Purgatoire

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Laetitia
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Purgatoire

Message par Laetitia »

Le 2 novembre, l'Eglise célébrait la fête, ou la commémoraison des Fidèles défunts, pour obtenir de Dieu qu'il délivre ou soulage les âmes qui sont au Purgatoire.
Ce jour-là est vraiment une fête pour les âmes du Purgatoire, car elles sont délivrées ou soulagées par les nombreuses prières qui se font ce jour-là dans tout l'univers catholique.
Les fêtes de la Toussaint et de la Commémoration des morts nous rappellent l'article du symbole : « Je crois à la communion des Saints » , à l'union, à la communication des chrétiens vivant sur cette terre avec les Saints triomphant dans le ciel et avec les âmes qui souffrent au Purgatoire.

Nous invoquons les Saints ; ils prient pour nous et nous obtiennent des grâces.
Les âmes du Purgatoire nous implorent à leur tour ; Pour elles, nous offrons des prières et des oeuvres de pénitence; et ainsi nous pouvons les soulager et hâter leur délivrance.
Cette union, cette communication, ces rapports intimes que les Saints ont avec nous — et que nous avons avec les âmes du Purgatoire, c'est ce que nous appelons la Communion des Saints.
La société des Saints dans le ciel s'appelle Eglise triomphante, parce que les Saints jouissent d'un triomphe éternel.
La société des chrétiens qui sont sur la terre forme l'Eglise militante, parce que nous avons chaque jour à combattre contre les ennemis de notre salut.
La société des âmes qui sont au Purgatoire s'appelle l'Eglise souffrante, parce que ces âmes souffrent pour achever de se purifier et de faire pénitence avant d'entrer dans le ciel.


Ce que souffrent les âmes du Purgatoire :

Dieu est infiniment bon ; mais il est aussi infiniment saint et infiniment juste. Sa sainteté et sa justice ne lui permettent pas de recevoir dans le ciel les âmes qui ne sont pas parfaitement pures de tout péché véniel, ou qui n'ont pas entièrement expié leurs péchés au moment où elles paraissent devant lui pour le jugement particulier. Ces âmes, ne pouvant entrer au ciel, vont au Purgatoire pour se purifier et expier dans les souffrances.

I° - Les âmes du Purgatoire souffrent de la privation de Dieu. Elles n'ont pas le bonheur de contempler sa beauté infinie, de partager sa gloire et sa félicité. Elles aiment Dieu ardemment, elles soupirent vers lui, elles l'appellent et Dieu ne se montre pas à leurs cris suppliants.

II° - Les âmes du Purgatoire souffrent la peine du feu. Séparées de Dieu, de Marie et des Saints, elles gémissent, prisonnières au milieu des flammes, et il n'y a point de repos pour elles. Rien ici-bas ne peut être comparé à ces souffrances. Mais ces souffrances ne sont pas éternelles comme celles de l'enfer; les âmes du Purgatoire, résignées et soumises à la justice divine, espèrent et, savent que leur supplice aura une fin. Désirant sortir au plus tôt de leur prison de feu, elles s'adresse à nous et nous conjurent d'avoir pitié d'elles, et d'avancer par nos prières l'heure de leur délivrance.


Nos devoirs envers les âmes du Purgatoire :

Nous pouvons et nous devons les soulager, au nom de charité , Nous pouvons le faire par :
I° - nos PRIÈRES : en faisant célébrer pour elles le saint sacrifice de la Messe, en communiant, en gagnant à leur intention beaucoup d'INDULGENCES, en faisant le chemin de la croix, en récitant le chapelet, en faisant en leur faveur l'acte héroïque de charité (1).

II° - nos JEUNES : en nous imposant pour elles quelques mortifications dans la nourriture, en souffrant avec patience, en nous privant...

III° - nos AUMÔNES : en donnant aux pauvres pour soulager leurs misères.


Pendant ce mois de novembre surtout, soyons généreux en faveur des âmes du Purgatoire. Tous les matins, ayons l'intention de gagner les indulgences attachées à nos nombreuses prières et offrons ces indulgences à Dieu pour le soulagement de ces pauvres âmes. Quel bonheur, si nous pouvions, par nos bonnes oeuvres, délivrer une de ces âmes ! Dans le ciel, cette âme prierait pour nous et nous obtiendrait des grâces nombreuses. De plus, nous serions très agréables à Dieu.




(1) Voici comment le père Beringer définit le voeu héroïque :
R. P. Beringer, dans Les Indulgences a écrit : L'acte héroïque de charité consiste en l'offrande spontanée, faite par le fidèle à la divine Majesté, en faveur des âmes de purgatoire, de toutes ses œuvres satisfactoires pendant la vie et de tout les suffrages qui peuvent lui être appliqués après sa mort. Cet acte de charité envers les âmes du purgatoire est parfaitement conforme au véritable amour de Dieu et du prochain. De plus, il augmente en nous l'intensité de notre amour et la grandeur de nos mérites pour l'éternité, ce qui est beaucoup plus précieux que toute la rémission des peines temporelles qu'on pourrait obtenir dans cette vie.
L'Acte héroïque a été enrichi de nombreuses Indulgences par Benoît XIII (décret du 23 août 1728); ces faveurs ont été confirmées par Pie VI, le 12 décembre 1788; enfin Pie IX, par décret de la Sacrée Congrégation des Indulgences, du 30 septembre 1852, les a déterminées ainsi qu'il suit :
Ceux qui auront fait l'acte héroïque de charité pourront gagner une Indulgence plénière (applicable seulement aux âmes du purgatoire) :
- toutes les fois qu'il feront la communion
- tous les lundis en entendant la messe pour le soulagement de ces pauvres âmes.
Conditions pour a) et b) : visite d'une église en y priant aux intentions du Souverain Pontife.
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Laetitia
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Re: Purgatoire

Message par Laetitia »

Voici, cités par l'Abbé A. Henry, des exemples ou figures qui regardent les âmes du purgatoire dans l'Ancien et le Nouveau Testament.
l'Abbé A. Henry, dans Les magnificences de la religion ou répertoire du prédicateur a écrit :
Exemple de Judas Macchabée.

Au second livre des Macchabées, nous lisons que le fameux Judas Macchabée, ayant fait faire une quête de douze mille dragmes d'argent, les envoya à Jérusalem, afin qu'on offrit des sacrifices au Seigneur, en expiation des péchés de ceux qui étaient morts dans le combat. L'Ecriture ne raconte pas simplement le fait sans l'approuver ; mais elle le loue et l'autorise, en
disant : C'est une pratique sainte et salutaire, que de prier pour les morts, afin que leurs péchés leur soient remis.
Or, l'on doit inférer de cette histoire, que non seulement Judas Macchabée croyait qu'il y avait un Purgatoire, mais que c'était la croyance générale des tous les Juifs, puisque, d'un commun accord, ils donnèrent une si grande somme d'argent, afin qu'on offrit des sacrifices pour leurs soldats tués dans le combat, et que par là leurs péchés leur fussent remis. D'ailleurs qui pouvait mieux savoir la coutume et les pratiques de la véritable religion, telle que l'était alors celle des Juifs, que Judas Macchabée, grand pontife, grand ennemi de la superstition et le premier zélateur de la loi divine.
Cet exemple si marqué doit suffire pour montrer que c'a été une coutume et un point de religion parmi les Juifs et l'est encore parmi eux.


Le grand prêtre Aaron.

