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Re: Saint Joseph intime

Publié : lun. 22 août 2016 21:54
par Laetitia
VINGT-CINQUIÈME ÉLÉVATION

Les divines Intimités de saint Joseph (avec les hommes).

S'il est un saint pour lequel il semble au premier abord étonnant de parler de relations intimes avec les hommes, c'est saint Joseph.

Quelle vie, en effet, plus obscure, plus cachée, plus concentrée en Dieu et dans les mystères de Jésus et de Marie, que la sienne ? Où donc trouver dans cette vie place pour les relations avec les créatures ? Ces relations n'y ont-elles pas été réduites autant qu'il était possible ?

Et pourtant, j'ose le dire, aucun saint n'a eu des rayonnements plus étendus vers les créa­tures : rayonnements de sanctification parmi les hommes, rayonnements de joie parmi les anges. Pour aucune créature, après Marie, la vertu cachée de la Communion des saints n'a été si féconde.

Et nul saint ne demeure, il s'en faut, dans des rapports aussi intimes, pour peu que nous le voulions, avec nous. Nulle amitié, sauf celle de Marie, ne peut être pour nous plus puissam­ment communicative du côté de saint Joseph, ni ne doit être aussi filialement confiante de notre
côté, que notre amitié avec le plus grand des saints.
à suivre

Re: Saint Joseph intime

Publié : mar. 23 août 2016 15:19
par Laetitia
I - INTIMITÉ DE SAINT JOSEPH AVEC NOUS PAR LA COMMUNION DES SAINTS

Facilement l'on s'imagine que l'on est d'au­tant plus intime avec une personne qu'on la touche de plus près, qu'on lui parle plus faci­lement et plus souvent, que l'on vit plus habi­tuellement avec elle, et cela peut être vrai assez souvent. Mais combien souvent aussi cela est faux ! Il y a beaucoup de contacts familiers qui ne sont pas ou qui sont fort peu des contacts d'âmes.

Ce qui est vrai toujours, ce qu'on oublie beau­coup plus, ce qui est très important à savoir, c'est qu'on est d'autant plus près réellement des âmes et qu'on agit d'autant mieux sur elles que l'on est plus près de Dieu, de Jésus et de Marie.

Pourquoi ? Parce que Jésus est bien plus vé­ritablement vie des créatures que cette vie ex­térieure regardée par la plupart comme leur vraie vie, et avec laquelle nous mettent en rap­port les paroles, les démarches, les actions, les influences extérieures.

Et si une âme a, près de Dieu, près de Jésus, près de Marie, de tout-puissants moyens d'ac­tion, elle peut donc aider par la voie la plus sûre, bien que la moins apparente, les hommes, ses frères.
à suivre

Re: Saint Joseph intime

Publié : mar. 23 août 2016 22:08
par Laetitia
Quels étaient les moyens d'action de saint Joseph près de Jésus et de Marie ? Ils étaient et demeurent à jamais à part. Ils sont, si j'ose ainsi dire, une participation virginalement paternelle aux mystères et à la prière de Jésus ; – et une participation virginalement conjugale aux mystères et à la prière de Marie.

Son rôle, à lui seul, parlait au Père bien mieux que ne l'avait fait le rôle des plus grands serviteurs de Dieu, tels qu'Abraham, Moïse... « Sou­venez-vous, disait silencieusement à Dieu son sublime ministère paternel, que votre Verbe n'a pu, selon vos adorables volontés, s'incar­ner qu'à l'ombre de mon mariage virginal avec Marie. Souvenez-vous que si votre Fils échappe à la mort, et s'il vit parmi les hommes, c'est, selon vos volontés, par ma protection, mes tra­vaux...
« Souvenez-vous que votre Fils a voulu dépen­dre de mes soins pour grandir, pour se préparer à sa mission d'évangélisation et de salut du monde par la croix. »

Assurément, saint Joseph ne parlait pas ainsi. Son humilité ne lui permettait pas de songer qu'il pût rendre service à son Dieu et à Marie. Mais son rôle parlait, sa vie criait. Ainsi crie vers le ciel, s'il est saintement rempli, le rôle d'une mère et d'un père chrétiens, le rôle d'un supérieur, d'un prêtre, le rôle d'un évêque, d'un Souverain Pontife.

