Magnificat anima mea Dominum.

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Laetitia
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Re: Magnificat anima mea Dominum.

#31 Message par Laetitia » jeu. 15 déc. 2016 11:44

Saint Jean Eudes a écrit : CHAPITRE XIV. (suite)

Nous voyons par là combien Dieu est véritable en ses paroles et en ses promesses, ce qui nous doit donner une merveilleuse consolation. Car ce très fidèle accomplissement des promesses de Dieu nous donne une assurance infaillible que toutes les autres promesses qu'il nous fait s'accompliront très parfaitement.

Quelles sont ces promesses ? Il y en a de deux sortes : les unes qui appartiennent à la vie présente, les autres qui regardent la vie du siècle à venir : Vitam venturi saeculi.

Qu'est ce que Dieu nous promet en cette vie ? Il nous promet que, si nous vivons en sa crainte, il nous préservera de toutes sortes de maux : Timenti Dominum non occurrent mala (1). Oui, car toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu : Diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum (2). Il nous promet qu'il versera sur nous toutes sortes de bénédictions corporelles et spirituelles, temporelles et éternelles, qui sont spécifiées en détail dans ses divines Écritures, tant de l'ancien que du nouveau Testament.
Il nous promet qu'il sera l'ennemi de nos ennemis, et qu'il affligera ceux qui nous affligeront (3) : qu'il comptera tous les cheveux de notre tête, et que pas un ne périra (4); qu'il nous tiendra compte de tous les pas que nous ferons à son service : Gressus meos dinumerasti (5); qu'il ressentira les maux qu'on nous fera, comme si on le blessait en la prunelle de son œil : Qui tetigerit vos, tangit pupillam oculi mei (6) : qu'il gardera les bonnes œuvres que nous ferons comme la prunelle de ses yeux : Gratiam hominis quasi pupillam conservabit (7); que celui qui croit en lui, c'est-à-dire d'une foi vive et animée d'amour, ne mourra jamais : Qui credit in me, non morietur in aeternum (8); que si quelqu'un garde sa parole, il ne verra jamais la mort : Amen, amen, dico vobis, si quis sermonem meum servaverit, mortem non videbit in aeternum (9).

Voilà les promesses que notre Sauveur nous fait qui regardent la vie présente; mais en voici bien d'autres qui appartiennent à la vie du ciel. Notre très bénin Sauveur nous promet qu'au jour de la résurrection générale, non seulement il ressuscitera nos corps, mais qu'il les revêtira de la clarté, de l'impassibilité, de l'immortalité et de la gloire de son très saint corps : Reformabit corpus humilitatis nostrae, configuratum corpori claritatis suae (10); qu'il nous fera demeurer avec lui, non pas seulement dans le ciel, mais dans le sein et dans le Coeur de son Père : Pater, quos dedisti mihi, volo ut ubi sunt ego, et illi sint mecum (11); qu'il nous fera rois du même royaume que son Père lui a donné : Ego dispos vobis sicut disposuit mihi Pater regnum (12); qu'il nous fera les héritiers de son Père et ses cohéritiers : Haeredes Dei, cohaeredes Christi (13); qu'il nous mettra en possession de tous ses biens : Super omnia bona sua constituet eum (14); qu'il nous donnera la gloire que son Père lui a donnée : Claritatem quam dedisti mihi dedi eis (15); qu'il nous associera avec ses Anges, nous fera asseoir dans les trônes de ses Anges, nous fera vivre de la vie de ses Anges, et nous fera jouir de leur félicité : Aequales Angelis sunt (16) qu'il nous fera manger à sa table : Ut edatis et bibatis super mensam meam (17); qu'il nous fera asseoir dans son trône: Qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo (18); que nous serons par grâce et participation ce qu'il est par nature et par essence : Divinae consortes naturae (19); qu'enfin nous ne serons qu'un avec son Père et avec lui, comme ils ne sont qu'un, ainsi que nous avons déjà dit : Ut sint unum sicut et nos unum sumus (20).

