Saint Joseph intime

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Laetitia
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[quote="Charles Sauvé, "Saint Joseph intime""]DIX-HUITIÈME ÉLÉVATION

Les divines Grandeurs de saint Joseph (les grandeurs de sa sainteté).



Les anges sont dignes d'un culte religieux pour leurs relations spéciales avec la Divinité, ― et pour la sainteté qui divinise ces relations. Beaucoup de saints également sont honorés pour leur rôle spécial : par exemple d'apôtres, de docteurs, de martyrs, de vierges ― et pour la sainteté dont ils ont animé ce rôle.

Il reste cependant un assez bon nombre de saints qui sont honorés seulement pour cette seule grandeur divine : la sainteté, tel saint Labre...

Saint Joseph est d'abord honoré pour son rôle à part à l'égard de Jésus et de Marie. Mais nous savons qu'en lui la sainteté a été parfaite­ment à l'égal de ce rôle. C'est une autre gran­deur qui appelle encore notre culte le plus reli­gieux.
Dans cette grandeur de la sainteté, Dieu a toujours le rôle prédominant.

Assez souvent même il a un rôle unique. L'enfant au Baptême devient saint sans coopérer à sa sainteté et même sans pouvoir s'en douter. Et si l'on savait combien ce petit être est saint, de quel religieux amour, de quel respect on l'entoure­rait ! Et quand il quitte la terre trop tôt au gré de ses parents, quel petit ange ! Combien il est puissant pour leur obtenir les grâces les plus précieuses ! Et je songe à saint Joseph petit enfant sanctifié, objet des complaisances à part des anges et de Dieu, et dont nous pouvons ho­norer l'enfance très sainte par notre culte. Si petit et si grand déjà !

Mais, d'ordinaire, Dieu veut que l'homme soit, en collaboration avec lui, l'artisan de sa sainteté en se disposant à la grâce et en y coopérant. Et je vénère encore en vous, ô saint Joseph, après Marie, le modèle de la collaboration de l'homme avec Dieu. Aux initiatives ineffablement libérales et aimantes de Dieu, avec quel amour toujours plus profond vous avez répondu !

En méditant sur la sainteté de saint Joseph, nous n'oublierons point l'action de Dieu, nous en adorerons la richesse et la plénitude, et, en même temps, toujours nous admirerons la collaboration de ce grand Saint avec Dieu et nous nous exciterons à l'imiter moins mal.

Nous voulons méditer et les éléments de la sainteté en saint Joseph, ― et les sources d'où lui venait sa sainteté.

D'abord les éléments. De quoi la sainteté est-elle faite ? Elle est faite de la Grâce sancti­fiante, ― des Vertus et des Dons que nous développons de concert avec Dieu, ― et des Grâces actuelles auxquelles nous devons coopé­rer.
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[quote="Charles Sauvé, "Saint Joseph intime""]I - LA GRÂCE SANCTIFIANTE EN SAINT JOSEPH.

La grâce sanctifiante, c'est comme la « sub­stance de l'homme nouveau ».
Quand la Providence prépare un grand homme, elle le dote, dès l'origine, d'une na­ture (1) plus riche. A plus forte raison, la Pro­vidence, dans son infinie sollicitude sur la Sainte Famille, mit-elle en saint Joseph, avec la nature la plus exquise, la plus magnifique surnature.

La sainte Trinité se répandit de bonne heure (2) en vous, ô saint Joseph, avec un amour unique : et, en même temps qu'elle venait en vous, elle, l'infinie pureté, l'infinie beauté, l'infinie bonté, l'infini amour, elle répandait en votre âme la grâce sanctifiante dans une mesure admirable et vous comblait de tous les biens divins qui sanctifient.

Et aussitôt que votre raison et votre liberté vous le permettent, ― ce fut sans doute de très bonne heure : car ce privilège exceptionnel s'accorde si bien avec votre destinée exception­nelle et unique ! ― aussitôt votre cœur si aimant, ô admirable Collaborateur de Dieu, exploita ces trésors avec une générosité qui fait penser à la générosité de Marie dans son enfance.
Dans votre petite âme d'enfant, si grande par sa simplicité et son humilité sans égales, je vois dès lors se déclarer une sorte d'émulation entre les effusions de la grâce sanctifiante, par laquelle Dieu lui-même se donne en personne, et le don sans réserve que vous lui faites de vous-même.
Pour mesurer ces effusions divines et les ré­ponses du saint enfant, je me placerai toujours dans la perspective de la Providence qui veut assortir parfaitement saint Joseph à la Vierge des vierges, à la Mère admirable de Dieu et à son divin Fils.

