pensez de cet aveugle? ayez pité de lui, ouvrez ses yeux, et faites surgir l'apparition de votre Infini, devant sa misérable petitesse, confuse de son passé d'orgueil.
_Sérénité parfaite que donne cette vue au milieu des succès comme des revers: vaut-il donc la peine de tant s'émouvoir!_Haute sagesse qui place les choses sous le vrai jour et dans leur exacte proportion!_ Grandes ombres du néant, qui font ressortir l'éclat de l'Etre qui est tout!_Disposition admirable à la contemplation!
Résolution: Contempler souvent l'infini qui m'enveloppe de toutes parts, m'y perdre, y laisser tout orgueil._Déterminer un moment ce soir pour y penser à genoux en savourant ces belles paroles:" Mon Dieu et mon tout!"
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DEUXIEME MEDITATION DE LA 2°SEMAINE.
IXè Exercice:Nécessité de la grâce actuelle
Premier point: Sa nécessité en général
Deuxième point: Nécessité de la grâce prévenante
Troisième point: Nécessité de la grâce concomitante
Préparation pour la veille
1/La méditation qui précède projette toute sa lumière sur la méditation de demain.
Si, dans l'ordre de la nature, je ne suis rien, que suis-je donc dans l'ordre de la grâce? La grâce ne m'est point due; m'étant donnée, elle ne fait jamais partie de ma substance, elle reste un vêtement divin, dont je puis à chaque instant me voir dépouillé.
D'autre part, si la vie naturelle, avec ses actes moindres, a besoin, pour tous ses mouvements, du concours de Dieu, que dire de la dépendance où nous réduit l'exercice d'une vie surnaturelle dont les actes participent au divin?
2/Le croirait-on? beaucoup de chrétiens, sans s'en douter, professent sur l'action de la grâce actuelle des idées matériellement hérétiques. Leur erreur n'est que l'ignorance, et la bonne foi les excuse; il est cependant de leur devoir de s'instruire. Non, la grâce n'est pas seulement comme ils le croient, un complément de force; elle est le principe premier de tout acte surnaturel, de ceux-là mêmes qu'une longue habitude ou un attrait personnel nous rendent extrêmement faciles: voilà un dogme de foi.
3/En sondant notre néant et notre situation à ce nouveau point de vue, nous ne manquerons pas de considérer que là, du moins, notre dépendance tient à notre grandeur: notre vie surnaturelle reste par essence une vie dépendante, parce qu'elle participe à la vie même de Dieu, et Dieu seul peut l'exercer. Cette condition est tellement la nôtre, qu'elle nous suit dans l'éternité même. Là encore, Dieu demeure le principe de tous nos actes. Oh! dépendance délicieuse: c'est Dieu qui se fera adorer, aimer, chanter, par nous dans une indicible union, voisine de l'unité!
IXè Exercice:Nécessité de la grâce actuelle
Premier point: Sa nécessité en général
Deuxième point: Nécessité de la grâce prévenante
Troisième point: Nécessité de la grâce concomitante
Préparation pour la veille
1/La méditation qui précède projette toute sa lumière sur la méditation de demain.
Si, dans l'ordre de la nature, je ne suis rien, que suis-je donc dans l'ordre de la grâce? La grâce ne m'est point due; m'étant donnée, elle ne fait jamais partie de ma substance, elle reste un vêtement divin, dont je puis à chaque instant me voir dépouillé.
D'autre part, si la vie naturelle, avec ses actes moindres, a besoin, pour tous ses mouvements, du concours de Dieu, que dire de la dépendance où nous réduit l'exercice d'une vie surnaturelle dont les actes participent au divin?
2/Le croirait-on? beaucoup de chrétiens, sans s'en douter, professent sur l'action de la grâce actuelle des idées matériellement hérétiques. Leur erreur n'est que l'ignorance, et la bonne foi les excuse; il est cependant de leur devoir de s'instruire. Non, la grâce n'est pas seulement comme ils le croient, un complément de force; elle est le principe premier de tout acte surnaturel, de ceux-là mêmes qu'une longue habitude ou un attrait personnel nous rendent extrêmement faciles: voilà un dogme de foi.
3/En sondant notre néant et notre situation à ce nouveau point de vue, nous ne manquerons pas de considérer que là, du moins, notre dépendance tient à notre grandeur: notre vie surnaturelle reste par essence une vie dépendante, parce qu'elle participe à la vie même de Dieu, et Dieu seul peut l'exercer. Cette condition est tellement la nôtre, qu'elle nous suit dans l'éternité même. Là encore, Dieu demeure le principe de tous nos actes. Oh! dépendance délicieuse: c'est Dieu qui se fera adorer, aimer, chanter, par nous dans une indicible union, voisine de l'unité!
