DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE

Mercè
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SAINT EPHREM.



C’est ici un des hommes les plus respectables de toute l’antiquité. Saint Jérôme nous apprend que les ouvrages de saint Ephrem le Syrien étaient si respectés qu’on les lisait publiquement dans quelques églises après la sainte Ecriture. Et il ajoute que ses écrits qui étaient en syriaque, conservaient dans les traductions le même feu et la même sublimité qu’ils avaient dans la langue originale. Saint Ephrem avait composé un grand nombre de volumes, entre lesquels étaient des commentaires sur l’Ecriture et des livres de controverse. De tout cela il ne nous reste qu’un seul volume in-folio latin.

Vossius n’a pas jugé à propos de faire part au public d’une traduction grecque qu’il avait entre les mains. Les savants regardent comme une production véritable de saint Ephrem l’ouvrage que nous allons citer ; et, s’il y a encore quelque chose que M. de Tillemont ne juge pas digne de ce grand homme, ce n’est point assurément un témoignage qui fait corps avec une tradition de tous les siècles.

« Au reste, avant que toutes ces choses arrivent, Dieu qui est plein de miséricorde, enverra Elie de Tesbé et Enoch pour prêcher publiquement la pénitence au peuple de peur qu’ils ne croient à l’Antéchrist. Ils croiront avec force et diront : Ô hommes, celui que vous voyez est l’Antéchrist le séducteur, le fils de la perdition. Que personne n’ajoute foi à cet impie; que personne ne prête l’oreille à un tyran qui s’élève contre Dieu; que personne ne se laisse épouvanter. Car il sera bientôt détruit, et sa puissance va être anéantie. Voilà le Seigneur, le Dieu saint qui va venir des cieux environné de gloire et de terreur pour juger tous ceux qui auront ajouté foi aux prodiges de l’Antéchrist. (De Antichr., édit. Vossius, p. 224.)

Saint Ephrem ne fait aucun partage des ministères d’Elie et d’Enoch. Les deux prophètes sont unis ensemble pour mettre en garde contre la séduction le peuple sans distinction de Juif ni de Gentil. Tel a été le langage des pères. Ceux qui suivront parleront plus volontiers d’Elie comme apôtre des Juifs. C’est parce que l’aveuglement des Juifs sera plus universel qu’il ne l’était dans les premiers siècles. Mais aucun père n’exclura les Gentils du ministère d’Elie.



(à suivre…)
Mercè
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SAINT AMBROISE.


Je ne ferai point difficulté de rapporter plusieurs textes des pères les plus célèbres. On y verra que les pères ont parlé constamment et sans nulle variation; et il y en aura bien peu d’inutiles, vu l’usage que nous en ferons dans la suite.

ler Texte. « Il précédera en la présence du Seigneur dans l’esprit et dans la vertu d’Elie. L’un (Jean-Baptiste) est avec le Seigneur sur la terre, l’autre (Elie) paraît avec lui dans la gloire. L’un est précurseur du 1er avènement, l’autre du second. » (In Lucam I.) -

2eme Texte. « (Le Seigneur) devant descendre du ciel et remonter au ciel, a enlevé Elie dans le ciel pour le rendre à la terre dans le temps qu’il lui plaira. » (Lib. de penitentia, c.8).

3eme Texte. « Mais quelqu’un me dira qu’Elie ne paraît pas avoir été engagé dans les liens de la chair et du mariage. Je réponds que c’est pour cela même qu’il a été enlevé dans un char; que c’est pour cela qu’il paraît avec le Seigneur dans la gloire; que c’est pour cela qu’il doit venir pour être le précurseur de l’arrivée du Seigneur ». (Lib. de virginibus, 1.1, c. 3).

4eme Texte. « Les abîmes ont été troublés...Cette bête, qui est l’Antéchrist, est montée de l’abîme pour combattre contre Elie et contre Enoch qui ont été rendus à la terre pour rendre témoignage au Seigneur, comme nous lisons dans l’Apocalypse de Jean. » (In psal. 45).

Dans ce dernier texte de saint Ambroise on lit, Elie, Enoch et Jean. Les Bénédictins, derniers éditeurs de saint Ambroise, nous avertissent que dans la plupart des manuscrits on ne lit point le nom de saint Jean. C’est pourquoi je l’ai omis.



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Mercè
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SAINT CHRYSOSTÔME.