Et je ne veux pas oublier une autre visée divine qui me semble très touchante : la grâce sanctifiante est pour rendre l'âme divinement agréable à Dieu. Mais, en même temps que Dieu voulait voir saint Joseph toujours plus agréable à ses yeux, il voulait que par la grâce il fût divinement agréable aux yeux de Jésus et de Marie. Comme il se pressait donc pour que cette créature, noble et sainte entre toutes, et son divin Fils fussent accueillis par un saint divine­ment aimable, c'est-à-dire saint au degré qui leur convenait !


(1) - Qui résulte, d'après Saint Thomas d'Aquin, d'une union plus parfaite de l'âme avec un organisme plus parfait.

(2) - Des théologiens retardent la sanctification de saint Joseph jusqu'à la circoncision. Beaucoup pensent que Saint Joseph fut, et plus tôt que Saint Jean-Baptiste, sanctifié dès le sein de sa mère. Dans le « Coeur de Saint Joseph » (aux bureaux Eucharistiques, Tourcoing), p. 9, le P. Tesnière parle de Saint Joseph « purifié de la tâche originelle aussitôt après sa formation ». Ceux qui admettent cette opinion admettent nécessairement, en même temps, une différence essentielle entre Marie et Joseph. L'âme de Marie a été créée en état de grâce, l'âme de Saint Joseph, créée en état de péché originel, n'a été qu'ensuite purifiée de ce péché originel et sanctifiée.

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[quote="Charles Sauvé, "Saint Joseph intime""]Le Baptême sacramentel n'existait point en­core. Mais ces effusions de la grâce que le Père, le Fils, le Saint-Esprit, répandirent de bonne heure en l'âme de saint Joseph, étaient un bap­tême intérieur qui mettait le ciel en fête, mieux que ne l'avait fait jamais encore aucune sanctifi­cation de saint. Et je me réjouis avec le ciel et je vous félicite, ô saint Joseph, de ces faveurs sans pareilles.

La grâce de la Confirmation, non plus, n'était pas encore attachée à un signe extérieur; mais quel épanouissement, quelle plénitude des dons de l'Esprit-Saint dans l'âme du petit Joseph ! Enfants, que vous devriez honorer saint Joseph à cause de sa sainteté d'enfant !

La grâce du Mariage n'était point encore liée sacramentellement au consentement des époux; mais Joseph et Marie ne reçurent-ils pas toutes les richesses de cette grâce ? Qui les dira, ces richesses, dès le jour de leur mariage ! Et cette grâce s'accroîtra sans cesse. Comme elle s'accroîtra quand Jésus sera là ! « Bien des fois, n'avons-nous pas lieu de le croire ? l'Enfant Jésus prit une des mains de Joseph et une de Marie, il les baisait toutes deux, et les unissait sans doute l'une à l'autre. Bénissant ces deux Époux, déjà liés par un véritable contrat matrimonial, il répandait en eux une grâce supérieure à celle qu'ont coutume de recevoir de lui les autres époux, depuis que par sa mort le ma­riage est devenu un sacrement (P. J. Gratien : Excellences de Saint Joseph, p. 134). »

L'Eucharistie n'avait point encore été insti­tuée. Saint Joseph ne put pas, sans doute, même en entendre la promesse à Capharnaüm. Mais pensez-vous que le divin Enfant ne pro­duisait pas dans saint Joseph tous les effets de transformation, de charité, de ferveur, de joie, qu'il produira dans les plus fervents commu­niants ?