Le Grand prêtre Aaron, voyant que Dieu, irrité contre son peuple, avait fait sortir des entrailles de la terre un feu dévorant, qui en avait déjà fait périr plus de quatorze mille ; fut touché de compassion, il courut au milieu du peuple, que le feu continuait d'embraser, offrit le sacrifice et l'encens à Dieu et se tenant debout entre les morts et les vivants, il pria pouf le peuple et la plaie cessa : Stans inter mortuos et viventes obtulit thymiamata, et plaga cessavit.
Voilà, prêtres du Seigneur, de quel zèle et de quelle piété vous devez être touchés, voyant par la lumière de la foi une multitude innombrable d'âmes qui brûlent dans les flammes du Purgatoire, et qui n'ont ni sacrifices, ni Prêtres, ni Autel pour offrir à Dieu cette hostie de propitiation et d'expiation, laquelle apaise sa colère : c'est à vous, à qui le Sauveur a donné le caractère d'offrir ce Sacrifice pour les vivants et pour les morts, d'imiter l'action charitable de ce Grand prêtre, pour faire cesser la plaie qui afflige les âmes du Purgatoire, et éteindre les flammes qui les dévorent impitoyablement.


Moïse.

Moïse priant pour le peuple que Dieu avait commis à sa conduite, Dieu lui dit : Dimitte me ut irascatur furor meus. Ah ! Moïse, laisse moi en liberté, et ne m'empêche pas de tirer vengeance de ce peuple rebelle.
Mais ici tout le contraire arrive : il veut bien que nous priions pour ces âmes qui lui sont chères, et qui sont une partie de son peuple. Il trouve bon que nous opposions à sa justice nos prières, nos aumônes, nos sacrifices pour leur délivrance. Que serait-ce, si Dieu, maintenant, nous, ouvrait cette grande scène et ce tragique spectacle du Purgatoire, et qu'il nous fit entendre les plaintes que poussent ces âmes du milieu de leur cachot ? Vous en auriez sans doute pitié, vous qui ne sauriez voir souffrir un homme entre les mains d'un chirugien armé d'une scie, qui se prépare à lui couper une jambe, vous qui ne sauriez regarder un misérable au gibet sans frémir d'horreur. Ah ! Si vous voyiez ces âmes au milieu de leurs supplices, en seriez-vous moins touchés de compassion, leurs tour­ments vous paraîtraient-ils plus légers, leurs peines plus supportables ? Hé ! Quelles sont ces âmes ! Ne les connaissez-vous pas ?


L'officier de Pharaon

Peut-on souffrir cet officier de Pharaon dont l'ingratitude, nous est dépeinte au chapitre quarantième de la Genèse ? Il avait été dans les fers et dans les prisons avec Joseph ; il avait reçu de lui la particulière assurance de sa prompte délivrance, et rentrée en grâce avec Pharaon ; et pour toute récompense, Joseph ne lui avait demandé que de s'en souvenir, quand il serait en présence, et rentré dans les bonnes grâces du prince : Tantum memento mei. Tout ce que j'attends de vous, dit-il à cet officier, c'est que quand vous serez rétabli auprès de Pharaon, vous preniez pitié de moi, et que vous tâchiez de lui suggérer qu'il me fasse sortir de cette prison, où l'injustice et la cruauté m'ont réduit ; Ut suggeras, Pharaoni ut educat me de isto carcere. Cet ingrat serviteur est à peine sorti des fers et rentré en grâce auprès de Pharaon, qu'ébloui par le nouvel éclat de sa prospérité, il oublie aussitôt les bienfaits qu'il venait de recevoir ; les douceurs de sa liberté lui font perdre le souvenir de celui à qui il en était redevable ; le pauvre Joseph, son bienfaiteur, à qui pour reconnaissance il avait promis une prompte délivrance, languit encore deux ans entiers dans les prisons. Et tamen, succedentibus prosperis, praepositus pincernarum oblitus est interpretis sui.

Voilà votre image, Chrétiens, vous reconnaissez-vous ? Ah! Vous aviez tant promis à ce père que vous ne l'oublieriez jamais vous lui aviez dit tant de fois que vous n'aviez rien de plus cher que sa personne ; il vous avait recommandé si tendrement le payement de ses dettes, la prompte exécution de son testament, le repos de son âme. Mon fils, c'est là le dernier adieu, je vous laisse mes biens et mon coeur, tantum, seulement, mon fils : tantum memento mei cum bene tibi fuerit, et facias mecum misericordiam, ut suggeras Pharaoni, ut educat me de isto carcere. Ce que je vous demande, est qu'au milieu des douceurs de la vie où vous allez entrer après moi, cum bene tibi fuerit, vous ne perdiez point le souvenir de ce que je vous suis ; que vous ne me refusiez pas par pitié, ce que vous devez au dernier des hommes, et facias mecum misericordiam. Que vous m'attiriez par vos prières la pitié du Souverain Juge de mon éternité; que ce grand Dieu ne me retienne pas longtemps dans ces redoutables prisons, ut educat me de isto carcere. etc.


Joseph.

Il arrive aux âmes qui souffrent dans le Purgatoire, à peu près ce qui arriva au même petit Joseph, qui allait porter à dîner à ses frères, lesquels gardaient leurs troupeaux à la campagne; ils prirent le pain et le vin qu'il leur présenta, puis payèrent d'ingratitude le service qu'il leur avait rendu, le dépouillèrent de sa robe, et le descendirent dans une citerne désséchée. Là, cet innocent se voyant renfermé, priait ses frères de le retirer de cette prison, sans que ses larmes, ni ses plaintes pussent attendrir leur coeur, ni réveiller en eux les sentiments de la nature ? Action, qui a paru si inhumaine au prophète Amos, qu'il fait imprécation contre ces dénaturés, qui faisaient bonne chère de ce que leur avait apporté leur frère Joseph, bouchaient leurs oreilles à ses prières, au lieu de compatir à ses douleurs. Bibebant vinum in phialis, et nihil patiebantur super contritione Joseph.
C'est une peinture de ce qui arrive à ceux qui sont dans le Purgatoire. Ils ont beau se lamenter, comme Joseph, et implorer le secours de leurs frères et de leurs amis, les hommes sont sourds à leurs plaintes, et insensibles à leurs maux ; quoi que leurs héritiers aient recueilli leur succession, qu'ils vivent du travail de leurs mains, et de la sueur de leurs visages, ils les laissent dans cette prison, et brûler dans ces flammes.


Les enfants dans la fournaise.

L'Ecriture sainte rapporte que Nabuchodonosor fut fort surpris de voir que, n'ayant fait jeter que trois jeunes hommes dans une fournaise qu'il avait fait embraser, à cause qu'ils n'avaient pas voulu adorer sa statue, il en paraissait néanmoins un quatrième semblable au Fils de Dieu. Pour dire, selon l'excellente application de saint Bonaventure, que Jésus-Christ souffre avec ces âmes souffrantes, qu'il est enveloppé dans les mêmes flammes, qu'il est le compagnon de leur peines, et qu'étant leur chef, et elles ses membres, il prend part à toutes leurs souffrances, et ressent toutes leurs douleurs ; mais disons, par une raison plus élevée et tirée de l'Apôtre saint Paul, que Jésus-Christ est en la personne de ces âmes, et qu'il est comme en un état de violence par le délai de leur bonheur, et le retardement de leur gloire. Nous devons donc regarder Jésus-Christ dans la personne de nos frères captifs dans ces flammes, et tirer de l'esclavage celui qui nous a délivré de la mort ; ne devons-nous pas regarder des mêmes yeux ces pauvres qui souffrent des peines extrêmes dans le Purgatoire : puisque Jésus-Christ réside en elles, et comme saintes, et comme pauvres, et comme souffrantes.
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Abbé Zins
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Re: Purgatoire

Message par Abbé Zins »

Ô Laetitia, ô joie que vous ouvriez ce nouveau dossier sur un sujet très aimable et des plus importants pour la charité et la justice à exercer envers ces Saintes Ames !