(1) Eccli. XXXIII, 1.
(2) Rom. VIII, 28.
(3) « Inimicus ero inimicis tuis, et affligam affligentes te. »Exo.
(4) « Non cadet ne unus quidem capillus ejus super terram. »III Reg.I, 52.
(5) Job. XIV, 16.
(6) Zachar.II, 8.
(7) Eccli. XVII, 18.
(8) Joan. XI, 26.
(9) Joan. VIII, 51.
(10) Philip. III, 21.
(11) Joan. XVII, 22.
(12) Luc. XXII,29.
(13) Rom. VIII, 17.
(14) Matth. XXIV, 47.
(15) Joan. XVII, 22.
(16) Luc. XX, 36.
(17) Luc. XXII, 30.
(18) Apoc. III, 21.
(19) II Petr. I, 4.
(20) Joan, XVII, 24.
à suivre

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Re: Magnificat anima mea Dominum.

#32 Message par Laetitia » jeu. 15 déc. 2016 17:12

Saint Jean Eudes a écrit : CHAPITRE XIV. (suite)

Voilà les promesses merveilleuses de notre très bon rédempteur. Mais est-il possible que des choses si grandes s'accomplissent ? Oui, cela est aussi certain qu'il est véritable que Dieu est Dieu : c'est ce que dit la bienheureuse Vierge : Sicut locutus est, etc.

Ô chrétien, que ta religion est admirable ! que ta profession est sainte et relevée ! Que ta condition est heureuse et avantageuse ! Comment se peut-il faire que tu ne meures point de joie en la vue de ces ravissantes vérités ? Mais comment est-il possible que ton cœur demeure froid et glacé au milieu de ces flammes ardentes de l'amour de ton Dieu au regard de toi ? Oh ! que les brasiers de l'enfer seront terribles pour toi, si, au lieu d'aimer un Dieu qui t'aime tant, tu le méprises, tu l'outrages et tu foules aux pieds ses divins commandements ! Ô mon Dieu, c'est de tout mon coeur que je veux vous aimer, non point pour la crainte de l'enfer, mais pour l'amour de vous-même. Ô mon Sauveur, prenez, s'il vous plaît, une pleine, entière et éternelle possession de mon coeur.

Notre adorable Sauveur n'est pas seul qui s'appelle le Fidèle et le Véritable; car la sainte Église donne aussi cette qualité à sa divine Mère : Virgo fidelis, Vierge fidèle. Cette Vierge Mère a déclaré à quelques-uns de ses favoris, ainsi qu'il est rapporté au Traité quatrième de sa triple Couronne (1), chapitre IX, § 9, qu'entre les titres d'honneur qui lui étaient donnés dans les Litanies qu'on chante tous les jours à sa louange, ceux qui lui agréaient le plus étaient : Mater amabilis, Mater admirabilis et Virgo fidelis. Et certes c'est bien avec raison qu'elle porte cette qualité, car elle est très fidèle en ses paroles et en ses promesses.