« Ses embrassements avaient une force et une valeur d'une efficacité inestimable. Je consi­dère que le saint vieillard revenait quelquefois fatigué de son travail pour le soutien de la famille. Le très doux Enfant Jésus allait au-de­vant de lui. Par un mouvement plein d'amour et de gratitude. il jetait ses bras autour du cou de Joseph, et lui donnait mille suaves baisers. Une seule de ces rencontres, qui furent si nom­breuses, eût été suffisante pour causer en lui des effets beaucoup plus considérables que s'il eût été trente ans continus en contemplation dans le désert (P. Gratien : ibid; » et sans doute elle produisait en lui des effets que la Communion, vu leurs infirmités, ne produit pas aussi riches en des âmes très saintes. Vous qui communiez ou désirez communier, prenez saint Joseph pour modèle.

L'Extrême-Onction, non plus, n'existait point encore. Mais l'Auteur même de l'Extrême-Onc­tion et de toute grâce, de toute consolation, de toute force, était là. Et comme il répandait en son père bien-aimé les suprêmes effusions de la grâce sanctifiante, avec les grâces de résigna­tion, de courage, de joie !

Aimons à honorer ces effusions suprêmes : saint Joseph à notre dernière heure nous rendra cet honneur (Cf. Isol. : Summula J., nn. 590, 591. ―P. Gratien : op. cit., pp. 131 et s.) en secours très précieux.
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[quote="Charles Sauvé, "Saint Joseph intime""]
II - LES VERTUS DE SAINT JOSEPH. (Cf. L'Homme Intime, pp. 335 et s.)


Nous avons rappelé que la grâce sanctifiante, c'est comme le fond, la substance de la vie sur­naturelle : les vertus et les dons vont en être comme les facultés.

Les vertus et les dons sont, si j'ose ainsi dire, la bouche par laquelle la vie surnaturelle s'as­simile l'atmosphère divine, ― les yeux par les­quels elle saisit la divine lumière, ― ce sont les mains par lesquelles elle s'empare des aliments et de ce qu'elle désire, ― ce sont comme les pieds par lesquels elle avance...

Du même coup que la grâce sanctifiante, comme allaient s'accroissant en vous, ô Joseph, ces vertus et ces dons surnaturels : ces capacités d'embrasser divinement Jésus, votre Dieu, de vous assimiler la lumière du divin Enfant, d'attendre et de recevoir les dons de sa bonté envers vous, de l'aimer pour son amabilité infi­nie, de l'honorer et de l'adorer avec une reli­gion profonde, de le conduire avec prudence... !

Elles allaient s'accroissant ainsi : et par les effusions de Dieu, du divin Enfant, et par votre fidélité, toujours en éveil, à développer les dons divins.
L'âme qui veut mieux réfléchir aux dévelop­pements des vertus en saint Joseph n'oubliera jamais les caractères uniques que ces vertus pre­naient en lui.

Le premier caractère qui leur donne une grandeur à part, c'est qu'elles avaient tout na­turellement et normalement pour objet princi­pal, central, auquel tout revenait, la Personne même du Verbe Incarné. « De même, selon la pensée de Suarez, que le péché des Juifs, bour­reaux de Jésus, le déicide, fut en soi le plus énorme des péchés à cause de l'infinité de la Personne sur laquelle il s'exerçait, ainsi les oeuvres de bienfaisance et de dévouement pater­nel (les vertus en un mot) que Joseph exerçait envers le Verbe Incarné étaient d'une éminente valeur; d'autant mieux qu'il agissait avec une connaissance parfaite de cette divine Personne et avec un amour embrasé (Suarez : De Mysteriis, Disp. VIII, s. 2, n. 8, Vivès, t. 19, p. 124). »
Principe profond, très lumineux, qui éclaire toutes les vertus de saint Joseph d'un jour incomparable. Toujours, en toutes choses, ses vertus ont affaire, non pas seulement par la foi comme les nôtres, mais par elles-mêmes, à la Personne du Verbe Incarné admirablement con­nue, ineffablement aimée : d'un amour à part, d'un amour paternel.

Aimé d'un amour paternel ! Autre principe infiniment touchant, aussi fécond que sublime. Cette Personne adorée du Verbe Incarné qu'en­visageaient en face toutes les vertus, même morales, de saint Joseph, il l'aimait, de concert avec Marie, comme son fils. Si toutes les ver­tus, toute la vie de Marie, avaient un cachet maternel, ainsi et pour d'autres raisons, toutes les vertus, toute la vie de saint Joseph, avaient un cachet paternel. Rien de pareil dans le monde des saints et dans le monde des anges.

