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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : ven. 07 juil. 2023 8:02
par chartreux
SWS, Livre V, II, C2, §180, traduit par le chartreux a écrit :
II. La formule incarnatus de Spiritu sancto ex Maria Virgine (Σαρκωθέντα Πνεύματος ῾Αγίον καὶ Μαρίας τῆς παρθένον) signifie d'abord que Marie a été le « principe matériel » de la chair de Jésus-Christ, par conséquent que la substance du Christ est tirée de la chair et ne vient pas du ciel ; elle n'a pas, comme celle d'Adam, été directement empruntée à la terre. Mais, une simple livraison de la chair ne suffit pas, du moins dans ce sens général, pour que l'on puisse dire, avec le symbole des Apôtres, que Jésus-Christ a été engendré de Marie et par Marie ; autrement, il faudrait dire d'Eve qu'elle a été engendrée d'Adam. Il faut en outre que Marie, comme toute autre mère, ait concouru pour l'essentiel à la formation du corps de Jésus-Christ par une opération maternelle.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : sam. 08 juil. 2023 9:39
par chartreux
SWS, Livre V, II, C2, §180, traduit par le chartreux a écrit :

Cette opération consiste tout d'abord en ce que le travail naturel de la mère prépare et introduit la formation d'un corps humain avant l'influence du principe externe, en fournissant, comme matière prochaine de cette formation, un germe organique, susceptible d'être fécondé, un germe qui n'ait besoin que d'une détermination qui lui corresponde du dehors pour devenir un corps humain et se développer en un fruit vivant de la mère. La coopération de la mère dans la formation de l'enfant consiste encore en ce qu'elle influe sur l'entier développement du fruit, qu'elle le soutient et l'alimente jusqu'à ce qu'il soit capable de vivre de sa vie propre en dehors de la mère, et qu'elle le mette au jour.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : lun. 10 juil. 2023 7:59
par chartreux
SWS, Livre V, II, C2, §180, traduit par le chartreux a écrit :

Il importe au plus haut degré, pour l'intelligence du dogme de la maternité de Marie, de concevoir son opération générative, non d'après la notion abstraite de génération, telle qu'elle revient aussi au père, mais d'après la notion spécifique selon laquelle elle revient à la mère. Presque toutes les difficultés que les hérétiques ont soulevées contre la maternité divine de Marie, et toutes les raisons pour lesquelles plusieurs se sont scandalisés de l'expression de mère de Dieu (Dei genitrix), viennent au fond de ce que l'on a méconnu ce caractère spécifique de toute génération maternelle, même dans l'ordre de la nature.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : mar. 11 juil. 2023 8:27
par chartreux
SWS, Livre V, II, C2, §180, traduit par le chartreux a écrit :
Contrairement à la génération paternelle, la génération maternelle est essentiellement un simple concours prêté à un autre principe qui décide véritablement de l'existence du produit, et d'où dépend réellement l'existence de la personne qui va être engendrée. Les relations de la mère avec le principe qui agit sur elle sont les mêmes que les relations de la mère et de la personne dont elle est ou devient la mère ; ce sont des relations subordonnées, ministérielles ; la mère, par son opération générative, prépare un corps, elle le dispose ; elle ne concourt pas directement à l'influence de la personne, mais seulement à la partie matérielle de son être ou de sa substance, et elle la représente au-dehors dans cette substance. De même que l'on doit dire, pour ces motifs, qu'il y a en Dieu une génération paternelle et non une génération maternelle, de même, on peut dire sans difficulté, que la génération maternelle se rapporte à une personne qui existe déjà avant cette génération et qui ne reçoit de cette personne qu'une seconde existence, une existence temporelle.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : mer. 12 juil. 2023 8:23
par chartreux
SWS, Livre V, II, C2, §180, traduit par le chartreux a écrit :
III. Quand l'Église enseigne que Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit, elle exclut d'une part, la détermination naturelle par un principe matériel humain et la semence matérielle de l'homme ; elle affirme, d'autre part, une détermination surnaturelle par un principe et une force purement spirituels. Par là, cette génération acquiert sur la génération humaine naturelle les avantages que le prologue de l'Évangile de saint Jean attribue à la génération des enfants de Dieu : 1° elle n'est pas de la volonté de l'homme, mais immédiatement de la volonté de Dieu ; 2° elle n'est pas de la volonté de la chair, même du côté de la mère, parce que le désir de la chair dans la génération ne tend qu'à la société avec l'homme : elle est de la volonté de l'esprit ; 3° enfin, elle ne vient pas du sang, ex sanguinibus, ou plutôt du mélange du sang (à prendre ce mot dans un sens général) ; mais d'un germe formé et vivifié de Dieu, ou dont le développement est préparé par une influence spirituelle.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : jeu. 13 juil. 2023 8:00
par chartreux
SWS, Livre V, II, C2, §180, traduit par le chartreux a écrit :
L'origine du Christ acquiert ainsi une ressemblance particulière avec la génération immédiatement divine d'Adam. Et, cependant, elle en diffère essentiellement, car elle correspond à la fonction de Christ comme second et spirituel ancêtre sorti de la race même, et elle fait provenir le Christ, en tant que fils de l'homme, d'une vraie génération.