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MEDITATION
Prélude: Demander la grâce d'éprouver de mon néant une impression plus vive encore, mais plus consolante.
I. Nécessité de la grâce actuelle en général.
Dans l'ordre surnaturel, l'incapacité de l'homme est absolue. La grâce actuelle lui est indispensable pour l'oeuvre la plus simple comme la plus difficile. "Nul ne peut dire méritoirement: Jésus, sans le Saint-Esprit."
Voilà une vérité dont nous avons entendu souvent l'expression: elle est passée à l'état de formule acceptée; l'Eglise en a fait un article de foi; nous la croyons fermement, mais peut-être n'en mesurons-nous pas toute la portée.
Pour y parvenir, prenons position sur un point élevé, qui domine l'ensemble. Choisissons comme sujet de nos observations un parfait chrétien, un religieux, un prêtre...
Il a gardé l'innocence de son baptême, il a servi Dieu avec une fidélité constante. Le voilà plein de mérites, de vertus et de ferveur... Ses mérites ont procuré à sa grâce sanctifiante des accroissements merveilleux. Ses vertus ont parfaitement assujetti sa nature. Sa ferveur met en activité toutes les ressources de son amour.
Le voilà, au fond, capable de tous les héroïsmes. Eh Bien! sans une grâce actuelle immédiate,il n'est pas en état, tout saint qu'il est, de prononcer méritoirement le nom de Jésus, si court cependant.
"L'oeil le mieux conformé, dit saint Augustin, ne peut rien voir, sans le secours de la lumière. L'homme le plus saint ne peut bien agir, sans le secours divin de l'éternelle lumière de la grâce."
II.Nécessité de la grâce prévenante:
Prenons dans l'ordre physique une comparaison féconde en déduction. Voici une harpe absolument juste: on peut dire qu'elle contient à l'infini des mélodies latentes; et cependant, pour les produire, elle aura constamment besoin de la main du harpiste.
1/Elle était inerte et silencieuse; l'impulsion lui est donnée: elle vibre._Remontez à l'origine d'un acte surnaturel, et vous trouverez la grâce prévenante. C'est elle qui offert la pensée, le désir, ce réveil de l'activité; c'est elle qui a provoqué le vouloir.
2/Et dans ce vouloir, par lequel acte a été déterminé, cherchez encore, et vous trouverez la grâce actuelle le remplissant mystérieusement, sans destituer de son rôle la liberté humaine: Je veux, et c'est plus Dieu que moi qui veut avec moi.
Harpe du plus grand maître, instrument docile de ses plus belles inspirations, laissée à toi-même, tu n'es pas plus capable qu'une harpe quelconque d'exécuter l'accord le plus élémentaire... tu es inerte... tu resteras muette._Ame parfaite d'un saint, te voilà, toi aussi!
3/ La corde de la harpe pincée par l'artiste entre en vibration._L'âme du juste, provoquée par la grâce, commence un acte surnaturel. Là l'intensité du son, ici l'intensité de l'acte ne saurait dépasser la force de l'impulsion reçue. Tel mouvement, tel effet. L'âme, en s'y associant n'y apporte et n'y ajoute rien... comme la harpe.
Où est notre part?... nous coopérons... nous prêtons... nous faisons nôtre ce mouvement reçu._ Allons au fond, c'est un rien dont Dieu fait quelque chose.
Prélude: Demander la grâce d'éprouver de mon néant une impression plus vive encore, mais plus consolante.
I. Nécessité de la grâce actuelle en général.
Dans l'ordre surnaturel, l'incapacité de l'homme est absolue. La grâce actuelle lui est indispensable pour l'oeuvre la plus simple comme la plus difficile. "Nul ne peut dire méritoirement: Jésus, sans le Saint-Esprit."
Voilà une vérité dont nous avons entendu souvent l'expression: elle est passée à l'état de formule acceptée; l'Eglise en a fait un article de foi; nous la croyons fermement, mais peut-être n'en mesurons-nous pas toute la portée.
Pour y parvenir, prenons position sur un point élevé, qui domine l'ensemble. Choisissons comme sujet de nos observations un parfait chrétien, un religieux, un prêtre...
Il a gardé l'innocence de son baptême, il a servi Dieu avec une fidélité constante. Le voilà plein de mérites, de vertus et de ferveur... Ses mérites ont procuré à sa grâce sanctifiante des accroissements merveilleux. Ses vertus ont parfaitement assujetti sa nature. Sa ferveur met en activité toutes les ressources de son amour.
Le voilà, au fond, capable de tous les héroïsmes. Eh Bien! sans une grâce actuelle immédiate,il n'est pas en état, tout saint qu'il est, de prononcer méritoirement le nom de Jésus, si court cependant.