« Les disciples l'interrogèrent en lui disant pourquoi donc les Scribes disent-ils? Non ergo a scripturis id sciebant, sed Scribæ illis narrabant, homil. 57. N’est-ce pas des Ecritures même qu’ils pouvaient l’apprendre? Oui. Mais les Scribes leur expliquaient les Ecritures, et de là le bruit courait parmi le peuple d’une prochaine arrivée d’Elie, comme aussi de celle du Christ. Mais les Scribes interprétaient ces choses tout autrement qu’ils n’auraient dû faire. Car les Ecritures nous annoncent deux avènements du Christ, et les prophètes nous parlent de tous les deux, et nous disent qu’Elie sera précurseur du second. Quant au premier, c’est Jean qui l’a précédé; Jean que le Seigneur nomme Elie, non qu’il soit Elie lui même, mais parce qu’il accomplissait le ministère d’Elie. Car comme Elie sera le héraut du second avènement, Jean l’a été du premier. Mais les Scribes confondant ces choses et donnant le change au peuple, ne lui parlaient que du second avènement, et ils disaient, si celui-ci était le Christ, Elie l’aurait dû précéder. Voilà pourquoi les disciples citent les Scribes, quand ils demandent si Elie ne doit pas venir auparavant. Voilà pourquoi les Pharisiens députent à Jean-Baptiste pour lui demander s’il est Elie, ne se souvenant jamais qu’il y a un premier avènement. Or, quelle solution J.-C. leur a-t-il donnée? Elie, dit-il, viendra un jour, et ce sera avant mon second avènement. Mais à présent Elie est venu, nommant Jean-Baptiste Elie. Car c’est cet Elie qui est venu. Que si vous me parlez d’Elie de Thesbé, cet Elie doit venir, et c’est pour cela que le Seigneur dit : Elie viendra et rétablira toutes choses. Quelles choses? Celles dont parle Malachie: Je vous enverrai Elie de Thesbé, qui fera revenir le cœur du père à l’enfant, de peur que venant je ne frappe la terre et ne la détruise. Avez-vous pris garde, mes frères, à l’exactitude que le prophète a mise dans ses paroles : Le Seigneur ayant nommé Jean-Baptiste Elie, parce que tous les deux ont le même ministère, vous croiriez peut-être que c’est cela qu’entend le prophète. Pour vous ôter cette pensée, le prophète a soin de nommer la patrie d’Elie. C’est, dit-il, Elie de Thesbé. Jean n’était pas de Thesbé. Et afin que vous ne puissiez vous tromper, il ajoute encore, de peur que venant je ne frappe la terre et ne la détruise, nous représentant cet avènement comme formidable. Le Seigneur n’est pas venu dans son premier avènement pour frapper la terre. Je ne suis pas venu, dit-il, pour juger le monde, mais pour le sauver... Et il nous enseigne de même pourquoi Elie doit venir, Il viendra, dit-il, pour persuader aux Juifs de croire en Jésus-Christ, de peur qu’ils ne soient tous perdus sans ressources quand il viendra. Alors les disciples comprirent qu’il leur avait parlé de Jean-Baptiste. Comment pensez-vous qu’ils le comprirent ? C’est qu’ils devinrent plus intelligents et plus appliqués à ce qu’on leur disait. Car ni les Scribes, ni les Ecritures ne le leur avaient appris. Le Seigneur leur avait dit une autre fois : Jean est Elie qui doit venir . Mais comment dit-il ici qu’il est venu, et ensuite Elie doit venir, et rétablir toutes choses? Ne vous troublez point, mes frères, et sur ce qu’il dit tantôt : Elie est venu, tantôt Elie viendra, gardez-vous bien de penser qu’il n’y ait point de suite dans son discours. Car tout cela est vrai. Lorsqu’il nous dit qu’Elie viendra et rétablira toutes choses, il nous parle d’Elie lui-même et du retour des Juifs qui arrivera pour lors. Lorsqu’il dit encore : Jean est Elie qui doit venir; c’est qu’alors il donne à Jean le nom d’Elie, considérant l’un dans le ministère de l’autre. »

Saint Chrysostôme ne s’attendait pas qu’on douterait un jour du vrai sens des Ecritures touchant la venue d'Elie. Cependant il se trouve qu’il a répondu à toutes les difficulté qu’on nous a faites sur le texte de saint Mathieu. Les esprits forts jugent que nous donnons dans une erreur populaire, tandis que saint Chrysostôme répond à leurs difficultés, conme lui étant faites par son peuple, ou comme on répond à des erreurs populaires.

Saint Chrysostôme citant la prophétie de Malachie suivant la version des Septante et appuyant sur le nom de Thesbé, montre assez qu’il n’avait pas consulté le texte original. Mais nous avons fait voir que cette traduction des Septante rend parfaitement la pensée du texte hébreu. Ainsi la réflexion de saint Chrysostôme demeure dans toute sa force. Ce savant père n’a point songé qu’il y a deux membres dans la prophétie, un pour le retour des pères, l’autre pour celui des enfants. Il appuie même sur cela un raisonnement que j’ai passé. Cet exemple nous fait voir que les pères ne consultèrent pas moins la tradition que l’Ecriture. Et, au fond, il nous importe peu qu’ils n’aient pas toujours bien entendu la pure lettre des Ecritures; dès là que de tous leurs commentaires il ne résulte qu’une doctrine qui a été la même dans tous les temps.

Je n’ai point balancé à mettre une interrogation dans ces premières paroles de saint Chrysostôme. N’est-ce pas des Ecritures qu’ils pouvaient l’apprendre? Les derniers éditeurs de saint Chrysostôme nous le font voir dans le grec. Mais ils ont oublié, eux et tous les traducteurs français et latins, qu’elle y doit être. Car ils font dire à ce père dans leur traduction latine que j’ai rapportée : Ce n’était pas des Ecritures qu’ils savaient cela, mais les Scribes le leur racontaient. Ils n’ont point songé que le mot grec ne signifie point racontaient, mais expliquaient, développaient, et que saint Chrysostôme entend que les Scribes, après avoir lu au peuple dans la synagogue les Ecritures qui annonçaient Elie, se méprenaient sur des paroles qu’ils n’entendaient pas, et qui par conséquent étaient contenues dans les Ecritures, et en particulier dans les prophètes, comme saint Chrysostôme le dit quelques lignes après. C’est pour cela que saint Chrysostôme s’applique à faire entendre à son peuple comment la venue d’Elie étant marquée dans les Ecritures, les apôtres citent seulement le témoignage des scribes et non pas celui des Ecritures.

Voici encore un texte de saint Chrysostôme.

« Ne craignez rien. Il (l’Antéchrist) n’est puissant que pour ceux qui périssent. Car Elie viendra confirmer les fidèles dans la foi. Et c’est ce que le Seigneur nous a dit : Elie viendra et rétablira toutes choses. »

Dans le premier texte saint Chrysostôme nous a dit qu’Elie convertira les Juifs. Dans celui-ci ce sont les fidèles qu’Elie viendra confirmer dans la foi. D’où il faut conclure que saint Chrysostôme n’a point d’abord parlé des Juifs à l’exclusion des Gentils. Et il en sera de même, comme nous l’avons déjà dit, de tous les pères qui viendront après saint Chrysostôme. Aucun n’a prétendu limiter cette expression générale : Il rétablira toutes choses. Un rétablissement de toutes choses n’est pas seulement un rétablissement de la foi des Juifs.



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Mercè
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SAINT JÉRÔME.

1er Texte. « Il est vrai qu’Elie viendra et rétablira toutes choses. Celui-là même qui doit venir au second avènement dans son propre corps, est venu maintenant en vertu et en esprit dans la personne de Jean-Baptiste. »

Si nous n’avions que ce texte de saint Jérôme sur la venue d’Elie, il n’y aurait pas à contester sur son témoignage. Mais on prétend que ce savant père n’a point toujours parlé de même. C’est ce qui nous oblige de nous étendre un peu sur saint Jérôme.

