Analyse du sens hétérodoxe d' "eros est agapé"

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Abbé Zins
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Re: Analyse du sens hétérodoxe d' "eros est agapé"

Message par Abbé Zins »

Fusion et confusion entre les notions d’ “eros” et “agapé” :

Après l’exaltation de “l’eros” et son insinuation comme “chemin vers l’extase” et “prise de conscience de son moi divin” par “la fusion des sexes”, voici à nouveau la confusion de “l’eros” avec la “charité”, non plus sous le nom latin de “caritas” comme au début, mais cette fois sous son nom grec d’ “agapé” ;

fusion et confusion
“entre “l’eros” qui cherche Dieu [sic ! ] et l’agapé qui transmet le don reçu” (n̊ 7) !

Ceci pour arriver à une première conclusion en la matière :
“Nous avons ainsi trouvé une première réponse... : au fond l’ “amour” est une réalité unique, mais avec des dimensions différentes ; tour à tour, l’une ou l’autre dimension peut émerger de façon plus importante. Là où cependant les deux dimensions se détachent complètement l’une de l’autre, apparaît une caricature ou, en tout cas une forme réductrice de l’amour.” (n̊8).
Si l’on y ajoute ce qui a déjà été cité (n̊ 11) :
“l’idée que l’homme serait en quelque sorte incomplet de par sa constitution, à la recherche, dans l’autre, de la partie qui manque à son intégrité, à savoir l’idée que c’est seulement dans la communion avec l’autre sexe qu’il peut devenir “complet” ”,


on arrive à une curieuse et sulfureuse notion de la “charité” et de la “spiritualité” en laquelle on se demande où la virginité consacrée peut trouver sa place ?
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Abbé Zins
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Re: Analyse du sens hétérodoxe d' "eros est agapé"

Message par Abbé Zins »

On est ici à l’opposé de la spiritualité chrétienne cherchant à s’élever au-dessus des passions humaines, des tendances naturelles, des pentes dépravées issues des conséquences du péché originel (dont il n’est pas même fait mention), recommandant la chasteté parfaite en dehors du devoir conjugal, louant et invitant au don complet de la virginité se réservant pour Dieu et le service du prochain, subjuguant voire réprimant la chair par l’ascèse et la mortification pour la tenir sous le joug de l’âme et de l’esprit.

De l’autre côté il est certes aussi question d’une certaine ascèse, mais plutôt dans le sens épicurien du juste équilibre à garder pour que le plaisir trop poussé d’un moment ne fasse ressentir par la suite son revers, comme le trop mangé par l’indigestion ou la crise de foie. Ceci, donc, dans le but d’un plaisir durable et prolongé.


JR invite aussi à dépasser l’égoïsme en recherchant également le bonheur de “l’autre partenaire” en vue d’une “complétitude” plus parfaite de sa propre “humanité”.

Ce qu’il applique aussi à
“l’image” de “l’amour passionné de Dieu pour son peuple (Israël!) - pour l’homme”.

D’où ces phrases en lesquelles il opère la confusion des notions, de l’amour charnel avec l’amour spirituel, de l’amour naturel avec la charité qu’il ne précise jamais surnaturelle, de “l’eros” avec “l’agapé” :
“De la sorte, l’eros est anobli au plus haut point, mais en même temps, il est ainsi purifié jusqu’à se fondre avec l’agapé.” (n° 10).
Jusqu’à l’audace inouïe d’arriver à la notion de “Dieu érotique” :
“Il aime, et son amour peut être qualifié sans aucun doute comme eros, qui toutefois est en même temps et totalement agapé.” (n° 9). “L’eros de Dieu pour l’homme, comme nous l’avons dit, est, en même temps, totalement agapé.” (n° 10).
C’est la confusion complète savamment entretenue, et entrecoupée de retours à des points de doctrine orthodoxe qui donnent le change et servent encore davantage à tout brouiller dans les esprits, et à faire passer insensiblement des notions chrétiennes aux fumeuses théories talmudo-tantriques !

