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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : ven. 24 mars 2023 8:11
par chartreux
SWS, Livre V, II, C1, §173, traduit par le chartreux a écrit :
Léon Ier trouve la preuve effective de la persistance des deux formes divine et humaine quant à leurs propriétés, en ce qu'on attribue au seul Christ deux sortes de prédicats essentiellement différents. C'est ainsi, par exemple, qu'une transformation de la substance de la chair en la divinité enlèverait toute espèce de base aux prédicats humains dont le symbole des Apôtres et ferait de Jésus-Christ même et de son œuvre de salut un pur fantôme. Léon Ier explique en même temps que les deux « formes » sont, dans le sens formel du mot, deux « natures », c'est-à-dire deux principes, qui déterminent un mode particulier d'agir ou de souffrir. L'unité de la personne emporte simplement que l'activité d'une nature ne s'exerce pas en dehors de l'autre nature, mais en union avec elle et avec sa participation.

La doctrine exposée ci-dessus fut sauvegardée et précisée contre les monophysites par le concile de Chalcédoine ; avec Léon Ier, ce concile déclara que le Christ, tout en étant en deux natures « indivises » et « inséparables », que l'unité indivisible et inséparable de la personne ne supprime point par changement ou confusion, la différence et les propriétés des deux natures. La logique impose d'éliminer toute espèce de changement dans les propriétés ou dans les fonctions propres aux deux natures : pour la divinité, d'une manière absolue, pour l'humanité, en tant qu'il impliquerait un changement dans l'essence.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : sam. 25 mars 2023 9:28
par chartreux
SWS, Livre V, II, C1, §173, traduit par le chartreux a écrit :
Dans le sens large comme dans le sens le plus restreint, on pouvait prouver l'absence de changement et de confusion, non seulement d'une manière positive par la persistance des natures, mais en montrant qu'une telle confusion serait une absurdité de premier ordre. La substance divine en effet est essentiellement, absolument et à tous égards, immuable et inconfusible (cf. livre II, §66 plus haut). La substance humaine, quoiqu'absolument destructible en elle-même, n'est pourtant pas changeante ou sujette au mélange au point de pouvoir perdre, par sa réunion avec un autre être, la forme de son être (corps informé par une âme spirituelle) et ses propriétés essentielles.

Encore une fois, comment Dieu aurait-il pu détruire ou diminuer la nature qu'Il était venu racheter ? Quant à la suppression des défauts principalement inhérents à la nature de l'homme, comme le but de l'incarnation était de guérir la nature humaine, elle ne pouvait pas être réalisée par le changement de cette nature, mais seulement par sa transfiguration. Il fallait même qu'une partie de ces défauts continuât de subsister, afin que la rédemption pût avoir lieu de la manière que Dieu avait en vue.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : lun. 27 mars 2023 8:09
par chartreux
SWS, Livre V, II, C1, §173, traduit par le chartreux a écrit :
Enfin, la possibilité, malgré cette pénétration intime des deux natures, que la plus haute conserve sa force et que le plus faible reste dans sa faiblesse, s'explique par la souveraine puissance de Dieu et par la liberté absolue qu'il a de laisser cette puissance agir au-dehors, en un mot par la spiritualité éminemment pure de la divinité. Grâce à la puissance absolue, la divinité ne peut contracter aucune liaison dans laquelle elle se nuirait à elle-même ; et grâce à la liberté absolue qu'elle possède de faire usage de cette puissance, la divinité n'influe point par une nécessité physique comme l'âme influe sur les propriétés de la vie animale du corps : elle obéit à la volonté de Dieu et à ses desseins pleins de sagesse (cf. Léon Ier, Epist. cxxv ad Julian. Coensem).

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : mar. 28 mars 2023 8:10
par chartreux
SWS, Livre V, II, C1, §173, traduit par le chartreux a écrit :
IV. De même que saint Cyrille, en face de l'union morale des nestoriens, relevait l'analogie de l'unité substantielle de l'homme, dans laquelle deux substances essentiellement différentes perdent leur différence substantielle et forment une substance unique ; ainsi les Pères, et saint Athanase lui-même dans son Symbole, ont employé cette analogie contre le monophysitisme. Cette comparaison était décisive contre la forme primitivement matérialiste du monophysitisme, et contribua certainement pour une bonne part à la faire abandonner par plusieurs partisans de l'Hénotique. Mais en même temps, il leur fournissait un moyen de remplacer une des formes du monophysitisme par une autre forme moins captieuse, en leur faisant dire que l'analogie généralement admise par les orthodoxes, la réunion substantielle, produisait l'unité de nature. Les catholiques se virent donc de nouveau contraints de mieux expliquer le sens de cette analogie et avec elle la notion d'unité de nature.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : mer. 29 mars 2023 8:28
par chartreux
SWS, Livre V, II, C1, §173, traduit par le chartreux a écrit :
Les catholiques admettaient presque généralement que dans l'homme aussi, à parler rigoureusement, il y a deux natures, et non pas seulement une seule, par conséquent qu'on ne saurait déduire de là aucune raison pour nier la présence de deux natures en Dieu. Mais si on dit qu'il y a dans l'homme une seule nature composée de deux natures, il ne s'ensuit point qu'on puisse aussi attribuer à Jésus-Christ une nature composée de divinité et d'humanité, ni à plus forte raison qu'on puisse appeler la divinité et l'humanité une seule nature. Dans ce dernier cas, en effet, on ne rencontre pas les mêmes motifs et les mêmes conditions qui permettent dans le premier de parler d'une nature.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : jeu. 30 mars 2023 8:45
par chartreux
SWS, Livre V, II, C1, §173, traduit par le chartreux a écrit :
Le Christ est le Verbe, par conséquent l'esprit incréé, pourvu d'une chair animée par une âme raisonnable ; l'homme, au contraire, est un esprit créé revêtu d'une chair animée par lui-même. De part et d'autre, l'expression « esprit avec une chair » montre que l'unité substantielle est en même temps unité personnelle. Mais tandis que dans l'homme, l'animation de la chair par l'esprit rappelle l'unité de nature impliquée dans l'unité personnelle, cette unité est exclue du Christ, car ce n'est pas le Verbe qui anime son corps, mais l'âme créée adoptée par lui.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : ven. 31 mars 2023 7:53
par chartreux
SWS, Livre V, II, C1, §173, traduit par le chartreux a écrit :

