Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)
3. Actualité doctrinale
Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?
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197. Vérité que Saint Jean de la Croix applique pareillement aux biens surnaturels et spirituels :
« Les dons spirituels et les faveurs surnaturelles.... ne sont pas par eux-mêmes le moyen qui unit l'âme à Dieu ; c'est là l'oeuvre exclusive de la charité....
C'est elle qui nous donne droit à la vie éternelle....
Par conséquent l'homme ne doit se réjouir que s'il est dans la voie qui conduit à cette vie, voie qui consiste à accomplir ses oeuvres dans la charité de Dieu ; car de quoi sert ce qui n'est pas amour de Dieu ? Quelle en est la valeur ?
Or cet amour n'est pas parfait, s'il n'a pas assez de force et de sagesse pour purifier l'âme de toutes les joies qui viennent de la créature et pour ne se complaire que dans l'accomplissement de la volonté de Dieu.
C'est à cette condition que la volonté s'unit à Dieu par le moyen de ces biens surnaturels.»
(Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, L. 3, ch. 29)
« Si vous manquez à votre devoir pour suivre votre attrait, non seulement Dieu ne vous donnera aucune récompense, mais au contraire, il vous châtiera, parce que, au lieu de rechercher en toute chose son bon plaisir, vous avez recherché le vôtre.»
(Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, L. 3, ch. 37)
(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.
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198. « Ainsi donc, selon la passion de la joie, l'âme s'inquiète et se trouble.
Pour détacher cette passion de tout ce qui n'est pas Dieu, il faut savoir que tout ce dont peut se réjouir d'une manière particulière la volonté est pour elle suave et agréable ; or cet objet suave et agréable, quel qu'il soit, dont elle fait sa joie et ses délices n'est pas Dieu.
Dieu, en effet, qui ne peut être perçu par aucune des autres puissances, ne peut l'être non plus par les penchants et les goûts de la volonté, car sur cette terre l'âme ne pouvant goûter Dieu d'une manière essentielle, toutes les suavités et délices qu'elle peut savourer, si élevées qu'elles soient, ne peuvent être Dieu.
De plus, la volonté ne peut goûter et désirer d'une manière particulière tel ou tel objet qu'autant qu'elle en a la connaissance.
Or comme elle n'a jamais goûté Dieu tel qu'il est, et qu'elle ne l'a pas connu par quelque appréhension de ses puissances, elle ne peut pas savoir comment il est, ni ce que c'est que de le goûter. Ses puissances sont incapables de le goûter et de le désirer. Il est au-dessus de toute sa capacité.
Il est donc clair qu'aucune de ces choses particulières où elle met sa joie n'est Dieu ; voilà pourquoi, si elle veut s'unir à lui, elle doit faire le dénuement dans ses puissances et se détacher de toutes les joies particulières qui pourraient lui venir d'en haut ou d'en bas, car si la volonté peut d'une certaine manière comprendre Dieu et s'unir à lui, ce n'est pas par un moyen appréhensif de ses puissances, mais par l'amour.
Or comme ni les délices ni la suavité ni les joies perçues par la volonté ne sont l'amour, il en résulte qu'aucun de ces sentiments agréables ne peut être un moyen proportionné pour l'union de l'âme à Dieu ; il faut l'opération de la volonté elle-même, opération qui est toute différente de son sentiment.
Par l'opération, elle s'unit à Dieu, et son terme c'est l'amour, mais non l'effet du sentiment ou de l'appréhension qui s'arrête à l'âme, comme à son but et à son terme.
Les sentiments peuvent seulement servir de motifs pour aimer, si la volonté veut aller de l'avant ; mais là s'arrête leur rôle.
Voilà pourquoi les sentiments de joie par eux-mêmes ne dirigent pas l'âme vers Dieu ; ils la fixent plutôt en eux-mêmes.
Seule l'opération de la volonté, qui est d'aimer Dieu, place l'âme en lui ; elle laisse loin derrière elle toutes les créatures, et aime Dieu au-dessus de tout.
Par conséquent, si quelqu'un se met à aimer Dieu non à cause du plaisir qu'il y éprouve, c'est qu'il laisse de côté cette suavité et met son amour en Dieu, lequel n'est pas sensible.
