§ 5.
Examen du texte de S. Matthieu ch. 11, versets 13, 14,15.
« Jusqu’à Jean tous les prophètes aussi bien que la loi ont prophétisé, et si vous voulez le recevoir, il est lui-même Elie qui doit venir. Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre. »
« Si vous voulez le recevoir. »
Le grec et le latin disent seulement, « si vous voulez recevoir. » Comme on ne voit pas d’abord ce que J.-C. présente ici à recevoir, chacun le supplée comme il le juge à propos. Les uns traduisent, et si vous voulez le recevoir, c’est-à-dire Jean-Baptiste. D’autres préfèrent : « Et si vous voulez comprendre ce que je vous dis. » Le mot grec signifie également recevoir et comprendre. Ainsi la lettre toute seule ne peut nous apprendre quelle est la meilleure de ces deux versions. Mais la suite du discours va nous aider. Car d’abord elle nous prouve que J.-C. n’a point dit : « Et si vous voulez comprendre ce que je vous dis. » On ne doit pas penser que J.-C. dise deux fois la même chose, si cela n’est pas nécessaire. Mais il dit plus bas : « Qui a des oreilles entende, » et c’est ainsi qu’il a coutume de rendre le monde attentif. Il ne doit donc point dire plus haut : « si vous voulez comprendre, » puisqu’il ne le dirait que pour rendre le monde attentif. D’ailleurs on voit assez que ces paroles, et si vous voulez comprendre, se disent d’un ton plus doux que ces dernières : Qui a des oreilles, entende. Or, à quel propos deux tons différents pour dire la même chose ?
Traduirions-nous maintenant; et si vous voulez le recevoir, c’est-à-dire Jean-Baptiste ? Mais convient-il de représenter le Sauveur comme proposant aux Juifs de recevoir Jean-Baptiste s’il le voulaient bien? Peut-on les en dispenser, s’ils ne voulaient pas ? Et si la nécessité de recevoir Jean-Baptiste est absolue, est-ce traduire selon la vérité que d’adoucir les termes?
Voilà deux traductions rejetées.
En voici une troisième :
« Et si vous voulez recevoir Jean-Baptiste sur le pied d’Elie, il est Elie qui doit venir. » Je joins, si vous voulez, avec ce qui suit, Jean est Elie, etc; et c’est comme si J.-C. disait:
« Prenez que Jean est Elie. » Il me semble qu’il n’y a point d’autre manière de satisfaire au ton d’adoucissement qui est dans les deux textes grec et latin, qui nous tiennent lieu de l’original. Le Sauveur voyant qu’on ne reçoit pas le témoignage de Jean-Baptiste qu’on n’attendait point, et qu’on se dit prêt à recevoir celui d’Elie, qu’on attend, propose aux Juifs de prendre Jean sur le pied d’Elie. C’est ce que la suite va bientôt développer.
« Il est Elie qui doit venir. »
J'avoue qu’en lisant pour la première fois le commentaire d’un protestant sur cet endroit de l’Evangile, je fus frappé des avantages qu’il en tirait, et qu’en conséquence j’ai passé moi-même par le doute que je combats dans cet ouvrage. Il arriva que deux personnes disputèrent devant moi sur la venue d’Elie et que je voulus savoir qui des deux avait raison. Pour le savoir, j’ai consulté les textes de l’Ecriture dans les langues originales, et avec eux les commentateurs. Après avoir tout examiné, il m’a semblé que chacun ne voyait dans les textes de l'Ecriture que son propre sentiment, et je n’ai jamais mieux compris combien la prévention est peu capable d’une critique sensée. Ceux qui nient la venue d’Elie ont très-mal fondé leur négative sur ce texte de S. Mathieu. Ceux qui tiennent pour l’affirmative ont voulu prendre trop d’avantages sur ce même texte, et n’ont point traité, comme ils devaient, l’objection la plus dominante des protestants. Ce sont deux choses qui se prouveront d’elles-mêmes dans ce que nous allons dire.
Premièrement, ces paroles : Qui a des oreilles, entende, se rapportent à ce qui précède, et non point à ce qui suit. Car le sens finit à cet endroit dans le texte de S. Mathieu; et d’ailleurs il est certain que J.-C. n’use jamais de ce proverbe que pour rendre attentif à ce qu’il vient de dire.
Secondement, Jésus-Christ a coutume d’en user lorsque ce qu’il vient de dire a une double pensée. Car il l’emploie après des sentences allégoriques et après des paraboles qui n’ont point été développées.
