Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société a écrit :III. — La société civile. L'État.
L'association permanente des familles en État ne peut subsister utilement et normalement sans une autorité extérieure. Il serait chimérique d’imaginer que, dans l’humanité telle que l’histoire la montre, chaque famille, chaque citoyen découvre toujours par lui-même et veuille toujours spontanément ce qui convient exactement à l’ensemble pour la protection, l’entraide, la suppléance mutuelle. Il faut donc une autorité, un gouvernement extérieur, qui « imprime efficacement à chacun des membres une même impulsion vers le but commun ». (Léon XIII, Immortale Dei.)
Dans notre déclaration du 28 février, nous avons montré quel respect l'Église avait pour l’autorité de l'État et comment pouvaient s'établir, entre l’Église et l'État, des relations fondées sur la nature des choses.
Nous voulons ici simplement aborder un problème très actuel : celui de la laïcité de l’État.
Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société (13 novembre 1945)
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Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société (13 novembre 1945)
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Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société (13 novembre 1945)
Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société a écrit :Laïcité de l'État.
Il est temps de dissiper une équivoque qui risque de nuire gravement à l’unité nationale, Cette équivoque s’attache à une expression, qui est employée couramment dans plusieurs sens très différents « la laïcité de l'État ».
1° Si, par ces mots, on entend proclamer la souveraine autonomie de l’État dans son domaine de l’ordre temporel, son droit de régir seul toute l’organisation politique, judiciaire, administrative, fiscale, militaire de la société temporelle, et, d’une manière générale, tout ce qui relève de la technique politique et économique, nous déclarons nettement que cette doctrine est pleinement conforme à la doctrine de l’Église.
Les Souverains Pontifes ont affirmé à maintes reprises que l’Église ne songeait nullement à s’immiscer dans les affaires politiques de l'État. Ils ont enseigné que l'État était souverain dans son domaine propre. Ils ont rejeté comme une calomnie l’ambition qu’une propagande perfide prête à l’Église de vouloir s’emparer du pouvoir politique et dominer l'État. Ils ont rappelé aux fidèles le devoir de soumission aux pouvoirs établis.
Malgré toutes ces précisions, On continue à brandir devant les masses le spectre usé du « cléricalisme ». Si le cléricalisme est l’immixtion du clergé dans le domaine politique de l’État, ou cette tendance que pourrait avoir une société spirituelle à se servir des pouvoirs publics pour satisfaire sa volonté de domination, nous déclarons bien haut que nous condamnons le cléricalisme comme contraire à l’authentique doctrine de l'Église.
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Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société (13 novembre 1945)
Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société a écrit :
2° La « laïcité de l’État » peut aussi être entendue en ce sens que, dans un pays divisé de croyances, l'État doit laisser chaque citoyen pratiquer librement sa religion.
Ce second sens, s’il est bien compris, est, lui aussi, conforme à la pensée de l’Église. Certes, l'Église est loin de considérer que cette division des croyances soit, en thèse, l'idéal, car, nous qui aimons le Christ, nous voudrions que tous le connaissent, l’aiment et trouvent en lui et dans son Église leur lumière et leur force.
Mais l'Église, qui veut que l'acte de foi soit fait librement, sans être imposé par aucune contrainte extérieure, prend acte du fait de la division des croyances ; elle demande alors simplement sa liberté pour remplir la mission spirituelle et sociale que lui a confiée son divin Fondateur.
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Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société a écrit :
3° Par contre, si la « laïcité de l’État » est une doctrine philosophique qui contient toute une conception matérialiste et athée de la vie humaine et de la société, si ces mots veulent définir un système de gouvernement politique, qui impose cette conception aux fonctionnaires jusque dans leur vie privée, aux écoles de l'État, à la nation tout entière, nous nous élevons de toutes nos forces contre cette doctrine : nous la condamnons au nom même de la vraie mission de l'État et de la mission de l'Église. L'État a pour mission d’assurer le bien commun temporel. Or, parmi les éléments qui constituent ce bien commun, il faut compter l’influence bienfaisante de la religion sur les consciences individuelles pour les aider à pratiquer les vertus morales et civiques, sur les familles pour les rendre plus fécondes, plus ardentes au travail et plus unies, sur la société tout entière pour y faire régner plus de justice et de charité entre les hommes, en même temps qu’un respect plus grand de l'autorité même de l'État. Un État qui s’acharnerait à paralyser ou ruiner cette action de la religion travaillerait contre lui-même et contre le bien de la cité.
Au surplus, des exemples trop récents, soit en France, de 1903 à 1910, soit dans d’autres pays où régnait une doctrine d'État, nous prouvent que, lorsqu'un État trahit ainsi sa vraie mission pour se faire l’instrument d’un système philosophique, il devient vite totalitaire et persécuteur. Au lendemain d’une guerre, qui coûta tant de sacrifices pour libérer les peuples des doctrines totalitaires, il n’est plus possible de prôner, en France, une conception de la laïcité, qui violenterait les consciences et briserait tout espoir d’unité nationale. Cette erreur funeste, nous la condamnons aussi au nom de la vérité et de la divine mission de l’Église. Ce n’est pas de l’État que l'Église tient sa constitution et son droit à l’existence : c’est de son divin Fondateur.
Elle a reçu de lui son triple pouvoir d’enseignement de la vérité, de gouvernement spirituel et de sanctification des âmes. « En vertu d’un droit originel qu’elle ne peut abdiquer » (Pie XI), elle revendique son indépendance absolue et sa souveraineté dans son domaine propre.