A défaut qu'il ait été ouvert dès le début de ce mois du Purgatoire, il est bon qu'il le soit au moins en la fête de Saint Félix de Valois, fondateur de l'Ordre de la Sainte Trinité pour le rachat des captifs, et après les premières Vêpres de la Présentation de Notre Dame au Temple.

Cela est très propre à nous inciter à oeuvrer par nos prières et nos sacrifices à la délivrance du Purgatoire de ses saintes Ames très douloureusement captives, en sorte qu'elles puissent être bien vite présentées par Notre Dame et Saint Michel dans le Temple du Ciel.

A ce sujet, il importe d'ajouter des citations de prières indulgenciées aptes à leur venir effectivement à l'aide en les récitant. Toutefois, il vaudrait mieux refaire un autre dossier spécial pour les y publier.
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Laetitia
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Re: Purgatoire

Message par Laetitia »

Je vous remercie monsieur l'Abbé pour vos encouragements.
COMBIEN LA DÉVOTION AUX AMES DU PURGATOIRE EST AVANTAGEUSE.

(Pensées consolantes de Saint François de Sales par le Révérend Père HUGUET.)

Quand il mourait quelqu'un de ses amis ou de sa connaissance, Saint François de Sales était insatiable à en dire du bien, et à le recommander aux prières de chacun.
Son mot ordinaire était :
Nous ne nous souvenons pas assez de nos morts, de nos fidèles trépassés; et la preuve est que nous n'en parlons pas assez. Nous nous détournons de ce discours comme d'un propos funeste, nous laissons les morts ensevelir les morts, leur mémoire périt chez nous avec le son des cloches, sans penser que l'amitié qui peut finir même par la mort ne fut jamais véritable, l'Ecriture-Sainte nous disant que le vrai amour est plus fort que la mort.
J'ajoute qu'il avait coutume de dire qu'à cette seule oeuvre de miséricorde les treize autres s'y rencontraient.

Il disait :
N'est ce pas en quelque façon visiter les malades que d'obtenir par nos prières le soulagement des pauvres âmes qui sont dans le Purgatoire ?

N'est-ce pas donner à boire à ceux qui ont si grand soif de la vision de Dieu et qui sont parmi ces dures flammes, que de leur donner part à la rosée de nos oraisons ?

N'est ce pas nourrir des affamés, que d'aider à leur délivrance par les moyens que la foi nous suggère ?

N'est ce pas vraiment racheter les prisonniers ?

N'est ce pas vêtir les nus, que de leur procurer un vêtement de lumière, et de gloire ?

N'est ce pas une insigne hospitalité, que de procurer leur introduction dans la céleste Jérusalem, et les rendre citoyens des saints, et domestiques de Dieu dans l'éternelle Sion ?

N'est ce pas un plus grand service de mettre des âmes au Ciel que d'ensevelir des corps et les mettre en terre ?

Quant aux oeuvres spirituelles, n'est ce pas une oeuvre dont on peut comparer le mérite avec celui de donner conseil aux simples, de corriger ceux qui Manquent, d'enseigner les ignorants, de pardonner les offenses, de supporter les injures ?

Et quelle si grande consolation peut-on donner aux affligés de ce monde, qui puisse être comparée à celle qu'apportent nos prières à ces pauvres âmes qui sont dans une si pressante souffrance ?
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Laetitia
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Re: Purgatoire

Message par Laetitia »

Sermon sur le Purgatoire de l'abbé Gérard

Les Peines du Purgatoire et les conséquences qu'il en faut tirer.

Attendite et videte si est dolor sicut dolor meus.

Considérez et voyez s'il y a une douleur semblable à la mienne.
(Lament. Jérem. 1.12.)

Quels sons lugubres et plaintifs ! quels tristes gémissements s'élèvent, de toutes parts, et portent l'émotion la plus vive dans les cœurs tendres et fidèles! Ce n'est plus l'infortunée Jérusalem, qui, par la bouche de son prophète et au sein de la captivité, invite tous les hommes à considérer l'excès de sa douleur : ce sont des âmes qui, plus souffrantes, plus affligées encore, et bien plus chères à la divinité qu'un peuple ingrat et volage, empruntent notre voix pour vous peindre la rigueur qu'elles endurent.

Des plus profonds abîmes elles crient vers vous, et ce n'est pas tant à Dieu qu'à vous mêmes que leurs plaintes s'adressent. Hélas ! ce Dieu si équitable dans ses jugements parait sourd à leurs cris pour n'écouter que vos prières. L'Eglise, cette mère si tendre, l'Eglise désolée, recueille leurs soupirs et vous sollicite en leur faveur.

Hé ! que dis-je , ce n'est pas seulement, pour leur intérêt qu'elle vous presse d'envisager l'affreux état où les moindres fautes les ont réduites, c'est encore pour le vôtre. C'est tout à la fois et pour elles et pour vous, quelle exige que vous soyez attentifs à leurs peines, et qu'elle vous fait entendre en leur nom ces paroles si touchantes : Considérez et voyez s'il y a une douleur semblable à la mienne: Attendite et videte si est dolor sicut dolor meus.

Considérons les donc, ces peines, et apprenons dans la première partie de ce discours, quelle est l'idée que nous devons nous en former, après quoi nous examinerons, dans la seconde quelles sont les conséquences que nous devons en tirer.

Puissent les réflexions que nous ferons à cet égard vous eclairer et vous toucher ! Puissent elles vous rendre sages en vous rendant sensibles ! C'est ce que nous allons demander à Dieu par l'intercession de Marie. Ave, Maria

PREMIÈRE PARTIE

Si l'impiété, si l'erreur étaient moins répandues parmi nous. Si je ne parlais qu'à des chrétiens fidèles, ou si je n'avais pas à craindre qu'ils pussent cesser de l'être un jour, il me suffirait pour vous donner une juste idée des peines du Purgatoire, de vous en exprimer la rigueur ; mais ce n'est pas assez pour un siècle tel que le nôtre, et d'abord, pour confondre l'hérétique et l'impie, je dis, mes frères, que les peines du Purgatoire sont des peines réelles, et non pas imaginaires comme ils le prétendent ; je dis ensuite que ce sont des peines terribles et non pas légères, comme les mondains se le figurent. Ce sont des peines réelles ; et la seule raison, la seule lumière naturelle suffirait pour nous en convaincre ; car enfin, Dieu est un Dieu infiniment saint ; l'iniquité la plus légère lui fait horreur, il ne peut souffrir l'ombre même du péché, et il ne saurait admettre à l'union la plus intime, il ne peut recevoir dans le séjour de la beatitude, une âme qui n'est pas encore pure. Dieu est un Dieu infiniment juste, et le serait-il, s'il n'exigeait aucune satisfaction pour des péchés qui n'ont jamais été expiés par la pénitence ; si des âmes imparfaites et coupables de bien des infidélités étaient aussitôt glorifiées que celles qui sont pures et sans tache ; si le chrétien lâche et faible, qui n'a fait à Dieu nulle réparation de sa lâcheté et de ses faiblesses, recevait le prix et la couronne aussi promptement, aussi aisément que celui qui a toujours vécu dans la ferveur et l'innocence? Hé ! quel serait ici, ô mon Dieu, le privilège d'une fidélité entière et d'une vertu parfaite, si après les sacrifices les plus héroïques, elle se trouvait seulement au même terme où l'eussent conduite des efforts moins pénibles ? Ah ! un peu moins de gloire dans le ciel, dirait alors une âme peu fervente, et moins de gêne et de contrainte sur la terre, puisque enfin je peux, par une route plus facile, arriver également au bonheur.