Troisièmement, Jésus-Christ n’a pas dessein de nous rendre attentif à celui des deux sens qui est tout à découvert. Car si le sens était clair et manifeste, à quoi servirait, dit saint Jérôme, de nous préparer à le bien entendre ? D’où il suit que Jésus-Christ nous parle ici comme ferait un homme qui nous ayant conté un apologue et n’y mettant pas la morale, se contenterait de nous dire : Ecoutez bien ce que cela signifie.
Quatrièmement, il faut que la vérité qui est cachée sous ces paroles : Jean est Elie qui doit venir, soit une vérité importante pour la Judée, puisque Jésus-Christ demande expressément qu’on s’y applique.
Ces observations, toutes simples qu’elles paraissent, vont être d’un grand usage.
Enfin, il est évident que la pensée du Sauveur est qu’il y a un avènement du Messie auquel la synagogue ne s’attend pas; que cet avènement n’est point tel qu’on se l’imagine, et que Jean-Baptiste l’est venu annoncer en Judée.
Mais comment ces paroles : si vous voulez, Jean est Elie qui doit venir, font-elles entendre à la Judée ce que le Sauveur a dans la pensée ? Comment, dis-je, le font-elles entendre de telle manière que ceux-là seuls qui ont des oreilles le puissent entendre ? C’est en ce que 1° Jésus-Christ ne propose Jean-Baptiste comme Elie, que par voie d’insinuation, en disant seulement : si vous voulez. 2° En ce qu’il ne dit pas ouvertement que Jean-Baptiste a annoncé le Messie, ni que c’est lui-même qui est ce Messie, mais qu’il se contente d’ajouter à son discours : Qui a des oreilles entende. Cet avertissement suffisait a ceux qui étaient attentifs. Car en prenant Jean comme un Elie, et sachant d’ailleurs ce qu’Elie viendrait faire dans le monde, comme les Juifs le savaient, il ne restait plus qu’à tirer la conséquence.
il y a donc deux qualités nécessaires au discours, savoir l'insinuation et le dernier mot, et quiconque en ôtera ces qualités, en voulant l'expliquer, s’écartera du droit sens de l’Evangile.
Jusqu'ici je vois tout le monde assez d’accord. Mais sur ces mêmes principes que tous les commentateurs supposent et que plusieurs ne suivent pas, voici trois différents commentaires.
Premier commentaire : Vous attendez Elie, pour savoir auquel temps viendra le Messie, mais ce temps est venu pour vous, et il ne tient qu’à vous de prendre Jean-Baptiste sur le pied d’Elie, car ce qu’Elie fera un jour, Jean-Baptiste le fait aujourd’hui.
Ce commentaire conserve au discours les deux qualités qu’il doit avoir. On y voit que Jésus-Christ insinue seulement que Jean est Elie, et qu'il laisse à conclure à ceux qui prêtent l’oreille comment Jean accomplit en Judée un ministère qui sera un jour celui d’Elie. Il est vrai qu’en passant Jésus-Christ y donne un consentement à la tradition des Juifs touchant la venue d’Elie. Mais on ne peut prouver que le Sauveur n’a pas eu dessein de faire entrer ce consentement dans son discours. Le discours ne présente sur cela aucune négative ; et il est certain qu’il n’affaiblit point les textes qui nous ont déjà prouvé avènement d’Elie. Toutefois voici ce qu'on peut dire. Le consentement du Sauveur à la tradition des Juifs étant mis à part, le discours n’en sera pas moins tel et aussi fort qu’il doit être. Ainsi le consentement n’y est pas nécessaire, et par conséquent le texte de S. Mathieu ne nous prouve pas invinciblement la venue d'Elie.
J’avoue ne rien voir que de sensé dans cette remarque. En effet, un commentaire ne fait point loi, quand il n’est pas unique ; et qu’un autre commentaire qu’on lui oppose n’est pas moins heureux.
Second commentaire : Elie, selon vous, doit venir pour faire connaître le Messie. S'il venait à présent vous recevriez son témoignage. Vous ne soupçonneriez pas qu’un homme tel qu’Elie fût capable de vous tromper. Eh bien, Jean est Elie. Jean a reçu les dons d’Elie, il a vécu dans le désert comme Elie ; il a le zèle d’Elie; vous n’en doutez pas. Le témoignage de Jean n’est pas moins que celui d’Elie. Qui a des oreilles entende.