Écoutons la parler : Transite ad me omnes (2), c'est le Saint-Esprit qui la fait parler ainsi : « Venez tous à moi » : Omnes, non pas seulement quelques-uns, mais tous, hommes et femmes, grands et petits, riches et pauvres, jeunes et vieux, enfants et adolescents, sains et malades, justes et pécheurs, fidèles et infidèles, savants et ignorants; car je désire vous soulager tous en vos nécessités, et procurer le salut de tous. Venez à moi qui suis la Mère de votre Créateur et de votre Rédempteur; à moi qui suis votre Reine et votre Souveraine; à moi qui suis votre Mère et une Mère toute d'amour : Mater pulchrae dilectionis (3). Venez à moi avec grande confiance; car Dieu m'a donne tout pouvoir au ciel et en la terre, et j'ai plus d'amour et plus de tendresse pour vous, qu'il n'y en a jamais eu dans les coeurs de toutes les mères qui ont été, qui sont et qui seront. Venez à moi; car, comme j'ai donné la vie à votre chef adorable, qui est mon Fils Jésus, je puis aussi la donner à ses membres : Qui me invenerit, inveniet vitam (4). Venez à moi; car, comme je vous ai donné un Sauveur, je puis aussi et je veux coopérer avec votre salut éternel: Qui me invenerit, hauriet salutem a Domino (5). Venez à moi; car je vous aiderai en tous vos besoins; je serai toujours avec vous pour vous conduire partout et en toutes choses; je vous consolerai dans vos afflictions; je vous protégerai parmi tous les périls de cette vie; je vous défendrai de tous vos ennemis visibles et invisibles; je vous éclairerai dans les ténèbres; je vous fortifierai dans vos faiblesses; je vous soutiendrai dans vos tentations; je vous assisterai à l'heure de votre mort; je recevrai vos âmes à la sortie de leurs corps, et je les présenterai à mon Fils. Enfin, je vous logerai dans mon sein et dans mon Coeur maternel; je vous aurai toujours présents devant mes yeux; et je vous ferai voir que j'ai un véritable Coeur de Mère pour vous.
Mais écoutez-moi, mes enfants : Nunc ergo filii audite me (6); car bienheureux est celui qui m'écoute et qui obéit à mes paroles: Beatus homo qui audit me (7). Qu'est-ce que j'ai à vous dire ? Jetez les yeux sur la vie que j'ai menée en la terre, et sur toutes les vertus que Dieu m'a fait la grâce d'y pratiquer : ce sont autant de voix qui vous parlent et qui vous disent : Beati qui custodiunt vias meas (8) : « Bienheureux ceux qui marchent par le chemin par lequel j'ai marché », c'est-à-dire qui marchent par la voie de la foi, de l'espérance, de la charité, de l'humilité, de l'obéissance, de la pureté, de la patience et des autres vertus que j'ai pratiquées en la terre.

Embrassez donc toutes ces vertus de tout votre coeur, et surtout ayez un grand amour pour mon Fils Jésus; et si vous l'aimez, gardez fidèlement tous ses commandements : Quodcumque dixerit vobis facite (9).
Enfin sachez que mon Fils et moi, nous aimons ceux qui nous aiment : Diligentes nos diligimus (10). Aimez-nous donc comme votre Père et votre Mère; et nous vous aimerons tendrement et ardemment comme nos très chers enfants. Mais si vous nous aimez véritablement, efforcez-vous de mettre notre amour dans les coeurs des autres; et ces paroles s'accompliront au regard de vous : Qui elucidant nos, vitam aeternam habebunt (11) : «Ceux qui nous font connaître et aimer auront la vie éternelle.»

Voilà les paroles et les promesses de notre très bonne Mère, qui s'accompliront infailliblement au regard de ses véritables enfants; et même elle fait souvent plus qu'elle n'a promis.

Ô Jésus, Fils unique de Dieu, qui avez voulu être le Fils unique de Marie et nous mettre au rang de ses enfants et de vos frères, faites-nous participants, s'il vous plaît, de l'amour que vous lui portez, comme aussi de l'amour qu'elle vous porte, afin que nous aimions Jésus avec le Cœur de Marie, et que nous aimions Marie avec le Cœur de Jésus, et que nous n'ayons qu'un cœur et qu'un amour avec Jésus et Marie.

(1) Du R. P. Poiré,S.J.
(2) Eccli. XXIV, 26.
(3) Eccli. XXIV, 24.
(4) Prov. VIII,35.
(5) Prov. VIII, 35.
(6) Prov. VIII, 32.
(7) Prov. VIII, 34.
(8) Prov VIII, 32.
(9) Joan, II, 5.
(10) « Diligentes me, diligo. » Prov. VIII, 17.
(11) Eccli. XXIV, 31.
Fin.

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#33 Message par Laetitia » jeu. 15 déc. 2016 17:32


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#34 Message par Laetitia » jeu. 02 juil. 2020 11:09


Parmi les sept pratiques particulières de la dévotion à la Sainte Vierge, que nous propose Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, se trouve la récitation (ou chant) du Magnificat ...
Pour remercier Dieu des grâces qu'il a faites à la très-sainte Vierge, ils [ceux qui voudront entrer dans cette dévotion particulière] diront souvent le Magnificat, à l'exemple de la bienheureuse Marie d'Oignies et de plusieurs autres Saints ; c'est la seule prière et le seul ouvrage que la Sainte-Vierge ait composé, ou plutôt que Jésus a fait en elle, car il parlait par sa bouche; c 'est le plus grand sacrifice de louange que Dieu ait reçu d 'une pure créature dans la loi de grâce ; c'est, d'un côté, le plus humble et le plus reconnaissant, et de l'autre, le plus sublime et le plus relevé de tous les cantiques.

