Sur nos Routes d'Exil: Les BÉATITUDES

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Monique
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Re: Sur nos Routes d'Exil: Les BÉATITUDES

#71 Message par Monique » jeu. 04 août 2016 18:22

4. Les forts et les faibles.
Va-t'en vite par les places et les rues et amène ici les pauvres, les estropiés et les boiteux. (2)

Une âme faible est habitée par la misère. Là où le fort est de plain-pied, le faible est hésitant et tremble de peur. Là où le fort se met en colère et oublie, le faible n'ose rien dire, mais il n'en finit plus ravaler sa colère; là où le fort est libre et se meut avec aisance, le faible est accaparé, préoccupé péniblement, il n'est guère disponible pour autre chose. Enfin parce que le faible se sent croulant et incertain il essaierait facilement de se donner du courage par des rêves de vanité et d’orgueil. Et il risque d'être jaloux de ceux en qui il devine plus de facilité d'adaptation ou plus de chance.

Mais ces ressentiments, cette peur, ces tortures causées par des préoccupations infimes, cette vanité, cette jalousie, que sont-elles en réalité ? De la misère psychologique en même temps que du péché. C'est de la misère au sens propre du terme: c'est-à-dire quelque chose de fatal et de pitoyable.

Et l'assurance, la générosité, la disponibilité du fort que sont-elles ? elles peuvent (elles doivent) être de la vertu. Mais elles ne sont point cela d'abord; elles sont un cadeau de la nature; ils ont la chance d'être ainsi.
(2) Luc, XIV, 21.

A suivre...

Monique
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Re: Sur nos Routes d'Exil: Les BÉATITUDES

#72 Message par Monique » ven. 05 août 2016 17:03

Devant Dieu, en face de sa miséricorde et de son amour, y a-t-il encore fort et faible? Une parole de Saint Paul nous donne la réponse; il suffit de la transposer: de même qu'il n'y a plus ni Grec, ni Juif, il n'y a plus, en un sens, ni fort, ni faible; ils sont tous un dans le Christ Jésus. La faiblesse n'est pas exempte de fautes, pas plus que la force, car tous ont péché et sont vides de la gloire de Dieu. Seulement, ce qui importe, c'est de voir exactement où est la faute; la faute chez les faibles ne consiste pas la misère, mais dans l'absence de Foi et d'Amour au coeur de cette misère; dans le refus d'offrir cette misère par lassitude et découragement, et sans doute au fond par orgueil; dans le refus de faire du spectacle vivant de sa triste misère. Le travail de ses mains et l'amour de ses yeux.

Ce que Dieu demande au faible, tout de suite, immédiatement, ce n'est pas une réussite parfaite dans la vertu, c'est le repentir de son peu de vertu, la confiance et l'effort inlassable. C'est aussi, et avant tout, de s'accepter comme il est, de ne pas s'attacher d'importance, de consentir à n'être que cela, de ne pas se croire un martyr, de ne pas dramatiser. Ce que voudrait le faible, ce vers quoi il aspire avec véhémence, c'est l'équilibre et l'aisance intérieure: ce que Dieu lui demande de vouloir premièrement c'est le royaume de Dieu. Que le faible ait donc le courage de désirer comme Dieu; qu'il ait aussi le courage de voir ce qui en lui offense Dieu et ce qui ne l'offense pas. Et je sais bien que le péché est inextricablement mêlé à sa faiblesse; mais enfin il y a ce qui est du péché et ce qui est de la misère; or c'est cela qui est du péché dont il doit, avant tout, souhaiter la délivrance.

Et c'est difficile. Trop souvent le faible tient moins à être délivré du péché dans sa faiblesse, que de sa faiblesse elle-même, et cela non point parce qu'elle est obstacle à Dieu (au fond elle ne l'est pas) - mais parc qu'elle est humiliation intime et irrécusable, parce qu'elle le rend trop souvent inégal à la vie et au hommes et plus ou moins dépareillé. La grâce ne fait pas obligatoirement de miracle. Seulement, et il faut le crier bien fort, dans la mesure la grâce délivre le faible des intrications du péché dans la misère, celle-ci a beau persister elle n'est plus occupante, elle se trouve adaptée à Dieu; et le faible entre dans la liberté de l'Amour, qui est au-delà de la faiblesse et de la force.
FIN
Extraits du livre ''Sur nos Routes d'Exil: Les BÉATITUDES"
par
R.Th. Calmel. o.p.

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