Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)
3. Actualité doctrinale
Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?
RÉPONSES AUX OBJECTIONS : (*)
146.
2/ Il est montré ailleurs (n° 2s, 317s) que cette inversion de l'ordonnance du salut à la Gloire de Dieu, faisant de celle-ci le moyen d'obtenir celle-là, est fausse tant quant au fond que quant à la traduction erronée qui en est l'occasion ; le terme espagnol
"mediante" étant traduit : "par ce moyen", au lieu de :
"moyennant cela". (1)
Si telle avait été la pensée du fondateur des Jésuites, il aurait pris pour devise : "pro animarum salute" (pour le salut des âmes), et non :
« Ad majorem Dei Gloriam ; Pour la plus grande Gloire de Dieu ! »
(1)
Intéressantes précisions données par un abonné espagnol :
317. « Je vous joins une photocopie de la page des Exercices de Saint Ignace, en la langue espagnole originale telle qu'elle était parlée à l'époque, en laquelle se trouve la phrase dont vous cherchez le sens exact.»
Voici ce texte original :
« Principio y fundamento. El hombre es criado para alabar, hacer reverencia y servir a Dios nuestro Senor, y mediante esto salvar su anima ; y las otras cosas sobre la haz de la tierra son criadas para el hombre, y para que le ayuden en la prosecucion del fin para que es criado. De donde se sigue, que el hombre tanto ha de usar dellas, quanto le ayudan para su fin, y tanto debe quitarse dellas, quanto para ello le impiden...» etc.
318. « J'ai consulté plusieurs dictionnaires (entre autres celui de l'Académie Royale d'Espagne), cherchant la vraie signification du terme
"mediante" traduit dans la version française que vous m'avez envoyée par le substantif "moyen".
Or, tous ces dictionnaires définissent "mediante" comme participe actif du verbe "mediar" ; ils définissent aussi ce terme comme préposition ou adverbe modal ; mais je ne l'ai jamais trouvé défini comme un substantif, comme cela est fait dans la version française que vous m'avez adressée : "par ce moyen", comme si le salut de l'âme était la fin ultime principale, et louer, honorer et servir Dieu le moyen pour parvenir à la fin ultime du salut de l'âme (alors que c'est le contraire !), ce qui est inadmissible. (a)
On peut dire que le "salut de l'âme" est "une certaine propriété accidentelle qui suit la fin ultime", comme saint Thomas (1.2. 2,6) le dit à propos de la délectation ou de la volupté.
Je vois là un parallèle parfait. Je vous conseille de lire dans la Somme Théologique (1.2. 4,1), en remplaçant "délectation" par salut de l'âme, et il apparaîtra là comme quelque chose de concomitant (à la fin ultime principale), ainsi que je le comprends moi-même.
J'ai consulté aussi plusieurs dictionnaires latin (-espagnol), et le terme espagnol
"mediante" y ait exprimé par :
"gratia, opera, ope, per". J'ai de plus regardé un dictionnaire espagnol-français, et
"mediante" est traduit ainsi :
"moyennant, au moyen de, en raison de...".
On peut donc le traduire ainsi en latin :
« et ita (adverbe modal)
salvare animam », ou :
« ope cujus...», ou :
« hoc faciendo » (et ainsi sauver son âme ; en faisant cela), comme le jeune-homme riche de l'Evangile qui demanda au Christ :
« Je possèderai la vie éternelle en faisant (faciens) quoi ? »
Enfin, Saint Ignace lui-même parle en divers autres passages de la fin de l'homme par des termes synonymes :
« par la grâce duquel (cujus gratia) j’ai été créé, à savoir pour que je loue Dieu, notre Seigneur, et pour que je sauve » etc.. (n° 26 ?). Et au n° 179 :
« pour louer Dieu, notre Seigneur, et pour sauver mon âme ».
(a) Nous avions simplement demandé à cet abonné, en octobre 1987, de nous trouver et envoyer le texte original espagnol avec la traduction qu'il en proposerait ; en lui demandant aussi de nous donner son avis sur la version française que nous lui adressions, mais sans lui faire part de nos propres réflexions.
Nous avons été d'autant plus heureux de constater qu'il avait été attentif et fortement heurté comme nous par cette grave inversion des fins sous-jacente dans cette version.
Nous remercions beaucoup cet abonné du précieux service qu'il nous a rendu par ces précisions, ainsi que par le fait d'avoir orienté notre étude sur les passages si lumineux de la Somme de Saint Thomas qu'il nous a indiqués.
(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.