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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : lun. 31 juil. 2023 8:02
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §181, traduit par le chartreux a écrit :
IV. 1. Le Verbe n'est pas diminué par l'union hypostatique, et conserve donc tous les attributs propres aux personnes divines : le Christ est Dieu, créateur, éternel, source de vie, vérité et sainteté absolues, etc. Certains prédicats divins ne peuvent cependant être attribués au Christ en un sens total et absolu ; par exemple les prédicats qui sont en opposition avec son être composé, ou ceux qui expriment la place du Verbe dans ce composé. On ne peut donc pas dire du Verbe dans sa totalité, qu'il est simple et immuable, qu'il habite dans la chair, qu'il lui est unie, etc.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : mar. 01 août 2023 8:01
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §181, traduit par le chartreux a écrit :
IV. 2. Comme l'humanité du Verbe incarné est une nature complète possédée par Lui, il s'ensuit qu'il faut attribuer au Christ tous les prédicats exprimant l'origine, l'essence et l'activité humaine, y compris ceux qui sont opposés aux prédicats divins. Ainsi, le Christ est vrai homme, créé par Dieu, né dans le temps, soumis à la souffrance, mortel, etc. Mais comme pour les prédicats divins, il faut ajouter une nuance pour les prédicats qui sont incompatibles directement ou indirectement avec l'appartenance à une personne divine, ou qui expriment la place de l'humanité dans le composé ; on ne peut attribuer ces prédicats qu'avec une qualification restrictive : par exemple, le Christ n'est pas éternel en sa nature humaine.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : mer. 02 août 2023 8:01
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §181, traduit par le chartreux a écrit :
IV. 3. La troisième classe de prédicats, qui est spécifique au Christ, sont ceux qui sont fondés sur la composition dans le Verbe incarné. Ainsi le nom lui-même de Christ marque son origine et son essence ; le nom de Dieu-Homme ou d'Homme-Dieu, son essence, son être ; tandis que les noms d'Envoyé de Dieu, de Chef des créatures, de Médiateur entre Dieu et les créatures, de Sauveur, etc, entendus en leur sens éminent et absolu, expriment ses fonctions.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : jeu. 03 août 2023 8:31
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §181, traduit par le chartreux a écrit :
V. Les prédicats divins et humains qui sont le propre du sujet appelé "Christ" et "Verbe incarné" peuvent également, par une règle générale de logique, s'appliquer à tout autre terme qui dénote ou suppose le même sujet, bien que cet autre terme ne représente pas "formellement" le sujet concerné. Ainsi, par exemple, on peut prédiquer des attributs divins de l'homme-Christ, bien que "formellement en tant qu'homme" il ne saurait y avoir droit. Réciproquement, on peut prédiquer la passibilité du Christ-Dieu, bien qu'en tant que Dieu, il soit impassible. Il y a donc un transfert de prédicats d'une nature à l'autre, ainsi qu'un échange de fonctions, connu sous l'expression technique de "communication des idiomes". Les pères grecs disent ἀντίδοσις, ἐναλλαγή (=échange), et l'associent à la deuxième forme de périchorèse (cf. Newman, Athanasius, ii, p. 367). Les règles d'attribution des prédicats explicitées ci-dessus (au IV) s'appliquent également à l'échange des idiomes. Dans les propositions où le prédicat est adjectival, il faut faire bien attention de bien comprendre que le sujet de la proposition ne coïncide pas avec le sujet formel de l'attribut.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : ven. 04 août 2023 8:04
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §181, traduit par le chartreux a écrit :
La présence de cette communication des idiomes dans l'Écriture est la preuve la plus décisive de l'unité de personne du Christ et la manifestation la plus complète de son caractère merveilleux. Par contre, la règle de logique qui nous permet d'échanger les prédicats dans nos discours n'est pas spécifique au Christ ; il s'agit d'une règle tout à fait générale qui s'applique au composé humain et à bien d'autres composés. Elle ne s'applique nulle part ailleurs plus parfaitement qu'au Christ.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : sam. 05 août 2023 9:27
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §181, traduit par le chartreux a écrit :
VI. Il est clair que, lorsqu'il y a communication des idiomes, le terme qui est le sujet de la proposition n'exprime pas la raison pour laquelle le prédicat lui est attribué ; cette raison est dans telle ou telle propriété que le sujet possède de façon concomitante. Ainsi, quand on dit que "Le fils de Marie est le Verbe", l'expression "fils de Marie" ne dit pas pourquoi il est le Verbe ; la raison est dans la nature divine que le Fils de Marie possède en concomitance avec la nature humaine. D'où l'expression de "prédication par concomitance". Certains préfèrent parler de "prédication matérielle et indirecte", ce qui est moins juste, par ce que la prédication par concomitance est fondée sur la périchorèse ou communion des natures, et n'est donc pas seulement verbale et figurée, comme le voudraient bien des théologiens protestants. Cf. S. Thomas IIIa, q. 9 et 16 ; et Franzelin, thèse xxxvii.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : lun. 07 août 2023 8:00
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §182, traduit par le chartreux a écrit :
Section 182. Le Christ en tant que personne relativement distincte de Dieu.