2° Texte. « C’était une tradition des Pharisiens que, sur le témoignage de Malachie, Elie viendrait avant l’arrivée du Sauveur. »

Saint Jérôme ne met la tradition du retour d’Elie que sur le compte des Pharisiens. En voici la raison. Saint Jérôme avait dit plus haut : « Si nous ne savons pourquoi les disciples interrogèrent le Sauveur au sujet d’Elie, leur demande nous paraîtra peu sensée. Car quel rapport y a-t-il de l’arrivée d’Elie à ce que l’Evangile vient de rapporter? Saint Jérôme voulant donc apprendre à ses lecteurs à quel propos les disciples interrogent le Sauveur ajoute qu’il y avait une tradition chez les Pharisiens, etc. On voit qu’il ne s’agit que de la tradition qui donnait lieu aux apôtres d’interroger leur maître ; et c’est à la suite de ceci que saint Jérôme ajoute qu’Elie viendra dans son propre corps.

3° Texte. « Il est Elie qui doit venir : Jean est Elie, — parce que, suivant un autre témoignage de l’Evangile, il est venu dans l’esprit et dans la vertu d’Elie, et qu’il a reçu ou la même grâce, ou la même mesure du Saint-Esprit. Quelques-uns croient que Jean est appelé Elie, parce que, de même que, selon Malachie, Elie doit précéder le second avènement du Seigneur et l’annoncer comme le juge à venir ; Jean-Baptiste a fait la même chose au premier avènement, et que tous les deux sont précurseurs, l’un du premier, l’autre du second avènement.» (In Math. 11.)

Sur ce texte de saint Jérôme, on forme deux difficultés. Voici la première.

Ce que saint Jérôme dit être le sentiment de quelques-uns n’était pas assurément le sentiment de tout le monde. Or, ces quelques-uns croyaient que Jean est Elie, parce que Jean et Elie sont précurseurs. Mais tous les autres pensaient expliquer assez comment Jean est Elie, en disant qu’ils ont reçu les mêmes dons et les mêmes grâces du Saint-Esprit. Ces derniers ne regardaient donc pas Elie comme précurseur. Ainsi voilà avant saint Jérôme un partage de sentiments sur la venue d’Elie. Il n’y a donc plus d’unanimité dans la tradition.

La conséquence que l’on tire ici a tous les deux défauts qu’une conséquence peut avoir. Car 1° elle n’est pas bien tirée des prémisses ; 2° elle est fausse en elle-même.

La conséquence que l’on tire d’un principe n’est point juste et nécessaire, lorsque du même principe on peut tirer d’autres conséquences ou différentes, ou même opposées.

Ce qu’on prend pour principe est que plusieurs ont cru expliquer assez comment Jean est Elie, en disant qu’ils avaient reçu tous les deux les mêmes grâces et les mêmes dons du Saint-Esprit. La conséquence que l’on en tire est que ceux-là ne croyaient donc pas qu’Elie dût être précurseur.

Mais du même principe je puis tirer ces autres conséquences : donc ceux-là n’ont pas jugé que de ces paroles Jean est Elie, on pût conclure en rigueur qu’Elie sera précurseur, et l’ont conclu sur d’autres textes plus formels, ou bien donc ils n’ont pas jugé que les deux ministères de Jean et d’Elie fussent l’idée principale du discours, et ils ont supposé cette idée, la regardant comme accessoire, et ne jugeant pas à propos d’y insister ; ou bien encore, donc ils ont regardé les deux ministères comme faisant partie nécessaire du discours, mais n’en ont pas néanmoins parlé, parce qu’ils avaient autre chose à dire. Toutes ces trois conséquences sont vraies, sans que l’une nuise à l’autre.

Car 1° nous avons montré en expliquant le texte du ch. 11 de saint Mathieu, que ce texte n’est point absolument décisif. Ceux à qui nous parlons sont les premiers à nous le dire.

Il n’est donc pas étonnant que quelques auteurs que saint Jérôme a suivis, n’aient pas appuyé en cet endroit sur la venue d’Elie. Il suffit qu’ils aient appuyé sur d’autres endroits, comme a fait saint Jérôme.

2° D’autres n’ont-ils pas pu voir la venue d’Elie dans le discours du Sauveur, mais ne l’y voir que comme une idée accessoire sur laquelle ils ne jugeaient pas à propos d’établir leur commentaire ? Pour expliquer ces paroles : Jean est Elie, qui sont la proposition principale du discours, il suffisait de dire que Jean avait reçu des grâces qui rendaient son témoignage aussi recevable que celui d’Elie.

Il n’en fallait pas davantage pour représenter le fonds et l’essence de la pensée du Sauveur. Et en fallût-il davantage, tous les pères étaient-ils obligés d’épuiser le commentaire et d’insister sur une vérité dont les fidèles ne doutaient pas ?

3° Rien de plus naturel que de supposer que bien des auteurs avant saint Jérôme auront regardé les deux précurseurs comme entrant nécessairement dans le discours de J.-C., et que cependant ils n’en auront point parlé ayant d’autres choses à dire. Ceux par exemple qui tournaient leurs discours du côté de la morale, n’étaient pas obligés d’appuyer des moralités sur le retour d’Elie. Si dans un sermon nous voulions comparer saint Jean au prophète Elie, nous prendrions pour fond du parallèle ce que Jean et Elie ont fait sur la terre, peut-être ne penserions-nous pas au retour d’Elie ; peut-être et apparemment qu’y pensant, nous le mettrions à l’écart, ayant des vérités plus pressées à développer.