Et ce rôle regardait aussi le mystère de la Rédemption. Car la Rédemption qui se con­somme sur la croix a été commencée, ébauchée dès l'Incarnation. L'ombre de la Croix a plané sur toutes les heures de la vie de Jésus. Et saint Joseph n'a pas été un jour sans entrevoir tou­jours mieux l'immolation du divin Agneau et sans prendre une part toujours plus profonde à sa préparation, puisqu'il y participait en père toujours plus aimant et plus dévoué.

C'est de la même manière que, sans cesse, il participait au mystère de sa prière et, avec cette prière, implorait le salut d'Israël et du monde. Ses désirs ne restaient pas en deçà des désirs de Jésus. Si sincère et si profond était son amour paternel, qu'il s'identifiait, pour ainsi dire, avec l'amour de Jésus. Et cette union paternelle donnait, et donne toujours, à la vie de saint Joseph une portée sans pareille, à sa prière une puissance immense et un crédit unique. De cette prière unique, ô grand Saint, priez pour moi, pour tous ceux que j'aime, pour toute l'Église.
à suivre

Re: Saint Joseph intime

Publié : mer. 24 août 2016 8:18
par Laetitia
Celui qui participe le mieux aux mystères de Marie et qui est le plus avant dans son cœur, celui-là par là même peut communiquer aux hommes les biens les plus précieux et les plus nombreux : parce que Marie est le Réservoir qui reçoit tous les biens divins de la source de Jésus et que ce Réservoir est merveilleusement communicatif. Mais qui reçoit les communications de ce Réservoir comme saint Joseph ? Joseph en est si près sur la terre et dans le ciel ! Un titre sans pareil, le titre d'Époux vir­ginal, et uniquement aimé, parle sans cesse en sa faveur, et en faveur de ses clients, au Coeur de Marie pour en obtenir tous les vrais biens.

Il est des âmes qui s'identifient tellement avec les intérêts divins dont elles sont préoccupées, qu'elles sont transportées, pour ainsi dire, là où ces intérêts se débattent : on dirait que, par exemple, en assistant de loin à la messe du Souverain Pontife, dont les intérêts sont les intérêts immenses de l'Église, elles sont là, près de lui, s'unissant, s'identifiant à ses pensées, à ses supplications.

Par exemple encore, elles semblent transportées parmi ces ouvriers et ces enfants auxquels on arrache Dieu. On dirait qu'elles les interpellent, qu'elles les détrompent de tant de mensonges, qu'elles instruisent les pauvres enfants, tant elles sont bien là, priant près d'eux, pour eux, coeur contre coeur.

Ainsi dans des vies très retirées peut-il se passer des évangélisations bien actives et bien intenses. Et de graves historiens de la mystique nous disent même que des âmes, par une faveur divine extraordinaire, allaient évangéliser à des mil­liers de lieues des tribus sauvages, des villes païennes. Pour les vies si cachées, mais si incomparablement riches, de la Très Sainte Vierge et de saint Joseph, comment douter que, même de Nazareth, il y eût suréminem­ment des influences extrêmement puissantes pour le bien des âmes dans le monde entier : tant ils étaient intimement identifiés à Jésus, et, en Jésus, identifiés et présents aux intérêts de tous les hommes.
à suivre

Re: Saint Joseph intime

Publié : ven. 26 août 2016 16:24
par Laetitia
II - INTIMITE DE L'AMITIE ENTRE SAINT JOSEPH ET NOUS

En amitié, que voulons-nous ? Nous voudrions d'abord une bonté qui pût ravir notre coeur par des charmes et des bienfaits toujours nouveaux. Mais nous trouvons sur la terre tant de lacunes qui déconcertent ces désirs ! Saint Joseph ! Voilà l'Ami parfaitement bon. En lui j'admire une bonté digne de la bonté de Jésus et de Marie, une bonté qui imite leur bonté comme pas une bonté sur la terre et dans le ciel, une bonté bienveillante et bienfaisante au-delà de tous nos soupçons, une bonté indulgente en dépit de toutes nos misères si nous sommes humbles et contrits une bonté tendre, délicate,dévouée sans mesure, une bonté accompagnée d'une beauté ravissante pour nous charmer, d'une noblesse suprême pour nous honorer, une bonté riche de tous les biens du ciel qui sont à sa disposition et comme à sa merci, désireuse, de désirs sans pareils, de nous communiquer ces biens..., attentive à tous nos dangers, nous aimant d'un amour paternel comme un autre Jésus, voyant en nous les enfants des douleurs de son Épouse bien-aimée, Marie.