On voit, sans que j’en avertisse, que ce second commentaire conserve aussi au discours les deux qualités qu’il doit avoir. Ce commentaire diffère du premier par deux endroits : 1° En ce qu’il appuie sur les qualités personnelles de Jean-Baptiste afin d’en tirer une induction pour la qualité du témoignage ; 2° en ce qu’il laisse la tradition des Juifs pour ce qu’elle est, car J. C. ne s’en sert que comme d’un argument ad hominem.
II prend le Juif par ce qu’il accorde pour lui faire accorder ce qu’il nie ou qu’il ne voit pas. Le Juif accorde que le témoignage d’Elie sera digne de foi, quand il viendra faire connaître le Messie. Le Sauveur prend le Juif par cet aveu, et lui fait remarquer que le témoignage d'un homme tel que Jean-Baptiste, vaut bien celui d’Elie, puisqu’il a les qualités d’Elie.
Ceux qui tiennent pour le premier commentaire ne peuvent point récuser la justesse de celui-ci. Le premier commentaire insiste sur la proposition accidentelle, qui doit venir ; celui-ci s’en tient à la proposition principale, Jean est Elie, et on voit qu’il représente le discours du Sauveur tel qu’il doit être.
Ainsi voilà deux commentaires qui se soutiennent également, et cet équilibre est formé de l’incertitude où nous sommes, si le Sauveur a voulu faire entrer dans son discours un consentement à la tradition des Juifs. Le consentement du Sauveur ne nuit pas au discours, mais son silence n'y nuit pas davantage. Car soit qu’Elie vienne ou ne vienne pas, il suffit que le Juif suppose qu’il viendra pour le presser de recevoir le témoignage de Jean-Baptiste, comme il recevrait celui d’Elie.
Troisième commentaire: Si vous voulez recevoir ce qu’on vous dit, Jean est Elie que vous attendrez. Vous croyez qu'Elie viendra vous annoncer le Messie. Mais il n’y aura point d’autre Elie que Jean-Baptiste.
Demandez aux protestants, auteurs de ce commentaire, pourquoi ils font entrer dans le discours cette négative : Il n'y aura point d'autre Elie. Le discours la demande-t-il comme partie nécessaire? J. C. n’a-t-il pu dire : Jean est Elie qui doit venir, sans supposer que Jean est seul précurseur? Ceux d’entre les Juifs qui ont des oreilles pour entendre ne pourront-ils plus comprendre que Jean-Baptiste a annoncé le Messie, si on leur laisse croire en même temps qu’Elie l'annoncera un jour comme a fait Jean-Baptiste. Nous interrogeons les protestants et ils n’ont rien à nous répondre. L’un paraît satisfait de lui-même, quand il a dit que c’est la vérité qui a prononcé qu’il n’y a point d’autre Elie que Jean-Baptiste, cum veritas ipsa dicat. L’autre nous crie qu’il n’y a rien de plus clair, quo nihil clarius dici potest. Mais leur confiance ne nous empêche point de les voir tous dans une misérable pétition de principe. Ils ont commencé par regarder la tradition de la venue d’Elie comme une fable; ensuite ils ont fait parler la vérité même selon leurs préjugés.
Tout ce que le protestant pourrait mettre dans sa négative, c’est : Il n’y aura point d’autre Elie. La négative ainsi modifiée n’est pas même nécessaire dans le discours. Car il n’y entre nécessairement que l’affirmative touchant le témoignage que Jean a rendu au Messie.
Les commentateurs protestants et un très-petit nombre de catholiques qui se sont joints à eux ayant fait grand bruit sur ce texte de S. Matthieu, je vais examiner d’un peu plus près leur commentaire.
Premièrement, si J.-C. dit aux Juifs qu’il n’y aura jamais d’autre Elie que Jean-Baptiste, il leur dit en même temps que la prophétie de Malachie n’aura jamais d’autre accomplissement que dans la personne de Jean-Baptiste. Et il le dit même avec force. Car il ne le dit que pour les détromper d’une grosse erreur. Où a-t-on jamais vu ni J.-C. ni aucun auteur sacré nous avertir ou nous inculquer avec force une vérité de la dernière importance, et pour cela user des termes : Si vous voulez bien, etc. Cette réflexion va prendre une nouvelle force dans la suivante.
