Re: Martyrs du Japon (Saint Alphonse)
Publié : jeu. 17 mars 2016 20:55
Saint Alphonse-Marie de Liguori a écrit :
II. PERSÉCUTION EXERCÉE PAR L'EMPEREUR TAICOSAMA. BEAU ZÈLE DES CHRÉTIENS.
VINGT-SIX MARTYRS CRUCIFIÉS A NANGASAKI.
Nous aurions à rapporter des particularités intéressantes sur chacun de ces glorieux soldats de Jésus-Christ, s'il ne fallait se borner ; toutefois, nous ne pouvons passer sous silence ce qui concerne les trois plus jeunes d'entre eux, Thomas, âgé d'environ quatorze ans, Antoine, de treize ans, et Louis, de onze.
Ils servaient à l'autel chez les pères Franciscains, et pouvaient se retirer, quand on arrêta la liste des condamnés ; mais ils ne désiraient rien tant que d'obtenir la palme du martyre.
Ils étaient ensemble sur la même charrette, lorsque, le bout de l'oreille coupé, on les promena dans les rues de Méaco ; là, les mains liées derrière le dos, ces trois jeunes confesseurs se mirent à chanter, d'un air radieux et d'une voix pénétrante, le Pater noster et l'Ave Maria. Ce spectacle attendrit tous les coeurs.
Thomas était fils de Michel Cozaki, un des vingt-six martyrs. Son père lui avait écrit qu'étant résolu de mourir pour Jésus-Christ, il le laissait héritier de tous ses biens ; mais le saint jeune homme vint aussitôt le trouver et lui représenta qu'il n'était pas juste de l'établir héritier de biens terrestres, en l'excluant de ceux qu'il allait posséder dans le ciel, et il déclara qu'il était déterminé à mourir avec lui. Thomas eut ainsi le bonheur de monter au ciel avec son père, le front ceint de la même couronne.
Antoine, né à Nangasaki, y retrouva son père et sa mère qui vinrent lui livrer un terrible assaut ; quoique chrétiens, dès qu'ils virent leur aimable enfant sur le point d'être crucifié, ils se laissèrent vaincre par leur tendresse naturelle, et se mirent à le conjurer avec larmes de se dissimuler pour quelque temps. « Vous voulez donc, leur répondit le jeune héros, que, pour conserver cette vie d'un moment, je perde la vie éternelle ? Ah! cessez de me tenter par vos discours et vos plaintes ; je suis résolu de mourir pour Jésus-Christ.»
Cela dit, il quitta ses parents, repoussa avec la même fermeté les offres d'un magistrat que cette scène avait ému, et se livra aux exécuteurs. Lorsqu'il fut élevé en croix, se trouvant à côté du père Pierre-Baptiste, après le chant du Benedictus, il le pria d'entonner le psaume Laudate pueri Dominum ; mais le saint religieux, absorbé dans une extase, ne répondant point, il l'entonna lui-même, et continua jusqu'au Gloria Patri, qu'il alla chanter éternellement en paradis, ayant eu en ce moment le cœur percé du coup de lance.
Le petit Louis, baptisé seulement depuis quelques jours, ne montra pas moins de courage. On avait d'abord refusé de le porter sur la liste ; mais il fit tant, par, ses pleurs et ses prières, qu'il obtint d'être inscrit. Dans les rues Méaco, son visage rayonnant de joie attirait tous les regards, et touchait profondément les spectateurs. Le sous-gouverneur de Nangasaki, chargé de présider à l'exécution, voulait le délivrer, pourvu qu'il renonçât à la religion chrétienne. « A cette condition, lui répondit Louis, je ne désire point de vivre ; car, pour cette courte et misérable vie, je perdrais une vie heureuse et éternelle.» On ajoute que, dès qu'il aperçut sa croix, il courut l'embrasser, comme ayant trouvé l'objet qui lui était le plus cher. Il mourut en souriant avec un air angélique, à côté d'Antoine.
On verra encore plus loin d'autres victoires admirables remportées par des enfants.