En amitié, nous tenons essentiellement à ce qu'on nous réponde. Et si notre amitié est par­faite, nous n'aimerons pas, sans doute, pour être aimés. Le retour d'amour ne sera point le motif de notre amitié. Mais il en sera la condition si nécessaire, que sans ce retour vous pourrez bien avoir l'amour très ardent, la bienveillance très sincère, la bienfaisance très généreuse, vous n'aurez jamais l'ombre de l'amitié. L'amitié est nécessairement un amour réciproque (Cf. nos Litanies du Cœur de Jésus, passim).

Et c'est un des aspects les plus beaux du Chris­tianisme que, entre Dieu et les créatures, des âmes aux âmes, des anges aux anges, des anges aux hommes, il n'y a pas, si les vues de Dieu sont réalisées, seulement bienveillance, bienfai­sance, souvent sans réplique, amour unilatéral, mais amitié véritable, amour réciproque.

Établir, non pas par des amours divins isolés, mais par des amours divins qui se rencontrent, une amitié mutuelle des créatures à Dieu et entre les créatures, et dont la Sainte Famille sera le centre : voilà le but du Christianisme. Rien de plus sublime, si ce n'est l'amitié éter­nelle des Personnes divines dans l'unité parfaite de la Divinité ?
à suivre

Re: Saint Joseph intime

Publié : ven. 26 août 2016 22:12
par Laetitia
Or, d'aucun saint, d'aucun ange, je ne puis attendre un retour d'amour aussi magnifique que de saint Joseph.

Communiant à fond, par une gloire incompa­rable, à l'amour prévenant de Marie notre Mère, de Jésus notre Rédempteur, de Dieu notre Père, mieux que personne il nous aime avant même que nous l'aimions.

Mais dès que dans une âme l'amour pour lui s'éveille, aussitôt il répond à son amour par l'amour le plus paternellement intime et dé­voué ; il reconnaît en elle la soeur de Jésus, née à la grâce de son Épouse bien-aimée, et son coeur ne peut ne pas la chérir avec la plus géné­reuse tendresse : aussi bien, pour aimer d'amitié un Dieu et la Mère de Dieu, a-t-il mieux parti­cipé que le reste des créatures à ce caractère par lequel Dieu est la charité, c'est-à-dire l'amour mutuel, l'amour qui répond à l'amour : au sein de la Divinité, entre les divines Personnes, dans la Sainte Famille, dans l'Église..., envers toute âme qui veut aimer divinement.

Ainsi a-t-il, pour nous aimer d'amitié, des ressources d'amour que n'ont pas les Séra­phins. Et ces ressources se déploient sur nous, promptes, dévouées, toutes-puissantes, pour entendre nos prières, écouter nos louanges, pré­voir et conjurer nos dangers, guérir nos plaies, veiller à nos intérêts, nous combler de tous les biens, assurer et préparer notre avenir.

Et comme il nous faut aimer, louer, prier un pareil Ami, nous consacrer à lui ! Nous le dirons tout à l'heure en parlant de son patronage. Remarquons seulement ici qu'il n'y a point de saint avec qui l'amitié soit si facile, si douce, si sûre, si purifiante, si féconde, si riche en béné­dictions, si encourageante aux vertus, si bien faite pour nous initier de mieux en mieux à l'amitié de Marie, de Jésus, de la Divinité.

L'Église n'a pas approuvé le culte du Coeur (1) de saint Joseph, — et cette approbation est né­cessaire pour que l'on honore le Coeur de saint Joseph dans des prières publiques. — Mais le culte privé n'en a pas été blâmé par elle, et les âmes qui ont cet attrait, en respectant profondément les décisions de l'Église, quelles qu'elles doivent être dans l'avenir, peuvent, en honorant le Coeur de Jésus et le Coeur de Marie, leur unir dans leurs hommages intimes le Coeur si noble, si pur, de celui que de graves auteurs ont nommé la troisième personne dans « la Trinité créée ».
Et ce que toutes les âmes peuvent très légi­timement considérer, louer, honorer, exalter, implorer, c'est son amour ; amour le plus vrai, le plus profond, le plus saint, le plus purifiant, le plus libéral, le plus miséricordieux, qu'il y ait au monde après l'amour de Marie.