Car en second lieu, il est certain que ces mots, si vous voulez recevoir, ne présentent rien au-delà d’une simple insinuation. Je l’ai déjà remarqué, à présent je le prouve. Le Sauveur venait de dire que Jean est cet ange qui devait préparer les voies au Seigneur. Les Juifs n’avaient point compris cela, et ils demeuraient dans leur ancienne persuasion que cet ange annoncé pour préparer les voies, était Elie lui-même. Le Sauveur prend occasion du souvenir d’Elie qui leur vient dans l’esprit à propos de cet ange pour leur proposer Jean-Baptiste sur le pied d’Elie. Or, prenons garde que le Sauveur ne parle plus du même ton. Tout à l’heure il ne disait pas : « Et si vous voulez recevoir, Jean est cet ange. » Il disait positivement : « Jean est celui dont il a été écrit : J’enverrai mon ange etc. » Maintenant il ne dit pas: «Jean est celui dont il est écrit, j’enverrai Elie. » Il se contente de dire: « Prenez que Jean est Elie. » Pourquoi ces deux tons ? C'est parce que l’un montre aux Juifs l’accomplissement littéral d’une prophétie dont Jean est l’objet, et qu’il y va du tout pour eux de ne pas rejeter son témoignage. Au lieu que l’autre ne porte l’attention que vers un accomplissement spirituel de la prophétie qui regarde Elie dans le sens littéral, et qu’il importait moins aux Juifs de savoir qu’Elie représentait Jean-Baptiste. Mais il importait aux Juifs de recevoir le témoignage de Jean-Baptiste. Voilà pourquoi le Sauveur ajoute : « Qui a des oreilles entende, » et remet dans son discours à peu près la même force qu'il y avait mise en disant :
« Jean est l’Ange qui prépare les voies. »
Que devient maintenant cet adoucissement et cette forme de discours dans le commentaire du protestant ? Elle y disparaît totalement. Grotius avait tâché de l'y conserver. Mais voici Jean Price qui lui fait remarquer que, soit que les Juifs voulussent ou ne voulussent pas, Jean était le seul Elie. Price en conclut que ces mots : Si vous voulez, sont absolus et non pas hypothétiques, de même que ceux-ci de Saint-Paul : « Si les Juifs veulent dire la vérité, ils savent que j’ai toujours vécu etc. » C'est en quoi Price n'a point pris garde qu’il met dans le discours du Sauveur la même répétition qu’y ont mise quelques-uns de nos traducteurs. Car, selon Price, il faut traduire, si vous voulez écouter la vérité, ce qui revient au même que ces autres paroles de J.-C. : Qui a des oreilles, entende.
Troisièmement, le discours du Sauveur établit une ressemblance entre Jean et Elie. Les commentateurs protestants ne le nient pas. Mais en quoi mettront-ils la ressemblance ? Ils ne peuvent la tirer de ces mots, qui doit venir. Un homme ne ressemble pas à un autre parce que l’un vient et que l’autre ne viendra pas. C’est alors comme si le Sauveur disait : « Jean est Elie qui ne vient que dans votre imagination. » Ce ne sera donc plus qu’une ressemblance imaginaire. Car elle n’est réelle ni pour celui qui parle ni pour ceux qui écoutent puisqu’on ne convient point de part et d’autre des deux termes de la ressemblance. J.-C., selon le protestant, ne convient pas que Jean ressemble à Elie en ce qu’il est venu, puisqu’il nie qu’Elie soit à venir. Le Juif ne convient pas que Jean ressemble à Elie, puisqu’il n’accorde pas qu'il ait précédé le Messie, comme doit faire Elie. Si le protestant veut placer la ressemblance dans les qualités personnelles, on ne peut pas les contester ; mais cette ressemblance favorise-t-elle la négative ? De ce que Jean-Baptiste a le même zèle qu’Elie, conclura-t-il que l’un étant venu, l’autre ne viendra point? Que les protestants manient la ressemblance comme ils voudront, qu’ils la placent ou dans une partie ou dans la totalité du discours, la ressemblance n’adoptera point la négative ni conjointement ni séparément. La négative est toujours de trop ; négative éternellement supposée et jamais prouvée.