Il y a dans ce cantique des mystères si grands et si cachés, que les Anges en ignorent. Gerson, qui a été un docteur si pieux et si savant, après avoir employé une grande partie de sa vie à composer des traités si pleins d 'érudition et de piété sur les matières les plus difficiles, n 'entreprit qu'en tremblant, sur la fin de sa vie, d 'expliquer le Magnificat, afin de couronner tous ses ouvrages. Il nous rapporte, dans un volume in-folio qu'il en a composé, plusieurs choses admirables de ce beau et divin cantique ; entr'autres choses il dit, que la très-sainte Vierge le récitait souvent elle même, et particulièrement après la sainte Communion pour action de grâces.

Le savant Benzonius, en expliquant le même Magnificat, rapporte plusieurs miracles opérés par sa vertu, et il dit que les diables tremblent et s'enfuient quand ils entendent ces paroles du Magnificat : Fecit potentiam in brachio suo, dispersit superbos mente cordis sui.

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#35 Message par Laetitia » jeu. 02 juil. 2020 16:04


Les Petits Bollandistes, au 2 juillet a écrit :

La Fête de la Visitation de la Sainte Vierge à sainte Élisabeth.


Si Mariam diligitis, si contenditis ei placere, æmulamini modestiam ejus. Nec in sola tamen Mariæ taciturnitate commendatur humilitas, sed evidentius resonat in sermone ad angelum et ad Elisabeth.

Si vous aimez Marie, si vous cherchez à lui plaire, imitez sa modestie. Ce n'est pas seulement dans son silence qu'éclate son humilité  ; ses paroles à l'archange Gabriel et à sa cousine sainte Elisabeth la proclament d'une manière plus frappante encore. S. Bern., Hom. de Prærogat. B. M. V.


C'est ici le second mystère de l'économie de notre salut, et le premier après celui de l'Incarnation de Jésus-Christ dans le sein de la Sainte Vierge. La grâce de Chef et de Sauveur qui était en lui ne put demeurer longtemps renfermée : il fallut lui donner de l'air et la mettre en exercice, afin qu'il imitât en quelque manière, dans ses émanations surnaturelles, la fécondité de son Père éternel, qui n'a jamais été sans produire et sans se communiquer. Le premier sujet qu'il choisit pour exercer son office fut saint Jean-Baptiste, fils de saint Zacharie et de sainte Élisabeth, et désigné son précurseur. Ainsi, après le départ de l'ange Gabriel, qui avait annoncé à la glorieuse Vierge les merveilles qui se devaient accomplir en elle, et lui avait aussi révélé que sainte Élisabeth, sa cousine, était enceinte de six mois, Notre-Seigneur inspira à sa mère d'aller faire sa visite à cette chère cousine, afin de travailler sans délai à l’œuvre de la sanctification de son Fils. Marie reçut cette inspiration avec un profond respect, et s'y soumit sans délai. « Elle se leva », dit l'évangéliste saint Luc, qui a eu la mission d'apprendre ce secret à l’Église chrétienne, « s'en alla en hâte sur les montagnes, en une cité de Juda, et, entrant dans la maison de Zacharie, elle salue Élisabeth ».

Nous voyons en cette action son obéissance, sa charité et sa gratitude. Son obéissance, puisque, sans raisonner sur la longueur et la difficulté du chemin, ni sur l'incommodité de la saison, qui était la fin de l'hiver, elle exécuta sans aucun retardement ce que l'Esprit de son Fils lui inspirait. Sa charité, puisqu'elle entreprit ce voyage dans le dessein d'assister sa cousine dans les besoins de sa grossesse, et de lui rendre tous les services que les femmes ont coutume de se rendre dans ces occasions. Sa gratitude, puisqu'elle le fit sans doute en partie pour reconnaître les assistances qu'elle-même avait reçues, dans son enfance, de cette sainte femme, laquelle ayant autorité dans les appartements du temple, comme épouse de l'un des principaux pontifes, avait eu un soin particulier, selon plusieurs docteurs, que rien ne lui manquât dans le temps qu'elle y fut retirée.