S'il mettait avec advertance son amour dans la suavité et le goût qu'il ressent, ce serait le mettre dans la créature ou ce qui la concerne, et prendre ce qui n'est qu'un moyen pour la fin et le terme ; par conséquent l'oeuvre de la volonté serait vicieuse...
En effet, il n'irait plus à la recherche de Dieu avec une volonté qui a pour fondement le dénuement de la foi, mais avec une volonté qui s'attache au goût spirituel, c.à.d. à quelque chose de créé, et par conséquent il suivrait ses inclinations : il n'aimerait pas Dieu purement et au-dessus de tout, en d'autres termes, en mettant en Dieu toute la force de la volonté.»
(Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, L. 3 ch. 45,46 ; ou Fragment 1, 2)
199. Voilà donc amplement démontré comment la Bonté Divine voulant se diffuser et se faire partager est la Cause première et la Fin suprême de tout, en particulier de la Vie intérieure, de la sanctification et du salut.
Quant à la cause finale de l'Incarnation, elle est la même que celle de notre sanctification, avec ces trois éléments distincts dans leur ordre hiérarchique :
1̊) la Gloire accidentelle de Dieu ou manifestation de sa Bonté "ad extra",
2̊) la Gloire accidentelle du Verbe Incarné, et
3̊) la sanctification du genre humain, comme cela a été démontré (n° 127, 171, 174, 186) :
telle est la réalité, et la réalité révélée ; les choses étant ce qu'elles sont, et non autrement ;
Dieu sachant de toute éternité qu'elles seraient ainsi et non autrement, ayant donc depuis toujours tout pensé, voulu et organisé (cf. n° 207) dans ce contexte et non en dehors.
(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.
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8/ 200. Il a été montré ailleurs que la formule : "le salut des âmes est la loi suprême" est fausse tant quant à sa formulation, puisque le salut n'est pas une loi mais l'objet ultime, la fin (la finalité) d'une loi (cf. n° 4), que quant à son fond, puisqu'il n'est point la fin suprême (cf. n° 5s ; Sed Contra : n° 126s et Corps de la réponse : n° 129s).
Il nous faut cependant dire à la décharge de ceux qu'elle a séduits et trompés, qu'une bonne part de la pensée qu'elle veut exprimer est juste.
En effet, de même que si le salut n'est point la fin suprême de l'homme il est néanmoins sa fin ultime particulière, de même si le salut n'est point la fin suprême qui est l'objet principal premier de la Loi divine éternelle donnée dans le temps aux hommes, il est par contre la fin ultime particulière qui en est l'objet principal second, en tant qu'il fait atteindre la fin suprême de la loi qu'est Dieu.
201. C'est pourquoi on peut dire en vérité, en ce sens, qu'il est la fin de la loi divine donnée aux hommes, au même titre qu'on peut aussi le dire de la béatitude, de la vie éternelle, de la justification ou sanctification, et de la pratique de la vertu de charité.
On peut donc déjà appliquer au salut la même distinction répétée sous divers angles au sujet de la béatitude (cf. n°131, 133, 134, 169-170), de la vie éternelle (cf. n° 127, 171s, 176), de la justification ou sanctification (cf. n° 137, 171s., 177-179, 185-187, 204), de la charité (cf. n° 216, 265-266), et du salut lui-même (cf. n° 126-128, 131, 134-138).
(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.
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202. Il est bon pourtant de préciser ici le rapport profond entre la loi et le salut, en montrant 1̊) pourquoi et comment le salut est la fin ultime particulière de la loi en ce qui concerne l'homme, et 2̊) ce qui est la fin suprême de la loi.
203. Quant au 1̊), il faut dire :
« Toute loi est ordonnée à la fin voulue par le législateur en ce qui concerne ceux pour qui il porte une loi. Or c'est une seule et même fin que Dieu a voulue pour tous les hommes, laquelle se trouve exprimée en I Tim. 2,4 : « Il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ».» (Saint Thomas, 1.2. 91,5, obj. 2)
La fin (ultime particulière) de la loi donnée par Dieu aux hommes est donc bien, en ce qui les concerne, le salut et la Vision béatifique qui en découle.