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Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société (13 novembre 1945)
Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société a écrit :
4° Enfin, si la « laïcité de l’État » signifie la volonté de l'État de ne se soumettre à aucune morale supérieure et de ne reconnaître que son intérêt comme règle de son action, nous affirmons que cette thèse est extrêmement dangereuse, rétrograde et fausse. Elle est dangereuse, parce qu’elle justifie tous les excès du despotisme et provoque, chez les détenteurs du pouvoir, quel qu’il soit — personnel ou collectif, — les tentations naturelles de l’absolutisme : elle conduit tout droit à la dictature.
De plus, bien loin de constituer un progrès, comme le croient ses adeptes, cette thèse est rétrograde, parce qu’elle nous ramène à la conception de l'État païen, dont le christianisme nous avait libérés : l’empereur, maître absolu des consciences et des vies, Le progrès du droit moderne s’est fait dans le sens d’une limitation de l’absolutisme de l’État : du droit public interne, puisque l'État lui-même admet le recours pour excès de pouvoir contre les actes abusifs de ses représentants et de son autorité ; du droit international, car, de plus en plus, il apparaît évident qu’un ordre de justice et de paix ne pourra être établi entre les nations que si chacune consent à abandonner une part de sa souveraineté, C'était cette vérité que nous rappelions, dans notre déclaration de février 1944, lorsque, face à l’occupant, nous affirmions comme un des principes essentiels de la civilisation chrétienne la fidélité à une règle de droit, supérieure à l'autorité de l'État et aux intérêts immédiats de chaque nation.
Enfin, la thèse est radicalement fausse. Rien ne peut l’emporter sur la morale et le droit. L'État, comme les individus, doit les reconnaître et s’y soumettre. Il fait des lois, mais la légalité n’est pas, par elle-même, le droit. Ce n’est pas parce qu’une loi est votée par une majorité, même à l’unanimité, qu’elle est nécessairement juste et s’impose à l’obéissance des citoyens : il faut qu'elle soit conforme au droit et ne contienne rien de contraire à la loi naturelle.
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Re: Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société (13 novembre 1945)
Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société a écrit :
La loi naturelle n’est pas une invention des hommes elle se fonde sur la nature même de l’homme, et c’est là que la raison la découvre. Les grands philosophes de l’antiquité la reconnaissaient, et elle s’impose à tous les hommes, quelles que soient leurs croyances religieuses. Finalement, cette loi est de Dieu, auteur de la nature.
Si l'État professe un athéisme officiel pour ne point porter atteinte à l’incroyance de certains, il blesse la croyance du plus grand nombre des citoyens, ceux qui sont membres des diverses religions et la multitude de ceux qui croient en un Être suprême. L’ensemble des États démocratiques modernes ont bien compris la force qu’ils puiseraient dans le respect de la loi divine puisque leurs souverains ou présidents de Républiques ainsi que leurs Assemblées parlementaires, proclament officiellement leur respect pour le nom de Dieu et sa loi. En France, des lois constitutionnelles ont successivement reconnu Dieu comme l’origine et le garant de tout droit. Depuis la première Constitution écrite de la Révolution française, trois Constitutions ont été déclarée ou proclamées « en présence de l’Être suprême » (1791, 1793, 1795). La divine Providence ou Dieu est expressément nommée dans la charte constitutionnelle de 1814 et dans la Constitution républicaine de 1848.
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Re: Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société (13 novembre 1945)
Déclaration de l’Épiscopat français sur la personne humaine, la famille, la société a écrit :Conclusion
Le programme que nous venons d’exposer ne s’adresse pas seulement aux catholiques ; il est offert à tous ceux qui veulent, de toutes leurs forces, travailler au relèvement de la patrie. Ce programme, en effet, n’est pas autre chose que l’ensemble des lois naturelles que toute société doit respecter si elle ne veut pas périr, mais vivre. En confirmant ces lois, l’Église est fidèle à sa mission, car elle a été instituée par Jésus-Christ pour être « la gardienne de l’ordre naturel et surnaturel » (Pie XII). Elle aide les hommes, les familles, les États à retrouver les principes créateurs de la vie sociale internationale.
C’est un premier fait de nature que l’homme est une personne. C’en est un second qu’il est un être familial. C’est un troisième fait de nature que la famille ne se suffit pas, généralement, à elle-même, et l’histoire prouve que les familles ont essaimé et se sont regroupées finalement en cités, nations, États, pour se protéger mutuellement et s’aider. C’est un quatrième fait de nature qu’un État ne peut vivre sans une autorité. C’est un cinquième fait de nature que la paix n’est possible entre les peuples que s’ils sont tous d’accord entre eux pour se soumettre à une loi supérieure de justice de solidarité.
Tous ceux qui partiront de ces faits et les analyseront dans leurs conséquences logiques redécouvriront ces lois naturelles que nous avons énoncées et qui sont les lois imposées par le Créateur aux sociétés humaines. Le message de vérité et de vie que le Christ a confié à l’Église pour le salut du monde promulgue ainsi les conditions mêmes de toute vie sociale et humaine, l'ordre des droits et des devoirs pour les personnes humaines, la famille, la société.
Mais toutes les lois, même les meilleures, demeureront lettre morte sans un retour à la vie morale. Cela aussi, bien des Français, même non chrétiens le déclarent aujourd’hui : tous constatent que, sans vie morale, la vie civique devient impossible ; l’homme n'est plus alors qu’un loup pour l’homme, et les cités se désagrègent. On ne fait pas une humanité meilleure avec des hommes devenus plus mauvais. L’Église ne se contente pas d’indiquer la voie à suivre ; elle apporte aux âmes la force et la vie nécessaires pour monter plus haut et réaliser leur destinée par l’accomplissement de leurs devoirs.
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Le 13 novembre 1945.
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