Or, d'aucun saint, d'aucun ange, je ne puis attendre un retour d'amour aussi magnifique que de saint Joseph.
Communiant à fond, par une gloire incomparable, à l'amour prévenant de Marie notre Mère, de Jésus notre Rédempteur, de Dieu notre Père, mieux que personne il nous aime avant même que nous l'aimions.
Mais dès que dans une âme l'amour pour lui s'éveille, aussitôt il répond à son amour par l'amour le plus paternellement intime et dévoué ; il reconnaît en elle la soeur de Jésus, née à la grâce de son Épouse bien-aimée, et son coeur ne peut ne pas la chérir avec la plus généreuse tendresse : aussi bien, pour aimer d'amitié un Dieu et la Mère de Dieu, a-t-il mieux participé que le reste des créatures à ce caractère par lequel Dieu est la charité, c'est-à-dire l'amour mutuel, l'amour qui répond à l'amour : au sein de la Divinité, entre les divines Personnes, dans la Sainte Famille, dans l'Église..., envers toute âme qui veut aimer divinement.
Ainsi a-t-il, pour nous aimer d'amitié, des ressources d'amour que n'ont pas les Séraphins. Et ces ressources se déploient sur nous, promptes, dévouées, toutes-puissantes, pour entendre nos prières, écouter nos louanges, prévoir et conjurer nos dangers, guérir nos plaies, veiller à nos intérêts, nous combler de tous les biens, assurer et préparer notre avenir.
Et comme il nous faut aimer, louer, prier un pareil Ami, nous consacrer à lui ! Nous le dirons tout à l'heure en parlant de son patronage. Remarquons seulement ici qu'il n'y a point de saint avec qui l'amitié soit si facile, si douce, si sûre, si purifiante, si féconde, si riche en bénédictions, si encourageante aux vertus, si bien faite pour nous initier de mieux en mieux à l'amitié de Marie, de Jésus, de la Divinité.
L'Église n'a pas approuvé le culte du Coeur (1) de saint Joseph, — et cette approbation est nécessaire pour que l'on honore le Coeur de saint Joseph dans des prières publiques. — Mais le culte privé n'en a pas été blâmé par elle, et les âmes qui ont cet attrait, en respectant profondément les décisions de l'Église, quelles qu'elles doivent être dans l'avenir, peuvent, en honorant le Coeur de Jésus et le Coeur de Marie, leur unir dans leurs hommages intimes le Coeur si noble, si pur, de celui que de graves auteurs ont nommé la troisième personne dans « la Trinité créée ».
Et ce que toutes les âmes peuvent très légitimement considérer, louer, honorer, exalter, implorer, c'est son amour ; amour le plus vrai, le plus profond, le plus saint, le plus purifiant, le plus libéral, le plus miséricordieux, qu'il y ait au monde après l'amour de Marie.
Et cet amour délicat, dévoué, généreux à merveille, m'est, pour peu que je le veuille, acquis de la manière la plus particulière, la plus sure, la plus définitive !
(1) « L'Évêque de Nantes, lisons-nous dans les Analecta, janvier-février 188o, demande à la Congrégation s'il peut tolérer qu'en chante dans les fonctions ecclésiastiques l'invocation : Cor Sancti Joseph purissimum, ora pro nobis. La Congrégation, par une lettre du 14 juin 1873, répond : Monendam esse per epistolam amplitudinem tuam cultum Cordis S. Joseph non esse ab Apostolica sede approbatu. La Congrégation se place au point de vue liturgique, non au point de vue dogmatique. Une dévotion ne peut être pratiquée publiquement que si elle a été approuvée. Mais la doctrine n'est pas condamnée parce que la dévotion n'est pas encore approuvée... Rome, d'ordinaire, ne devance pas, et se contente de sanctionner ce qui est acquis. La piété individuelle et privée ordinairement ouvre la voie. Du reste, cette dévotion privée n'est déjà plus nouvelle.
« Lorsque la grande Compagnie de Jésus, dit le P. Faber, Le Saint-Sacrement, t. I p. 198, eut cherché un refuge dans le Sacré-Coeur, ses membres dispersés sous le nom de Pères du Sacré-Cœur... demandèrent à saint Joseph leur repos et leur consolation, et ils jetèrent les semences d'une nouvelle dévotion au coeur de saint Joseph, qui promet de produire un jour des fleurs et des fruits. » (Cf. Analecta ordinis Minorum Capuccinorum, t. II, p 11.)