Ce que l'on peut démontrer ainsi par la raison :
« La loi est une règle et une mesure des actes selon laquelle quelqu'un est induit à agir, ou détourner de le faire. Le terme de loi est dérivé du terme lien (dicitur lex a ligando), parce qu'elle oblige à agir. Or la règle et la mesure des actes humains est la raison qui en est le premier principe. (cf. 1.2. 66,1) : c'est en effet à la raison qu'il appartient de diriger vers (ordinare ad) la fin, qui est le premier principe de ce qu'il faut faire (in agendis). Or dans chaque genre, ce qui est le principe est la mesure et la règle de ce genre.... La loi se rapporte donc à la raison.» (Saint Thomas, 1.2. 90,1)
« Or, dans la raison même, quelque chose est principe par rapport à tout le reste.
C'est pourquoi c'est à cette chose qu'il importe que se rapporte principalement et surtout (principaliter et maxime) la loi. Or le premier principe dans les choses à opérer (in operativis) qui se rattachent à la raison pratique est la fin ultime.
Or la fin ultime de la vie humaine est la félicité ou la béatitude (cf. 1.2. 1,6,7 ; 2,5,7).
Il importe donc que la loi se rapporte surtout (maxime) à l'ordre qui consiste dans la béatitude. De plus, comme la partie est ordonnée au tout comme ce qui est imparfait à ce qui est parfait, et qu'un homme fait partie d'une communauté parfaite, il est nécessaire que la loi se rapporte proprement (proprie) à l'ordre de la félicité commune....
Dans tout genre ce qui est dit le plus important (id quod dicitur maxime) est principe des autres, et les autres choses ne sont rangées dans ce genre que selon leur rapport (ordinem) à lui....
Comme la loi se rapporte principalement (maxime) à l'ordre du bien commun, cela implique que tout précepte concernant quelque bien particulier n'a raison de loi qu'en tant qu'il est ordonné au bien commun...
Ainsi, si les actions (operationes) se rattachent (directement) à l'ordre des choses particulières, ces dernières peuvent être référées au bien commun, non selon une communauté de genre ou d'espèce, mais selon une communauté de cause finale ; selon quoi le bien commun est dit la fin.» (Saint Thomas, 1.2. 90,2 corp. et ad 2)
(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.
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204. Voilà donc démontré par la raison que toute loi est ordonnée au bien commun, et en ce qui concerne les hommes à la félicité commune donc, quant à leur fin ultime, à la béatitude céleste.
Ce que l'on peut dire, au même titre, de la sanctification :
« La fin de toute loi est de rendre les hommes justes et vertueux, en d'autres termes, la justification ou sanctification.» (Saint Thomas, 1.2. 107,2 ; cf. aussi 92,1)
205. Il nous reste à montrer quelle est la fin suprême de toute loi.
Ce que l'on peut faire de plusieurs façons, comme suit.
Tout d'abord, par l'intention principale du législateur.
Nous avons vu (n° 203) en effet que « toute loi est ordonnée à la fin voulue par le législateur », laquelle ne peut être que « le bien auquel toute loi est ordonnée », le bien commun d'une communauté particulière étant ordonné au bien commun universel, et de même le bien commun prochain au bien commun ultime.
Or le bien commun universel et le bien commun ultime général étant le Souverain Bien qui est la fin suprême qu'est Dieu (cf. n° 1291), la fin suprême de toute loi ne peut-être que Dieu.
Ce que l'on peut montrer semblablement ainsi :
Nous venons de voir (n° 204) que « la fin de toute loi est la sanctification ».
Or « la cause finale de la sanctification est en premier la Gloire de Dieu, et seulement après aussi la vie éternelle » (cf. n° 127).
Par conséquent, la cause finale suprême de toute loi est la Gloire de Dieu.
(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.
