Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Publié : mar. 11 mai 2021 16:26
MEDITATION
Prélude:_Demander la grâce de me jeter dans l'humilité comme dans une citadelle qui me défende.
I_ L'humilité, sel qui préserve de la corruption
1/Plus une vertu est grande, plus elle donne prise à l'orgueil: car tout bien est matière à la vaine complaisance de l'âme et l'applaudissement des hommes.
_La vaine complaisance commence l'oeuvre de désorganisation. Elle est si douce et se fait si bien écouter! Elle est si ondoyante et sait si bien se déguiser!
Comme un poison mêlé à de saintes substances, elle s'insinue dans le contentement de la gloire de Dieu et du salut des âmes; elle se retrouve dans les consolations sensibles; et nous suit dans les élévations les plus sublimes.
C'est insensiblement qu'elle fait des progrès comme des ravages. Ce genre d'action lente endort la vigilance: et ainsi le poison pénètre dans les plus belles vertus.
_ La vaine complaisance a commencé l'oeuvre de désorganisation, le désir de la louange l'achève. Ce murmure qui vient du dehors, retentit si agréablement au dedans!... Certes, on s'assure qu'on ne s'en laisse point charmer; qu'on subit à regret ce que l'on ne peut éviter; que l'on rapporte à Dieu toute gloire... cependant, la jouissance est réelle et profonde.
_ Sous cette double influence, le mal gagne: ce n'est plus un acte passager qui en est vicié, c'est toute une série d'actions semblables; ce sera bientôt peut-être l'ensemble de sa vie... Les vertus se corrompent.
Pendant un temps, elles tiennent debout par la force de l'habitude, et aussi par les exigences de l'orgueil lui-même. Toutefois, cette vie factice ne saurait se tenir toujours... des tentations plus fortes, des circonstances imprévues, un rien, en auront bientôt fini.
2/ Qui préviendra de ces maux? L'humilité.
" Elle sera la vertu, dit saint Augustin, ou la vertu ne sera pas. Virtus non est nisi conjuctam habeat humilitem." Elle s'y répandra comme le sel jeté sur une substance que l'on veut conserver; elle s'opposera à toute fermentation nuisible; elle dégagera de toute vue trop personnelle, et fixera en Dieu tous nos contentements.
Mais pour un tel effet, il est nécessaire que cette vertu soit vraiment vertu, c'est-à-dire qu'elle agisse avec la facilité, la spontanéité, l'inclination que donne seule l'habitude. Autrement, que de surprises et quelle fatigue extrême!... Il faut que le mouvement d l'humilité nous soit devenu si naturel que l'était celui de l'orgueil... Adressons nos prières à la Reine et au Maître des humbles.
II. L'humilité, lumière qui dissipe les illusions.
1/ C'est une réflexion commune, mais profondément vraie, que l'orgueil aveugle; et les maîtres de la vie spirituelle ont si bien compris le rôle de l'humilité, qu'ils font de cette vertu le criterium le plus sûr pour le discernement des esprits. telle vertu est-elle vraie ou fausse? Telle oraison extraordinaire vient-elle de Dieu? Telle vision est-elle réalité ou illusion?Le jugement dépendra de la conviction préalable sur l'humilité de la personne ainsi favorisée.
Cette règle doit également s'appliquer à la vertu la plus ordinaire.
Rappelons-nous les aveuglements d'orgueil si souvent surpris chez les autres... Craignons notre appréciation sur nous-mêmes, si elle ne nous fait pas bien petits nous sommes et bien faibles et bien misérables...
Dieu ne juge pas comme les hommes. Ceux qui nous prennent peut-être pour des saints, ne savent pas quelles ont été nos ingratitudes et nos fautes, quelles sont encore nos déplorables misères... Ah! pour nous mettre et nous tenir à notre vraie place, que notre humilité a besoin d'être lumineuse, pénétrer notre intelligence, de lui montrer sans cesse notre néant, notre impuissance, nos tort; en un mot, qu'elle a besoin d'être une vraie vertu!