Ainsi par exemple, il est à la fois affirmé à partir d’une rare citation d’un Père :
“Le bon pasteur doit être enraciné dans la contemplation... c’est seulement ainsi qui lui sera possible d’accueillir les besoins d’autrui” (n° 7),
- besoins d’autrui qui sont déjà présentés ainsi comme le but de la “contemplation” - ; et déclaré ceci, qui tend à repousser la vie totalement contemplative des cloîtrés :
“Si par contre dans ma vie je néglige complètement l’attention de l’autre, désirant seulement être “pieux” et accomplir mes “devoirs religieux”, alors même ma relation avec Dieu se dessèche. Alors, cette relation est seulement “correcte”, mais sans amour.
Seule ma disponibilité à aller à la rencontre du prochain, à lui témoigner de l’amour, me rend aussi sensible devant Dieu.” (n° 18).
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Abbé Zins
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Re: Analyse du sens hétérodoxe d' "eros est agapé"

Message par Abbé Zins »

Significatives omissions dans le texte “bézésien” :

“L’amour du prochain” auquel JR invite aussi, évidemment, “aime en Dieu et avec Dieu” (n̊ 18), mais “ne sait pas” que la vertu surnaturelle de Charité aime par essence le prochain POUR Dieu, par amour de Dieu ; que Dieu n’est pas qu’un “moyen” dont le but serait le prochain pour lui-même, mais une fin par laquelle le prochain est aimé en Dieu et pour Dieu.


L’absence significative de ce rappel fondamental lui facilite le passage à la nouvelle équivalence : amour de Dieu = amour de l’Homme = “Humanisme”, lequel est le sujet de la seconde grande partie de ce texte.

Cette absence est d’autant plus significative que JR commence sa 2e partie par une citation (n̊9) de Saint Augustin, tirée du Livre VIII de son De Trinitate (avec référence citée des n̊8 et 12) :
« Tu vois la Trinité quand tu vois la charité.» .
Ce qui est la seule mention du Nom de la Très Sainte Trinité dans le texte de JR.

Dans le contexte du Livre du Saint Docteur cette assertion renvoie à l’Essence même de Dieu, à cette Charité substantielle qui unit les Trois Personnes entre Elles au point qu’Elles ne constituent qu’une Essence Divine.
Divin modèle auquel nous sommes appelés à participer par notre union à Dieu et notre union fraternelle avec notre prochain en Dieu et pour Dieu.

On retrouve aussi en ce passage du Livre de Saint Augustin la citation de l’Epître de Saint Jean citée en exorde du texte de JR, lequel prétend donc s’inspirer de ces passages. D’où le fait que l’omission de certains rappels élémentaires en ce sujet sont d’autant plus révélateurs que le Saint Docteur insiste grandement dessus.


Donnons quelques exemples tirés de ce Livre VIII de Saint Augustin :
« Cela n’implique pas que nous ayons à aimer par charité le prochain autant que Dieu : nous devons aimer Dieu incomparablement plus que nous-mêmes, le prochain comme nous-mêmes ; mais nous nous aimons d’autant plus nous-mêmes que nous aimons davantage Dieu.

C’est donc par une seule et même charité que nous aimons Dieu et le prochain : mais Dieu, pour Dieu ; nous et le prochain, aussi pour Dieu.» (VIII, 12)

« Car on doit appeler dilection (de charité) celle qui est vraiment telle ; autrement, c’est de la passion (du désir, de la cupidité : cupiditas) : ceux qui désirent ainsi (ita cupidi) sont dits abusivement aimer..
Or telle est la véritable dilection, qu’en adhérant à la vérité nous vivions justement : et par conséquent nous méprisons tout ce qui est mortel par l’amour par lequel nous voulons que les hommes vivent justement.» (VIII, 10)

«.. et il nous faut prendre garde à ce que notre foi ne soit point fictive : certes, afin que nous vivions bienheureux, c’est de cette même Trinité que nous sommes appelés à jouir ; mais si nous croyions quelque chose de faux à son sujet, vaine serait notre espérance, et notre charité ne serait point chaste..» (VIII, 8)
Autant de rappels qui sont essentiels en soi, et d’autant plus nécessaires à faire dans le contexte actuel d’ignorance généralisée en la matière, plus encore vis-à-vis des talmudistes et des musulmans qui rejettent expressément la Très Sainte Trinité ; rappels que Joseph R. se garde pourtant d’autant plus significativement et coupablement de faire !
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Abbé Zins
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La “communauté d’amour ” du “genre humain” :


Passons donc à la seconde série d’équivalences :

“Eglise” = “communauté d’amour” = “oecuménisme” = “humanisme” = “religion” = genre humain.

Voici un intéressant passage du commentaire du “dominicain conciliaire” Edouard Divry à ce sujet :
“La seconde partie a pour titre : Caritas, l’exercice de l’amour de la part de l’Église en tant que "communauté d’amour". Cette expression pourrait annoncer un certain dépassement de la notion de peuple de Dieu utilisée par Vatican II pour désigner l’Église (cf. Lumen Gentium, cap. 2).” .
“Peuple de Dieu” fait encore mention de Dieu et référence à la notion de peuple élu de l’Ancien Testament.