J’ai dit en second lieu que la conséquence est fausse en elle-même, et c’est parce qu’il est absolument faux qu’avant S. Jérôme, il y ait eu dans l’Eglise un partage de sentiments sur la venue d’Elie. On ne peut nous citer aucun auteur avant S. Jérôme qui ait mis en avant soit le doute, soit la négative. On ne peut même en citer un seul qui en ait cité d’autres comme doutant de la venue d’Elie. Pour tout prétexte de douter on a deux ou trois auteurs dans toute l’antiquité qui paraissent avoir cru qu’Elie était déjà revêtu de l’immortalité glorieuse. Un de ces auteurs est S. Ambroise. On a vu son témoignage. Enfin tous les pères qui ont parlé du retour d’Elie avant S. Jérôme, l’ont avancé tout rondement, s’il faut ainsi dire. Ils n’ont réfuté personne qui doutât ou niât qu'Elie dût venir. Ils ne se sont défiés d’aucune opinion contraire, et nous prouverons dans la suite qu’ils auraient été de fort mauvais controversistes, s’il y avait eu de leur temps un partage de sentiments touchant l’interprétation littérale de la prophétie de Malachie.

La seconde difficulté est que S. Jérôme en commentant le ch. 11 de S. Mathieu, nous donne un sentiment qui n’est pas le sien, mais seulement de quelques-uns, et que néanmoins en commentant le chap. 17 du même S. Mathieu, il adopte ce sentiment. Sur cela on nous demande lequel des deux sera le sentiment de S. Jérôme.

Le sentiment de quelques-uns, selon S. Jérôme, est que Jésus-Christ en parlant aux Juifs en S. Mathieu, ch. 11, et leur disant : Jean est Elie, appuyé sur la ressemblance des deux ministères de Jean et d’Elie, précurseurs. Le sentiment de S. Jérôme est que Jésus-Christ, en parlant non plus aux Juifs, mais à ses apôtres en S. Mathieu (c. 17) et leur disant : Elie viendra, Elie est venu, appuie sur la ressemblance des deux ministères de Jean et d’Elie précurseurs, et que Jésus-Christ dit clairement à ses apôtres ce qu’il n’a peut-être point voulu dire aux Juifs. On voit que ce n’est pas le même sentiment dans les deux endroits du commentaire de S. Jérôme. Inutile de demander lequel des deux est celui de S. Jérôme.

Mais voici un témoignage de S. Jérôme postérieur au commentaire sur S. Mathieu.

4e Texte. « Jean est Elie qui doit venir, selon le mystère qui est écrit dans Malachie etc. parce qu’ils ont eu la même grâce du S. Esprit. Jean était saint comme Elie ; il a souffert la persécution de la part d’Hérodiade, comme Elie de la part de Jézabel, de telle sorte que, comme Elie est précurseur du second avènement, de même Jean dans le désert et dès le sein de sa mère, a salué et annoncé le Sauveur notre Maitre. » Dans ce texte 1° selon S. Jérôme, Jean-Baptiste n’était annoncé dans Malachie que par un sens mystérieux, secundum mysterium quod in Malachia scriptum est, et non point dans le sens littéral, puisque S. Jérôme attache ensuite le sens littéral à Elie. 2° Jean et Elie ont eu tous les deux la même grâce du S. Esprit, et S. Jérôme développe en quoi les grâces ont été semblables. 3° C’est de ce développement des grâces communes à tous les deux que S. Jérôme fait naître la ressemblance des deux ministères ; de telle sorte, dit-il,que, comme Elie est précurseur, de même Jean etc., n’y aura-t-il pas là de quoi déconcerter ceux qui trouvent partout des difficultés ? Les deux ressemblances de Jean et d’Elie marqueront-elles chez les pères de l’Eglise deux sentiments opposés sur la venue d’Elie, tandis que S. Jérôme les adopte toutes les deux l’une après l’autre ?
Mais pourquoi S. Jérôme n’a-t-il donc pas parlé de même dans son commentaire sur ces paroles : Jean est Elie, et d’où vient cette bigarrure qui donne à penser que S. Jérôme a parlé en l’air sur le retour d’Elie ?

Il n’y a point de bigarrure dans S. Jérôme. Ceux qui prennent garde à tout en lisant les pères, ont dû remarquer que S. Jérôme n’était point borné dans sa lettre à Algasie, comme il l'était dans son commentaire sur S. Mathieu. Car ici il ne fallait point faire dire à Jésus-Christ ce que peut-être il n’avait point dit aux Juifs. Mais en expliquant à Algasie comment Jean-Baptiste ressemble à Elie, S. Jérôme ne devait pas omettre la ressemblance mystérieuse qui était annoncée dans Malachie. Il était donc très sensé à S. Jérôme de donner plus d’étendue à sa lettre qu’à son commentaire. C’est à ce bon sens de S. Jérôme que se réduit la variation dont on l’accuse.

5° Texte. « Je vous enverrai Elie. Après Moïse dont nous venons de dire qu’on doit observer la loi spirituellement, il dit qu’Elie nous doit être envoyé, nous montrant, dans la loi, Moïse, et dans Elie, la prophétie. Avant donc qu’arrive le jour du jugement, et que le Seigneur frappe la terre d’anathème, le Seigneur enverra dans Elie qui est interprété mon Dieu, et dans Elie de Thesbé (Thesbé signifie conversion et pénitence), il enverra tout le chœur des prophètes pour convertir les cœurs des pères aux enfants. » Et plus bas : « les Juifs et les hérétiques judaïsant croient qu’Elie viendra avant leur oint, et qu’il rétablira toutes choses ; et c’est pour cela que dans l’Evangile on propose cette question à Jésus-Christ. Pourquoi les Scribes disent-ils qu’Elie viendra. A quoi le Seigneur a répondu : Il est vrai qu’Elie viendra, et si vous croyez, il est déjà venu, entendant par Elie Jean-Baptiste.»

Ce dernier texte de saint Jérôme a plus d'un fois mis en perplexité les théologiens qui soutiennent avec nous qu'Elie reviendra dans le monde. Car 1° pourquoi saint Jérôme, commentant la prophétie de Malachie, ne dit-il pas qu’Elie viendra, l’occasion en étant si naturelle ? 2° Pourquoi voit-il dans Elie la prophétie et le chœur des prophètes et non pas Elie lui-même ? 3° Pourquoi se contente-t-il de dire que selon Jésus-Christ, Elie est Jean-Baptiste, et ne dit-il pas en même temps qu’il y a un Elie qui est encore à venir?

