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Re: La souveraineté du peuple est une hérésie

Publié : dim. 12 avr. 2026 22:59
par Mercè

LETTRE AU R. P. DIDON
Réponse au discours de Bordeaux.



Par Henri HELLO, docteur en théologie.


« Toute société humaine qui prétend exclure Dieu de sa constitution et de son gouvernement... porte dans ses entrailles un principe secret de mort et ne peut espérer une longue durée. » (Léon XIII, encycl. Nobilissima Gallorum gens.)



Mon Révérend Père,

L’Église de France a salué, dans la cathédrale de Bordeaux, le glorieux habit que vous portez. Livrée à d’habiles sectaires qui la dépouillent de ses droits ; accablée de douleur en voyant proscrit le nom de Jésus, son Roi et son Époux; pleurant sur la multitude de ses fils égarés à la faveur de manœuvres secrètes et sacrilèges ; notre Église espérait que votre parole serait le glaive de l’apôtre levé contre ses persécuteurs.

Elle était en droit de l’attendre : elle a été déçue. Le glaive que vous avez tiré de votre fourreau n’était pas le glaive de saint Paul.

Au lieu de la voix puissante et libre de l’apôtre qui s’arme pour venger ou défendre les droits violés de Dieu et de son Christ, l’Église de France n’a entendu qu’un éloquent plaidoyer en faveur d’une société moderne qui aime à l’excès les « nouveautés de paroles », profanas vocum novitates (I, Tim., VI, 20) : elle vous a vu, douloureusement surprise, tourner la parole de Dieu contre ses meilleurs soldats, sans un mot de blâme pour ses adversaires.

«Quand on a, comme vous dites, dans ses veines lesang de l’Évangile », on doit s’armer de l’Évangile pour le replacer au cœur de l’homme et au cœur de la nation jadis aimée du Christ : « L’Évangile éternel », mon Père, est le Code suprême ; malheur à la nation qui l’a rayé de ses lois! C’est sur l’Évangile que le Christ nous jugera et jugera les peuples. (Apoc. XIV, 6.) Hélas! les doctrines révolutionnaires, opposées à celles du Christ, sont malheureusement plus que l’Évangile dans les veines de la société moderne : il fallait les maudire, comme l’Église les maudit.

« Vive la paix ! » dites-vous. La paix, quand Dieu est banni! la paix, quand les écoles athées forment des générations païennes! la paix, lorsque dans nos hospices laïcisés les malades meurent sans prêtre ! la paix, quand la famille est mise en péril par la loi odieuse du divorce ! la paix, quand on vole aux ministres de Jésus-Christ les secours qui leur sont dûs ! quand nos soldats privés d’aumôniers meurent sans absolution dans nos colonies! la paix, quand la France est empoisonnée par l’impiété ; quand le flot impur déborde, inondant tous les âges ; quand les crimes se multiplient dans des proportions inconnues jusqu’ici! la paix, quand la population française diminue, et que le sang étranger se substitue au sang des fils des Francs ! Nous voulons la paix, celle qui suivra la guerre, et non la paix achetée par le silence quand les loups ravagent le troupeau !

Les Hilaire, les Augustin, les Chrysostôme, auraient frémi en vous entendant crier « pax!pax! » «et non est pax. » Ce n’est pas de cette paix que le Sauveur a dit : Pax vobis.

La paix, quand « la France agonise », comme écrivait, en 1880, le général de Sonis! Il le sentait, il voyait se perdre, emporté par les flots de la Révolution « l’épave qui a nom : France ». Le mot est effrayant, il a du vrai.