Dieu est infiniment juste, mes frères, et cette-même justice ne lui permet pas cependant de punir des derniers châtiments quelques fautes légères, de condamner à des peines éternelles celui qui n'est coupable que de quelques faiblesses, et d'éloigner de lui pour toujours un serviteur moins fidèle, il est vrai, mais qui après tout, est mort entre ses bras et dans son amour. C'est donc ici que la miséricorde de notre Dieu a dû ouvrir à ces âmes infortunées une voie d'expiation et c'est pour concilier tout à la fois les intérêts de la vertu, ceux de sa propre gloire sa sainteté, sa justice, sa clémence et tous ses attributs qu'il a dû établir pour elles un état, où, comme parle saint Augustin, il rappelât les choses à l'ordre, où il achevât de punir ce qui est véritablement punissable, et d'effacer dans ces âmes, qu'il a Prédestinées comme ses épouses, les taches qu'elles n'ont pas suffisamment effacées pendant cette vie.
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Laetitia
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Re: Purgatoire

Message par Laetitia »

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Mais, en second lieu, ces peines sont terribles et non pas légères !, comme les mondains semblent le croire. Hélas ! ils ne savent pas ce que c'est que le péché : ils ne pensent pas que la plus petite offense faite à la divinité, porte avec elle des caractères odieux que de légères peines ne suffisent pas pour effacer. ô mon Dieu ! s'ils vous connaissaient, s'ils se connaissaient eux-mêmes, s'ils avaient ces yeux du coeur éclairés par la foi, et plus encore par l'amour, ils comprendraient ce que c'est qu'une créature lâche, infidèle, qui, sous prétexte qu'elle ne rompt pas avec vous le lien de la charité, ne craint pas cependant de vous déplaire ; qui, parce qu'elle ne vous fait pas de grands outrages, croit d'ailleurs pouvoir, à chaque instant et par mille faiblesses,vous offenser impunément, qui se porte à violer vos lois, non pas si l'on veut, en des choses importantes, mais qui les viole enfin, et qui met un vain caprice, un plaisir frivole, un léger intérêt, à la place de votre volonté toujours sainte, de la soumission qu'elle vous doit. Il sauraient combien se rend coupable celui qui ne ménage pas avec assez de soin vos grâces, qui ne répond pas avec assez de reconnaissance à la grandeur de vos bienfaits, et qui, par une suite d'infidélités, laisse affaiblir dans son coeur les impressions de votre amour ; celui qui, par sa négligence, et une sorte de tiédeur, laisse perdre quelque chose des inspirations de l'Esprit-Saint, des trésors de la foi et des mérites précieux de Jésus-Christ. Ils sauraient encore jusqu'à quel point est redevable à votre justice, un pécheur converti, mais qui, après des années de désordres, n'a expié que bien faiblement peut-être, la plus petite partie de ses crimes. Il faut cependant qu'après être sorti de ce monde, il s'acquitte envers vous, et ici, mes frères, concevez quelle doit être la rigueur des supplices réservés à une âme à l'égard de laquelle Dieu ne laisse plus agir, quoique à regret, que de justes et terribles vengeances, à une âme qui n'a pas satisfait pour ces fautes dans le temps des miséricordes, et qui doit payer jusqu'à la moindre dette dans les jours de la sévérité et la colère; à une âme qui souffre sans mérite, et qui n'a pas même la ressource de diminuer sa peine par l'acceptation libre et volontaire de ses souffrances.

Hé ! que souffre-t-elle ? Ah ! qui me donnera, pour vous le bien exprimer, ce style et cette plume de fer, dont parle Job lorsqu'il veut d'écrire son tourment ? qui me donnera de faire sur vous les impressions les plus vives, d'y faire naître une tristesse et une horreur salutaires ? elle souffre cette âme ; et, pour être purifiée, elle passe, comme par un feu dévorant, par le feu dont parle saint Paul : Quasi per ignem. Quel en est la nature? Est-ce un feu matériel ? ici la foi ne l'explique point, et je ne dois vous donner pour dogme que ce qu'elle nous enseigne. Si j'en crois saint Thomas, c'est le même feu qui tourmente les réprouvés dans l'enfer, et les justes dans le Purgatoire. Si j'en crois saint Augustin, ce feu est plus douloureux mille fois que tout ce que l'homme peut endurer de tourments sur la terre. Si j'en crois tous les premiers docteurs, il n'y a pas même de comparaison à faire entre les souffrances de cette vie et ce que l'on ressent dans ce triste séjour; et en effet, les maux que l'on ressent ici-bas, sont comme une nouvelle preuve de la bonté de notre Dieu ; ils nous avertissent des dangers qui nous menacent et des précautions que nous devons prendre. Souvent aussi ils servent à nous rendre plus fidèles ; c'est d'ailleurs, un père qui nous frappe, et dont le coeur tendre et sensible adoucit et ménage les coups que sa main nous porte. Là au contraire, ces maux sont d'autant plus terribles qu'ils ne sont qu'un effet de sa justice, et que ce n'est plus qu'en juge qu'il nous punit.

O supplice affreux, dont il me serait impossible d'exprimer la rigueur, puisque nous ne connaissons rien qui l'égale ! 0 feu cruel, qu'elle qu'en soit la nature ! ministre redoutable des vengeances d'un Dieu, qui pourra soutenir tes vives atteintes ? Et voilà, cependant, mes frères, voilà le premier tourment qui sert à purifier une âme qu'un reste de péché souille encore. C'est ce feu, dont le feu matériel et grossier qui agit sur mes sens, n'est qu'une faible peinture. Hélas ! cette âme en est environnée, pénétrée ; elle en est déchirée, dévorée, elle brûle, elle languit, elle se consume, toutes ses forces s'épuisent ; elle s'écrie comme Job : Ma douleur me presse, et m'accable, le Seigneur m'a fait plier sous la violence de ses coups ; il m'a mis en butte à tous ses traits ; il m'a traité comme son ennemi, et sa fureur s'est allumée contre moi. Seigneur, retirez votre main de dessus-moi; cessez de m'épouvanter par la rigueur de vos jugements ; déli­vrez-moi, Seigneur, et daignez enfin, ô l'unique objet de mon attente, me donner une place près de vous. Tel est le langage que tient cette âme désolée.

Mais concevez-vous, mes frères, sa plus grande peine? Ah ! ce n'est pas le feu qui la dévore : c'est l'éloignement, la séparation de son Dieu. Elle l'a vu, elle le voit enfin avec tous ses charmes. Sur la terre, un voile de chair lui dérobait presque toutes les perfections de la Divinité ; elle ne les apercevait qu'à travers des ombres; elle sentait bien que toutes les créatures ne pouvaient pas lui suffire, qu'il n'y avait que Dieu qui pût faire son bonheur, qu'il était seul sa véritable fin ; mais elle ne comprenait pas, elle ne sentait pas tout ce que cette fin avait de désirable, parce qu'elle ne la connaissait qu'imparfaitement. Aussi ses désirs étaient-ils encore faibles, aussi languissait-elle encore appesantie par les objets sensibles ; mais, après la dépouille de sa mortalité, après que les liens qui l'attachaient au corps ont été brisés, après que le voile est tombé, ah ! quelle vive lumière, quel éclat vient la frapper ! Elle ne connaît plus Dieu seulement par ses ouvrages; mais elle l'a vu, elle le voit en lui-même. Ce n'est plus comme en énigme qu'elle l'aperçoit ; les ombres ont fait place à la réalité. Ô Dieu, que vous lui paraissez donc aimable.

0 Dieu, jusqu'à quand détournerez-vous de dessus elle vos regards, jusqu'à quand vous montrerez-vous irrité ?

Si du moins, elle pouvait connaître, cette âme quel sera le terme de ses souffrances ! mais sans doute, elle l'ignore; et c'est ce qui met le comble à son tourment.

