Re: La Croisade des Zouaves Pontificaux
Publié : mer. 14 févr. 2018 18:17
Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 37 (Novembre 1993)
2. L'ECHO DE LA TRADITION
DOCUMENTS ANNEXES À L' ÉTUDE SUR LA CROISADE DES ZOUAVES PONTIFICAUX
Appels à l'aide du Pape Etienne II aux Francs :
« Sept semaines après le commencement du siège le Pape envoya en France, par mer, et encore à grand'peine, l'évêque Georges et le comte Tomaric, avec l'abbé Warnehaire, que le roi avait envoyé à Rome.
Ils étaient chargés de deux lettres, dont la première porte cette inscription :
« Aux excellentissimes seigneurs Pépin, Charles et Carloman, tous trois rois et nos patrices des Romains ; à tous les évêques, abbés, prêtres et moines ; à tous les illustres ducs, comtes, et à toute l'armée du royaume de la province des Francs, Étienne, Pape, et tous les évêques, prêtres, diacres, ducs, cartulaires, comtes, tribuns, le peuple et l'armée entière des Romains, tous plongés dans l'affliction.
« Nous sommes environnés d'une tristesse si amère et pressés d'une angoisse si extrême, la continuité de nos maux nous fait verser tant de larmes qu'il nous semble que les éléments mêmes doivent le raconter.
Vous savez comment l'impie roi Astolfe a violé les conditions de la paix qu'il avait jurée.
Or, aux calendes de janvier, toute l'armée des Lombards est venue de la Toscane assiéger Rome et camper devant trois portes.
Astolfe lui-même, avec d'autres troupes, est venu l’attaquer d'un autre côté et camper devant d'autres portes, nous envoyant dire fréquemment :
Ouvrez-moi la porte Salaria et livrez-moi votre Pape, sinon je renverserai vos murailles et vous passerai tous au fil de l'épée ; et je verrai qui pourra vous tirer de mes mains.
Il y a plus : tous ceux de Bénévent sont également venus et campent devant d'autres portes, qui restaient encore libres.
Tout ce qui est hors de la ville a été mis à feu et à sang ; ils ont incendié les maisons et les églises, brisé et brillé les images des saints ; ils ont mis dans leurs sacs impurs les dons sacrés, c'est-à-dire le corps de Notre-Seigneur, et les ont mangés après s'être remplis de viande.
Ils ont emporté les voiles et les ornements des autels pour leur usage.
Ils ont déchiré de coups les moines et violé les religieuses, dont ils ont même tué quelques-unes.
Ils ont brûlé toutes les fermes de saint Pierre et celles de tous les Romains, emmené les bestiaux, coupé les vignes jusqu'à la racine, foulé aux pieds les moissons, en sorte qu'il ne nous reste plus de quoi vivre.
Ils ont, égorgé quantité de serfs de saint Pierre et des Romains et emmené les autres en captivité, jusqu'à arracher du sein de leurs mères les enfants à la mamelle pour les égorger.
Les païens mêmes n'ont jamais fait tant de maux.
Voilà cinquante-cinq jours qu'ils assiègent la ville affligée de Rome et qu'ils la pressent de toutes parts ; nuit et jour ils lui livrent des assauts et battent ses murailles.
Voici, nous disent-ils d'une manière insultante, voici que nous vous serrons de tous les côtés ; que les Francs viennent maintenant et qu'ils vous arrachent de nos mains !
La ville de Narni, que vous avez donnée à saint Pierre, ils l'ont prise, ainsi que quelques autres qui nous appartiennent. Aussi avons-nous eu de la peine à vous envoyer par mer ces lettres trempées de nos larmes.
Hâtez-vous donc, bien-aimés, je vous en conjure par le Dieu vivant et véritable et par le prince des apôtres, le bienheureux Pierre, hâtez-vous de venir à notre secours, de peur que nous ne périssions et que les nations de l'univers ne disent :
Où est la confiance que les Romains mettaient, après Dieu, dans les rois et la nation des Francs ?
Écoutez-nous et venez à notre aide.
Toutes les nations qui ont eu recours à la vaillante nation des Francs ont été sauvées ; combien plus ne devez-vous point avoir à coeur de délivrer la sainte Eglise de Dieu et son peuple ! »
Après des motifs si honorables pour les Francs le Pape leur représente le jour terrible du jugement de Dieu et la confiance avec laquelle ils pourront y paraître s'ils ont fidèlement combattu pour son Eglise. »
La seconde lettre, particulière à Pépin, contient les mêmes choses. Dans l'une et dans l'autre le Pape loue l'abbé Warnehaire, l'un des ambassadeurs, d'avoir, pour l'amour de saint Pierre, endossé la cuirasse et monté la garde nuit et jour sur les murailles de Rome.»
Dom Bouquet, t. 5, p. 499.
« Enfin, comme la liberté et l'indépendance temporelle importaient souverainement au bien de toute l'Église catholique, et par là même de l'humanité entière, le Pape Etienne écrivit une dernière lettre au nom de saint Pierre, de toute l'Eglise romaine, et enfin de lui-même.
En voici les principaux traits a Pierre, appelé à l'apostolat par Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, et par moi toute l'Eglise catholique, apostolique et romaine, avec son pontife Etienne; que la grâce, la paix et la force pour délivrer cette Eglise et son peuple soit donnée abondamment par le Seigneur, notre Dieu, aux excellentissimes rois Pepin, Charles et Carloman, aux très-saints évêques, abbés, prêtres, moines, ainsi qu'aux ducs, comtes, et généralement à toutes les armées et à tout le peuple de France.
« Moi, Pierre, appelé par Jésus-Christ à l'apostolat, et à qui il a daigné singulièrement confier ses ouailles et donner les clefs du royaume des cieux, je vous regarde comme mes enfants adoptifs, et, comptant sur l'amour que vous me portez, je vous exhorte et je vous presse de délivrer ma ville de Rome, mon peuple et la basilique où je repose, selon la chair, des violences que les Lombards y commettent; car cette nation perfide opprime cruellement l'Église qui m'a été confiée.
Mes chers enfants, persuadez-vous que je parais devant vous en personne pour vous en con-jurer dans les termes les plus pressants, parce qu'en effet, suivant la promesse de mon Rédempteur, c'est vous, peuples des Francs, qui êtes nos peuples de prédilection entre toutes les nations de la terre.
La Mère de Dieu, toujours vierge, vous fait les mêmes instances que moi ; elle vous presse et vous commande, avec tous les choeurs des anges, tous les saints martyrs et confesseurs, d'avoir compassion des maux de Ronce.
Défendez-la contre les Lombards, de peur que ces persécuteurs ne profanent mon corps qui a été immolé dans les tourments pour Jésus-Christ et ne souillent l'église où il repose.
Secourez au plus tôt mon peuple, afin que moi Pierre, appelé de Dieu à l'apostolat, je vous protège à mon tour au jour du jugement et que je vous prépare des places dans le ciel.
Hâtez-vous de le faire avant que la source vivante d'où vous avez reçu la régénération vienne à tarir, avant que votre mère spirituelle, la sainte Eglise de Dieu, dans laquelle vous espérez obtenir la vie éternelle, soit humiliée, envahie et profanée par les impies.
Je vous conjure par le Dieu vivant de ne pas permettre que ma ville de Rome et mon peuple soient plus longtemps déchirés par les Lombards ....»
Dom Bouquet, t. 5, p. 495. A. Duchesne, t. 3. Labbe