Quatrièmement, le commentaire des protestants ôte au discours le demi-mot qui en fait l’essence ; il est aisé de le prouver. Le Juif attend Elie, et l’espoir de son attente est de le voir annoncer le Messie. Ainsi pour le Juif ces mots, qui doit venir, rentrent absolument dans ceux-ci : qui doit venir annoncer le Messie. C’est ce que Jean-Baptiste nous apprend lui-même. Car ayant envoyé deux disciples au Sauveur pour lui demander : Est-ce vous qui devez venir, entendant lui et ses disciples : Est-ce vous qui devez venir sauver Israël? L’attente n’est pas exprimée en son entier, parce que les esprits en étant préoccupés, qui en disait les premiers mots, en disait les derniers ; qui disait la venue, disait aussi le ministère. Or, Jésus-Christ commence par dire : Jean est Elie, et cela signifie, selon les protestants : Il n’y aura point d’autre Elie. Jésus-Christ ajoute, qui doit venir, et c’est comme s’il disait, qui doit venir annoncer le Messie. Le tout ensemble signifie donc : Il n’y aura point d’autre Elie que Jean pour annoncer le Messie. Or, y a-t-il rien de plus clair que ce discours, et pourquoi ajouter ensuite : Qui a des oreilles, entende. Quant on a mis sa pensée au grand jour, on ne cherche plus à rendre le monde attentif à ce qui reste à dire. Jésus-Christ ayant dit à ses apôtres : la semence est la parole de Dieu, n’ajouta pas : « Qui a des oreilles, entende. » Le Sauveur avait adressé ces paroles au peuple à qui il n'avait pas jugé à propos d’expliquer la parabole. Mais dès qu'il en a donné le mot à ses apôtres, il ne faut plus d’oreilles pour l'entendre, parce que la double entente est mise à découvert. il est donc certain que les commentateurs protestants ont rendu trop clair le discours du Sauveur, et que si les Juifs ne l’ont pas compris, c’est parce J.-C. n’y a mis ni la pensée, ni le ton que les protestants y mettent.
Cinquièmement, les protestants portent ces paroles : Jean est Elie, au delà de leur, juste étendue. C’est ici un discours allégorique, comme le protestant veut qu’on explique : « Vous êtes cet homme dont je parle. » Nathan veut-il dire absolument et sans en rien rabattre : Il n’y a point d’autre homme que vous qui ait enlevé cette brebis à son voisin ? Il dit simplement : Vous êtes semblable à cet homme. Que ce fût un homme réel ou seulement un homme d’apologue, c’est sur quoi le prophète Nathan s’en rapporte à David. Il est donc hors de propos de nous représenter le Sauveur comme disant absolument: «Il n’y aura point d’autre Elie. » Le Sauveur n’aurait pu insister de la sorte qu’en regardant la tradition des Juifs comme une erreur dangereuse, et qu’en voulant les en détromper. Mais qui a dit aux commentateurs protestants que telle était la pensée et l’intention du Sauveur. Ils ne l’ont pu savoir que de leur pétition de principe.
Je crois qu’on aperçoit maintenant quel est le bon et le mauvais usage qu’on a fait du discours du Sauveur. Car on voit 1° que ceux qui ont donné le premier commentaire étaient en droit d’y faire entrer une approbation formelle de l’attente du véritable Elie, parce que le discours du Sauveur comporte, et qu’il laisse en son entier la prophétie de Malachie. Mais que cette approbation n'étant point nécessaire au discours, on ne peut sur ce discours seul prouver invinciblement la venue d’Elie. 2° Que ceux qui dans le second commentaire n’appuyent pas sur la proposition accidentelle, qui doit venir, mais qui se contentent de faire appuyer Jésus-Christ sur la proposition principale : Jean est Elie, et mettent la ressemblance des deux prophètes dans les qualités personnelles, ont droit de s’en tenir là, parce que la ressemblance des deux ministères n’est pas nécessaire au discours, et qu’il suffit que Jésus-Christ laisse une induction à tirer des qualités personnelles à la qualité du témoignage. Mais ceux-ci n’affaiblissent point pour cela la preuve de la venue d’Elie ; puisque de ce que Jésus-Christ n'aura insisté que sur la ressemblance personnelle, il ne s’ensuit pas qu’il a regardé comme fausse la ressemblance des ministères. 3° Que les commentateurs protestants se moquent de nous, quand ils ne font parler Jésus-Christ que pour nier l’avènement d’Elie. On a vu que leur commentaire abuse des termes, qu’il change toute la face du discours, qu’il le rend trop clair, et qu’il fait appuyer le Sauveur sur ce qui n’est pas nécessaire. Qu’enfin ces messieurs ne peuvent pas même fonder un simple doute sur le texte de l’Evangile, bien loin d’y faire triompher leur négative.