"L'oeil le mieux conformé, dit saint Augustin, ne peut rien voir, sans le secours de la lumière. L'homme le plus saint ne peut bien agir, sans le secours divin de l'éternelle lumière de la grâce."
II.Nécessité de la grâce prévenante:
Prenons dans l'ordre physique une comparaison féconde en déduction. Voici une harpe absolument juste: on peut dire qu'elle contient à l'infini des mélodies latentes; et cependant, pour les produire, elle aura constamment besoin de la main du harpiste.
1/Elle était inerte et silencieuse; l'impulsion lui est donnée: elle vibre._Remontez à l'origine d'un acte surnaturel, et vous trouverez la grâce prévenante. C'est elle qui offert la pensée, le désir, ce réveil de l'activité; c'est elle qui a provoqué le vouloir.
2/Et dans ce vouloir, par lequel acte a été déterminé, cherchez encore, et vous trouverez la grâce actuelle le remplissant mystérieusement, sans destituer de son rôle la liberté humaine: Je veux, et c'est plus Dieu que moi qui veut avec moi.
Harpe du plus grand maître, instrument docile de ses plus belles inspirations, laissée à toi-même, tu n'es pas plus capable qu'une harpe quelconque d'exécuter l'accord le plus élémentaire... tu es inerte... tu resteras muette._Ame parfaite d'un saint, te voilà, toi aussi!
3/ La corde de la harpe pincée par l'artiste entre en vibration._L'âme du juste, provoquée par la grâce, commence un acte surnaturel. Là l'intensité du son, ici l'intensité de l'acte ne saurait dépasser la force de l'impulsion reçue. Tel mouvement, tel effet. L'âme, en s'y associant n'y apporte et n'y ajoute rien... comme la harpe.
Où est notre part?... nous coopérons... nous prêtons... nous faisons nôtre ce mouvement reçu._ Allons au fond, c'est un rien dont Dieu fait quelque chose.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
III.Nécessité de la grâce concomitante:
_Considérons un côté sous lequel notre impuissance paraît plus complète que celle de la harpe. Mis en mouvement, l'instrument prolonge ses vibrations._ Mue par la grâce, l'âme s'arrêtera aussitôt dans son acte surnaturel, si cette grâce ne continue avec elle son action sous le nom de grâce concomitante.
J'ai commencé un acte d'amour, par exemple mes lèvres vont achever la formule: si la grâce s'arrête, ma formule continue, mais reste vide.
Quoi donc! rien que je puisse m'attribuer en propre! Rien, pas même un vouloir, un simple désir... NON, c'est contraire à la foi!
Quoi! pas même le pouvoir de mériter ce désir, et de le conquérir, en tout justice, par des efforts naturels de raison et de volonté?... NON, cette prétention est contraire à la foi.
Mais du moins, laisser-moi une part, si minime soit-elle! Saint Paul ne dit-il pas:" Non pas moi seul, mais la grâce de Dieu avec moi."
Donc je suis là, dans cet acte surnaturel,et j'y ai ma part. _Oui, mais cette part est de telle condition qu'elle ne peut nous enorgueillir, sans quoi l'Apôtre n'aurait point dit: "Quis te discernit? Qui peut te discerner des autres?"
Oui, c'est de Dieu que j'ai reçu ce que j'ai fait même librement, et jusqu'à ce par quoi je l'ai fait librement. "Deus est qui operatur in nobis et velle et perficere."S'il est vrai que je suis un être créé, il est rigoureusement vrai que je reste un être portant le néant dans son activité comme dans son fond.
(Note bas de page: Il n'entre point dans l'objet de cette Probation de discuter les opinions émises par les théologiens pour concilier la liberté de l'homme avec le rôle obligé de Dieu: notre dépendance et notre fragilité ressortent finalement de tous les systèmes; cela nous suffit. Voir le comment n'est pas nécessaire: où nous ne voyons pas, nous savons; et nos raisons de croire sont certaines. Avant de comprendre le comment de l'action de Dieu dans ses créatures, il faudrait comprendre le comment de l'acte premier qui les a produites.
Tant que la création restera un mystère, le mystère s'étendra naturellement sur ses conséquences. En revanche, la vérité de la création les revêt de sa propre certitude.)
Réflexions et affections:_Etonnement de nous sentir orgueilleux.
_Vue pénétrante du mensonge et l'injustice de cette disposition._Grandeur de l'humilité pressentie.
_Manifestation de sa place: elle se trouve à la base de tout acte et de toute vertu.
_Sa nécessité n'est pas une de ces nécessités morales, synonymes de "grande importance": la nécessité de l'humilité participe à la nécessité de la grâce, et elle est de même rigueur.