Les choses ont marché depuis 1880. Elles ont marché au point que les ténèbres nous gagnent : nos ennemis le voient bien et poussent des cris de joie ! Nous oublions les enseignements traditionnels! Nous faiblissons. Nos autem cinere frigidiores et mortuis stupidiores facti sumus. (S. Chrys. hom. V, in Matt. 6). Mon Dieu ! quel bras mystérieux nous retient, comme des gens qui, dans un cauchemar, sentent leur poitrine oppressée par un poids qui l’écrase et qu’on ne peut rejeter! Écho des siècles passés, Docteur de l’Église immortelle, Léon XIII n’a t-il pas dit du haut de la Chaire infaillible : Si les lois de l’État sont en contradiction ouverte avec la loi divine, si elles renferment des dispositions préjudiciables à l’Église ou des prescriptions contraires aux devoirs imposés par la religion, si elles violent dans le Pontife suprême l’autorité de Jésus-Christ, dans tous ces cas il y aura obligation de résister, et obéir serait un crime. » (Encyclique sur les principaux devoirs des chrétiens). « Les chrétiens sont nés pour le combat. » Ah ! si au lieu d’ouvrir la porte aux ténèbres et au mensonge pour ne contrarier personne, nous faisions jaillir la lumière de l’Évangile et des Encycliques! « Quelle union possible entre la lumière et les ténèbres? » (II, Cor. VI, 14). La société ne se relèvera que sur le fondement posé par le Fils de Dieu et par les apôtres, qui se servaient de la parole du Maître comme d’un glaive pour étendre et affermir le règne de Dieu. Avons-nous la prétention de mieux réussir par des concessions où nous sommes dupes des loups déguisés en brebis? Pensons-nous être plus sages que les apôtres en face du paganisme ! On sourit d’un air incrédule quand nous prétendons « restaurer toutes choses dans le Christ » (Éph. I, 10) et refaire la société chrétienne. Et ceux qui nous appellent exagérés sont des catholiques. Dites-leur que « retourner aux principes chrétiens et y conformer en tout la vie, les mœurs, les institutions des peuples est une nécessité qui devient de plus en plus évidente », je les vois hausser les épaules et invoquer un autre remède, parce que « le monde marche, et que si le monde marche, l’Église marche avec le monde ; elle y est implantée, elle est comme un passager dans un navire, le navire s’en va, le passager va avec le navire, et ce passager a quelque droit à en surveiller, à en guider la route. »

Ces deux langages sont bien différents; le premier est celui de Léon XIII, dans son encyclique du 10 janvier 1890; le second est le vôtre, mon Père : les correctifs que vous apportez ne suffisent pas à sauver la vérité. Votre discours est dangereux.

Oui, mon Père, le monde marche, il marche à la ruine, parce qu’il a déserté le Dieu qui bénit les peuples et rend les générations fortes. Sa volonté est que toutes les nations soient l’héritage de son Christ (ps. 2), et que l’Eglise catholique ait des droits imprescriptibles. Vous paraissez les oublier, même dans cette phrase obscure où vous ne lui concédez guère qu’un triste lambeau de liberté.

Je suis plus jeune que vous, mon Père, et par conséquent, vous le dites « moins expérimenté ». Mais un petit enfant connaît sa mère et pleure quand une autre a la prétention de la remplacer. Je suis un enfant, si vous voulez, mais dans ce pale tableau d’un passager sur un navire, je n’ai point reconnu l’Eglise ma Mère. A l’école de ses Docteurs et de ses Pasteurs, j’avais appris qu’elle était incomparablement belle, noble et puissante. Elle est parfaite, m’a-t-on dit, entre toutes les sociétés parfaites. Elle est supérieure à l’Etat, qui n’est absolument le maître que dans les choses de l’ordre purement civil, et qui relève de l’Eglise dans toutes les questions où sont engagés les intérêts sacrés des âmes. Ici l’Etat doit servir l’Eglise, et ne jamais rien prescrire qui soit défendu par ses lois. Nous sommes bien loin du rôle que vous lui assignez. Mais nous avons pour nous, avec l’antique tradition, l’immortel Syllabus et les Encycliques de Pie IX et de Léon XIII.