Et cet amour délicat, dévoué, généreux à merveille, m'est, pour peu que je le veuille, acquis de la manière la plus particulière, la plus sure, la plus définitive !

(1) « L'Évêque de Nantes, lisons-nous dans les Analecta, janvier-février 188o, demande à la Congrégation s'il peut tolérer qu'en chante dans les fonctions ecclésiastiques l'in­vocation : Cor Sancti Joseph purissimum, ora pro nobis. La Congrégation, par une lettre du 14 juin 1873, répond : Monendam esse per epistolam amplitudinem tuam cultum Cordis S. Joseph non esse ab Apostolica sede approbatu. La Congrégation se place au point de vue liturgique, non au point de vue dogmatique. Une dévotion ne peut être pratiquée publiquement que si elle a été approuvée. Mais la doctrine n'est pas condamnée parce que la dévotion n'est pas encore approuvée... Rome, d'ordinaire, ne devance pas, et se contente de sanctionner ce qui est acquis. La piété individuelle et privée ordinairement ouvre la voie. Du reste, cette dévotion privée n'est déjà plus nouvelle.

« Lorsque la grande Compagnie de Jésus, dit le P. Faber, Le Saint-Sacrement, t. I p. 198, eut cherché un refuge dans le Sacré-Coeur, ses membres dispersés sous le nom de Pères du Sacré-Cœur... demandèrent à saint Joseph leur repos et leur consolation, et ils jetèrent les semences d'une nouvelle dévotion au coeur de saint Joseph, qui promet de produire un jour des fleurs et des fruits. » (Cf. Analecta ordinis Minorum Capuccinorum, t. II, p 11.)
à suivre

Re: Saint Joseph intime

Publié : sam. 27 août 2016 21:54
par Laetitia
VINGT-SIXIÈME ÉLÉVATION

Les divines Intimités de saint Joseph (Douleurs et Allégresses) (1).

La vie extérieure de saint Joseph ne présente rien de remarquable pour un esprit superficiel. Mais si vous êtes plus attentif, vous vous direz que d'être mêlé si intimement au mystère de l'Incarnation, d'assister à la naissance du Fils de Dieu, à l'Épiphanie, à la Présentation, de porter un Dieu enfant en exil, de vivre près de lui sans cesse pendant trente ans..., ce sont là des faits en soi bien plus graves et plus remar­quables que d'arrêter le soleil, d'introduire le peuple de Dieu dans la Terre Promise... de gouverner le monde comme Auguste...

Cependant la beauté principale de la vie de saint Joseph est dans ses intimités. Rien au monde d'aussi précieux et d'aussi saint que sa vie d'âme si parfaitement identifiée à la vie souverainement précieuse de Jésus et de Marie.

Nous avons contemplé les intimités de son amour, nous voudrions réfléchir aux intimités de ses joies et de ses douleurs qui jaillissent de son amour.

On a parfois résumé la vie humaine en deux mots : la douleur et la joie : il y a quelque chose de plus profond : c'est l'amour et la haine. Les joies ou les douleurs de saint Joseph ont, toutes, leur source principale dans son amour. Il va nous apprendre à sanctifier ces deux grands éléments de la vie : sa vie intime va nous apparaître comme une alternative et souvent comme une simultanéité de douleurs les plus profondes et de joies les plus vives.


(1) Comme nous devons méditer ces mystères dans le prochain volume, nous nous contenterons ici d'un résumé très succinct; encore est-ce surtout pour montrer le principe spécial des joies et des douleurs de saint Joseph.
à suivre.

Re: Saint Joseph intime

Publié : dim. 28 août 2016 16:01
par Laetitia
I - PREMIÈRE DOULEUR ET PREMIÈRE ALLÉGRESSE DE SAINT JOSEPH (Gerson : Josephina, Sum. Nn. 89-92)

L'âme réfléchie fera bien d'être attentive aux préludes de ses allégresses et de ses douleurs principales. C'est dans toute son enfance et toute sa jeunesse qu'il faut les chercher.
De bonne heure son âme très délicate et très profonde, digne à l'avance de l'Ame de Jésus et de l'Ame de Marie, est pénétrée de joie et de douleur.