Avec "communauté d’amour", il sera plus aisé de chanter que “l’internationale sera le genre humain” !
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Abbé Zins
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Re: Analyse du sens hétérodoxe d' "eros est agapé"

Message par Abbé Zins »

D’où le fait que le but de “faire de l’humanité... une unique famille” soit énoncé dès le début (n̊ 19).

Certes, cette optique n’est d’abord insinuée que discrètement et dans un trompe-l’oeil propre à le faire non seulement accepter mais désirer des âmes pieuses : “L’Eglise est la famille de Dieu dans le monde.” (n̊ 25),

dont le but est l’humanisation du monde(n̊ 31, b)

et non sa Christianisation :
“De plus, la charité ne doit pas être un moyen au service de ce qu’on appelle aujourd’hui le prosélytisme. L’amour est gratuit. Il n’est pas utilisé pour parvenir à d’autres fins.” (n̊ 31,c).
Même si le contraire est aussitôt affirmé à la suite, pour désarmer ceux qui dénoncent ce pan-syncrétisme en marche :
“Cela ne signifie pas toutefois que l’action caritative doive laisser de côté, pour ainsi dire, Dieu et le Christ. C’est toujours l’homme tout entier qui est en jeu.” (n̊ 31,c).
Mais comme précédemment, “le Christ” n’est en fait qu’un moyen, que le chemin, la “route qui conduit du Christ à l’homme” (JP 2, R.H. 13), pour atteindre l’Homme : “en Jésus-Christ marcher vers l’homme” (JP 2, D.i.M. 1) :
“L’action concrète demeure insuffisante si, en elle, l’amour pour l’homme n’est pas perceptible, un amour qui se nourrit de la rencontre avec le Christ.” (n̊ 34).

“Le regard tourné vers le côté ouvert du Christ... C’est là que cette vérité peut être contemplée. Et, partant de là, on doit maintenant définir ce qu’est l’amour. A partir de ce regard, le chrétien trouve la route pour vivre et aimer.” (n̊ 12).
Ceci, dans le but
“de se laisser guider par l’amour, et ainsi de servir l’homme. La prière comme moyen pour puiser toujours à nouveau la force du Christ devient ici une urgence tout à fait concrète.” (n̊ 36).
Ce qui est propre à donner le change, rassurer et endormir.
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Abbé Zins
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Re: Analyse du sens hétérodoxe d' "eros est agapé"

Message par Abbé Zins »

L’ “autonomie” de la “politique” :

A la doctrine catholique de la souveraineté temporelle de l’Etat répond la thèse “conciliaire” de son “autonomie” reprise par l’usurpateur.

Mais “autonomie” par rapport à qui et à quoi ?

Par rapport “seulement” à l’Eglise ? Ou bien par rapport à tout ce qui n’est pas lui ?


Par rapport à : 1. Dieu, 2. la Révélation 3. la Religion, 4. l’Eglise, 5. les Commandements de Dieu, 6. l’ordre et le droit naturel, 7. la Morale !?

Ou par rapport aux “dieux” ou “idoles”, “religions” ou “sagesses”, “Eglises” ou “sectes”, à tout ce qui n’est pas voulu ou ratifié par “la majorité” manipulée par le bourrage de crane du matraquage médiatique !?


Ecoutez-en d’abord l’énoncé ratzingérien, avec l’établissement d’une nouvelle équivalence : “distinction” = “autonomie” :

La distinction entre ce qui est à César et ce qui est à Dieu.., à savoir la distinction entre Etat ou Eglise ou, comme le dit le Concile V 2, l’autonomie des réalités terrestres (GS n̊ 36), appartient à la structure fondamentale du christianisme.” (n̊ 28) !

Ecoutez ensuite la définition bézésienne de “l’essence” de cette “autonomie”, définition qui ne vient qu’après tout un développement visant à la faire passer à demi-inaperçue et ainsi facilement avaler :
“On a vu que la formation de structures justes... appartient à la sphère du politique, c.à.d. au domaine de la raison responsable d’elle-même.” (n̊ 29)
!

Cette “autonomie” du “politique” ainsi définie subrepticement est donc bien “l’indépendance” proclamée de façon impie des cinq réalités les plus élevées signalées plus haut !