Nous admirons comme vous les progrès de la vraie science : mais l’Eglise n’attend pas les découvertes du génie humain pour se perfectionner. La science et l’Eglise peuvent être en progrès, mais ce progrès n’est pas le même pour l’une et pour l’autre, et toute comparaison est ici blessante pour l’Eglise. L'intelligence, l’habileté, l’industrie humaines connaîtront et appliqueront mieux d’âge en âge les lois de la nature; mais les mystères de la foi, les préceptes de l’Evangile et les droits de l’Eglise sont d’un ordre plus élevé : Jésus-Christ les a révélés. L’intelligence humaine n’a plus qu'à recevoir humblement la parole divine ; elle doit la croire, la bien connaître, sans vouloir approfondir ses mystères. Ici, le seul progrès possible, d’une époque à l’autre, consistera dans un enseignement plus explicite, plus clair ou plus formel, fait par l’Eglise à ses enfants, d’une vérité contenue déjà dans la divine révélation.

Malheureusement les erreurs modernes ont singulièrement dénaturé l’Eglise, et plus d’un catholique habitué à dire : « Credo Ecclesiam, catholicam », fait, à l’occasion, de tristes réserves, surtout en ce qui concerne les droits de l’Epouse du Christ. Il n’ose pas ouvrir le Syllabus de peur d’y lire sa condamnation.

Nous sommes moins enthousiastes que vous, mon Père, des libertés américaines. Là « tout grandit, comme grandissent les sapins dans les bois.... » La religion est plus prospère, là-bas, depuis cinquante ans, c’est incontestable; mais la prédication de l’Evangile et les immigrations de catholiques revendiquent ce progrès; le libéralisme n’a pas l’honneur de ces conquêtes.

Au surplus, si les catholiques devenaient comme vous le dites, « la majorité (et l’unanimité) en France » ils pourraient tolérer de faux cultes, mais ils ne mettraient pas au même rang les ministres de Jésus-Christ et les empoisonneurs.

La proposition LXXII condamnée au Syllabus est ainsi conçue:

« A notre époque, il n’est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l’unique religion de l’Etat, à l’exclusion de tous les autres cultes. »

Et la suivante, condamnée également :

« Aussi c’est avec raison que, dans quelques pays catholiques, la loi a pourvu à ce que les étrangers qui s’y rendent y jouissent de l’exercice public de leurs cultes particuliers. »

Ne transigez pas avec le Syllabus. L’Eglise ne le veut pas.

Il eut mieux valu ne rien dire de la loi militaire que de vous résigner si facilement à voir les surplis des séminaristes « changés en uniforme de soldat ». Car la proposition XXXII condamnée au Syllabus est celle-ci :

« L’immunité personnelle en vertu de laquelle les clercs sont exempts de la milice peut être abrogée sans aucune violation de l’équité et du droit naturel. Le progrès civil demande cette abrogation, surtout dans une société constituée d’après une législation libérale. »

Quant aux articles organiques, nous ne les reconnaissons pas, nous ne voulons pas les reconnaître; j’en ai dit plus haut la raison.

Le reproche que vous nous faites dans les lignes suivantes m’a blessé jusqu’au cœur : « Quand je vois des prêtres... se transformer en violents, je suis envahi de tristesse. Laisse-moi te le dire, prêtre, tu détruis la grande œuvre de Jésus, en croyant la défendre. Tu déchires la robe sans couture du Christ, tu te fais le semblable de ceux qui ne règnent que par la division ; va combattre alors, et te faire tuer contre l’ennemi, mais ne viens pas servir à l’autel ».

Vous faites allusion, sans doute, à la vision de l’évêque d’Alexandrie. « Arius, disait Jésus, a déchiré ma robe qui est l’Eglise ».

Ainsi, d’après vous, ceux qui ne désarment pas en face d'ennemis qui ont juré de détruire l’Église, sont « des violents » qui « déchirent, comme Arius, la robe du Christ ». Le reproche, mon Père, est dur : il est immérité.

Qui donc aujourd’hui déchire la robe sans couture, l’Eglise du Christ? n’est-ce pas celui qui arrache à l’Eglise les droits que Dieu lui a donnés sur les fidèles et sur les nations chrétiennes? n’est-ce pas le libéralisme? Il y avait, mon Père, entre les ariens et les catholiques le parti des semi-ariens. Ils criaient à tous : « La paix, vive la paix! » Il ne voulaient pas du mot « consubstantiel », ils invoquaient la charité, eux aussi, et prétendaient allier la nuit avec le jour, les enfants de ténèbres avec les enfants de lumière.

