Saint Hilaire a écrit : « 6. Car ils veulent que ce Christ qui est leur n'ait pas la même essence divine que celle du Père, mais soit puissant et supérieur à toutes les autres créatures de la création, et subsiste à partir du néant certes avant tous les siècles et soit Dieu avant tout temps en tant que né à partir de Dieu, mais ne soit point de la substance de Dieu, ni qu'il y ait en lui une nativité divine, cette majesté qui est à entendre de la vérité de ce qu'est Dieu, ni que celui qui est le Fils soit aussi vrai Dieu que celui qui est le Père est vrai Dieu : en sorte que ce qui est déclaré dans l'Evangile (Jn. 10,30) que le Père et le Fils sont un, ne vale que pour l'union de la volonté et de la charité, mais non en vérité de la divinité.
Mais si la nature de ce qu'est Dieu n'était pas la même dans le Fils, en sorte que Dieu soit un dans la confession de la foi, pourquoi le confessent-ils Dieu le Fils, pourquoi avant les siècles et le temps, à moins que ce ne soit parce que le nom de Dieu est destiné par indulgence depuis l'éternité à tout saint ?
Ou bien, est-ce que tous les régénérés ne sont point vraiment des fils de Dieu, ou tous les Anges, certes créés par le Christ, n'ont-ils point été créés avant les siècles et le temps ?
En vérité, pour introduire l'Antéchrist avec une moindre impopularité et l'accréditer auprès des misérables, ils attribuent au Christ le nom de Dieu, puisque ce nom est aussi accordé à des hommes ;
ils le déclarent vraiment fils de Dieu, puisque par le Sacrement du Baptême chacun est rendu vraiment fils de Dieu ;
ils le confessent avant les siècles et le temps, ce que l'on ne doit point nier des Anges et du diable.
De la sorte, ils ne confèrent au Christ-Seigneur que des attributs propres soit au Anges, soit aux nôtres.
Par ailleurs, ce qui convient vraiment et proprement au Christ-Dieu, le Christ vrai Dieu, à savoir que le Fils a la même divinité que le Père, ils le dénient..
Et cette fraude de l'impiété dure encore jusqu'à maintenant, de telle sorte pourtant que, pour le moment, le peuple du Christ déjà soumis aux prêtres de l'Antéchrist ne soit pas encore mort, parce qu'il croit que ceux-ci ont la foi en correspondance avec les termes qu'ils emploient.
Il les entend appeler le Christ Dieu, et il le croit tel. Il les entend l'appeler Fils de Dieu, et il croit qu'en la nativité de Dieu il y a la vérité de Dieu. Il entend dire avant le temps, et il pense tous que ce qui précède tout temps est ce qui est toujours.
C'est que les oreilles du peuple sont plus saintes que les coeurs des prêtres.
Si les ariens prêchent le Christ vrai Dieu, ils le confessent Dieu sans fraude ; mais s'ils disent Dieu, et nient vrai,
ils Lui en attribuent le nom et Lui en enlèvent la vérité.»
(Saint Hilaire, Contra Auxentium)
L'habile ambiguïté des hérésiarques dénoncée par les Papes
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Saint Hilaire a écrit : « 7. Ainsi donc, bien que tous les livres et les écrits des églises soient déjà remplis de leurs impies blasphèmes, il ne faut pourtant pas taire ce qui est arrivé récemment.
Quand l'Auguste Roi a troublé par un grave édit l'église de Milan, qui confesse le Christ vrai Dieu et d'une unique substance et divinité avec le Père, par volonté et sous l'apparence de l'unité,
je suis alors intervenu aussi par une importune interpellation, en déclarant que l'on devait tenir Auxence [intrus à Milan] pour un blasphémateur et pour tout dire pour un ennemi du Christ.
A ceci, j'ai ajouté qu'il croyait autrement que l'Empereur lui-même, ou que ce que tous les autres pensent.
Emu de cela, l'Empereur [Constance] a prescrit que nous [Saint Hilaire et Saint Eusèbe de Verceil] soyons entendus par un Questeur et un Magistrat, environ 10 Evêques siégeant avec nous.
D'abord, comme cela se fait au tribunal, il [Auxence] a dit des calomnies sur nos personnes, et déclaré que, condamné autrefois par Saturninus, il n'importait pas de m'écouter en tant qu'Evêque.
Ce n'est pas le moment de raconter ici quelle réponse a été faite à cela, mais ceux qui écoutaient alors décidèrent que, pour complaire à l'Empereur, il fallait plutôt traiter de ce qui avait été agité au sujet de la foi.
Comme il s'est alors trouvé dans la situation critique du péril de la négation, Auxence a professé croire le Christ vrai Dieu, et d'une unique substance et divinité avec Dieu le Père.
Il a paru suffisant que cela soit mis par écrit, et afin que ces dires ne sortent point des mémoires des auditeurs, j'ai offert aussitôt cet écrit, contenant ce dont il avait convenu, à l'Empereur par l'intermédiaire du Questeur, et afin de ne pouvoir être accusé de mentir, j'ai gardé un même exemplaire.
Tous reconnaissent qu'Auxence a professé cela plusieurs fois : ce à quoi, comme il l'écrit lui-même, il a été obligé.
Puis, réfléchissant longtemps à la manière de changer le sens des mots, il trompa très ingénieusement la foi de l'Empereur :
il a composé un écrit dans le style d'un antéchrist.»
(Saint Hilaire, Contra Auxentium)
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