Voici donc dévoilée une autre énormité “conciliaire”,

celle de la pseudo “autonomie” ou “indépendance” du “politique” par rapport à :

1. Dieu, 2. la Révélation 3. la Religion, 4. l’Eglise, 5. les Commandements de Dieu !

Celle du “domaine où la raison serait seule responsable d’elle-même” !



Avec explicitation de certaines conséquences directes de cette révolution doctrinale et constitutionnelle :
“C’est là que se place la doctrine sociale catholique : elle ne veut pas conférer à l’Eglise un pouvoir sur l’Etat.” (n̊ 28)
: pas même en matières mixtes, ni morales (ex.: empêchements de mariage) ni religieuses !?
“L’Etat ne peut imposer la religion, mais il doit en garantir la liberté, ainsi que la paix entre les fidèles des différentes religions.” (n̊ 28).

Que de sophismes en cette seule phrase !

D’abord l’individu est le seul point de vue pris ici en compte.

Ensuite et dès lors l’Etat ne semble point exister en tant que communauté sociale et politique !

On ne rappelle point son devoir de connaître et reconnaître le seul vrai Dieu, de professer l’unique vraie Religion, de contribuer à établir et maintenir ici-bas le Règne social du Christ-Roi, du Roi des rois ! On l’en juge incapable ! ?

Qui plus est : qu’est-ce que Dieu !? Pour le moderniste, simplement l’idéal que l’Homme se fait de lui-même !

Dès lors qu’est-ce que l’unique vraie Religion, sinon l’unique “religiosité” commune à tous, prenant simplement différents modes d’expression adaptés à la mentalité de chaque groupe !

Aussi, en cette optique totalement dévoyée, l’Etat n’a-t-il pour rôle que de “garantir la liberté” de chaque groupe, de chaque individu, “ainsi que la paix entre les fidèles des différentes religions”.
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Re: Analyse du sens hétérodoxe d' "eros est agapé"

Message par Abbé Zins »

Sympathie des révolutionnaires entre eux :

Evoquons encore, avant de conclure, la sympathie de la révolution doctrinale-culturelle “conciliaire” avec la révolution socialo-communiste :
“D’un point de vue historique, la question de l’ordre juste de la collectivité est entrée dans une nouvelle phase avec la formation de la société industrielle au XIXe S... elle a provoqué un changement radical dans la composition de la société, dans laquelle le rapport entre capital et travail est devenu la question décisive...
Les structures de production et le capital devenaient désormais la nouvelle puissance qui, mise dans les mains d’un petit nombre, aboutissait pour les masses laborieuses à une privation de droits contre laquelle il fallait se rebeller.

27. Il est juste d’admettre que les représentants de l’Eglise ont perçu, mais avec lenteur, que le problème de la juste structure de la société se posait de manière nouvelle.” (n̊ 26s).
Etc...

(Et d'aucun affirme que Ratzi-B 16 serait "traditionaliste" ! C'est la "pasteurisation" de certains cerveaux.)
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Abbé Zins
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Re: Analyse du sens hétérodoxe d' "eros est agapé"

Message par Abbé Zins »

Brève conclusion :

L’analyse de ces divers concepts tordus et dévoyés, qui ne sauraient appartenir à un authentique texte catholique, outre ce qui a déjà été signalé au début, n’est point aussi aisée qu’il pourrait paraître à la lire.

En effet, le propre des modernistes est de distiller leurs insidieuses déviations au milieu d’un discours reprenant en ses grandes lignes la plupart des données de la doctrine catholique.

En sus, comme c’est le propre des hérétiques dénoncé notamment par les Papes Saints Célestin Ier, Pie VI et Pie X, ils n’hésitent pas, pour donner continuellement le change, à contredire, à telle autre page ou paragraphe, ou juste avant ou juste après, l’insinuation hérétique qu’ils veulent faire peu à peu passer et admettre, par le rappel de la vérité catholique qui s’y oppose directement.

Aussi, en biffant tous les points dévoyés ici dévoilés, il serait possible de faire une présentation disons “ralliée” ou “à la mode de Présent”, ne retenant que l’ossature plus ou moins catholique de l’ensemble, qui pourrait permettre de faire passer ce texte comme quasi “traditionnel”.

Entre ces deux présentations possibles, il y a la lecture confiante du “conciliaire” moyen qui, rassuré par le “cadre catholique”, gobera les insidieuses déviations et en avalera le venin sans s’en rendre compte.

Que Dieu daigne les délivrer d’une si hypocrite perfidie !
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