A la première question je réponds en deux mots que saint Jérôme ne fait pas des commentaires pour répéter ce qu’a dit son texte, quand il l'a dit clairement.

A la seconde je réponds que saint Jérôme voit dans Elie la prophétie et le chœur des prophètes, parce que n’ayant rien à dire sur le sens littéral qui est clair, il va selon sa coutume au sens spirituel. Et il montre assez qu’il y est déjà, puisqu’il commence en disant, après Moise dont nous venons de dire qu’il faut observer la loi spirituellement. C’est ce que saint Jérôme avait dit sur ces paroles qui précèdent immédiatement dans Malachie : Souvenez-vous de la loi de mon serviteur Moïse. Saint Jérôme n’a point commenté le sens littéral de ces derniers mots, qui n’avaient pas besoin de commentaire. C’est pourquoi entrant tout d’un coup dans le sens spirituel, il remarque que le prophète recommande aux Juifs d’observer la loi spirituellement, et il suppose en même temps, ce qui est clair, que les Juifs qui ont vécu après la prophétie de Malachie, étaient encore obligés à observer la lettre de la loi. Il est donc évident que saint Jérôme ne nous dit qu’Elie est la prophétie et le chœur des prophètes, qu’après avoir laissé le sens littéral dans toute sa force. Telle est la méthode perpétuelle de saint Jérôme. Jamais ce savant père ne nous donne un sens spirituel que ce sens ne soit fondé sur le sens littéral soit clair et évident par lui-même, soit déjà expliqué dans son commentaire. Ainsi tout l’embarras des théologiens sur ce texte vient uniquement de ce qu’ils n’ont point pris garde que ce n’est pas ici un commentaire littéral, mais un commentaire spirituel.

A la dernière question je réponds que si saint Jérôme parle de Jean-Baptiste sans parler d’Elie, c’est parce qu’il a trop de jugement pour les mêler tous les deux ensemble. Un commentateur judicieux ne rappelle point le sens littéral dans le sens spirituel ; mais voici la conduite de saint Jérôme. En commentant spirituellement la prophétie de Malachie, saint Jérôme avait deux sens spirituels à chercher, car selon lui la prophétie concerne les deux avènements. Il fallait un sens spirituel pour chaque avènement. Saint Jérôme trouve d’abord dans Elie précurseur du second avènement le sens spirituel de la prophétie et du chœur des prophètes. Il lui reste à trouver le sens spirituel d’Elie pour le premier avènement. Or, saint Jérôme le trouve dans l’Evangile. Car Elie, dit-il, est venu selon le Sauveur, et cet Elie est Jean-Baptiste et non pas ce prétendu précurseur du Messie que les Juifs attendent. Il n’y a rien de plus suivi, ni de mieux entendu que cette conduite de saint Jérôme.




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SAINT AUGUSTIN.

Les Pélagiens concluaient de ce qu’Enoch et Elie ne sont point morts, que la mort n’est pas une peine du péché. Saint Augustin répond :

1er Texte. « Quant à ce que vous dites dans votre lettre, qu’ils nous opposent qu’Enoch et Elie ne sont point morts, je ne vois pas quel avantage ils en tireront. Car pour ne point dire ici que l’on tient qu’Enoch et Elie mourront, et que la plupart entendent que c’est d’eux que l’Apocalypse de Jean nous a parlé dans la personne des deux prophètes qu’il ne nomme pas, et que ces deux saints hommes paraîtront alors avec les mêmes corps qu’ils ont à présent, et qu’ils mourront comme les autres martyrs pour la vérité de J.-C., sans parler, dis-je, de ce sentiment, quel avantage en tireront-ils ?» (Edit. Benedict. tom. 2, p. 762).

2° Texte. « L’enfant tressaille dans le sein de sa mère. Dans le sein, c’est-à-dire d’un tressaillement obscur et mystérieux, comme il convenait dans un temps où les prophéties ne commençaient encore qu’à se développer, et n’étaient pas encore arrivées à ce grand éclat qu’elles auront au second avènement, le Seigneur venant dans sa gloire; avènement dont nous attendons qu’Elie sera précurseur comme Jean l’a été du premier.» (Tom. 6, p. 29).

3° Texte. « Ce que dit le Seigneur qu’Elie viendra et rétablira toutes choses, signifie, ou qu’il fera revenir ceux que la persécution de l’Antéchrist aura troublés et abattus, ou qu’il remettra les choses dans leur état, en payant la dette qu’il doit en mourant. » (T. 3. part. 2, p. 244).

Les textes précédents ne sont pas inutiles pour la suite. En voici deux autres où saint Augustin va s’expliquer davantage.

4° Texte. « Etes-vous Elie? Il répondit, je ne le suis point. Cette réponse de Jean fait naître une difficulté, et il est à craindre que, faute de l’entendre, on ne s’imagine que Jean a parlé contre ce qu’a dit J.-C. Jean étant interrogé répond qu’il n’est pas Elie. Comment accorderons-nous les paroles du précurseur avec celles du juge ? Pourquoi a-t-il dit : Jean est Elie ? C’est parce que le Seigneur Jésus a voulu figurer dans lui son second avènement du juge, il y a aussi deux précurseurs... en voyant donc avant lui le premier précurseur, il l’a appelé Elie, parce qu’Elie sera au second avènement ce que Jean a été au premier.

« Que votre charité écoute maintenant combien ce que je dis est véritable. Quand Jean a été conçu ou plutôt quand il est né, le Saint-Esprit a rendu cet oracle qui devait s’accomplir en sa personne : Il sera le précurseur du Très-Haut dans l’esprit et dans la vertu d’Elie. Que veut dire l’esprit et la vertu d’Elie ? C’est qu’il a été rempli du même Saint-Esprit pour tenir lieu d’Elie. Et comment tenir lieu d’Elie ? En faisant au premier avènement ce qu’Elie fera au second. C’est donc avec vérité que Jean a répondu dans le sens propre : Je ne suis pas Elie, et le Seigneur dans le sens figuré : Jean est Elie. Si vous ne me parlez que des personnes, Jean est Jean, Elie est Elie. Dans ce sens personnel Jean a dit : Je ne suis pas Elie. Mais considérez-vous la figure ? Jean est Elie, étant précurseur. C’est donc aussi avec vérité que le Seigneur a dit : Jean est Elie. Jean est venu pour représenter dans le ministère d’Elie ce qu’Elie doit représenter dans sa propre personne. Alors Elie sera Elie dans la propre personne d’Elie. Maintenant Jean est Elie dans le propre ministère d’Elie. Ainsi les deux précurseurs se sont prêté mutuellement la propriété de leurs ministères, et ils ont conservé la propriété de leurs personnes. » (Tract, in Joan. t. 3, part. 2. p. 314).