Les prêtres d’Alexandrie, au récit de la vision de leur évêque, enflammés d’une sainte indignation, avaient juré de combattre Arius jusqu’à leur dernier soupir. Grâce à ces intrépides défenseurs de la foi antique, la vérité triomphait dans le monde, et nous chantons dans le Credo, ce mot glorieux pour le Sauveur, consubstantiel au Père.

Indignés de la sacrilège arrogance du libéralisme et de l’insulte qu’il fait chaque jour au Dieu proscrit, nous nous levons contre lui. Et vous, mon Père, c’est pour nous condamner que vous élevez la voix ; placé entre le libéralisme et nous, vous prétendez nous faire vivre en paix avec lui? Il est jugé et condamné par le Syllabus et Léon XIII! « Rome a parlé, la cause est finie. » La société moderne, rationaliste jusqu’à la moëlle, n’est point compatible avec la Constitution de l’Eglise.

Léon XIII l’a justement flétrie dans plusieurs encycliques, notamment dans celle sur la constitution chrétienne des Etats (1er novembre 1885). Il flagelle « ces principes modernes de liberté effrénée, rêvés et promulgués parmi les grandes perturbations du siècle dernier, comme les principes et les fondements d’un droit nouveau inconnu jusqu’alors, et sur plus d’un point en désaccord non-seulement avec le droit chrétien, mais avec le droit naturel... Dans une société fondée sur ces principes, l'autorité publique n’est que la volonté du peuple, lequel, ne dépendant que de lui-même, est aussi le seul à se commander. Il choisit ses mandataires, mais de telle sorte qu’il leur délègue moins le droit que la fonction du pouvoir pour l’exercer en son nom ; la souveraineté de Dieu est passée sous silence exactement comme si Dieu n’existait pas, ou ne s’occupait en rien de la société du genre humain, ou bien comme si les hommes, soit en particulier, soit en société, ne devaient rien à Dieu, ou qu’on pût imaginer une puissance quelconque dont la cause, la force et l’autorité ne résidât pas tout entière en Dieu même. De cette sorte, on le voit, l’Etat n’est autre chose que la multitude maîtresse et se gouvernant elle même... »

Le Pape, direz-vous, n’attaque pas ici le libéralisme catholique; je réponds que les libéraux catholiques ont à prendre leur part du coup porté; attendu qu’ils se résignent sans regret à l’Etat ainsi constitué : ils admettent, comme des conquêtes de l’esprit moderne, de prétendues libertés qui sont des licences pernicieuses, condamnées en elles-mêmes ou dans leur germe par la doctrine infaillible. Enfin, le libéralisme catholique est ce bras mystérieux qui nous arrête à chaque pas, comme un mauvais génie. Pie IX le redoutait « plus que la Commune », et les encycliques de Léon XIII l’ont visé maintes fois.

Catholiques, ramassons nos armes tombées, « la vérité, la justice, la foi et la sagesse sont nos armes », écrivait saint Jean Chrysostôme. Attaquons les racines du mal, l’orgueil de l’homme : Initium omnis peccati superbia. » Rappelons à l’homme ce qu’il est. « Souviens-toi, homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » « Toutes les nations, devant Dieu, sont comme le néant. » « Vous avez oublié Dieu votre Créateur. » « Il vous est funeste d’avoir abandonné le Seigneur votre Dieu. » Prêchons l’humilité, la soumission à Dieu et à la sainte Eglise, d’abord ; ensuite à César qui en est l’image, sans lui rendre ce qui est à Dieu. Mais ne dites pas :

« Je constate un fait indéniable, le fait par lequel nous devons nous regarder tous comme ayant une part de gestion dans les affaires publiques, tous rois à la trente-six millionième partie, mais rois... les trente-six millions de Français ont taillé leur petite part dans la pourpre royale; et ainsi, étant tous un peu rois, nous sommes tous un peu maîtres. »