Ah ! qu'elle est malheureuse cette âme que rien ne console ! que son état doit nous paraître affreux, grand Dieu! et il ne nous effraierait pas, il ne nous toucherait pas ! Ah ! mes frères, puisque les tourments qu'elle endure sont des tourments si réels, et que rien n'est plus certain que le Purgatoire ; puisque les peines qu'elle éprouve ,sont des peines si sensibles, et qu'en genre de peines passagères, le Purgatoire est ce qu'il y a de plus terrible; empressons-nous de tirer de ces vérités les conséquences les plus importantes. C'est le sujet de ma seconde partie.

...à suivre...
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Laetitia
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Re: Purgatoire

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SECONDE PARTIE

La certitude des peines du Purgatoire, la grandeur de ces peines, doivent, mes frères, nous intéresser tout à la fois et par rapport à nous-mêmes et à l'égard des autres. Elles doivent nous faire craindre pour nous-mêmes ce que, peut, être jusqu'ici, nous ne craignions pas assez. Elles doivent nous inspirer la pitié la plus vive pour des âmes souffrantes, que jusqu'ici, peut être, nous ne plaignions que faiblement. Des vérités que nous avons établies, je tire donc deux conséquences également naturelles et qui toutes deux méritent également votre attention La première, c'est le soin que nous devons prendre de prévenir par rapport à nous ces peines dont la croyance est si bien fondée, et que nous avons d'ailleurs un si juste sujet de craindre; la seconde, c'est le soin de les faire cesser, de les adoucir, du moins autant qu'il est en nous dans ceux qui les ressentent.

Nous devons les prévenir, premièrement, en les méditant car, enfin, ce qui intéresse notre bonheur d'une manière si sensible, ne mérite-t-il pas bien que nous y pensions ? Hélas! on calcule, on combine, ici-bas, un quart d'heure de plaisir ou de peine; on s'effraye d'avance des plus petits maux. La nature se soulève à la seule idée d'une douleur un peu vive dont-elle est menacée, et l'on n'a pas besoin de nous inviter à réfléchir sur les moyens qu'il faut prendre pour l'écarter.

Vous ne pouvez plus ignorer du moins, que le péché le plus léger ne mérite de très-grandes peines, et qu'en effet ces peines ne doivent servir un jour à l'expier. Comment donc consentez-vous si aisément à vous en rendre coupables? Pénétrez en esprit dans ces lieux d'horreur où souffrent tant d'âmes qui, dans tout le cours de leur vie, ont pu ne pas commettre de grandes fautes. Pourquoi souffrent-elles ? C'est pour toutes celles qu'on appelle légères et dont on ne s'aperçoit bien, qu'autant qu'on prend soin d'étudier son propre coeur. C'est pour mille retours de vaine Complaisance et d'amonr propre, mille petites saillies d'orgueil, mille paroles indiscrètes, mille pensées volages qu'on n'a pas repoussées avec assez de fidélité, mille mouvements de différentes passions, qu'une foi attentive, qu'une piété tendre, n'a pas réprimés assez promptement ; c'est encore pour tant de passe temps frivoles, tant d'attaches trop humaines, si peu de ferveur et tant de négligence dans la pratique de certains devoirs.

Voilà, dit saint Augustin, ce qui sert comme d'aliment aux flammes dévorantes du Purgatoire : illa transitorio igne non capitalia sed minima purgantur.

Ah ! Pour échapper à ces tourments, évitez donc comme le plus grand des maux par rapport à vous-mêmes, tous les péchés, quels qu'ils puissent être; et, à l'égard de ceux que vous avez pu commettre, cherchez à en prévenir les suites par les austérités de la pénitence. Hélas ! vous ne pouvez pas même vous flatter d'être du nombre de ces justes qui n'ont à expier que des fautes échappées plutôt à fragilité humaine qu'à la mauvaise disposition de leur volonté. Vous avez peut-être, dans la fougue de votre jeunesse, commis de si grands crimes, vous vous êtes livrés à de si grands désordres, à quelles rigueurs ne devez-vous donc pas vous attendre !

Cependant vous pourriez, par de courtes et légères mortifications, racheter de longues et cruelles peines, et vous ne le faites pas. O Dieu, quel aveuglement !

Un jour Dieu vous dira, comme aux Juifs infidèles, après leur murmure : Je compterai dans vos peines, une année pour chaque jour de votre infidélité et vous saurez quelles sont mes vengeances : Annus pro die imputabitur et scietis ultionem meam. Quand ce temps d'expiation et de souffrance sera arrivé, et que vous reconnaitrez que vous auriez pu le prévenir et vous l'épargner, quels seront vos regrets ! Insensé que j'étais, direz-vous alors, mon bonheur était entre mes mains ; je pouvais d'avance m'exempter de souffrir tout ce que je souffre maintenant, je pouvais hâter ma félicité. Un acte de détachement, un jeûne, une prière, une aumône, une injure soufferte avec patience, une visite faite aux malheureux, un pauvre soulagé, un affligé consolé, un défaut corrigé, un dégoût surmonté, une action bienfaisante, pouvait accélérer le jour de mon repos, et m'en voilà privé peut-être pour des siècles ; tant de moyens m'étaient offerts, et je n'en ai point profité !

Ah ! si vous ne pouvez faire d'avantage, du moins, recevez et souffrez dans un esprit de pénitence les épreuves et les croix que Dieu vous envoie. Considérez-les comme un effet de sa miséricorde qui ne vous afflige sur la terre que pour vous épargner dans le siècle à venir. Ne désirez pas d'en voir diminuer la rigueur, rendez-les méritoires par votre soumission et votre patience.

Grand Dieu ! qui voyez notre faiblesse, n'écoutez pas nos voeux indiscrets, ne faites pas cesser les maux qui nous sont dûs ; augmentez-les, Seigneur, s'il le faut pour achever de nous purifier, et donnez-nous seulement la force de les soutenir.
Mettez-nous dans un tel état, qu'en sortant de cette vie nous n'ayons plus beeoin de passer par le feu dont nous somme-menacés, mais que nous puissions sans délai entrer dans la joie de vos saints et vous posséder.

Voilà, mes frères, quel doit être en nous le langage de la foi. Voilà les dispositions saintes que doit y faire naître le désir ardent de prévenir, par rapport à nous mêmes, les peines du Purgatoire.
...à suivre...
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Laetitia
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Re: Purgatoire

Message par Laetitia »

Mais la réalité, la grandeur de ces peines, doivent aussi nous porter à les adoucir, à les faire cesser à l'égard des autres.

O vous, âmes généreuses et compatissantes ! C'est ici surtout que vous devez vous montrer sensibles, puisqu'il ne tient qu'à nous de soulager les plus infortunés de tous vos frères des plus grands maux, et de leur procurer les plus grands biens. Hé! Quels plus grands services pourriez-vous leur rendre ! Quelles plus grandes marques de charité pourriez-vous leur donner ?

Mais, que dis-je, c'est à Dieu lui-même que vous allez marquer votre zèle en entrant dans les vues de sa miséricorde à leur égard. Ce père tendre attend avec une sorte d'impatience qu'on prenne les intérêts de son amour, en satisfaisant pour elles à ce qu'exigent les lois invariables de sa justice. Il nous choisit pour médiateurs entre lui et ces âmes qui lui sont chères ; il nous rend les coadjuteurs de Jésus-Christ, il demande que nous fassions pour leur délivrance ce qu'il a déjà exigé de son propre fils pour notre salut. Soyons donc leurs libérateurs, brisons leurs chaînes, faisons triompher la bonté de notre Dieu ; Jésus-Christ, le croira fait à lui-même ce que nous aurons fait pour nos frères. Ah, vous dira-t-il un jour, vous ne m'avez pas seulement nourri, vous ne m'avez pas Seulement vêtu dans mon indigence mais j'étais dans l'exil le plus cruel, et vous m'en avez tiré, j'étais dans les fers, et vous les avez rompus, je souffrais au milieu d'un brasier ardent, et vous avez éteint les feux qui me consumaient.