Oublierai-je un autre point de vue très tou­chant encore et bien sublime ? Toutes les vertus de saint Joseph avaient un caractère marial à part. L'idée du mariage fut entre ces très saints Époux réalisée dans une incomparable perfec­tion. Ce n'était pas seulement l'harmonie des corps dans une angélique chasteté, c'était l'union des âmes, des coeurs dans les mêmes vertus. Saint Joseph croyait, espérait, aimait, travaillait, souffrait, était humble, prudent et fort... dans la plus intime union avec Marie; bien plus, ses vertus, sa vie, regardaient Marie en même temps que Jésus; ses actes étaient des actes d'amour conjugal le plus parfait envers elle, en même temps que des actes d'amour pa­ternel envers Jésus. Sans préjudice d'autres ca­ractères admirables, je veux voir ainsi toujours ses vertus allant tout droit à la personne de Jésus et à la personne de Marie.
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[quote="Charles Sauvé, "Saint Joseph intime""]De ces vertus contemplons seulement quel­ques exemples pour aider la réflexion. Votre foi, ô grand Saint, plus parfaite que celle du Père des Croyants, va se concentrer sur la Per­sonne du Verbe Incarné, et, en lui, elle embrasse un ensemble de mystères les plus cachés et les plus profonds : la conception d'un Dieu fait chair dans le sein de votre Épouse Vierge, la naissance virginale d'un Dieu dans une éta­ble, tous les mystères de la vie commune et ca­chée d'un Dieu que vous verrez, pauvre artisan comme vous, passer par les lents progrès de l'âge, dans votre maison et sous votre auto­rité.

Et ces mystères, il vous faut les croire, non pas comme nous après tant de siècles de miracles; mais d'emblée, à l'heure même où ils s'accomplissent, sur la simple parole d'un ange qui vous parle dans le sommeil. Honneur, louange à cette foi sans égale après celle de Marie qui s'incline ainsi tout de suite devant les plus profonds mystères, contre tant de rai­sons humaines, pour cette seule raison divine : Dieu m'a parlé dans un songe !

Ce Tout-Puissant qui va sauver le monde, votre espérance doit l'adorer sous les traits d'un petit enfant, entre les bras d'une faible Vierge, faible comme tous les autres enfants, plus persécuté, exposé à plus de périls que beaucoup d'autres.

Et votre charité aime, et toujours plus parfai­tement, Jésus d'un amour qu'aucun saint ne peut concevoir envers lui : d'un amour paternel; et il aime Marie d'un amour inconnu aux saints : de l'amour le plus parfaitement conju­gal.

Votre religion, qui anime et transfigure toute votre vie, ne ressemble à celle d'aucun ange, d'aucun saint : fuir, la nuit, en Égypte, être angoissé pour Jésus, jouir de lui, le presser dans vos bras, travailler pour lui : toute action, toute peine, toute joie de votre vie, votre sommeil même : qu'est-ce que tout cela sinon des actes de latrie par lesquels, en adorant Jésus comme votre Dieu, vous l'aimez comme votre en­fant ?

Quelle prudence ressemble à votre prudence ? La prudence des saints veille aux intérêts de Jésus, la vôtre veille sur la personne de Jésus, sur la personne de Marie, sur les deux trésors inestimables que Dieu le Père céleste vous a donnés : prudence non pas d'ange gardien, mais prudence de père, prudence d'époux, pour qui la personne de Jésus et la personne de Marie sont plus précieuses que le ciel et la terre.
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[quote="Charles Sauvé, "Saint Joseph intime""]C'est aussi la force du père le plus aimant et de l'époux le plus tendrement dévoué qui vous rend prêt à surmonter tous les dangers, à souf­frir toutes les douleurs pour ces deux Êtres ché­ris d'un amour sans pareil.
Votre justice respecte tous les droits, de Dieu et des hommes dans la personne de Jésus comme envers un fils; dans la personne de Marie comme envers votre épouse.