Le texte suivant va nous apprendre pourquoi saint Augustin parlait avec la même assurance du retour d’Elie au peuple d’Hippone, que saint Chrysostôme au peuple d’Antioche.

5° Texte. « Je vous enverrai le prophète Elie. Que le grand et admirable Elie doive dans les derniers temps du monde et avant le jugement dernier expliquer la loi aux Juifs, et les convertir au Christ véritable, qui est le nôtre, c’est ce qui est dans la bouche et dans le cœur de tous les fidèles. Ce n’est point sans fondement que nous attendons ce prophète, avant que le Sauveur vienne juger le monde, puisque ce n’est pas sans fondement que nous le croyons aujourd’hui plein de vie. Quand donc il sera venu, il convertira le cœur des pères aux enfants. Cela veut dire qu’il fera que les enfants, c’est-à-dire les Juifs, entendront la loi, comme l’ont entendue Moïse et les prophètes qui ont été leurs pères. Car c’est ainsi que le cœur des pères reviendra aux enfants, l’intelligence des pères étant donnée aux enfants. Et le cœur des enfants à leurs pères, ceux-là donnant leur consentement à ce que ceux-ci ont pensé. On peut néanmoins donner un sens plus choisi en suivant les Septante qui ont interprété l’Ecriture par un esprit de prophétie. Il convertira, selon eux, le cœur du père au fils, ce qui signifie qu’Elie tournera le cœur de Dieu le père vers son fils, non pour faire aimer le fils de son père, mais pour enseigner au monde que le père aime son fils, afin que les Juifs qui le haïssent se portent à l’aimer, et qu’il soit leur Christ, comme il est le nôtre. Voilà donc ce que fera Elie. » (De civitate Dei, 1. 20, c. 19).

Saint Augustin n’est pas content lui-même de la première interprétation qu’il a donnée du second membre de la prophétie, et le cœur des enfants à leurs pères. Il sentait apparemment que ce second membre rentrait dans le premier de la manière qu’il venait de l’expliquer. C’est ce qui le porte à chercher un autre sens qu’il appelle plus choisi (electior). Mais ce n’est qu’un sens plus recherché sur la trace des Septante qu’il croyait inspirés. Quoi qu’il en soit de son interprétation, on voit bien que ce n’est pas sur elle qu’il appuie l’attente d’Elie, puisque selon lui cette attente est célèbre et universelle dans l’Eglise, et qu’elle est un sentiment gravé dans le cœur des fidèles. Ailleurs, saint Augustin a vu dans Elie les prophètes, et c’est lorsqu’il traitait le sens spirituel de Malachie ; ici il voit dans Elie, Elie lui-même, parce qu’il interprète le sens littéral de la prophétie. Telle a été ci-dessus la conduite de saint Jérôme.

Le mot latin sperare signifie également espérer ou attendre. J’ai traduit ; nous attendons. On prétend que j’aurais dû traduire : nous espérons, parce que, dit-on, saint Augustin n’a point poussé la chose jusqu'à la pleine certitude.

Je ne répondrais pas à de pareilles objections s’il était en mon pouvoir de ne pas respecter ceux qui les font. Saint Augustin a déjà employé le mot speratur dans un endroit des textes précédents que j’ai cités; dans le dernier texte, le mot speratur a le même objet, et est fixé à une attente légitime par l’adverbe, non immerito, qui l’accompagne. Mais en traduisant, nous attendons, j’ai plus suivi l’esprit de saint Augustin que la lettre même ; et je demande si saint Augustin n’allait pas jusqu’à la pleine certitude, lorsqu’il nous disait tout à l’heure qu’Elie viendra pour accomplir ce qu’a prédit le Sauveur. Est-il moins que pleinement certain que la parole de J.-C. sera accomplie ? Saint Augustin n’allait-il pas jusqu’à la pleine certitude, lorsqu’il disait à son peuple : « Ecoutez, mes frères, combien ce que je dis est véritable...» Saint Augustin n'a point dit en finissant : Voilà donc ce qu’on espère que fera Elie. Il a dit : Voilà donc ce que fera Elie. Enfin, saint Augustin attache l’accomplissement de la prophétie de Malachie aux derniers temps du monde, et ce n’est pas sur une simple conjecture. Car, selon lui, Malachie a été obligé et comme forcé d’annoncer le jugement dernier : quodammodo compulsas est novissimum pronunciare judicium. C’est ce que saint Augustin disait au chapitre précédent. Cet Elie que Malachie annonce était donc certainement, selon saint Augustin, un autre Elie que celui du premier avènement.

Louis Vivès, espagnol, homme célèbre dans le seizième siècle, qui a écrit sur la Cité de Dieu de saint Augustin, n’a pas jugé à propos de se rendre aux raisons et au témoignage de saint Augustin, et voici le commentaire dont il enrichit son texte.

« Il est bien étonnant que cette opinion ait pénétré si avant dans l’esprit des hommes de ce siècle, et qu’elle ait passé dans une voix si unanime, tandis que Jésus-Christ nous a dit en termes formels, que sous le nom d’Elie c’est Jean-Baptiste qu’on doit voir? Etait-il difficile de comprendre que ce grand et terrible jour est le jour ou le temps où Dieu abandonne aux Romains la Judée et Jérusalem, et qu’il leur permet de tout ravager par le feu et par le fer. »

Je laisse à penser au lecteur quelle figure font ici de pareilles critiques après les témoignages les plus respectables de la première antiquité. Ce qui ne paraît point difficile à Louis Vivès, l’est beaucoup à ceux qui aiment à déférer à des traditions sacrées. Louis Vivès passa en Angleterre et y apprit le latin à la reine Marie, femme de Henri VIII, et quoiqu’il ait quitté l’Angleterre avant sa mort, il n’a pas laissé une grande idée de sa catholicité. On trouve dans son ouvrage sur la Cité de Dieu des traits qui ne sont pas plus sensés que celui qu’on vient de voir.