I. Certes, le Christ est Dieu ; il subsiste dans la nature divine, et en raison de la communication des idiomes, on peut en dire autant matériellement de l'homme-Christ. Et pourtant, l'Écriture comme l'Église le représentent fréquemment comme un sujet aux attributs distincts et séparés de Dieu. Il est le médiateur entre Dieu et l'homme ; il est "à Dieu", comme nous sommes "au Christ" (ύμεῖς δὲ Χριστοῦ, Χριστὸς δὲ θεοῦ, 1 Cor. 3:23), et même quand il est fait mention de son union intime avec Dieu, on use de termes analogues à ceux exprimant l'union des créatures à Dieu par la grâce. Dans l'ancien Testament, il est appelé "serviteur" et "élu" de Dieu (Isaïe), "l’homme qui adhère" à Dieu (Zach. 13:7) ; dans le nouveau, il est engendré, sanctifié, glorifié, protégé et guidé par Dieu ; il prie Dieu, réconcilie le monde avec Dieu, etc.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : mar. 08 août 2023 8:00
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §182, traduit par le chartreux a écrit :
II. Il ne suffit pas de dire pour résoudre cette difficulté qu'à ces endroits "Dieu" désigne Dieu le Père exclusivement. Cela ne vaudrait que pour les cas où le Christ est représenté comme Fils de Dieu ; dans tous les autres cas, le Christ apparaît comme distinct purement et simplement de Dieu, du Verbe et des autres personnes divines. Nous devons expliquer comment cela peut être sans que l'unité de personne du Christ soit détruite.
Ce n'est point faire injure à l'unité de personne d'un homme que de dire que sa nature inférieure et animale est distincte et même opposée par certains côtés à sa nature supérieure. Mais notre nature inférieure est dépourvue de raison, et pour cette raison, on n'en parle jamais comme d'une personne. Dans le Christ, la nature inférieure est au contraire complète et à la fois rationnelle et animale, et elle reçoit du Verbe le complément qui lui donne une personnalité. On peut donc dire de Lui qu'il est une personne humaine distincte de Dieu et qui lui est même inférieure, à condition de le concevoir formellement comme une personne humaine complète, qui ne subsiste pas seulement dans la "chair", mais aussi dans la divinité.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : mer. 09 août 2023 8:01
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §182, traduit par le chartreux a écrit :
Cette manière de concevoir le Verbe incarné est clairement exprimée par les noms "Christ" et "Emmanuel" (Dieu avec nous). C'est une base suffisante pour distinguer logiquement dans le Christ deux êtres personnels, de concevoir l'homme-Dieu comme étant relativement distinct et indépendant du Dieu-homme. Ce n'est pas la même chose que de faire abstraction de la divinité du Christ : on le conçoit comme Dieu, mais en même temps, on insiste plus sur sa subsistance dans une nature humaine. Les expressions analogiques diverses qui désignent le Christ, comme Oint, rejeton, vigne, rocher, image de Dieu, peuvent certes n'exprimer qu'une union par la grâce. Cependant, on peut aussi les appliquer à l'union hypostatique, en les voyant comme une union très réelle et intime entre un être et un principe plus élevé. Nous en avons déjà parlé précédemment. Il est digne de remarque que la sainte Écriture, et après elle l'Église, font toujours très attention, quand elles représentent le Christ comme distinct de Dieu, de ne pas laisser entendre une distinction réelle de personnes ou une multiplication de la nature divine.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : jeu. 10 août 2023 8:02
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §182, traduit par le chartreux a écrit :
III. Cette notion juste du Christ comme relativement distinct de Dieu, a été très-gravement déformée par Berruyer, et imparfaitement exposée même par des théologiens de grand renom. Berruyer, pour éviter le nestorianisme, donne le nom de quasi-suppositum (c'est-à-dire quasi-personne) à l'homme-Christ, mais ensuite, il décrit cette quasi-personne comme étant complète et parfaite en tous points. Cette nouvelle forme d'une vieille hérésie a été vigoureusement combattue par S. Alphonse, et condamnée par Benoît XIV et Clément XIII. Malgré cela, on en retrouve des traces dans beaucoup de théologies modernes à tendance nestorianisante.