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206. De plus, saint Thomas (1.2. 92,1) montre que « la loi n'est rien d'autre que l'ordonnance (dictamen) de la raison de celui par lequel ceux qui sont soumis sont gouvernés. Or la vertu de quiconque est soumis consiste à être bien soumis « à celui qui gouverne ». Comme en outre toutes les choses humaines sont soumises à la loi éternelle » (1.2. 93,6) « de laquelle dérive toute loi » (93,3) et dont « la souveraine raison réside en Dieu » (93,1) « qui l'a promulguée de toute éternité » (91,1 ad 3) , il s'ensuit que la vertu de quiconque est soumis à n'importe quelle loi, qui « tend à un bien qui est le bien commun selon la règle de la justice divine et rend ainsi les hommes bons » (92,1), consiste à être bien soumis de façon ultime à la Volonté de Dieu qui en est la source et la fin suprême.
Par conséquent, hors de la soumission à la Volonté de Dieu et à sa loi éternelle il n'y a point de soumission qui rende les hommes véritablement bons et permette d'atteindre la fin ultime particulière de toute la loi donnée aux hommes, qu'on entende cette fin soit de la pratique de la charité, soit de la sanctification, du salut, de la béatitude ou de la vie éternelle, qui se trouvent ordonnés à la fin suprême qu'est Dieu en Lui-même.
(*) Pour relire l'objection avant la réponse, il suffit de cliquer sur le lien mis au n° 1/ ou suivant qui y renvoie ; puis, pour revenir lire la réponse, il faut cliquer sur la flèche en haut tout à gauche afin de revenir en arrière.
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207. D'où ce qu'explique saint Thomas :
« La loi n'est rien d'autre que l'ordonnance de la raison pratique en vue du bien commun, promulguée par celui qui a la charge d'une communauté parfaite (cf. 1.2. 90,4).
Le monde étant régi par la divine providence (cf. 1.2. 22,1,2), il est donc manifeste que toute la communauté de l'univers est dirigée (gubernatur) par la raison divine.
Par conséquent, cette raison de gouvernement des choses existant en Dieu comme dans le principe de l'univers a raison de loi (cf. aussi 93,1).
Comme la raison divine ne conçoit rien dans le temps mais n'a qu'un concept éternel, ainsi qu'il est dit en Prov. 8,23, c'est en elle que consiste la loi éternelle.» (1.2. 91,1)
« Or la fin du gouvernement divin est Dieu lui-même, et sa loi n'est point quelque chose d'autre que lui-même qui lui serait extérieur.
La loi éternelle (de laquelle toutes les autres découlent et dépendent) n'est donc point ordonnée à une autre fin que Dieu lui-même.» (1. 2. 91,1 ad 3)
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208. Certains, ne sachant que répondre et ne voulant point démordre de leur erreur, seront peut-être tentés d'avoir recours à l'argumentation de ceux qui n'ont rien à dire sur le fond et dénigrent pour cela ceux qui avancent de solides arguments contre leurs erreurs.
Ils diront sans doute que nous "chicanons" de façon bien subtile et alambiquée sur des termes et des notions dont les distinctions précises n'apportent rien ; que s'ils ont employé le mot loi, ils voulaient bien sûr dire fin, et le mot suprême, ils voulaient parler de fin ultime ; qu'il faut donc s'en tenir à leur pensée pour comprendre ce qu'ils ont écrit ou dit et ne point prétendre qu'ils sont dans l'erreur parce qu'ils ont simplement employé un mot pour un autre.
C'est déjà ainsi qu'argumentait Fénelon pour défendre et excuser les erreurs de Madame Guyon et les siennes contre les réfutations de Bossuet.
Voici comment l'aigle de Meaux répondait à une si piètre argumentation :
« M. de Cambrai (Fénelon) sent si bien en sa conscience qu'il ne peut justifier ces mauvais livres (de Mme Guyon), que pour les sauver il a recours à cette méthode inouïe de juger du sens d'un livre par la connaissance particulière que l'on a des sentiments de l'auteur, et non pas des sentiments d'un auteur par les paroles de son livre....
Répondre si hautement que Mme Guyon n'avait jamais pensé (à ce sens que le prélat veut appeler rigoureux quoiqu'il soit seulement le sens naturel), c'est encore un coup vouloir juger de ses paroles par ses pensées, et non pas de ses pensées par ses paroles ; c'est ouvrir la porte aux équivoques les plus grossières et fournir des excuses aux plus mauvais livres.»