Mais la vertu qui éclate davantage en cette résolution, et que saint Ambroise y pèse aussi plus particulièrement, c'est l'humilité. Marie vient d'être élevée au-dessus de toutes les créatures du ciel et de la terre par la grâce incomparable de la maternité divine elle vient d'être établie la Reine des anges et des hommes, et la Souveraine de tout l'univers cependant, elle ne fait point difficulté d'aller visiter cette sainte femme qui était infiniment au-dessous d'elle, et elle entreprend un long et pénible voyage pour se rendre, pour ainsi dire, sa servante pour le reste de sa grossesse. Quel prodige d'abaissement ! Il ne faut pas néanmoins s'en étonner ; l'humilité ne pouvait être séparée de la maternité divine, et il était convenable qu'elle fût aussi profonde en Marie que sa dignité de Mère de Dieu était sublime, afin qu'elle ne ressemblât pas moins à son Fils dans l'excès de son abaissement qu'elle approchait de lui par la grandeur de son élévation. Aussi, nous pouvons dire que le mépris d'elle-même, qu'elle a fait paraître en cette conduite, est une des grâces les plus signalées qu'elle ait reçues de la libéralité divine, et la disposition par laquelle elle a été le plus agréable à Dieu et lui a gagné le cœur avec plus de force et de pouvoir.
(à suivre)

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#36 Message par Laetitia » jeu. 02 juil. 2020 22:10

C'est donc en cette disposition qu'elle partit de Nazareth et qu'elle s'avança vers la ville où demeuraient Zacharie et Élisabeth. Quelques auteurs ont cru que Joseph accompagna son Épouse dans le chemin, et que, l'ayant conduite chez Zacharie, il revint sur ses pas pour continuer son travail habituel, sans avoir rien su de ce qui s'était passé entre elle et Élisabeth dans le moment de leur salutation mutuelle. Il n'y a guère d'apparence, disent-ils, qu'une jeune fille de quatorze ans, telle qu'était la Vierge, eût voulu aller seule dans la campagne en un lieu si éloigné, et qui était distant de Nazareth de vingt-huit ou trente lieues. Mais ce voyage de Joseph est incertain ; l’Écriture et la tradition n'en parlent point d'ailleurs, la Vierge a pu se faire accompagner dans son voyage par quelqu'une de ses parentes ou de ses voisines.

L’Évangile ne nomme point la ville où demeurait le saint pontife Zacharie ; mais on tient communément que c'était Hébron (*), parce qu'entre les villes sacerdotales il n'y avait que celle-là qui fût sur les montagnes de Juda. Cette ville était très-ancienne et des plus considérables de la Palestine car elle avait été autrefois la ville capitale des Géants, si célèbre dans l’Écriture sous le nom d'Enakim, et, depuis, elle était devenue très-illustre par la sépulture d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, par la translation des ossements de Joseph et par le premier siège du règne de David. Il y avait, près de ses portes, un térébinthe que l'on disait être aussi ancien que le monde, et qui durait encore du temps d'Hégésippe et de saint Jérôme, c'est-à-dire après plus de quatre mille quatre cents ans. La Vierge, y étant entrée accompagnée invisiblement d'un grand nombre d'anges qui n'admiraient pas moins son humilité et son courage qu'ils n'adoraient sa maternité divine, salua sa cousine Elizabeth. Saint Luc ne rapporte point ce qu'elle lui dit, et quel salut elle lui donna. Il y a grande apparence que le Saint-Esprit, qui a conduit la plume de cet Évangéliste et lui a inspiré ce qu'il devait écrire, en a ainsi disposé pour favoriser l'humilité de la Vierge, dont toute l'inclination était de parler fort peu d'elle-même, et d'en laisser fort peu parler. On pourrait même penser que, comme ce fut elle qui apprit à saint Luc toute la suite de cette histoire sainte, elle lui cacha exprès cette circonstance, ne lui disant que ce qu'il était absolument nécessaire de découvrir aux fidèles pour leur édification, afin de confondre la vanité et la présomption des enfants d'Adam, qui ne peuvent s'empêcher de parler de leurs propres actions, bien qu'elles soient remplies de défauts et d'imperfections, et qu'elles portent, depuis le commencement jusqu'à la fin, les marques évidentes de leur dépravation et de leur faiblesse. Ne cherchons donc point curieusement avec quelles paroles cette admirable Vierge aborda sa cousine et qu'il nous suffise d'en admirer les effets, qui sont tout à fait surprenants et montrent clairement que la Sagesse éternelle qui résidait en son sein, a parlé aussi par sa bouche, et donnait force et bénédiction à tout ce qu'elle disait.
(*) En fait et plus exactement ce n'est pas Hébron mais Ein Karem