2/ Il est si facile, en effet, de prendre le change, de s'égarer, et d'aboutir à la tiédeur: on se compose des devoirs selon ses idées propres, puis une vie selon ses goûts; on fait saint ce que l'on aime; on s'aventure dans des dangers que le devoir n'impose pas; on excuse ses fautes et on les continue; on ne sent pas le besoin de la prière; on vit pour soi et sans remords: la tiédeur règne et démoralise...
Ah! si l'humilité avait été active, toutes ces décadences auraient été signalées et arrêtées, car elle donne l'instinct du bien et le sens du vrai. _ Ah! du moins, si à cette heure, nous étions saisis d'une profonde impression de défiance envers nous-mêmes, la lumière qui se répandrait en nous serait si vive, que nous nous trouverions placé entre la résolution de nous vaincre, ou la certitude de résister à la grâce;
3/Rien ne fausse la conscience comme l'influence de l'orgueil écouté; rien ne la maintient droite et décidée comme le sentiment de l'humilité. Sous sa dépendance, l'âme, se défiant d'elle-même, suit les méthodes sûres, consulte volontiers, craint les occasions dangereuses, prie sans cesse, emploie tous les secours._ Elle peut avoir de grandes vertus: elle ne les regarde pas._Elle peut être affermie dans la pratique du bien: elle se sent toute fragile au fond... Ah! que ces vertus ont rencontré une parfaite gardienne!
Sans elle, au contraire, que de chutes, et quelles chutes! Les racines de l'arbre s'étaient corrompues, les fondements de l'édifice s'étaient effondrés. Survint la tempête des passions, ou l'effort violent de circonstances difficiles, et l'arbre fut arraché de la terre de l'Eglise et le bel édifice la couvrit de ses ruines... Et l'arbre n'a pas été replanté, et les ruines ne se sont pas relevées, tandis que, de tout côté, tels pécheurs, qui se sont vautrés dans la fange, ont trouvé malgré leurs fautes, et dans ces fautes mêmes, l'humilité qui sauve.
"Proesumentes de se et de bona sua virtute glorantes, humilias: à celui qui présume de ses forces et qui s'enorgueillit de sa vertu, Seigneur, vous préparez l'humiliation."
Résolution: Vif sentiement de crainte de moi-même; le porter constamment comme une plaie sensible.
Prélude:_Demander la grâce de me jeter dans l'humilité comme dans une citadelle qui me défende.
I_ L'humilité, sel qui préserve de la corruption
1/Plus une vertu est grande, plus elle donne prise à l'orgueil: car tout bien est matière à la vaine complaisance de l'âme et l'applaudissement des hommes.
_La vaine complaisance commence l'oeuvre de désorganisation. Elle est si douce et se fait si bien écouter! Elle est si ondoyante et sait si bien se déguiser!
Comme un poison mêlé à de saintes substances, elle s'insinue dans le contentement de la gloire de Dieu et du salut des âmes; elle se retrouve dans les consolations sensibles; et nous suit dans les élévations les plus sublimes.
C'est insensiblement qu'elle fait des progrès comme des ravages. Ce genre d'action lente endort la vigilance: et ainsi le poison pénètre dans les plus belles vertus.
_ La vaine complaisance a commencé l'oeuvre de désorganisation, le désir de la louange l'achève. Ce murmure qui vient du dehors, retentit si agréablement au dedans!... Certes, on s'assure qu'on ne s'en laisse point charmer; qu'on subit à regret ce que l'on ne peut éviter; que l'on rapporte à Dieu toute gloire... cependant, la jouissance est réelle et profonde.
_ Sous cette double influence, le mal gagne: ce n'est plus un acte passager qui en est vicié, c'est toute une série d'actions semblables; ce sera bientôt peut-être l'ensemble de sa vie... Les vertus se corrompent.
Pendant un temps, elles tiennent debout par la force de l'habitude, et aussi par les exigences de l'orgueil lui-même. Toutefois, cette vie factice ne saurait se tenir toujours... des tentations plus fortes, des circonstances imprévues, un rien, en auront bientôt fini.
2/ Qui préviendra de ces maux? L'humilité.
" Elle sera la vertu, dit saint Augustin, ou la vertu ne sera pas. Virtus non est nisi conjuctam habeat humilitem." Elle s'y répandra comme le sel jeté sur une substance que l'on veut conserver; elle s'opposera à toute fermentation nuisible; elle dégagera de toute vue trop personnelle, et fixera en Dieu tous nos contentements.