(à suivre…)
Mercè
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Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE

Message par Mercè »

SAINT CYRILLE D’ALEXANDRIE.

« Nouvelle preuve de la bonté et de la patience de Dieu de nous envoyer un jour Elie de Thesbé pour annoncer le souverain juge. Déjà le bienheureux Jean-Baptiste est venu dans l’esprit et dans la vertu d’Elie. Mais, comme l’un prêchait en disant: Préparez la voie du Seigneur, de même le divin Elie l’annoncera comme étant proche et sur le point d’arriver. » (In Malach. c. 4)




(à suivre…)
Mercè
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Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE

Message par Mercè »

CASSIEN.

« Il y a dans l’Ecriture des endroits que l’Esprit de Dieu a tenu cachés, les laissant à notre méditation, afin que nous en découvrions le sens par des indices qui le font connaître. Sur ceux-là on doit aller doucement et laisser une entière liberté à ceux qui contestent ou accordent. Car il arrive quelquefois que deux sentiments venant à s’ouvrir sur un même endroit de l’Ecriture, on peut juger que tous les deux sont raisonnables et sans blesser la foi, se fixer dans l’un ou dans l’autre, ou bien prendre un milieu, ne s’attachant point uniquement à l’un des deux, et ne rejetant point absolument l'autre, parce que l’un ne doit point déroger à l’autre, aucun des deux n’étant contraire à la foi. Tel est ce qui est dit qu’Elie est venu dans la personne de Jean-Baptiste et qu’il viendra encore une fois avant l'avènement de Jésus-Christ. Tel est encore ce qui regarde l’abomination de la désolation qui a été dans le lieu saint, lorsque, comme l’histoire nous l’apprend, l’image de Jupiter fut placée dans le temple de Jérusalem, et qui doit être encore dans l’Eglise par l’arrivée de l’Antéchrist. Et il en est ainsi de tout ce qui est marqué après l'Evangile qui a été accompli avant la captivité de Jérusalem, et qu’on entend bien qui s’accomplira encore à la fin du monde. L’un des deux sentiments n’attaque point l’autre ; le premier n’anéantit pas le dernier. »

Dom Alard Gazei, bénédictin, éditeur et commentateur de Cassien, dans le dernier siècle, a soupçonné que son auteur ne nous donne ici que comme une question problématique de savoir si Elie viendra avant le second avènement. C’est ce qui l’oblige de nous avertir « que c’est une chose constante chez les pères orthodoxes qu’Elie viendra avant la fin du monde, et même que cela paraît si clairement dans les Ecritures qu'on ne peut sans témérité soutenir le contraire, ni même en douter. »

Si Cassien a eu la pensée que son éditeur a cru voir sous l’ambiguité de son langage, ce ne peut être que très-à-propos qu'Alard Gazei le relève dans son commentaire. Cassien n’est pas ici un tribun de Rome pour arrêter lui seul tous les suffrages de l’antiquité. Toutefois il n’est pas juste de soupçonner Cassien, s’il n’a pas donné prise.

L’obscurité de ce passage de Cassien vient de deux causes, la première vient des adverbes fixè et mediè qui ne sont pas de la bonne latinité, et ne peuvent guère s’expliquer par eux-mêmes ; la seconde, de ce que Cassien n’exprime pas nettement quels sont les deux sentiments qu’on peut prendre sur la venue d’Elie par rapport au texte de l’Evangile.

Dom Alard paraît avoir pensé que ces mots, potest utraque vel fixè, vel mediè suscipi, signifient qu’on peut se fixer dans un des deux sentiments, tenant pour certain, ou bien ne le tenir que pour vraisemblable. Mais dans le chapitre suivant Cassien se sert du même adverbe mediè et n’y attache pas une idée de vraisemblance.

Dans ce chapitre, Cassien ou bien le solitaire qu’il fait parler, se mettant en devoir de répondre aux questions qu’on lui a faites sur le pouvoir des démons ; c’est là, dit-il, une de ces choses qui demandent ce milieu dont je vous parlais tout à l’heure, qua sunt mediè tenenda, et il ajoute que ce qu’il va dire n’est pourtant pas appuyé sur de simples conjectures, mais qu’il est fondé sur des témoignages très-clairs des livres saints. Quamquam non tali opinione qualis suspicionibus tantum et conjecturis nititur, sed manifestis scripturarum testimoniis comprobentur. Serenus tient pour certain tout ce qu’il va nous dire, et néanmoins il juge à propos de se tenir dans ce milieu. Pourquoi ? Parce que ces choses n’ayant point été agitées et n’étant pas à la portée de tout le monde, elles ne paraîtront pas décisives à quelques-uns.

On voit, ce me semble, que ce milieu n’est pas un milieu où l’on se mette comme en équilibre entre deux vraisemblances, mais un milieu de modération, où l’on ne fait point loi aux autres de ce qu’on pense, quoiqu’on le juge certain et fondé sur des témoignages très-clairs des Ecritures. Ainsi quels que puissent être les deux sentiments que Cassien juge qu’on peut prendre sur la venue d’Elie, il est certain que Cassien n’a pas regardé ces deux sentiments comme des problèmes ni comme de pures vraisemblances.

Mais quels peuvent être ces deux sentiments? Nous ne pourrons les trouver qu’au travers de quelques épines. Mais on nous met dans la nécessité de les chercher. Car on tourne ce passage de Cassien contre nous, et l’on prétend qu’il démontre que la question de l’avénement d’Elie était regardée comme une question problématique au 5ème siècle.

Serenus qui parle dans Cassien, ne propose les deux sentiments que de cette façon vague, quale est illud quod Elias venerit in Joanne, et iterum sit ante adventum Christi venturus. Mais en même temps il y attache un double caractère.