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#37 Message par Laetitia » jeu. 02 juil. 2020 22:11

Elle prononça deux ou trois mots, comme on a coutume de le faire ; en saluant un ami, et aussitôt l'Enfant qu’Élisabeth portait dans son sein tressaillit de joie, et cette sainte femme fut remplie elle-même du Saint-Esprit, et s'écria d'une voix forte :« Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d'où m'arrive cet honneur que la Mère de mon Seigneur me vienne visiter ? car voilà qu'aussitôt que votre salut a frappé mes oreilles, l'enfant que je porte a tressailli de joie dans mes entrailles. Vous êtes, en vérité, bienheureuse d'avoir cru ;car les choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur seront infailliblement accomplies ». A ce moment, le petit saint Jean-Baptiste reçut la grâce et la raison, et son esprit fut élevé à la connaissance et à l'adoration du Seigneur tout-puissant qui était devant lui. Et ce fut par l'abondance de cette grâce et par la force de cette lumière qu'il eut un mouvement extraordinaire dans le sein de sa mère, soit qu'il se retourna comme pour saluer Jésus-Christ et la Vierge, selon ce beau mot de saint Augustin : De utero in uterum salutabat ; « d'un sein il le saluait dans un autre sein » ; soit qu'il fît seulement un bond miraculeux, afin de témoigner la grandeur de son allégresse pour leur aimable présence. Non-seulement il fut rempli de grâce et de lumière, mais il en remplit aussi sa mère, suivant cette autre parole de saint Ambroise : Spiritu Sancto repletus, replevit et matrem : « Ayant reçu la plénitude du Saint-Esprit, il la communiqua à celle qui le portait dans ses flancs » ; de sorte qu’Élisabeth, par une illumination toute divine qui lui fut donnée en considération de son fils, connut à cet instant les deux plus grands ouvrages qui soient jamais sortis de la main de Dieu nous voulons dire l'Incarnation du Verbe divin dans le sein d'une Vierge, et l'élévation d'une Vierge à l'auguste qualité de Mère de Dieu ; et elle fut aussi la première qui rendit un hommage extérieur et public à ces deux mystères, en disant « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni ». Comme le remarque saint Ambroise, Élisabeth entendit la première la parole de Marie, mais Jean sentit le premier la grâce merveilleuse qui en coulait; celle qui fut donnée à Élisabeth fut un rejaillissement de celle dont Jean avait été rempli Marie fut l'organe de l'une et de l'autre, et Jésus parlant par sa bouche, en fut le premier principe, ou plutôt Marie portant Jésus, et Jésus porté et appliqué par Marie en furent comme un seul principe, parce que Marie avait alors cet honneur incomparable d'être comme une même substance avec Jésus.