Etre sans la moindre réserve à ce grand Dieu dont la miséricorde remplit la terre, dont la bonté est infinie, lui appartenir uniquement : quelle joie Malgré son humilité profonde, il sent, il voit si clairement qu'il ne peut être à Dieu plus sincèrement, plus généreusement, et que Dieu de son côté est si bien à lui !

Et, en même temps, voir sans cesse Dieu infi­niment aimable, bien peu aimé, tant offensé ! Et le Messie tarde à venir pour réparer son honneur, pour sauver son peuple et toute l'hu­manité que son âme très pure et très sainte entrevoit si coupable, si aveugle, si sourde, si dévorée par la lèpre et toutes les maladies du péché.

Parmi ces pensées, s'il est un homme qui s'oublie, qui s'ignore, qui ne compte pas à ses propres yeux, perdu qu'il est en Dieu et dans ses intérêts immenses, c'est saint Joseph. Ja­mais il n'y eut — qu'on me passe ce mot — de saint vivant si parfaitement à l'état direct dans l'union à Dieu, dans la prière, dans toute la vie. Il ne saurait lui venir à la pensée que Dieu l'appelle à la plus sublime destinée. Tout au plus comme saint Siméon, a-t-il peut-être l'ardent espoir, de divines assurances de voir de ses yeux le Messie. Ah ! ce jour-là, quelle joie remplirait son cœur ! Il lui suffit de voir une heure le Mes­sie, et il n'aura qu'à demander à Dieu de quitter ce monde, car tous ses désirs seront accomplis. Voir en même temps la Vierge, mille fois bénie, qui doit lui donner le jour, la voir une fois mettrait le comble à son bonheur !


à suivre

Re: Saint Joseph intime

Publié : lun. 29 août 2016 10:11
par Laetitia
Et voici que le choix divin vient le prendre dans sa profonde humilité et il l'unit, par le plus saint mariage, à cette Vierge dont il ne soupçonne pas encore la divine maternité, mais dont la pureté, la beauté, la modestie angéli­ques, la sainteté, le confondent, et qui va l'aimer comme jamais épouse n'aimera son époux.

Mais une angoisse aussi profonde que sa joie vient bientôt le désoler (Cf. Jansen : Sum. Theol., t. II, p. 342 ). Le mystère de l'Incar­nation s'est accompli, l'état de Marie aux yeux de saint Joseph est évident, et ses vertus angé­liques ne le sont pas moins. De là des tortures ineffables.

D'après des docteurs profonds, ses angoisses étaient les angoisses de l'humilité. Marie serait-elle la Vierge annoncée par Isaïe qui doit don­ner au monde l'Emmanuel ?... et il serait près d'elle, et il serait mêlé à de si saints et de si sublimes mystères ! Non, ce n'est pas possible! Il restera dans l'obscurité, la pauvreté, qui con­viennent à son néant. Que la Vierge choisie par Dieu entre toutes les vierges suive sa voie mira­culeuse. Les anges sont seuls dignes de l'accompagner. Il n'avertira pas les prêtres de l'état de Marie. Il n'a qu'à s'abîmer dans son néant, dans son indignité. Telle est la conception d'Origène… , de saint Bernard, de Gerson (1)...

Il faut croire à tout le moins, nous semble-t-il, que les cruelles angoisses de saint Joseph furent toujours souverainement respectueuses de Marie, de ses vertus angéliques.

Il y a dans son état — selon la conception d'autres docteurs — un mystère qu'il ne cherche pas à pénétrer. Il se donne seulement à Dieu plus profondément que jamais. Et que veut Dieu ? Sans doute qu'il s'éloigne secrètement. Mais quelles angoisses encore à cette pensée ? Son coeur est torturé par les incertitudes sur l'ave­nir de cette Épouse bien-aimée qu'il va quitter...

N'oublions pas que cela se passe dans une sphère supérieure à la nôtre. Saint Joseph dans les vues divines est l'Époux de la Mère de Dieu. Il n'existe, il n'a été sanctifié, n'a vécu — selon les vues de Dieu, — que pour être l'Époux de la Mère de Dieu. C'est pour cela que son coeur a été formé, s'est développé. C'est dans cette sphère que, sans qu'il les analyse, se meut son amour et se passent ses douleurs. Pourquoi, dès lors, m'étonner si des docteurs ont pensé que cette angoisse a été plus cruelle que le mar­tyre ?