Toute cette doctrine se résume dans une formule aussi exacte que saisissante: Dieu a le devoir d'exiger de nous l'humilité, car il a le devoir de maintenir l'ordre absolu des choses.
Il n'aurait pas le droit de nous permettre un atome d'orgueil.
Représentons-nous ce souverain et juste Seigneur, les mains pleines de grâce, et regardant attentivement où il les placera. Rien de plus libre que son choix: il peut se détourner de moi!... Comprenons ce mot:"Deus superbis resistit!... Humilibus autem dat gratiam. Il résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles."
Devant lui, faisons-nous bien petits; restons bien soumis et bien dépendants. Aimons à nous prosterner dans l'adoration, à l'église surtout, mais parfois aussi dans le secret de nos demeures: c'est l'attitude qui convient. Et si, devant les hommes, nous devons souvent nous en départir, gardons-en du moins une impression profonde qui sera modératrice.
Résolution: Contempler l'action incessante de Dieu en moi._la sentir en quelque sorte._ N'avoir rien sans Dieu, pas même un acte: grand sujet de joie comme d'humilité. Me rendre aujourd'hui cette pensée familière.
_Considérons un côté sous lequel notre impuissance paraît plus complète que celle de la harpe. Mis en mouvement, l'instrument prolonge ses vibrations._ Mue par la grâce, l'âme s'arrêtera aussitôt dans son acte surnaturel, si cette grâce ne continue avec elle son action sous le nom de grâce concomitante.
J'ai commencé un acte d'amour, par exemple mes lèvres vont achever la formule: si la grâce s'arrête, ma formule continue, mais reste vide.
Quoi donc! rien que je puisse m'attribuer en propre! Rien, pas même un vouloir, un simple désir... NON, c'est contraire à la foi!
Quoi! pas même le pouvoir de mériter ce désir, et de le conquérir, en tout justice, par des efforts naturels de raison et de volonté?... NON, cette prétention est contraire à la foi.
Mais du moins, laisser-moi une part, si minime soit-elle! Saint Paul ne dit-il pas:" Non pas moi seul, mais la grâce de Dieu avec moi."
Donc je suis là, dans cet acte surnaturel,et j'y ai ma part. _Oui, mais cette part est de telle condition qu'elle ne peut nous enorgueillir, sans quoi l'Apôtre n'aurait point dit: "Quis te discernit? Qui peut te discerner des autres?"
Oui, c'est de Dieu que j'ai reçu ce que j'ai fait même librement, et jusqu'à ce par quoi je l'ai fait librement. "Deus est qui operatur in nobis et velle et perficere."S'il est vrai que je suis un être créé, il est rigoureusement vrai que je reste un être portant le néant dans son activité comme dans son fond.
(Note bas de page: Il n'entre point dans l'objet de cette Probation de discuter les opinions émises par les théologiens pour concilier la liberté de l'homme avec le rôle obligé de Dieu: notre dépendance et notre fragilité ressortent finalement de tous les systèmes; cela nous suffit. Voir le comment n'est pas nécessaire: où nous ne voyons pas, nous savons; et nos raisons de croire sont certaines. Avant de comprendre le comment de l'action de Dieu dans ses créatures, il faudrait comprendre le comment de l'acte premier qui les a produites.
Tant que la création restera un mystère, le mystère s'étendra naturellement sur ses conséquences. En revanche, la vérité de la création les revêt de sa propre certitude.)
Réflexions et affections:_Etonnement de nous sentir orgueilleux.
_Vue pénétrante du mensonge et l'injustice de cette disposition._Grandeur de l'humilité pressentie.
_Manifestation de sa place: elle se trouve à la base de tout acte et de toute vertu.
_Sa nécessité n'est pas une de ces nécessités morales, synonymes de "grande importance": la nécessité de l'humilité participe à la nécessité de la grâce, et elle est de même rigueur.
Toute cette doctrine se résume dans une formule aussi exacte que saisissante: Dieu a le devoir d'exiger de nous l'humilité, car il a le devoir de maintenir l'ordre absolu des choses.
Il n'aurait pas le droit de nous permettre un atome d'orgueil.
Représentons-nous ce souverain et juste Seigneur, les mains pleines de grâce, et regardant attentivement où il les placera. Rien de plus libre que son choix: il peut se détourner de moi!... Comprenons ce mot:"Deus superbis resistit!... Humilibus autem dat gratiam. Il résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles."
Devant lui, faisons-nous bien petits; restons bien soumis et bien dépendants. Aimons à nous prosterner dans l'adoration, à l'église surtout, mais parfois aussi dans le secret de nos demeures: c'est l'attitude qui convient. Et si, devant les hommes, nous devons souvent nous en départir, gardons-en du moins une impression profonde qui sera modératrice.