Cédons à ces désirs, livrons-nous à la piété la plus tendre envers les morts, c'est tout à la fois nous ménager les plus grandes ressources à nous-mêmes. Ces âmes délivrées prendront part à nos maux, plus vivement encore que nous n'aurons partagé leurs douleurs; la passion du souverain bien, la gloire des saints, les joies du ciel, les souvenirs de leur ancien état, les lumières de Dieu-même, tout leur rappellera ceux à qui elles doivent leur bonheur, et s'il leur reste quelque désir à former, ce sera celui de les associer à leur félicité. Elles prieront pour notre entière conversion ; elles solliciteront en notre faveur auprès du Très‑Haut, l'abondance de ses grâces. Elles nous procureront les secours nécessaires pour vaincre les périls dont nous sommes environnés, elles nous obtiendront l'heureux don de la persévérance. A l'heure de notre mort, lorsque l'ennemi de notre salut osera tout entreprendre pour nous perdre, elles redoubleront leurs soins et leur ferveur, et n'épargneront rien pour nous sauver. A peine aurons-nous brisé les liens qui nous attachent à la terre, qu'elles-mêmes nous présenteront au tribunal du souverain juge, et demanderont grâce pour nous.

Mais, au contraire, si nous sommes durs, insensibles, quelle espérance nous reste-t-il ? quels secours pouvons-nous nous promettre, et qui priera pour nous? Ah ! Dieu permettra qu'après notre mort, au ciel et sur la terre, tout nous oublie, que tout nous abandonne, et qu'on paie d'un trop juste retour notre cruelle indifférence. Lui-même nous traitera avec la dernière rigueur, il nous jugera sans miséricorde, et se servira à notre égard de la même mesure dont nous aurons usé envers les autres.

Ah ! Songez que la piété envers les morts est un des caractères de l'âme fidèle, et désormais faites-la entrer dans vos pratiques de tous les jours; mettez-la au nombre de vos principaux devoirs.

O vous, mes frères, après avoir procuré le bonheur d'une âme du Purgatoire, puissiez-vous le partager! Puissiez-vous comprendre pour vous-mêmes, ce que c'est que le Ciel, ce que c'est que le Purgatoire qui en diffère la possession, ce que c'est que le péché qui entraîne après lui de si grands maux ! Et vous, qui avalez l'iniquité comme l'eau, concevez, par les châtiments que nous attirent les fautes les plus légères, quel est l'avenir terrible qui vous est réservé. Par l'idée du Purgatoire, concevez ce que c'est que l'Enfer, vous qui l'avez tant de fois mérité, et que chaque instant peut y précipiter. Ah ! Prévenez, tandis qu'il en est temps encore, une si affreuse destinée. Qui que vous soyez, faites pénitence, fuyez le péché, et méritez ainsi la gloire éternelle que je vous souhaite.
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Message par Laetitia »

LE PURGATOIRE D'APRÈS SAINTE CATHERINE DE GÊNES
(M. l'Abbé Postel)

Cette illustre veuve, qui vivait au XVe siècle, avait été dès l'enfance un modèle de mortification et de tendre piété. Elle avait eu le désir de se faire religieuse ; mais des circonstances où elle dut voir la volonté de Dieu, la retinrent dans les liens de la vie séculière, où elle sut se sanctifier par une attentive correspondance aux grâces singulières dont elle était l'objet de la part de Notre-Seigneur. Elle fut favorisée de visions et d'extases, où les choses de l'autre vie lui étaient montrées avec une grande clarté. C'est pourquoi on attache une valeur particulière à tout ce qu'elle a dit ou écrit sur ces sujets. Son court traité du Purgatoire est surtout célèbre : nous allons en donner des extraits (1).

« Les âmes qui sont dans le Purgatoire ne peuvent, selon qu'il me semble le comprendre, avoir d'autre volonté ni d'autre désir que de rester dans ce lieu de souffrance, parce qu'elles savent qu'elles y sont par un ordre très équitable de la justice de Dieu. Elles éprouvent une si grande joie de se voir dans l'ordre de Dieu, qui accomplit en elles tout ce qu'il lui plait et de la manière qu'il lui plait, qu'aucune considération capable d'augmenter leurs souffrances ne peut se représenter à leur esprit. Elles contemplent uniquement l'opération de la bonté de Dieu, et cette ineffable miséricorde dont il use envers l'homme en faisant du Purgatoire le chemin qui le conduit à lui. Quant à ce qui est de leur intérêt propre, peines ou biens, il leur est absolument impossible d'y arrêter leurs regards ; si elles le pouvaient, elles ne seraient pas dans la charité pure.

Je ne crois pas que, après la félicité des saints au Paradis, il puisse exister une joie comparable à celles des âmes du Purgatoire. Une incessante communication devient de jour en jour plus intime, à mesure qu'elle consume dans ces âmes l'obstacle qu'elle y rencontre. Cet obstacle n'est autre que la rouille ou les restes du péché. Comme le feu du Purgatoire va sans cesse consumant cette rouille, l'âme s'ouvre de plus en plus à la communication de Dieu. J'explique ma pensée par une comparaison. Exposez au soleil un cristal couvert d'un voile épais : il ne peut recevoir les rayons; et la faute n'en est point au soleil, qui ne cesse de briller, mais au voile qui arrête les rayons. Que ce voile vienne peu à peu à se consumer, le cristal, successivement découvert, recevra de plus en plus les rayons du soleil, et, quand l'obstacle aura disparu tout à fait, le cristal sera entièrement pénétré par la lumière. Ainsi en est-il des âmes dans le Purgatoire. La rouille du péché est le voile qui intercepte pour elles les rayons du vrai soleil, qui est Dieu. Le feu va consumant de jour en jour cette rouille ; et, à mesure qu'elle est consumée, les unes réfléchissent de mieux en mieux la lumière du soleil de vie; leur joie augmente à mesure que diminue la rouille, et qu'elles sont mieux exposées aux divins rayons. Ainsi, l'un va toujours en augmentant, l'autre en diminuant toujours jusqu'à ce que le temps de l'épreuve soit accompli. Qu'on ne croie pas cependant que la peine diminue : ce qui diminue, c'est la durée. Mais, dans l'ultime de leur volonté, ces âmes ne pourraient jamais se résoudre à dire que ces peines soient des peines, tant elles sont heureuses de la disposition de Dieu, à laquelle leur volonté est unie par le lien de la pure charité.

D'autre part cependant, elles endurent une peine si extrême, qu'il n'est point de langue qui la puisse raconter, qu'il n'est pas même d'entendement qui puisse comprendre la plus petite étincelle du feu qui les consume, à moins que Dieu ne la lui montre par une faveur spéciale. Il a daigné, par grâce, me faire voir une de ces étincelles; mais je n'ai pas de termes pour la décrire. Quant à la vue que le Seigneur me donna alors, elle n'est jamais sortie de mon esprit.