La pauvreté n'est plus seulement la pauvreté à supporter pour vous; non, c'est la pauvreté, infiniment plus étonnante et plus sublime, à souffrir pour un Dieu qui s'est fait votre fils, c'est la pauvreté pour Marie qui est votre épouse, c'est la pauvreté pour cette divine Fa­mille dont vous êtes le Chef.
Votre pureté parfaite est l'hommage le plus sacré rendu à votre angélique Épouse : elle est si agréable à Dieu que, à son ombre l'Esprit-Saint va rendre Marie Mère du Verbe Incarné; et qu'ainsi d'une manière virginale, et réelle pourtant, elle tend à la naissance, au dévelop­pement du Rédempteur. C'est l'honneur le plus exquis rendu à un Dieu qui vous nomme son père. Et dans quelle sphère plus qu'angélique une telle pureté vous élève !

Voulons-nous entrevoir moins mal la sainteté, et d'abord la grâce sanctifiante, et les vertus de saint Joseph : nous ne devons jamais oublier la grande raison, ― et qui est propre à sa théo­logie, ― pour laquelle sa grâce sanctifiante et les vertus infuses ont été, avec tous les trésors de la Sainte Trinité, si libéralement répandues en lui : c'est pour que le Verbe incarné trouve en celui qu'il appellera son père, en même temps que dans sa Mère, une ressemblance si parfaite avec la Divinité, que cette ressemblance le compense des laideurs et des offenses dont la terre affli­gera son coeur.
Et les vertus de saint Joseph étaient pour em­brasser un Dieu, pour l'honorer par une pureté, une religion... dignes de lui; elles étaient pour le chérir, le protéger... comme un fils adoré.

Elles étaient pour ravir Marie si pure, si humble, si sainte, si généreuse, pour lui faire magnifiquement fête, pour l'honorer en lui présentant dans son Époux, autre elle-même, la plus parfaite image de ses vertus que le monde verra jamais.

Qu'elles étaient donc vraies et simples ces vertus ! Mais aussi qu'elles étaient relevées, qu'elles étaient sublimes ! Et quels honneurs, quelles louanges elles méritent !

Et, malgré leur sublimité, comme elles nous invitent, par leur modestie et leur simplicité, à imiter toujours moins mal ce modèle si suave, qui ravissait Jésus et Marie; et à honorer avec lui, par des vertus toujours moins indignes des siennes, la personne adorée de Jésus et la personne bien-aimée de Marie !
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[quote="Charles Sauvé, "Saint Joseph intime""]DIX-NEUVIÈME ÉLÉVATION

Les divines Grandeurs de saint Joseph (les grandeurs de sa sainteté. Suite).



Les facultés surnaturelles que sont les vertus permettaient à saint Joseph de faire fructifier tous les jours les divins trésors répandus par Dieu dans son âme. Et comme il se préparait, sans le soupçonner, par le culte de toutes ces vertus, à son rôle sublime !

Mais les Dons de l'Esprit-Saint (Cf. L'Homme Intime, pp. 335 et s.) ne restèrent, non plus, jamais oisifs, dans cette âme si déli­cate, si pure et si généreuse. On sait que les dons sont, à la ressemblance des vertus, comme de divines facultés qui permettent à l'âme, non plus seulement de s'assimiler la lumière, l'atmo­sphère divines, toutes les choses surnaturelles; mais de répondre et de coopérer à l'Esprit-Saint (1) en personne, qui par lui-même l'illu­mine, par lui-même l'embrase, la pousse et la conduit; et, sous un tel Illuminateur et un tel Moteur, lui permettent d'agir, même dans les choses les plus ordinaires, avec bien plus de facilité, de promptitude, de force, et souvent avec une perfection héroïque.

Elles sont trop rares les âmes qui se laissent, ne fût-ce que quelque fois le jour, ainsi illumi­ner et conduire, non seulement par la grâce, mais par l'Eprit-Saint lui-même. Nous allons contempler saint Joseph tenant toujours son âme grande ouverte à l'Esprit de lumière qui l'éclaire, livrant sans cesse son cœur à l'Esprit d'amour qui le fait tressaillir, donnant toute sa vie à l'Esprit de sainteté qui l'anime.

Les grâces actuelles sont pour la mise en action des vertus et des dons. Saint Joseph est, après Marie, la créature qui a été la plus libé­ralement prévenue, comblée de grâces actuelles, et qui a le mieux répondu à tant de grâces di­vines, à tant de mouvements d'espérance et de prière, de charité, de religion, d'humilité, de patience, de courage...