(Relation sur le Quiétisme, sect. 4 n° 13)
« Il est vrai que c'est là encore aujourd'hui la méthode de M. de Cambrai, qui veut que l'on devine ce qu'il a pensé dans son livre des "Maximes", sans avoir daigné en dire un seul mot ; et il ne faut pas s'étonner qu'après avoir justifié Mme G. par une méthode aussi fausse que celle qu'on vient d'entendre, il la fasse encore servir à se justifier lui-même » (id. n° 14) :
« juger des paroles par les sentiments, et non pas des sentiments par les paroles.» (sect. 11 n° 4)
Paroles que feraient bien de méditer ceux qui cherchent à excuser des prêtres célébrant "una cum", en prétendant qu'ils ne sont pas en communion de pensée avec celui qu'ils ne nomment ainsi que par simple illogisme.
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209. Mais diront de bons apôtres toujours prêts à excuser ceux qui sont dans l'erreur et à blâmer ceux qui la réfutent, pourquoi se montrer si sévères ?
Ecoutons l'aigle de Meaux :
« Les querelles (doctrinales) sont implacables : il est vrai, si on sait l'entendre, qu'elles le sont en effet sur le point de la doctrine révélée. C'est la preuve de la vérité de notre religion et de la divine révélation qui nous guide, que les questions sur la foi soient toujours inaccommodables. Nous pouvons tout souffrir ; mais nous ne pouvons souffrir qu'on biaise, pour peu que ce soit, sur les principes de la religion.» (id. sect.11 n° 9)
« Nous taire ? C'est consentir... C'est contrevenir à la sentence du pape saint Hormidas : « Ipse impellit in errorem qui non instruit ignorantes » : c'est pousser les simples dans l'erreur que de ne pas les instruire (Ep. ad poss.). Surtout dans le cas où l'on vous prend à témoin, et qu'on se sert de votre nom pour les tromper.» (sect. 7 n° 18)
Du reste, la réponse à la difficulté soulevée par l'objection suivante va souligner combien ces simples inversions de finalités qui paraissent minimes en elles-mêmes, puisqu'elles concernent deux devoirs à remplir ou deux buts à atteindre, entraînent pourtant à la longue de fort graves déviations.
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9/ 210. Toutes les objections soulevées jusqu'ici tendent à faire de la recherche du salut le critère absolu, à placer celui-ci avant tout le reste et par-dessus tout.
C'est en cela, et en cela seulement, que se situe le désordre.
Le salut est certes une des deux fins les plus élevées de la vie humaine, mais précisément l'autre fin, la fin suprême, est plus élevée, doit donc être le critère absolu qui passe avant tout le reste et doit être visé par-dessus tout.
La Gloire de Dieu, donc son honneur et sa louange, doit être la première servie ; l'Amour de Dieu, qui est tout un avec sa Gloire et sa Bonté, comme le sont en Dieu tous ses attributs, doit tout dominer, y compris notre amour propre et nos désirs les plus légitimes :
or, qui dit Amour de Dieu, dit soumission à sa divine Volonté, à ses divins Commandements et préceptes, qu'Il ne nous a donnés que par l'intermédiaire de l'Eglise et des lois qu'Il lui a inspirées d'édicter et de promulguer.
Prétendre s'affranchir de ces lois en vue de "mieux" pouvoir "faire son salut", est donc un leurre, une funeste illusion et tromperie.
C'est oublier que la divine Volonté veut justement nous indiquer par ces lois la voie pour L'honorer et servir comme Il veut et doit l'être ; voie hors de laquelle il n'y a point de salut !
211. Comme nous allons brièvement l'indiquer, plus que le démontrer, faute de pouvoir tout traiter à la fois, cette inversion désordonnée et subversive des finalités est fréquente de nos jours où tout se trouve désorienté, précisément parce que l'on a rejeté ou délaissé la boussole de la soumission à la Volonté de Dieu à travers ses lois, commandements et préceptes tant doctrinaux que moraux, et que l'on a perdu de ce fait le sens de l'orientation vers la fin suprême qu'est Dieu.
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