Les âmes du Purgatoire ont une volonté en tout conforme à celle de Dieu : aussi Dieu, dans sa bonté, leur fait ressentir l'amour infini qu'il a pour elles : ce qui fait que, du côté de la volonté, elles éprouvent un véritable bonheur. Elles sont purifiées de tout péché quant à la faute, et leur pureté sous ce rapport est maintenant aussi entière que quand elles sortaient des mains du Créateur. Ayant eu en ce monde un repentir sincère de tous leurs péchés, et s'en étant confessées avec une ferme volonté de ne les plus commettre, Dieu leur a pardonné aussitôt ; et, ce pardon ayant effacé la faute, il ne leur reste plus que la rouille du péché, dont elles se purifient par la peine du feu. Ainsi, pures de tout péché quant à la coulpe ou faute, et unies à Dieu par la volonté, elles le voient clairement selon le degré de lumière où il lui plaît de se révéler à chacune d'elles; elles comprennent de plus en plus quel inénarrable bonheur c'est de jouir de Dieu, et que les âmes sont créées pour cette fin. Elles trouvent encore en elles une conformité qui les attire si fortement l'un vers l'autre, en vertu de l'instinct naturel qui porte l'âme vers Dieu, qu'il n'y a ni raisonnements, ni comparaisons, ni exemples, qui puissent faire connaître cette attraction unitive telle que l'âme la sent en effet et la comprend par un sentiment intérieur. Je vais néanmoins, pour en donner une idée, me servir d'une image qui s'offre en ce moment à mon esprit.

S'il n'y avait dans le monde entier qu'un seul pain, destiné par sa seule vue à satisfaire la faim de toutes les créatures ; si maintenant un homme, qui aurait ce besoin de nourriture qui nous est naturel à tous dans l'état de santé, ne l'apaisait pas et, cependant si, privé de tout aliment, il ne pouvait ni mourir ni être malade, n'est-il pas clair qu'il serait en proie à une faim toujours plus grande ? Supposez que cet homme sût que ce pain unique peut seul, par sa vue le rassasier, et que sans lui il restera avec sa faim dans une intolérable torture n'est-il pas évident que plus il approcherait de ce pain sans pouvoir y porter les yeux, plus ses désirs seraient irrités ? Que son tourment serait d'autant plus cruel que son instinct appelle avec plus de force la vue de ce pain, unique objet de son envie ? Voilà précisément la faim qu'éprouvent les âmes du Purgatoire. Elles ont l'espérance de voir un jour ce pain divin et de s'en rassasier à souhait; mais la faim et le martyre qu'elles endurent est quelque chose d'ineffable, tant qu'il ne leur est pas encore donné de se rassasier de Jésus-Christ, vrai Dieu, notre Sauveur et notre amour.»


La sainte explique alors ce que nous avons dit plus haut sur le sentiment d'expiation nécessaire qui est dans ces âmes, et qui leur fait bénir avec reconnaissance la sagesse divine.

« De même que l'âme nette de toute tache, entièrement purifiée, ne trouve son repos qu'en Dieu, parce qu'elle a été créée pour cette fin, de même l'âme en état de péché n'a point d'autre centre que l'Enfer, établi par la divine justice pour être son terme. C'est pourquoi, à l'instant même où une âme en état de péché se sépare du corps, elle va droit au lieu qui lui est préparé sans autre guide que le péché lui-même ; et, si elle ne trouvait alors ce lieu de tourments constitué par la justice de Dieu, elle serait dans un Enfer plus cruel que celui qu'elle rencontre, parce que partout ailleurs elle se verrait hors de cet ordre de la justice qui participe toujours de la céleste miséricorde : participation qui fait que Dieu n'inflige jamais à l'âme une peine aussi grande qu'elle le mérite. Ne trouvant donc point de lieu plus en rapport avec son état criminel, ni où elle souffrira moins, l'âme, obéissant aux lois de l'ordre éternel, se précipite dans l'Enfer comme dans son centre, comme dans le séjour qui lui est propre.

Il se passe quelque chose d'analogue pour le Purgatoire. L'âme en état de grâce qui, après s'être séparée de son corps, ne se trouve point dans cette pureté parfaite en laquelle elle fut créée, voit en elle-même un obstacle qui l'empêche de s'unir à Dieu ; mais, voyant en même temps que cet obstacle peut être levé par le Purgatoire, elle s'y précipite soudain, et de tout l'élan de sa volonté, et si elle ne rencontrait pas alors cette invention de Dieu, si excellemment propre à détruire l'obstacle qui l'arrête, elle sentirait à l'instant même au-dedans d'elle, une sorte d'Enfer bien plus terrible que le Purgatoire, en voyant en soi un mur de séparation l'empêchant de s'unir à sa fin suprême qui est Dieu. Cette impuissance, quoique passagère, de s'élancer entre les bras de son Dieu, crée en elle un supplice ineffable, auprès duquel le Purgatoire, en quelque sorte, ne compte pas.»


Et, développant cette idée si belle à la fois et si vraie, Sainte Catherine de Gênes continue : « Je dis encore: Dieu me fait voir que, pour ce qui est de lui, il ne ferme la porte du Ciel à personne.»

Ce qui suit mérite tout à fait qu'on s'y arrête. « Tous ceux qui veulent y entrer y entrent ; et, comme il est tout miséricorde, à tous il tend les bras pour nous recevoir dans sa gloire. Mais il me fait voir, en même temps, que sa divine essence est d'une pureté si grande et si incompréhensible, que l'âme qui sent en elle le plus léger atome d'imperfection se précipiterait plutôt en mille Enfers que de se présenter en cet état devant une majesté si sainte. C'est pourquoi, trouvant le Purgatoire établi de Dieu pour purifier les âmes de leurs taches, elle y court avec bonheur, et regarde comme une grande miséricorde ce moyen qui lui est offert de détruire en elle-même l'obstacle qui l'empêche de s'élancer dans les bras de son Dieu.

Qu'on juge donc par-là, de ce que doit être le Purgatoire. Il est tel qu'il n'y a ni langue qui en puisse parler dignement, ni esprit qui le puisse bien comprendre. Je vois seulement que quant à la grandeur de la peine, il égale l'Enfer, et je vois néanmoins que l'âme qui a en elle la plus petite tache, accepte cette peine comme une faveur inestimable du Ciel à son égard, et qu'elle compte pour rien tout ce qu'elle endure, lorsqu'elle le compare à ses taches qui l'arrêtent dans son élan pour se fondre en Dieu. Ainsi, suivant ma pensée, la peine qui est au-dessus de toutes les autres dans les âmes du Purgatoire, est de voir qu'il y a en elles quelque chose qui déplaît à Dieu, et d'avoir offensé volontairement une si admirable bonté.»


Et maintenant, quels seront les rapports entre Dieu et cette âme précipitée dans l'expiation ? Ici, la doctrine de Sainte Catherine s'élève encore.

« J'aperçois en Dieu une correspondance aux sentiments de l'âme qu'il m'est impossible de bien rendre. Elle est telle que, lorsque le bon Maître la voit revenir à la pureté dans laquelle il l'a créée, il lui lance des rayons d'amour qui l'embrasent, et il l'attire à lui avec une force capable de l'anéantir, tout immortelle qu'elle est. L'âme en demeure tellement transformée en Dieu, qu'elle se voit n'être qu'une même chose avec lui. Et ce Dieu d'amour continue toujours de l'attirer et de l'embraser, sans la laisser un moment, jusqu'à ce qu'il l'ait fait revenir à l'état d'où elle était sortie, c'est-à-dire à la pureté dans laquelle il l'avait créée. Or, se sentant attirée ainsi à la chaleur de cet amour, embrasée de son très doux Seigneur et Dieu, l'âme se liquéfie tout entière.

Voyant ensuite, à la lumière divine, que Dieu ne cesse de l'attirer, et de la conduire amoureusement à sa dernière perfection avec un soin si tendre et une continuelle providence, et qu'il le fait uniquement par amour pour elle, elle se sent encore plus consumée du désir de rendre à Dieu amour pour amour et de s'élancer dans ses bras; mais, retenue par l'obstacle du péché, elle ne peut suivre cet attrait que Dieu lui inspire: c'est-à-dire qu'elle ne peut répondre à ce regard unitif dont Dieu l'a regardée pour l'attirer à lui. Ce n'est pas tout. Comprenant ce que c'est de se voir retardée dans la possession de ce Dieu souverainement aimé et de ne pouvoir le contempler dans sa divine lumière ; tourmentée d'ailleurs par son propre instinct, qui la porte à se voir libre de tout empêchement pour suivre ce regard unitif qui l'attire; elle se sent, livrée à une peine qu'aucun terme ne peut rendre : et c'est cette peine, résultant pour elle de tout ce qu'elle voit, qui est, à proprement parler, la peine du Purgatoire. Quelque grande que soit cette peine, l'ardeur de son amour pour Dieu ne lui permet pas d'en tenir compte.»