Résolution: Contempler l'action incessante de Dieu en moi._la sentir en quelque sorte._ N'avoir rien sans Dieu, pas même un acte: grand sujet de joie comme d'humilité. Me rendre aujourd'hui cette pensée familière.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
TROISIEME MEDITATION DE LA DEUXIEME SEMAINE
Xè Exercice: La nécessité de grâces spéciales
Premier point: Leur nécessité pour la persévérance
Deuxième point: Applications particulières
Troisième point: Rôle sauveur de l'humilité
Préparation pour la veille:_Nous abordons demain un sujet redoutable pour la raison, mais décisif pour l'humilité. Nous verrons que, sans des grâces spéciales qui ne sont dues à aucun titre, nous ne résisterions pas à certaines tentations; et que si nous venions à succomber, nous ne pourrions sans elles nous relever. Bien plus, la simple persévérance dans la vie pieuse dépend absolument de leur secours.
Et ce n'est pas moi seul, pauvre être imparfait, qui subis cette dure condition, le plus saint des hommes sur la terre y est assujetti: comme moi, il doit crier cette même misère.
Ah! si je a ressentais, comme un saint Philippe de Néri qui redisait en gémissant, chaque matin: "O mon Dieu ne vous fiez pas à moi! Retenez-moi et gardez-moi, car sans vous il n'est pas de faute que je ne sois capable de commettre avant ce soir!" Or cette crainte, même chez lui, était absolument fondée; un acte d'orgueil, par exemple, le dessaisissant des grâces spéciales, l'aurait peut-être laissé de défaillir.
Impression de crainte:_vif sentiment du besoin de Dieu,_désir de sonder à fond cette importante et dure vérité.
Xè Exercice: La nécessité de grâces spéciales
Premier point: Leur nécessité pour la persévérance
Deuxième point: Applications particulières
Troisième point: Rôle sauveur de l'humilité
Préparation pour la veille:_Nous abordons demain un sujet redoutable pour la raison, mais décisif pour l'humilité. Nous verrons que, sans des grâces spéciales qui ne sont dues à aucun titre, nous ne résisterions pas à certaines tentations; et que si nous venions à succomber, nous ne pourrions sans elles nous relever. Bien plus, la simple persévérance dans la vie pieuse dépend absolument de leur secours.
Et ce n'est pas moi seul, pauvre être imparfait, qui subis cette dure condition, le plus saint des hommes sur la terre y est assujetti: comme moi, il doit crier cette même misère.
Ah! si je a ressentais, comme un saint Philippe de Néri qui redisait en gémissant, chaque matin: "O mon Dieu ne vous fiez pas à moi! Retenez-moi et gardez-moi, car sans vous il n'est pas de faute que je ne sois capable de commettre avant ce soir!" Or cette crainte, même chez lui, était absolument fondée; un acte d'orgueil, par exemple, le dessaisissant des grâces spéciales, l'aurait peut-être laissé de défaillir.
Impression de crainte:_vif sentiment du besoin de Dieu,_désir de sonder à fond cette importante et dure vérité.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
MEDITATION
Prélude:_Demander la grâce de ressentir des profondes impressions de crainte, qui jettent aux pieds de Dieu brisé et soumis.
I.Nécessité de grâces spéciales pour la persévérance dans le bien:_L'homme est assuré de recevoir toutes les grâces dont il a besoin, mais il ne l'est pas d'y correspondre. Il y faut un secours spécial, et qui n'est rigoureusement dû à personne. Ce secours consiste dans l'intensité ou l'opportunité de la grâce elle-même: condition lamentable introduite par notre déchéance originelle!
Ecoutons le Concile de Trente:"l'homme en état de grâce ne peut persévérer en cet état sans un secours spécial de Dieu."(Sess.6 can.12)
Pesons bien chaque mot.
1/Il s'agit de l'homme en état de grâce:c'est-à-dire de l'homme possédant la vie surnaturelle; de l'homme ayant droit aux grâces ordinaires.
Ne semble-t-il pas qu'il y ait tout ce qu'il lui faut pour atteindre le but?_Il ne l'a pas vu, vu sa fragilité.
2/Il s'agit de tout homme, fût-il un saint.
Quoi!un saint n'aurait pas du moins un droit rigoureux à ces grâces?_ Nullement.
3/Il s'agit, non pas de se perfectionner, de s'élever dans cet état, mais simplement d'y persévérer. Ne puis-je donc rester ce que je suis, et garder ce que j'ai, si je le veux de toutes mes forces?_NON, car, sans un secours spécial, cette volonté pourrait nous manquer.
4/Il s'agit d'une véritable impossibilité de fait.Le saint Concile ne dit pas : difficulté, grande difficulté; il dit: impossibilité,"non posse".