Les Pères réfutaient directement et péremptoirement la conclusion des monophysites, et voici comment ils raisonnaient d'ordinaire : la divinité et l'humanité sont deux natures ou deux formes parfaites. Or, dans l'homme, la partie inférieure du tout ne peut pas être appelée nature dans le même sans qu'en Jésus-Christ.

Dans l'homme, le corps, par opposition à l'âme, n'est pas, comme celle-ci, une nature vivante par elle-même ; c'est une masse inerte que l'âme seule peut transformer en nature vivante. Dans l'homme même, nous remarquons à ce point de vue, au lieu d'une nature unique et vivante, une nature « virtuellement double, » car la vie tout entière de l'esprit ne disparait pas dans l'animation de la chair ; la vie spirituelle conserve ses propriétés à côté et au-dessus de la vie animale (cf. Rom. 8).

En Jésus-Christ, au contraire, cette nature virtuellement double doit avoir pour correspondant une nature véritablement double, parce que l'esprit divin n'est pas le principe vital de la chair ; ce principe, c'est l'âme créée. Pour pouvoir concevoir, ici encore, une unité de nature, il faudrait qu'un esprit pût se réunir à un autre esprit en une seule nature, comme l'esprit et le corps ; or, il y aurait là contradiction manifeste ; cela ne pourrait avoir lieu que si l'un des esprits s'était ravalé à l'état de matière corporelle et inerte.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : sam. 01 avr. 2023 8:00
par chartreux
SWS, Livre V, II, C1, §173, traduit par le chartreux a écrit :
Ainsi, l'unité purement personnelle en Jésus-Christ, par opposition à l'unité personnelle dans l'homme, jointe à l'unité de nature, repose sur une double différence entre les éléments réciproques ; l'une regarde la substance inférieure, l'autre la substance supérieure. La substance inférieure est incomplète dans l'homme, complète dans le Christ. Dans l'homme, la substance supérieure, celle qui forme la personne, n'est pas absolument indépendante, car elle dépend du corps dont elle est le principe vital ; en Jésus-Christ, elle jouit d'une indépendance absolue, et ne peut devenir dépendante sous aucun rapport ; elle a même le pouvoir de s'approprier non seulement une substance corporelle, mais une substance spirituelle.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : lun. 03 avr. 2023 9:55
par chartreux
SWS, Livre V, II, C1, §173, traduit par le chartreux a écrit :
V. On sait que les monophysites ont prise pour prétexte et pour devise de leur hérésie cette formule de saint Cyrille : "Une seule nature incarnée du Verbe" (μία φύσις σεσαρκωμένη). Mais l'Epist. ad Acadacium Melit. de S. Cyrille lui-même montre bien qu'il entend "nature" dans le sens d'"hypostase". Au concile de Chalcédoine, Eustathe de Béryte remarque fort justement qu'il fallait affirmer contre Nestorius une seule nature, et contre Eutychès, deux natures (In act., I, dans Hard. II, p. 127). Voici comment on peut expliquer les manières diverses dont on a formulé ce dogme pour combattre deux hérésies adverses.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption

Publié : mar. 04 avr. 2023 10:05
par chartreux
SWS, Livre V, II, C1, §173, traduit par le chartreux a écrit :
Contre Nestorius, il fallait établir que dans la constitution de Jésus-Christ la substance inférieure, en vertu de cette union, passe à la supérieure comme à son possesseur, et dans la supérieure comme dans son support, de sorte que Dieu étant revêtu de l'humanité, est véritablement homme. Il n'était nullement nécessaire de distinguer ici, dans la substance divine, l'hypostase ou la personne de son essence ou de sa nature divine. Les noms d'hypostase et de nature pouvaient également être employés dans le sens concret, pour désigner la substance divine existant d'une manière indépendante dans le Verbe.