Ce tableau est d'une parfaite beauté.

« La souffrance des souffrances, continue la sainte, l'unique martyre de ces âmes, en quelque sorte, est l'opposition qu'elles trouvent en elles à la volonté et à la bonté de Dieu, qu'elles voient clairement brûler pour elles du plus tendre et du plus sincère amour. Et cet amour de Dieu, accompagné de ce regard unitif, continue de les attirer avec tant de force et de persévérance, qu'il semble que Dieu n'ait point d'autre occupation que celle-là. C'est ce qui allume dans ces âmes un feu réciproque d'amour pour Dieu, qui est si vif et si violent qu'elles se précipiteraient avec joie dans un Purgatoire et dans un feu beaucoup plus terrible que n'est le leur, si elles pouvaient par là lever plus tôt l'obstacle qui les empêche de suivre leur élan vers Dieu et de s'unir à lui.»

Ste Catherine, complétant cette démonstration, fait voir comment le Seigneur, par les rayons qu'il fait darder de lui sur ces âmes, produit sur elles le double effet de les purifier, comme le feu purifie l'or, et d'anéantir les causes qui les retiennent dans ce lieu d'expiation.

« Lorsque l'or a passé par le feu, et qu'il a acquis le dernier degré de pureté qu'on lui puisse donner, il ne se consume plus, ne diminue plus jamais, quelque vif que puisse être le feu où on l'affine, parce qu'il ne rencontre plus aucun mélange de corps impurs et étrangers sur lesquels il puisse agir. Ainsi de l'âme purifiée dans le feu de l'amour divin : Dieu l'y retient jusqu'à ce que ce feu ait consumé en elle toute imperfection, et lui ait communiqué le degré de perfection qu'il lui destine de toute éternité. Cette âme entre alors dans un état de pureté si absolue, que, n'ayant rien en elle que ce feu puisse purifier, elle demeure toute en Dieu, sans avoir, pour ainsi dire un être qui lui soit propre, mais seulement l'être de Dieu même, Et quand Dieu, de degré en degré, a enfin élevé jusqu'à lui cette âme ainsi purifiée, elle demeure désormais impassible, parce qu'il n'y a plus rien en elle que le feu puisse consumer. Et, supposé que, dans cet état de pureté parfaite, elle fût encore rete­nue dans le feu, ce feu, loin de lui être une source de douleur, serait plutôt pour elle un feu de divin amour, et comme la vie éternelle elle-même, sans ombre de souffrance.»

Insistons avec la sainte sur cette considération déjà plusieurs fois présentée :

« Si, par impossible, une de ces âmes à qui il ne reste plus qu'un peu de Purgatoire à faire, était présentée à la claire vision de Dieu, elle regarderait cela comme une grave injure, et, paraître devant Dieu en cet état, serait pour elle un tourment plus terrible que dix Purgatoires. En effet, cette pureté infinie et cette souveraine justice ne pourraient la supporter ; ce serait chose inconvenante de la part de Dieu ; et cette âme, de son côté, voyant que Dieu ne serait pas pleinement satisfait, ne pourrait se résoudre à frustrer les droits de sa justice, Quand il ne lui manquerait qu'une demi-seconde de souffrance pour être entièrement pure aux yeux de Dieu, ce serait pour elle un tourment intolérable que de paraître devant lui avec cette dernière rouille du péché ; pour s'en délivrer, elle se précipiterait plutôt milieu de toutes les tortures fût-ce les plus cruelles de l'Enfer même.»

(1) En suivant la traduction du Père Marcel Bouix, publiée en 1863.
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Laetitia
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Re: Purgatoire

Message par Laetitia »

PENSÉES CONSOLANTES SUR LE PURGATOIRE
(Saint François de Sales)

L'opinion de Saint François de Sales, dit l'évêque de Belley, était que de la pensée du Purgatoire, nous pouvons tirer plus de consolation que d'appréhension. La plupart, disait-il, de ceux qui craignent tant le Purgatoire, le font en vue de leur intérêt et de l'amour qu'ils ont pour eux-mêmes, plus que pour l'intérêt de Dieu, et cela viens, de ce que ceux qui en parlent dans les chaires ne représentent ordinairement que les peines de ce lieu, et non les félicités et la paix qu'y goûtent les âmes qui y sont.

Il est vrai que les tourments en sont si grands, que les plus extrêmes douleurs de cette vie n'y peuvent être comparées; mais aussi les satisfactions intérieures y sont telles qu'il n'y a point de prospérité ni de contentement sur la terre qui les puisse égaler.

1° Les âmes y sont dans une continuelle union avec Dieu.

2° Elles y sont parfaitement soumises à sa volonté : ou, pour mieux dire, leur volonté est tellement transformée en celle de Dieu, qu'elles ne peuvent vouloir que ce Dieu veut, en sorte que, si le Paradis leur était ouvert, elles se précipiteraient plutôt en Enfer que de paraître devant Dieu avec les souillures qu'elles voient encore en elles.

3° Elles s'y purifient volontairement et amoureusement, parce que tel est le bon plaisir divin.

Les âmes qui sont en Purgatoire y sont sans doute pour leur péchés, péchés qu'elles ont détestés et détestent souverainement mais quant à l'abjection et peine qui leur en reste, d'être arrêtées en ce lieux-là et privées pour un temps de la jouissance de l'amour bienheureux du Paradis, elles la souffrent amoureusement, et prononcent dévotement le cantique de la justice divine. Vous êtes juste, Seigneur, votre jugement est équitable.

4° Elles veulent y être en la façon qu'il plaît à Dieu et pour autant de temps qu’il lui plaira.

5° Elles sont impeccables, et ne peuvent avoir le moindre mouvement d'impatience, ni commettre la moindre imperfection.

6° Elles aiment Dieu plus qu'elles-mêmes et que toutes choses, d'un amour accompli et désintéressé.

7° Elles y sont consolées par les Anges.

8° Elles y sont assurées de leur salut dans une espérance qui ne peut être confondue dans son attente.

9° Leur amertume est très amère et dans une paix très profonde.

10° Si c'est une espèce d'Enfer quant à la douleur, c'est un Paradis, quant à la douceur que répand la charité dans leur coeur ; charité plus forte que la mort et plus puissante que l'Enfer, et dont les lampes sont de feu et de flammes.

11° Heureux état, plus désirable que redoutable, puisque ces flammes sont des flammes d'amour.

12° Redoutables néanmoins, puisqu'elles retardent la fin de toute consommation qui consiste à voir Dieu et à l'aimer, et par cette vue et amour le louer et le glorifier dans toute l'étendue de l'éternité.
Sur ceci, saint François de Sales conseillait fort de lire l'admirable Traité du Purgatoire qu'a fait la bienheureuse Catherine de Gênes.

Si cela est ainsi, me dira-t-on, pourquoi tant recommander les âmes du Purgatoire :
C'est que, malgré ces avantages, l'état de ces âmes, est fort douloureux et vraiment digne de compassion, et d'ailleurs c'est que la gloire qu'elles rendront à Dieu dans le ciel sera retardée. Ces deux motifs doivent nous engager à leur procurer une prompte délivrance par nos prières, nos jeûnes, nos aumônes et toutes sortes de bonnes oeuvres particulièrement par l'offrande du sacrifice de la sainte Messe.
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