(1) - Des théologiens (tel le P. Billot) ont comparé d'une manière heureuse les Vertus aux rames d'un navire, et les Dons aux Voiles : quand le Souffle divin, l'Esprit-Saint, pousse lui-même le navire, il avance bien plus facilement et bien plus vite que par le seul travail des rames.[/quote]

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[quote="Charles Sauvé, "Saint Joseph intime""]I - DONS DE L'ESPRIT-SAINT.


Les Dons, ― si l'âme se met docilement et généreusement sous la conduite de l'Esprit-Saint, son Conseiller, son Guide, son Consolateur adoré, ― l'élèvent à une perfection extraordinaire, soit dans la sphère de la contemplation, soit dans la vie d'action.

La contemplation et l'action ! J'ai l'air de dire qu'il y a là comme deux mondes en présence. Telle est en effet l'impression du grand nom­bre : la vie de Marie dans une âme, pense-t-on, et la vie de Marthe dans une autre; ― ou bien, dans la même âme, le rôle de Marie d'un côté, et de l'autre côté le rôle de Marthe; et ces deux rôles se concilient comme ils peuvent, et sou­vent semblent entrer en conflit si lamentables, en effet, sont l'infirmité et les misères humaines que pour bien des âmes il y a une sorte de dualisme, sinon une vraie hostilité, entre ces deux rôles, entre ces deux vies. Comme si ce n'était pas le même Esprit divin qui pousse à ces deux rôles, qui anime ces deux vies, qui meut ces deux mondes.

Plus une âme est unie à Jésus, docile et ma­niable à l'Esprit-Saint, et moins ce dualisme et cette espèce de conflit la font souffrir. A mesure que Jésus s'empare plus profondément, plus universellement, plus normalement, de sa vie, à mesure aussi se perfectionne l'unité et s'affermit l'harmonie. En passant du rôle de Marie au rôle de Marthe et du rôle de Marthe au rôle de Ma­rie, c'est toujours Jésus qu'elle voit, qu'elle sert, qu'elle adore, qu'elle aime. Et cela lui suffit. Quoi qu'il arrive, elle est en paix.

Sauf en Celle qui jamais ne perdit un instant de vue, dans la prière et dans l'action, son Fils et son Dieu, pas une créature en qui se soit aussi bien faite la fusion de ces deux rôles, de ces deux vies, que l'âme de saint Joseph. L'Es­prit-Saint ne peut, en effet, viser une union plus intime, plus profonde, plus continuelle, que l'union de Joseph avec Jésus et Marie, si ce n'est celle de Marie avec Jésus.

Que prétendait-il être pour saint Joseph ? Ce qu'il n'est pour personne : le lien, l'amour pa­ternel et filial entre lui et Jésus; le lien, l'amour conjugal (1) entre lui et Marie.


(1) - Bien entendu, il se sert pour cela des qualités surnatu­relles de l'âme : Vertus, Dons, Grâces actuelles.., que nous n'oublions pas.[/quote]

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Re: Saint Joseph intime

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Sous ces illuminations incomparables et sous son impulsion souverainement suave et puis­sante, comme saint Joseph voyait Jésus et Ma­rie toujours !
Pour nous, quand nous voulons contempler Jésus ou Marie, nous nous en formons une loin­taine imagé. Les prophètes eux-mêmes, quand ils songeaient avec de si ardents désirs au Mes­sie, ne pouvaient, non plus, se le représenter que de loin, comme le leur permettait l'illumi­nation divine.
Mais saint Joseph avait sous les yeux Jésus lui-même, Celui qui est la « Figure de la sub­stance du Père et l'Image de sa bonté (Hebr., I, 3; ―20. Sap. VII, 26) ».
Et c'est l'Esprit-Saint qui le lui faisait regar­der avec ces yeux, cette attention, cet amour à part, j'entends les yeux, une attention, un amour paternels.
Je veux toujours m'en souvenir, ô bienheureux saint Joseph : votre contemplation, comme celle de Marie, n'était point du tout semblable à celte des hommes les plus religieusement attentifs, tels que saint Siméon, qui ont pu le contempler du dehors de la Sainte Famille. C'était la contemplation d'un père qui, tout rempli et animé par le divin Esprit, regarde, presse dans ses bras, baise son Dieu comme son fils.