Voilà comme vous soignez « le peuple souverain », ce pauvre affolé, obsédé par la soif d’une domination dont il est incapable. Au lieu d’éclairer à la lumière de la foi ce visage égaré; au lieu de déposer dans ce cœur flétri par les passions le baume de la pure doctrine de Jésus, on le place, on le maintient sur le piédestal où il trébuche misérablement. « La foule est ainsi faite, dit Tite-Live (livre 23), que si elle n’est pas humblement soumise, elle domine avec arrogance ; elle ne sait pas user d’une liberté raisonnable. » Pie II blâmait d’avance le principe du suffrage universel en écrivant ; « La foule conseille rarement ce qui est juste ou honnète ; agitée par des passions diverses, elle s’abaisse et tombe souvent dans la confusion ; la foule consultée se hâte de parler, mais les choses vont mal lorsqu’au lieu de peser les avis, on les compte; il arrive alors souvent que la majorité l’emporte sur les sages ». (Lettre 387 au roi Louis, liv. I.)

Et Pie IX, avec sa profonde connaissance de l’état de l’Europe et de la Révolution, disait : « suffrage universel, mensonge universel ». La France de saint Louis et de Clovis reposant sur l’urne électorale, ô dérision ! la statue de Nabuchodonosor ne tenait que sur des pieds d’argile; notre belle France n’aurait pour base que le papier des bulletins de vote, c’est-à-dire le caprice des électeurs, pour la plupart ignorants, trompés ou intimidés? Veritas liberabit vos. La vérité nous délivrera, le mensonge jamais.

Je proteste contre l’application que vous faites de la parole du Christ : « Quand je serai sorti, il y aura des persécutions; alors, fuyez vers la montagne. » Nous avons lu ce verset et d’autres aussi. Nous avons lu dans la parabole du bon pasteur, que « le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis; mais le mercenaire, qui n’est point pasteur, fuit parce qu’il voit venir le loup ».

L’Eglise, mon Père, a d’autres martyrs que ceux qu’on traînait devant des idoles, et qui mouraient pour ne pas sacrifier : elle a les martyrs de sa liberté; à ceux-là, on ne demandait que le silence ! Ils ont lutté contre les prétentions de César quand César voulait réduire l’Eglise en esclavage. Ils pouvaient fuir et vivre en paix, ils eussent trahi la sainte cause de l’Eglise.

Ah ! je sais bien que vous avez seulement « entendu chuchoter que certains sectaires caressaient l’espoir de tronquer ces libertés saintes ». Ce que vous entendez chuchoter, d’autres l’ont entendu depuis longtemps de la manière la plus certaine et la plus claire, ce que vous lisez à peine dans l’avenir est un fait accompli : le peu de liberté dont jouit encore l’Église de France, sera, grâce à nos complaisances, étranglé comme le reste.

Vous ne connaissez pas d’autre persécution que celle du poignard. Nos ennemis pourraient vous instruire. Écoutez les Loges : « Notre but est celui de Voltaire et de la Révolution : l’anéantissement du catholicisme. » « Le meilleur poignard pour frapper l’Eglise au cœur, c’est la corruption. » « Le rêve des sociétés secrètes s’accomplira par la plus simple des raisons, c’est qu’il est basé sur les passions de l’homme... Ces deux bases de l’ordre social (monarchie et catholicisme) peuvent croûler sous la corruption. Ne nous lassons donc jamais de corrompre. Il est décidé dans nos conseils que nous ne voulons plus de chrétiens; donc, popularisons le vice dans les multitudes. Qu’elles le respirent par les cinq sens, qu’elles le boivent, qu’elles s’en saturent. Faites des cœurs vicieux, et vous n’aurez plus de catholiques. »

