Joseph Trinquet - Le mouvement biblique in Le Monde contemporain et la Bible. Paris, 1985 pp. 303-305 a écrit :
Privés du jour au lendemain d’un guide en langue française qui était entre toutes les mains, les étudiants n’avaient à leur portée, à l’exception d’ouvrages savants, qu’une vaste compilation d’inégale valeur, sans cesse rééditée : les huit volumes de La Sainte Bible (texte latin et traduction française) commentée d'après la Vulgate et les textes originaux, à l'usage des séminaires et du clergé, par Louis-Claude Fillion (Paris, 1° éd., 1886 et s.), et pour le Nouveau Testament les premiers volumes de la collection « Verbum salutis » (Paris, Beauchesne), excellents commentaires et études de vulgarisation qui commençaient à paraître lentement à partir de 1924.
Pour pallier l’absence du Manuel de Brassac, fut publié d’abord le Manuel d’Écriture sainte, par le chanoine Joseph Verdunoy et un groupe de professeurs (3 vol., Dijon, 1° éd., 1925) : il entendait permettre de lire la Bible avec fruit, sans prétendre à l’érudition, mais il traitait les questions de façon bien trop simpliste. D’un niveau plus élevé furent ensuite édités trois ouvrages : la traduction française par Ph. Mazoyer de la 9° édition latine du Manuel d'introduction historique et critique à toutes les Saintes Écritures par les RR. PP. Cornély et Merk (2 vol., Paris, 1928; 2e éd., 1930), d’une diffusion limitée ; le Manuel d’Écriture sainte de Jules Renié (6 vol., Lyon-Paris, 1930 et s. ; plusieurs éditions corrigées et augmentées), largement répandu et promis à une assez longue carrière ; accueilli avec moins de faveur, le Manuel d’Études bibliques de Henri Lusseau et de Marcel Collomb (5 tomes en 7 volumes, Paris, 1930 et s.) ne connut pas le même succès. Tous trois se présentaient comme des sortes de sommes exégétiques érudites et, notamment le troisième, trop copieuses : pour chaque livre de la Bible ils répertoriaient et classaient les opinions anciennes et modernes qui s’étaient exprimées, dissertaient sur des difficultés historiques et critiques souvent mal posées ou dépassées, exposaient la valeur historique et littéraire (voire religieuse !) de l’écrit sacré, et de plus on reprochait surtout à Lusseau-Collomb des prises de position étroitement conservatrices ; leur contribution à initier vraiment les élèves aux problèmes bibliques et à de bonnes méthodes personnelles de travail n’était pas évidente, non plus que leur aptitude à former le jugement et à donner le goût de lire la Bible. En revanche, et à ce point de vue, faisait figure de réussite le Précis d'introduction à la lecture et à l'étude des Saintes Écritures de Pierre Cheminant (2 vol., Paris, 1950; 2e éd., 1940) ; il annonçait modestement des temps nouveaux.
Sans se décourager, les professeurs continuaient leurs travaux, aussi bien dans les séminaires que dans les facultés, même si leurs publications en dehors d’articles de revues ou de dictionnaires demeuraient peu nombreuses. La plupart étaient des maîtres ou les disciples de maîtres qui avaient reçu leur formation à l’École biblique ouverte à Jérusalem en 1890 par le P. Lagrange et les Pères Dominicains français, ou bien à l’Institut biblique pontifical de Rome (érigé en 1909), en quelques cas dans ces deux endroits à la fois où ne cessaient de s’initier aux hautes études d’exégèse, de philologie et d’archéologie orientales ceux qui assureraient la relève. Les savantes Revue biblique (Paris, Gabalda) depuis 1892 et Biblica (Rome, 1920 et s.) issues de ces deux écoles faisaient avancer les recherches et informaient des publications importantes dans le monde, rôle qu’elles tiennent encore de nos jours ; sous le patronage de l’École de Jérusalem, la monumentale collection des « Études bibliques » (Paris, Gabalda, 1905 et s.), de très haut niveau, apportait au cours des ans les commentaires appréciés d’un certain nombre de livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que des volumes d’études philologiques, archéologiques ou historiques : elle poursuit toujours son admirable essor. D’autre part, selon les besoins, les professeurs s’adressaient à l’abondante production d’ouvrages exégétiques en langue allemande ou anglaise venant d’auteurs en majorité protestants.
Tant d’activité manifestait la renaissance de l’exégèse catholique de langue française. A partir de 1926, sous la direction du chanoine Louis Pirot, paraissaient les premiers fascicules du Dictionnaire de la Bible, Supplément, ou Supplément au Dictionnaire de la Bible (Paris, Letouzey & Ané), destiné à revêtir une ampleur considérable ; il s’ajoutait au Dictionnaire de la Bible en cinq volumes dirigé par F. Vigouroux (Paris, 1891-1912) : il fallait mettre à jour, par suite du progrès constant des recherches, certains articles d’histoire, d’archéologie et de philologie orientales, et en ajouter d’autres, en particulier de théologie biblique, de critique littéraire et historique dont l’absence constituait une fâcheuse lacune. Pour un public cultivé, mais non spécialiste, afin de remplacer La Sainte Bible de L.-C. Fillion, fort vieillie, le même L. Pirot († 1939) entreprenait avec le concours de professeurs d’universités et de grands séminaires l’édition en 12 tomes de La Sainte Bible, texte latin et traduction française d'après les textes orignaux, avec un commentaire exégétique et tbéologique (Paris, Letouzey & Ané), dont les volumes sérieux et de bonne tenue, quoique de valeur inégale, commençaient à combler un grand vide [...]
Enfin, la parution de L'Initiation biblique, Introduction à l'étude des Saintes Écritures, publiée sous la direction de André Robert et de Alphonse Tricot, professeurs à l’Institut catholique de Paris, avec la collaboration de spécialistes de toute première valeur (Paris-Tournai-Rome, 1939 ; 2e éd., 1948 ; 3e éd., 1954), marqua une date : elle manifestait pour la France, auprès du grand public, le renouveau de l’exégèse catholique et de ses méthodes [...] Le succès répondit aux intentions des auteurs.
D’autre part, en 1940, en acceptant la succession de L. Pirot à la tête du Supplément au Dictionnaire de la Bible, A. Robert imprimait à cette encyclopédie une impulsion nouvelle (depuis le fascicule XVIII, 1941, début du tome IV). L’élan était donné, que ne devaient ni faire céder ni détruire les malheurs de la seconde guerre mondiale.