C'est donc ici un mystère de manifestation et de sanctification, mais d'une manifestation et d'une sanctification si extraordinaires, qu'elles n'ont jamais eu et n'auront jamais leur semblable. Des enfants, qui ne sont pas encore nés, éclairent leurs mères et s'entre-parlent par leurs mères. Jésus, encore résidant dans les entrailles de Marie, se fait sentir à Jean, renfermé aussi dans le sein d'Élisabeth ; il le purifie du péché originel, lui confère la grâce, le justifie et le sanctifie, le remplit du Saint-Esprit, l'élève à une haute contemplation de la divinité et du ministère de notre rédemption, lui fait connaître l'éminence de l'état où il l'appelle, et répand dans son âme les dispositions nécessaires pour en remplir tous les devoirs; enfin, tout enfant qu'il est lui-même, il fait de cet enfant un prophète, un apôtre, un grand prédicateur et un prodige de sagesse et de sainteté. Et comment opère-t-il ces merveilles ? Il les opère par un mot qu'il met dans la bouche de Marie mot si puissant et si efficace que, passant par les oreilles d’Élisabeth, il entre jusque dans l'esprit et dans le cœur de son fruit, et que d'un vaisseau de colère, il fait un vaisseau de grâce et de toutes sortes de bénédictions. D'ailleurs, saint Jean répond à Jésus et à Marie il leur parle par ses bonds, dit saint Jean Chrysostome : Nondum nascitur, et saltibus loquitur. Il leur témoigne sa joie et sa reconnaissance, il leur exprime le désir qu'il a de sortir de sa prison pour commencer son office de prédicateur, de prophète et de précurseur. Quid hic sedeo vinctus ? lui fait dire cette bouche d'or : exibo, præcurram. et prædicabo omnibus: ecce Agnus Dei : « Pourquoi demeurerai-je ici lié ? j'en sortirai, j'irai au-devant de mon Seigneur, et je prêcherai à tout le monde que l'Agneau de Dieu est venu ».
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Re: Magnificat anima mea Dominum.

#38 Message par Laetitia » jeu. 02 juil. 2020 22:17

Mais comme il était encore muet, il se sert de sa mère pour déclarer ses sentiments. Il déverse dans l'esprit de sa mère une lumière prophétique, qui lui fait connaître les grandes merveilles qui étaient devant ses yeux : Spiritus sui et gratiæ superabundantiam in eam refundit, dit l'abbé Guerrier. Il fait naître dans son cœur, avec une joie inestimable, une singulière révérence pour la Vierge qui portait dans son sein son souverain Seigneur. Enfin, il lui met dans la bouche les paroles les plus obligeantes et les plus aimables que cette Vierge pût attendre de sa piété. Paroles d'une profonde humilité « Et d'où me vient cet honneur que la Mère de mon Seigneur me daigne visiter ? » Paroles de louanges et de bénédiction «  Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni ». Paroles de remerciement et de congratulation « Dès que votre voix a frappé mes oreilles, l'enfant que je porte a tressailli de joie dans mes entrailles ». Paroles d'applaudissement et d'admiration : « Vous êtes en vérité bienheureuse d'avoir cru ». Enfin, paroles de foi et de prophétie : « Les choses qui vous ont été annoncées de la part du Seigneur s'accompliront infailliblement dans la suite de tous les siècles ».

Il y a, dans toutes ces choses, de quoi admirer et de quoi imiter. Nous devons admirer les merveilles que fait le Tout-Puissant pour manifester son Fils et pour relever la bassesse de son état d'enfant ; mais nous devons imiter les vertus qui éclatent dans ces deux enfants et ces deux mères, qui sont, en quelques mots, l'humilité, la charité, le reconnaissance, la dévotion, la ferveur, et beaucoup d'autres que les âmes saintes y pourront remarquer par une pieuse méditation. Il est temps d'écouter la Vierge et de voir ce qu'elle répondit aux louanges qu'Élisabeth lui donnait.
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Re: Magnificat anima mea Dominum.

#39 Message par Laetitia » ven. 03 juil. 2020 9:20

« Mon âme », dit-elle, « glorifie le Seigneur ». Élisabeth loue Marie ; mais Marie s'élève au-dessus de ces louanges et s'applique uniquement à bénir Jésus-Christ, qu'elle portait dans son sein.

Elle ne ressemble pas aux enfants d'Adam, qu'on ne peut louer de leurs actions et des dons mêmes qu'ils ont reçus de Dieu, sans qu'ils se préoccupent honteusement de ce qu'on leur dit, et qu'ils n'y prennent plaisir par un amour criminel et insupportable de leur propre excellence.