Comme cette forme surnaturelle et purement spirituelle de la détermination s'est rencontrée de fait dans la génération de Jésus-Christ, elle est tellement convenable que la forme naturelle ne l'eût été en aucune façon. Les raisons que l'on en donne sont ordinairement tirées de l'honneur qui revient à la mère de Dieu ; il eût été contraire à sa haute dignité de mère qu'elle perdît sa qualité de vierge et sa pureté dans l'acte même par lequel elle était élevée à une si éminente dignité. En fait, il répugne à cette distinction que la mère soit assujettie non seulement au plaisir des sens dans l'accomplissement de cet acte, comme l'est une mère naturelle dans l'état de déchéance, mais à toutes les formes d'abaissement inhérentes à la génération sexuelle, même dans l'état primitif. La mère de Dieu ne devait pas être touchée par le plaisir sensible et soumise comme telle à la volonté de l'homme ; elle ne devait pas enfin, alors qu'elle devenait le temple de Dieu, perdre quelque chose de son intégrité corporelle.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : ven. 14 juil. 2023 9:23
par chartreux
SWS, Livre V, II, C2, §180, traduit par le chartreux a écrit :
D'autres raisons plus profondes se tirent directement de l'excellence du produit, de la génération, de la position et de l'importance de ce produit. L'existence temporelle d'une personne divine ne doit pas être décidée par la volonté d'une créature ; cette personne ne doit pas surtout, relativement à son âme, entrer avec une créature dans un rapport de dépendance. De plus, la génération temporelle de Jésus-Christ par la mère ne doit pas non plus contredire sa génération éternelle, il faut au contraire qu'elle en offre une image aussi parfaite que possible. Or, elle ne le fait que si elle provient, comme cette dernière, d'une puissance toute spirituelle et toute sainte, d'un seul principe générateur et sans préjudice de son intégrité. Pour un exposé plus détaillé, cf. S. Thomas, IIIa, q. 28, art. 1, et Thomassin, lib. ii, cap. 3,4.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : sam. 15 juil. 2023 10:40
par chartreux
SWS, Livre V, II, C2, §180, traduit par le chartreux a écrit :
IV. L'influence surnaturelle de Dieu sur le principe maternel dans la production de la chair de Jésus-Christ, est figurée dans l'annonce de la conception de Jésus-Christ par l'ange comme une descente du Saint-Esprit dans la Vierge et par la vertu du Très-Haut qui la couvre, de son ombre. C'est une image très expressive que celle que nous montre le Saint-Esprit, non seulement exerçant une influence sur la sainte Vierge, mais inspiré en elle pour être le porteur substantiel ou le véhicule de la vertu formative qui sort du Père céleste. Il représente donc la forme naturelle de semen materiale qui émane du père et qui porte sa force ; d'où vient que les saints docteurs l'appellent quelquefois semen divinum.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : lun. 17 juil. 2023 8:00
par chartreux
SWS, Livre V, II, C2, §180, traduit par le chartreux a écrit :
La production céleste de la chair est donc mise en parallèle avec sa production terrestre : La première est attribuée à un père céleste, la seconde à un père terrestre ; la marche de l'une est analogue à celle de l'autre. Cependant, le Saint-Esprit ne peut être dit père de Jésus-Christ, pour trois raisons. 1° Parce qu'il ne constitue point par sa substance la chair de Jésus-Christ ; 2° Parce qu' il ne produit point l'humanité de Jésus-Christ comme une nature spécifiquement égale ou consubstantielle à la sienne, 3° enfin, parce qu'il ne prend pas vis-à-vis de la chair, une position qui soit exclusivement propre à sa personne ; il agit en commun avec les autres personnes et spécialement dans la vertu du Père.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : mar. 18 juil. 2023 8:04
par chartreux
SWS, Livre V, II, C2, §180, traduit par le chartreux a écrit :
V. L'influence surnaturelle sur la naissance du Christ, que l'ancienne forme du symbole des Apôtres exprime par les mots : Natus est ex Spiritu sancto et Maria Virgine, se rapporte tout d'abord à la base de la naissance du Christ dans la conception, ou à la nativité in utero, cependant, d'après l'explication constante de l'Église elle se rapporte directement aussi à la naissance ex utero, en ce que celle-ci a eu lieu par l'influence surnaturelle du Saint-Esprit, et de telle sorte que l'intégrité corporelle de la mère n'en a pas reçu la moindre atteinte. Marie a donc tout ensemble et un enfantement virginal et une conception virginale.

Ordinairement, on ne détermine cette propriété de la naissance du Christ qu'au point de vue de la virginité de la mère qu'il s'agit de maintenir ; on en fait le complément naturel de cette virginité sauvegardée dans la conception. Mais, dans la pensée du symbole, on doit aussi considérer cette virginité comme un privilège qui distinguait l'origine même du Christ comme un complément de l'opération surnaturelle du Saint-Esprit intervenant dans la première origine du Christ, un complément de la vertu du Très-Haut et du Père éternel agissant par les deux et dans les deux.