II.Applications._Méditons ces conclusions théologiques:
1/ Pour persévérer durant un temps assez considérable, il faut une grâce spéciale;
2/Pour persévérer en face de grands dangers, il faut une grâce de même genre;
3/La brièveté de la vie est souvent un don spécial;
4/ Le choix favorable du moment de notre mort l'est toujours.
O Dieu! j'ai peut-être devant moi des années d'existence. Je me perdrais si je n'obtiens pas votre grâce spéciale...
O Dieu, ne surviendra-t-il pas, à un moment imprévu, quelque grave danger? J'y succomberai si je n'ai pas alors votre grâce spéciale...
O Dieu! Je peux être infidèle dans l'âge mûr, dans la vieillesse, à mon dernier jour; je puis pécher gravement, et, sans une grâce spéciale, être surpris par la mort...
Si tombant dans le péché mortel, je perds la vie de l'âme, je n'ai rien en moi qui me constitue capable de la reprendre; je ne puis rien faire qui mérite absolument que Dieu me la rende! je ne saurais même m'y disposer complètement et prier assez pour l'obtenir, sans une grâce spéciale!...
Sentir vivement ce que c'est que d'être ainsi à la merci de Dieu... Nous tenir devant lui prosternés dans l'attitude de la dépendance absolue... Redouter comme une insigne audace l'attitude de l'orgueil.
Prélude:_Demander la grâce de ressentir des profondes impressions de crainte, qui jettent aux pieds de Dieu brisé et soumis.
I.Nécessité de grâces spéciales pour la persévérance dans le bien:_L'homme est assuré de recevoir toutes les grâces dont il a besoin, mais il ne l'est pas d'y correspondre. Il y faut un secours spécial, et qui n'est rigoureusement dû à personne. Ce secours consiste dans l'intensité ou l'opportunité de la grâce elle-même: condition lamentable introduite par notre déchéance originelle!
Ecoutons le Concile de Trente:"l'homme en état de grâce ne peut persévérer en cet état sans un secours spécial de Dieu."(Sess.6 can.12)
Pesons bien chaque mot.
1/Il s'agit de l'homme en état de grâce:c'est-à-dire de l'homme possédant la vie surnaturelle; de l'homme ayant droit aux grâces ordinaires.
Ne semble-t-il pas qu'il y ait tout ce qu'il lui faut pour atteindre le but?_Il ne l'a pas vu, vu sa fragilité.
2/Il s'agit de tout homme, fût-il un saint.
Quoi!un saint n'aurait pas du moins un droit rigoureux à ces grâces?_ Nullement.
3/Il s'agit, non pas de se perfectionner, de s'élever dans cet état, mais simplement d'y persévérer. Ne puis-je donc rester ce que je suis, et garder ce que j'ai, si je le veux de toutes mes forces?_NON, car, sans un secours spécial, cette volonté pourrait nous manquer.
4/Il s'agit d'une véritable impossibilité de fait.Le saint Concile ne dit pas : difficulté, grande difficulté; il dit: impossibilité,"non posse".
II.Applications._Méditons ces conclusions théologiques:
1/ Pour persévérer durant un temps assez considérable, il faut une grâce spéciale;
2/Pour persévérer en face de grands dangers, il faut une grâce de même genre;
3/La brièveté de la vie est souvent un don spécial;
4/ Le choix favorable du moment de notre mort l'est toujours.
O Dieu! j'ai peut-être devant moi des années d'existence. Je me perdrais si je n'obtiens pas votre grâce spéciale...
O Dieu, ne surviendra-t-il pas, à un moment imprévu, quelque grave danger? J'y succomberai si je n'ai pas alors votre grâce spéciale...
O Dieu! Je peux être infidèle dans l'âge mûr, dans la vieillesse, à mon dernier jour; je puis pécher gravement, et, sans une grâce spéciale, être surpris par la mort...
Si tombant dans le péché mortel, je perds la vie de l'âme, je n'ai rien en moi qui me constitue capable de la reprendre; je ne puis rien faire qui mérite absolument que Dieu me la rende! je ne saurais même m'y disposer complètement et prier assez pour l'obtenir, sans une grâce spéciale!...
Sentir vivement ce que c'est que d'être ainsi à la merci de Dieu... Nous tenir devant lui prosternés dans l'attitude de la dépendance absolue... Redouter comme une insigne audace l'attitude de l'orgueil.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
III.Le rôle sauveur de l'humilité
_L'esprit agité, le coeur abattu, je jette de tous côtés des regards anxieux... Ma condition m'apparaît désolante. C'est le péché qui me l'a faite... Je ne puis compter sur moi... Je ne puis rien exiger de la justice divine... Suis-je donc en face d'un problème insoluble?
Non, car la miséricorde le résout.