Comme elle est toute retirée en Dieu, et toute remplie de la considération, ou, pour mieux dire, du sentiment et du goût de sa grandeur, de sa puissance et de sa bonté, devant lesquelles toute créature n'est rien, elle ne peut recevoir de louange que pour lui, elle lui renvoie toute sorte d'honneur ; et son âme, qui est véritablement sienne, parce qu'elle ne se la laisse pas dérober par les choses caduques et périssables, n'a d'action que pour le bénir et l'exalter.

Elle le glorifie par ses paroles et par les profonds anéantissements de son cœur, elle le glorifie en reconnaissant devant le ciel et la terre que lui seul mérite les adorations des anges et des hommes. 

« Elle le glorifie », dit saint Augustin sur le Magnificat, « par un respect plein d'amour, de tendresse et d'affection ».

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Re: Magnificat anima mea Dominum.

#40 Message par Laetitia » ven. 03 juil. 2020 9:23

« Et mon esprit», ajoute-t-elle, « s'est réjoui en Dieu, mon Sauveur ».

L'âme et l'esprit dans l'homme font une même substance immatérielle : cette substance est l'âme en tant qu'elle anime ; cette substance est l'esprit en tant qu'elle accomplit les opérations intellectuelles et se met par là en relation avec le monde immatériel, et s'élève vers Dieu.

Dans l'état d'innocence, l'homme se portait à Dieu, non-seulement selon la partie raisonnable et intellectuelle, mais aussi selon la partie que nous appelons animale car la grâce de cet état florissant, que l'on nomme justice originelle, était si douce et si puissante, qu'elle tenait la chair et tous les sens agréablement assujettis à l'esprit : ce qui faisait qu'ils tendaient à Dieu sous sa conduite sans aucune contradiction, et participaient même, en quelque manière, à la dignité de la partie raisonnable. Mais cette heureuse condition a été entièrement ruinée par le péché du premier homme ; et, au lieu que la chair était alors un peu spirituelle, l'esprit, depuis cette chute, est devenu charnel et grossier, n'ayant plus que des pensées et des sentiments qui l'appliquent aux choses de la terre.

Et, quoique notre nature ait été réparée par la grâce du Médiateur, cette parfaite obéissance de la chair à l'esprit n'a pas néanmoins été réparée, et les plus justes ont sujet de se plaindre, avec saint Paul, qu'ils ressentent en leurs membres une loi maudite et criminelle qui s'oppose à la loi de leur raison.

Mais il n'en est pas de même de la Vierge sacrée : comme elle n'avait point eu de part au péché de notre père, et qu'elle était incomparablement plus pure et plus privilégiée, non-seulement qu'Adam innocent, mais aussi que les esprits célestes, son âme et son esprit n'étaient point opposés entre eux ils n'avaient l'un et l'autre qu'un même objet et une même fin ; ils se portaient l'un et l'autre à Dieu, et elle pouvait dire continuellement ce que le Roi-Prophète a dit une fois : « Mon cœur et ma chair se sont réjouis dans le Dieu vivant ».

C'est ce qu'elle exprime admirablement dans les paroles de son cantique, lorsqu'elle dit que « son âme glorifie le Seigneur, et que son esprit s'est réjoui en Dieu, son Sauveur ». Car, par ce peu de mots, elle fait voir que son âme a les mêmes fonctions que son esprit, qui sont de glorifier Dieu, et que son esprit s'étend aussi aux fonctions de son âme, qui sont de se réjouir d'avoir un Fils d'un mérite si grand et si fort au-dessus du mérite de tous les hommes.

Elle glorifie donc Dieu et elle se réjouit en lui par son esprit et par son âme, et sa joie est d'autant plus grande que les sujets qu'elle a de se réjouir, tant selon la nature que selon la grâce, sont éminents et surpassent tout ce qui peut donner de la joie à une créature.

Au reste, c'est avec beaucoup de justice qu'elle appelle Dieu son propre Sauveur car il n'a été Sauveur des autres hommes que du salut de délivrance et de rédemption, tandis qu'il a été le sien du salut d'une préservation parfaite, en l'empêchant, par les mérites de son sang, auquel Dieu a eu égard dès le commencement du monde, d'avoir aucune part au péché d'Adam.
(à suivre)

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