Mais pour un tel effet, il est nécessaire que cette vertu soit vraiment vertu, c'est-à-dire qu'elle agisse avec la facilité, la spontanéité, l'inclination que donne seule l'habitude. Autrement, que de surprises et quelle fatigue extrême!... Il faut que le mouvement d l'humilité nous soit devenu si naturel que l'était celui de l'orgueil... Adressons nos prières à la Reine et au Maître des humbles.
II. L'humilité, lumière qui dissipe les illusions.
1/ C'est une réflexion commune, mais profondément vraie, que l'orgueil aveugle; et les maîtres de la vie spirituelle ont si bien compris le rôle de l'humilité, qu'ils font de cette vertu le criterium le plus sûr pour le discernement des esprits. telle vertu est-elle vraie ou fausse? Telle oraison extraordinaire vient-elle de Dieu? Telle vision est-elle réalité ou illusion?Le jugement dépendra de la conviction préalable sur l'humilité de la personne ainsi favorisée.
Cette règle doit également s'appliquer à la vertu la plus ordinaire.
Rappelons-nous les aveuglements d'orgueil si souvent surpris chez les autres... Craignons notre appréciation sur nous-mêmes, si elle ne nous fait pas bien petits nous sommes et bien faibles et bien misérables...
Dieu ne juge pas comme les hommes. Ceux qui nous prennent peut-être pour des saints, ne savent pas quelles ont été nos ingratitudes et nos fautes, quelles sont encore nos déplorables misères... Ah! pour nous mettre et nous tenir à notre vraie place, que notre humilité a besoin d'être lumineuse, pénétrer notre intelligence, de lui montrer sans cesse notre néant, notre impuissance, nos tort; en un mot, qu'elle a besoin d'être une vraie vertu!
2/ Il est si facile, en effet, de prendre le change, de s'égarer, et d'aboutir à la tiédeur: on se compose des devoirs selon ses idées propres, puis une vie selon ses goûts; on fait saint ce que l'on aime; on s'aventure dans des dangers que le devoir n'impose pas; on excuse ses fautes et on les continue; on ne sent pas le besoin de la prière; on vit pour soi et sans remords: la tiédeur règne et démoralise...
Ah! si l'humilité avait été active, toutes ces décadences auraient été signalées et arrêtées, car elle donne l'instinct du bien et le sens du vrai. _ Ah! du moins, si à cette heure, nous étions saisis d'une profonde impression de défiance envers nous-mêmes, la lumière qui se répandrait en nous serait si vive, que nous nous trouverions placé entre la résolution de nous vaincre, ou la certitude de résister à la grâce;
3/Rien ne fausse la conscience comme l'influence de l'orgueil écouté; rien ne la maintient droite et décidée comme le sentiment de l'humilité. Sous sa dépendance, l'âme, se défiant d'elle-même, suit les méthodes sûres, consulte volontiers, craint les occasions dangereuses, prie sans cesse, emploie tous les secours._ Elle peut avoir de grandes vertus: elle ne les regarde pas._Elle peut être affermie dans la pratique du bien: elle se sent toute fragile au fond... Ah! que ces vertus ont rencontré une parfaite gardienne!
Sans elle, au contraire, que de chutes, et quelles chutes! Les racines de l'arbre s'étaient corrompues, les fondements de l'édifice s'étaient effondrés. Survint la tempête des passions, ou l'effort violent de circonstances difficiles, et l'arbre fut arraché de la terre de l'Eglise et le bel édifice la couvrit de ses ruines... Et l'arbre n'a pas été replanté, et les ruines ne se sont pas relevées, tandis que, de tout côté, tels pécheurs, qui se sont vautrés dans la fange, ont trouvé malgré leurs fautes, et dans ces fautes mêmes, l'humilité qui sauve.
"Proesumentes de se et de bona sua virtute glorantes, humilias: à celui qui présume de ses forces et qui s'enorgueillit de sa vertu, Seigneur, vous préparez l'humiliation."
Résolution: Vif sentiement de crainte de moi-même; le porter constamment comme une plaie sensible.