Elle se penche vers mon indignité et la considère avec tendresse, comme une mère. Elle fait entendre à mon abattement les promesses les plus inespérées: pardon, secours, grâce, amour même, tout est mis à ma portée.
Or, les engagements qu'elle prend sont sacrés; ils vont constituer tout un ordre de miséricorde, aussi formel que le serait l'ordre de la justice.
C'est ici qu'il faut redoubler d'attention. Si le régime de la justice a ses lois, celui de la miséricorde a les siennes, et ces lois résultent de leur condition même.
Sous le règne de la justice, c'est la condition, c'est le droit;sous le règne de la miséricorde, la condition, c'est l'humilité.Si je me fais humble; je me tiens en tout comme impuissant par moi-même; si je me garde de mépriser les autres; si je prie, j'accomplis ma loi; et Dieu, en tenant ses engagements, accomplit la sienne; malgré ma misère, il m'aime, il me protège, il me donne sa grâce. Ce que je ne saurais exiger de sa justice, je le reçois infailliblement de sa miséricorde.
Miséricorde et humilité sont des termes corrélatifs. La misère est un abaissement comme l'humilité. Mais la misère résulte de notre condition; l'humilité, de notre vouloir. La miséricorde aime la seule misère qui s'humilie; et elle la sauve.
Je comprends maintenant pourquoi les Saints attribuent à l'humilité le don de la persévérance.
1/ Si je suis humble, je reste dans l'ordre, qui est la soumission universelle. Oserais-je distinguer parmi les volontés de Dieu, et repousser celles qui n'obligent pas sous peine de péché?_Murmurerai-je devant les devoirs difficiles, ou les circonstances douloureuses?... Mais, si je ne lui dois point rigoureusement certains degrés de soumission, Dieu ne me doit pas non plus certaines grâces de préservation!
2/Le rôle de la prière se montre ici dans toute sa clarté. Par elle, j'obtiendrai ce que je ne saurai avoir de moi-même, ni mériter entièrement. Plus je sentirai le poids de ses écrasantes vérités, plus je sentirai le besoin de prier. De quel coeur ne répéterai-je pas ce cri de la liturgie sacrée:" Deus, in adjutorium meum intende!" De quel tressaillement ne serai-je pas saisi quand je redirai:"Et ne nos inducas in tentationem!..." Comme je m'adressai, les mains jointes, à tous ceux qui peuvent intercéder pour moi, aux saints, aux anges, à Marie! Quel accent de foi ne mettrai-je pas dans cette formule toute-puissante:" Nous vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur!"
La grâce que j'implore à cette heure, grâce des grâces, c'est celle de devenir humble! Je la réclamerai sans cesse; et pour l'obtenir, j'emploierai les abaissements de la Chananéenne: je veux être humble, car je veux me sauver!
Résolution:_Me voir à la merci de Dieu, tel que je suis, aujourd'hui, demain, toujours, jusqu'à la mort. Crainte néanmoins, toute détrempée de confiance en Dieu, notre Père.
_L'esprit agité, le coeur abattu, je jette de tous côtés des regards anxieux... Ma condition m'apparaît désolante. C'est le péché qui me l'a faite... Je ne puis compter sur moi... Je ne puis rien exiger de la justice divine... Suis-je donc en face d'un problème insoluble?
Non, car la miséricorde le résout.
Elle se penche vers mon indignité et la considère avec tendresse, comme une mère. Elle fait entendre à mon abattement les promesses les plus inespérées: pardon, secours, grâce, amour même, tout est mis à ma portée.
Or, les engagements qu'elle prend sont sacrés; ils vont constituer tout un ordre de miséricorde, aussi formel que le serait l'ordre de la justice.
C'est ici qu'il faut redoubler d'attention. Si le régime de la justice a ses lois, celui de la miséricorde a les siennes, et ces lois résultent de leur condition même.
Sous le règne de la justice, c'est la condition, c'est le droit;sous le règne de la miséricorde, la condition, c'est l'humilité.Si je me fais humble; je me tiens en tout comme impuissant par moi-même; si je me garde de mépriser les autres; si je prie, j'accomplis ma loi; et Dieu, en tenant ses engagements, accomplit la sienne; malgré ma misère, il m'aime, il me protège, il me donne sa grâce. Ce que je ne saurais exiger de sa justice, je le reçois infailliblement de sa miséricorde.
Miséricorde et humilité sont des termes corrélatifs. La misère est un abaissement comme l'humilité. Mais la misère résulte de notre condition; l'humilité, de notre vouloir. La miséricorde aime la seule misère qui s'humilie; et elle la sauve.
Je comprends maintenant pourquoi les Saints attribuent à l'humilité le don de la persévérance.