Et vous contemplez aussi, non pas comme les prophètes, une image de la « Femme », de la Mère par excellence « revêtue du soleil », mais Marie elle-même en personne. Vous ne la voyez pas comme saint Jean, qui la possédait dans sa maison; non, vos yeux, votre âme, vo­tre cœur, éclairés, enflammés par l'Esprit-Saint, l'admirent, l'aiment comme votre Épouse.

Puisqu'elle était celle d'un père et d'un époux, dont l'Esprit-Saint pouvait sans réserve se faire l'amour paternel et l'amour conjugal, la con­templation de saint Joseph avait dans le Cœur de Jésus et dans le Cœur de Marie des pénétra­tions bien autrement profondes que celles des prophètes ou des saints.

Et sa vie d'action était prise aussi avec une puissance incomparable par ce double amour et par l'Esprit-Saint qui s'en faisait l'âme. Des saints vivaient si habituellement sous les vues et les impulsions divines, que s'il leur arrivait parfois de les oublier, ils se trouvaient comme inertes et insensés. D'une manière éminem­ment plus parfaite, saint Joseph était continuel­lement éclairé et animé par l'Esprit d'amour qui, sans lui révéler peut-être des vérités aussi nom­breuses qu'aux apôtres, éclairait incomparable­ment pour lui le mystère central, la personne de Jésus et la personne de Marie, et lui montrait tout en Jésus comme en son Fils, et en Marie comme en son Épouse, et lui faisait concentrer sur la personne de Jésus et la personne de Marie, avec une tendrese, un dévouement indicibles, toutes ses actions, toutes ses démarches, toutes ses paroles, son silence, ses travaux, son repos, ses joies, ses souffrances...

Et ainsi l'Esprit-Saint faisait-il vivre conti­nuellement et pleinement saint Joseph, ― par les vues qu'il lui donnait, par l'amour paternel et conjugal dont il l'embrasait, par son cœur de père et d'époux qu'il divinisait, par ses joies, ses croix qu'il marquait de l'empreinte de Jésus et de Marie, ― dans un monde supérieur au monde des saints et aux chœurs des anges : dans la Sainte Famille, dans le monde de l'or­dre hypostatique auquel jamais un Séraphin n'aura l'insigne honneur d'appartenir.
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Re: Saint Joseph intime

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[quote="Charles Sauvé, "Saint Joseph intime""]VINGTIÈME ÉLÉVATION

Les divines Grandeurs de saint Joseph (les grandeurs de sa sainteté. Suite).



Après avoir contemplé la sainteté de saint Joseph dans ses éléments : Grâce sanctifiante, Vertus, Dons, Grâces actuelles, ― et leurs rela­tions directes, uniques, avec les personnes de Jésus et de Marie, nous devons la considérer dans ses sources. L'étude de ces sources achè­vera de nous en révéler les richesses et les gran­deurs.

Nous verrons que saint Joseph a été en rap­port immédiat avec les sources de la sainteté comme aucun ange et aucun saint. Le voya­geur qui revient de visiter une fois les sources des grands fleuves, ou d'explorer des pays mys­térieux, tels les pôles, apparaît entouré de je ne sais quel prestige. Saint Joseph n'a pas seule­ment exploré une fois les sources de la sainteté; il a vécu sans cesse près d'elles, il les a hantées intimement tous les jours, il les a, si j'ose dire, habitées.

Nous trouverons là des raisons très frap­pantes, parfois très touchantes, de vénérer, d'honorer davantage ce grand Saint. Nous ne pouvons songer qu'avec une admiration atten­drie à une sainte Madeleine puisant le pardon et la grâce aux pieds de Jésus, à un saint Jean penché une heure sur le Coeur du Sauveur et recevant de cette Source adorable la charité. Nous allons contempler un spectacle autrement beau et qui pénétrera plus vivement encore notre âme : saint Joseph puisant la sainteté, sans cesse, dans le Coeur de Jésus, dans l'ami­tié de Marie, dans les plus intimes profondeurs de la Divinité.
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