Et c'est dans le même ordre supérieur que se meuvent ses joies. Il jouit, comme il souffre, à des hauteurs qui tout à l'heure s'appelleront l'ordre hypostatique, la Sainte Famille.

Voici que l'ange vient de la part de Dieu lui confirmer le mystère dont son humilité s'est épouvantée, ou le lui révéler, s'il ne l'a pas soupçonné : « Tout est l'ouvrage du Saint-Esprit. Par cette fécondité miraculeuse et toute virginale de votre Épouse, le Fils de Dieu sera votre fils, et vous serez si parfaitement son père que c'est vous qui lui donnerez son nom. Ce nom sera le nom de Jésus : car il doit sauver son peuple, sauver le monde. »

Maintenant que son humilité et sa délicatesse extrêmes sont rassurées par Dieu lui-même, quelle ineffable joie envahit son âme, quel bonheur pour lui d'être autorisé par Dieu à ne pas s'éloigner de son Épouse tant admirée et tant aimée !

Et envers elle son amour si profond redouble de respect et de tendresse.

Et comme Marie, témoin, peut-être silencieux, des angoisses inexprimables de saint Joseph, le chérit plus encore, et lui témoigne davantage sa vénération, sa confiance, son angélique amour !


(1) Dans son poème, très édifiant et très suggestif, sur saint Joseph, auquel nous renvoyons souvent, Gerson nous montre Marie faisant à saint Joseph, qu'elle voit angoissé, la confidence de la visite qu'elle a reçue de l'ange et du mystère qui s'est accompli en elle. Et il nous montre saint Joseph éprouvant un sentiment analogue à celui de saint Pierre quand il dit à Notre-Seigneur : « Éloignez-vous de moi, car je suis un pécheur. » C'est alors, d'après le même docteur, qu'un ange vient, en confirmant les confidences de Marie, le rassurer contre la pensée de son indignité et lui dit, au nom de Dieu, de ne pas se séparer de Marie : cf. loc. cit., n. 89.
Du reste, celui qui voudrait se rendre compte de la variété extrême des pensées que les Pères ont pu concevoir sur cette angoisse de saint Joseph pourrait lire dans le même ouvrage du P. Vivès le Sermon de saint Proclus, nn. 1733 et suiv., et le Dialogue de Marie et de Joseph, de saint Germain de Constantinople, nn. 1746 et s.
à suivre

Re: Saint Joseph intime

Publié : lun. 29 août 2016 21:47
par Laetitia
II - DEUXIÈME DOULEUR ET DEUXIÈME ALLÉGRESSE

Il jouissait de son bonheur. Il attendait, avec des désirs semblables aux désirs de Marie, l'Enfant, que l'ange l'a chargé de nommer Jésus. Que de fois à l'avance il lui donne ce nom dans son cœur ! Comme il en devait goûter le charme, et les beautés, en appeler les prodigieuses efficacités ! Et de Jésus, reposant au sein de Marie, rayonnent, par elle, en son âme, les joies les plus vives avec les grâces les plus abondantes. Il adore, il prie et il aime toujours davantage, avec un bonheur indicible.

Mais voici qu'à la veille du grand jour où doit naître Jésus. Auguste a donné l'ordre de dé­nombrer les sujets de l'Empire romain.

Il faut partir avec Marie, qui attend dans quelques jours la naissance du divin Enfant, il lui faut la voir faire un long voyage dans cet état. Abandonné à Dieu, il l'est aussi parfaitement que possible. Mais combien douloureuse­ment sont contrariées et blessées la délicatesse et la tendresse de son amour !

Et ces deux descendants de David arrivent dans la cité de ce grand roi. Et pour la fille des rois, point de maison qui s'ouvre à Bethléem, pas même de place dans le caravansérail ; Joseph trouve une étable et une crèche, et c'est là, dans le dénuement le plus absolu, que son Épouse va mettre au monde le Roi du ciel.

Qui concevra les froissements cruels de votre amour, ô Joseph, pour le Dieu qui va naître et pour celle qui va lui donner le jour !
à suivre