1/ Si je suis humble, je reste dans l'ordre, qui est la soumission universelle. Oserais-je distinguer parmi les volontés de Dieu, et repousser celles qui n'obligent pas sous peine de péché?_Murmurerai-je devant les devoirs difficiles, ou les circonstances douloureuses?... Mais, si je ne lui dois point rigoureusement certains degrés de soumission, Dieu ne me doit pas non plus certaines grâces de préservation!
2/Le rôle de la prière se montre ici dans toute sa clarté. Par elle, j'obtiendrai ce que je ne saurai avoir de moi-même, ni mériter entièrement. Plus je sentirai le poids de ses écrasantes vérités, plus je sentirai le besoin de prier. De quel coeur ne répéterai-je pas ce cri de la liturgie sacrée:" Deus, in adjutorium meum intende!" De quel tressaillement ne serai-je pas saisi quand je redirai:"Et ne nos inducas in tentationem!..." Comme je m'adressai, les mains jointes, à tous ceux qui peuvent intercéder pour moi, aux saints, aux anges, à Marie! Quel accent de foi ne mettrai-je pas dans cette formule toute-puissante:" Nous vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur!"
La grâce que j'implore à cette heure, grâce des grâces, c'est celle de devenir humble! Je la réclamerai sans cesse; et pour l'obtenir, j'emploierai les abaissements de la Chananéenne: je veux être humble, car je veux me sauver!
Résolution:_Me voir à la merci de Dieu, tel que je suis, aujourd'hui, demain, toujours, jusqu'à la mort. Crainte néanmoins, toute détrempée de confiance en Dieu, notre Père.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
QUATRIEME MEDITATION DE LA DEUXIEME SEMAINE
XIè Exercice: Notre Condition
Premier point: La nature de notre liberté
Deuxième point: Nos mauvais penchants
Troisième point: Le monde et le démon
Quatrième point: Les circonstances
Préparation pour la veille:_ La méditation de demain sera le développement de la précédente et en quelque sorte sa démonstration. Une analyse de notre condition, par rapport au bien et au mal, nous montrera l'extrême fragilité des ressources personnelles qui soutiennent notre vertu, et la redoutable puissance des causes ennemies qui travaillent à la renverser.
En jetant un grand jour sur notre situation infiniment précaire, ces considérations nous ferons voir, d'une façon plus saisissante, la nécessité d'un secours spécial. Ainsi la conviction raisonnée aujourd'hui, viendra s'ajouter à l'impression ressentie dans la troublante méditation d'hier. J'appliquerai toute mon attention à cette recherche, que je ferai dans le but, non point d'appuyer une vérité de foi sur des raisonnements, mais d'en développer la lumière.
O mon Dieu, vous devoir son salut, est-ce donc si triste pour celui qui vous aime? O mon Dieu, sentir son impuissance totale, est-ce donc si redoutable, à celui qui se confie en vous? O mon Dieu, ma misère a beau s'étendre sans limites à mes regards, votre miséricorde m'apparaît s'étendant lus loin, toujours plus loin, immensément... Or, cette miséricorde me reste ouverte, tant que je me tiens devant elle avec la conviction de mes infirmités, tant qu'il reste à ma voix la force de lui crier: Pitié! Ô mon Père!
XIè Exercice: Notre Condition
Premier point: La nature de notre liberté
Deuxième point: Nos mauvais penchants
Troisième point: Le monde et le démon
Quatrième point: Les circonstances
Préparation pour la veille:_ La méditation de demain sera le développement de la précédente et en quelque sorte sa démonstration. Une analyse de notre condition, par rapport au bien et au mal, nous montrera l'extrême fragilité des ressources personnelles qui soutiennent notre vertu, et la redoutable puissance des causes ennemies qui travaillent à la renverser.
En jetant un grand jour sur notre situation infiniment précaire, ces considérations nous ferons voir, d'une façon plus saisissante, la nécessité d'un secours spécial. Ainsi la conviction raisonnée aujourd'hui, viendra s'ajouter à l'impression ressentie dans la troublante méditation d'hier. J'appliquerai toute mon attention à cette recherche, que je ferai dans le but, non point d'appuyer une vérité de foi sur des raisonnements, mais d'en développer la lumière.
O mon Dieu, vous devoir son salut, est-ce donc si triste pour celui qui vous aime? O mon Dieu, sentir son impuissance totale, est-ce donc si redoutable, à celui qui se confie en vous? O mon Dieu, ma misère a beau s'étendre sans limites à mes regards, votre miséricorde m'apparaît s'étendant lus loin, toujours plus loin, immensément... Or, cette miséricorde me reste ouverte, tant que je me tiens devant elle avec la conviction de mes infirmités, tant qu'il reste à ma voix la force de lui crier: Pitié! Ô mon Père!
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