On trouvera ces textes, et bien d’autres, dans la « Révolution » de Mgr de Ségur. Là est le dernier mot de la situation actuelle. En lisant ce livre, on conviendra que les loges réalisent lentement et sûrement, par notre faute, leur programme infernal. On perdra peut-être l’espoir trop longtemps bercé d’apprivoiser le serpent de la franc-maçonnerie, « qui règne et qui gouverne, » comme on l’a dit récemment. Mais voici notre histoire moderne résumée par Léon XIII :

« Reculer devant l’ennemi et garder le silence, lorsque de toutes parts s’élèvent de telles clameurs contre la vérité, c’est le fait d’un homme sans caractère ou qui doute de la vérité de sa croyance. Dans les deux cas une telle conduite est honteuse et elle fait injure à Dieu. Elle n’est avantageuse qu’aux seuls ennemis de la foi. Car rien n’enhardit tant l’audace des méchants que la faiblesse des bons. » (Encyclique sur les principaux devoirs des chrétiens).

Marchons à la lumière des Encycliques; tout autre terrain est mouvant; là est la pierre. Submergi non vereor, quia supra petram sto. (Saint Jean Chrysostôme).

Nous revendiquons, en marchant au combat, la gloire d’être les fils soumis de l’Eglise et de son Chef; nous voulons, conformément au vœu que Léon XIII a récemment encore exprimé au Sacré Collège, « traduire en actes ses enseignements ». Laissons le libéralisme catholique préparer un replâtrage sur la base des principes de 89 : laissons-le baiser la main gantée de velours et bénir les largesses du traître. Allons sur la brèche, et ouvrons-la s’il le faut.

Recevons avec douceur le baiser de Judas quand il n’en veut qu’à notre vie ! Qu’importe? Mais redressons-nous, fils de l’Eglise, fils des Francs, et luttons jusqu’à la dernière goutte de notre sang, quand Judas vient nous fermer la bouche par ses caresses. Il veut perdre notre Église : à nous de la défendre !

Et méditons ces lignes magistrales de Saint-Hilaire à Constance :

« Il est temps de parler puisque le temps de se taire est passé. Attendons le Christ, puisque l’Antéchrist domine. Que les pasteurs crient! Sacrifions nos vies pour nos ouailles, parce que les loups sont entrés... Paraissons devant les juges et les puissances pour le nom du Christ... Suivons la vérité par l’Esprit-Saint, afin de ne pas croire au mensonge par l’esprit d’erreur... Se taire plus longtemps est lâcheté, non plus modération, car il n’y a pas moins de péril à se taire toujours qu’à ne se taire jamais.
Maintenant nous avons à combattre contre un persécuteur qui trompe, contre un ennemi qui flatte, contre l’Antéchrist (Constance).. Il ne déchire pas, mais il sollicite par le ventre : il ne proscrit pas pour la vie, mais il enrichit pour la mort. Il n’emprisonne point pour la liberté, mais il enrichit... pour la servitude. Il ne torture pas les côtes, mais il occupe le cœur; il ne menace pas publiquement du feu, mais il allume l’enfer en secret... il flatte pour dominer, il s’entremet de l’unité, mais c’est pour qu’il n’y ait point de paix... il bâtit des églises et ruine la foi. »

Honneur, mon Père, à ceux qui tombent sur la brèche, soumis à Dieu et aux lois de son Eglise, martyrs de ses libertés. Dieu bénit leur sacrifice !

Il ne demande pas le succès, il demande la volonté humble, éclairée, mais forte, qui lutte pour sa cause et ne désarme pas devant l’enfer. Pugnate cum antiquo serpente, et accipietis regnum aeternum. D’autres passeront par la brèche, et Dieu rendra féconde l’immolation des premiers soldats.

Vous nous appelez des « violents! » libre à vous. Dieu le veut, il suffit. Nous serions plus indigne que jamais de monter à l’autel si nous ne jetions pas le cri d’alarme! Nous y monterons, et nous demanderons la fidélité jusqu’à la mort à la grande cause de la liberté de l’Eglise.

Heureux ceux qui en seront les martyrs !



Henri HELLO.
Docteur en théologie.











(à suivre...)