Ce double caractère est que tous les deux sentiments sont également fondés sur l’Ecriture, et fondés de manière qu’il n’y ait rien dans l’un qui affaiblisse l’autre : Neutra eorun fidei invenitur obsistere, neutra impugnat aliam. Il n’en faut pas moins davantage pour nous apprendre que le premier des deux sentiments est représenté dans cette proposition : Elie est venu dans Jean-Baptiste, quod Elias venerit in Joanne, et le second dans la suivante : Elie viendra avant la fin du monde, et iterum sit ante adventum Christi venturus.


On peut, dit Cassien, si l’on n’aperçoit pas comment ces deux sentiments s’accordent ensemble, se fixer dans l’un ou dans l’autre : Potest utraque fixe suscipi, parce que chacun des deux est certain. Mais ceux qui voudront embrasser le sens de l’Evangile, se mettront entre les deux sentiments pour les faire toucher ensemble, potest utraque medie suscipi, pourquoi ? Parce que tous les deux remplissent l’étendue des paroles de l’Evangile. Car l’Evangile a voulu nous parler non pas d’un seul, mais de deux avènements d’Elie. D’où Cassien conclut qu'en adoptant un des sentiments, il ne faut pas songer de réfuter l’autre : Ut eis nec plena credulitas, nec absoluta refutatio deputetur. Car, ajoute-t-il, tous les deux sont vrais dans l’Evangile, et l’un n’est point contraire à l’autre : Neutra impugnat aliam, nec sequentem prior intellectus evacuat.

Tel est encore l’usage que fait Cassien de l’exemple qui suit, touchant l’abomination de la désolation.

Jésus-Christ avait dit assez clairement que l’abomination de la désolation prédite par Daniel s’accomplirait sur le temple de Jérusalem. Ainsi la ruine du temple ayant accompli une fois la prophétie de Daniel, rien n’obligeait Cassien à reconnaître que l’abomination de la désolation s’accomplirait encore à la fin du monde. C’est néanmoins ce que Cassien ne balance point à reconnaître : Quæ et impleta ante captivitatem Jerosolymorum, et in fine mundi istius intelliguntur implenda ; et il juge qu’un second accomplissement ne rend point l’autre inutile, ni hors d’œuvre, nec sequentem prior intellectus evacuat. Ce n’est donc pas l’un ou l’autre que Cassien croit qu’on peut admettre comme probables tous les deux.

Il en est ainsi des deux avènements d’Elie sur lesquels Cassien met le second sentiment au niveau du premier : Utraque sententia rationabilis. Le premier sentiment est qu'Elie est venu dans Jean-Baptiste; rien de plus raisonnable puisque J.-C. l’a dit. Le second sentiment est qu'Elie viendra à la fin du monde. Ce sentiment, selon Cassien, est raisonnable au degré du premier. Cassien a donc cru aussi certainement qu’Elie viendra, qu’il a cru certainement qu’Elie est venu dans Jean-Baptiste.

Le commentateur de Cassien n’a cru voir ici que deux vraisemblances dont la première est : « Il est vraisemblable qu’Elie ne devait venir que dans Jean-Baptiste. La seconde, il est vraisemblable qu’Elie étant venu dans Jean-Baptiste viendra encore lui-même. »

Je demande à ce commentateur si les deux vraisemblances exprimées dans ces deux propositions ont les deux caractères que Cassien a donnés aux deux sentiments, etc. Le premier caractère est de n’être point opposé à la foi. Deux propositions dont l’une est la contradiction de l’autre, sont-elles bien conformes à la foi toutes les deux ? Ni l’une ni l’autre, direz-vous, n’y est contraire, parce que chacune, selon Cassien, n’est point certainement, mais seulement vraisemblablement fondée sur l'Ecriture. J’ai fait voir que Cassien ne s’est point mis dans les vraisemblances, à moins qu’on ne se plaise à les mettre dans la contradiction.

Mais le second caractère des deux sentiments est de n’être point opposés l’un à l'autre : neutra impugnat aliam. Deux vraisemblances contradictoires sont-elles bien d’accord ensemble? Et si elles ne se détruisent pas absolument, parce que l’une n’a point assez de force pour détruire l’autre, n’est-il pas vrai du moins qu’elles se combattent ? Deux vraisemblances opposées se combattent toujours, du moins jusqu’à s’empêcher mutuellement de devenir certitude ; car il n’y a que l’évidence qui fasse éclipser la vraisemblance. Mais Cassien ne veut pas même que les deux sentiments dont il parle s’impugnent l’un l’autre, neutra impugnat aliam. Il ne veut pas que ce qui est dans l’un efface rien de ce qui est dans l’autre, nec sequentem prior intellectus evacuat. A-t-on jamais parlé ainsi de deux vraisemblances contradictoires? _

Mais voici une dernière réflexion qui me paraît démontrer toute seule que Cassien n’a point regardé ces deux propositions:

Elie viendra, Elie ne viendra pas, comme deux propositions problématiques.

Si Cassien ne nous parle que de deux sentiments purement vraisemblables, comment peut-il nous dire: Car il arrive quelquefois que tous les deux sont raisonnables? Il ne peut entendre par raisonnable, selon nous, que vraisemblable. Mais alors ce n’est plus quelquefois, c’est toujours que cela doit arriver. Il doit toujours arriver qu’un texte qui n’est pas tout à fait impénétrable, mais seulement obscur, comme Cassien le suppose, soit également capable de deux ou si vous voulez de plusieurs interprétations vraisemblables. Du moins il doit toujours arriver que sur un texte obscur et équivoque deux interprétations étant données, toutes les deux ne soient que vraisemblables. Pourquoi donc dit-il quelquefois et non pas toujours ? Il n’y en a point d’autre raison, si ce n’est que Cassien se met dans une hypothèse qui effectivement n’arrive que quelquefois; et cette hypothèse est celle de deux propositions qui paraissent s’entre-détruire, et qui sont néanmoins également vraies toutes les deux, comme celles-ci de l’Evangile : Elie est venu, Elie viendra. Ces deux propositions de l’Evangile sont un exemple que Cassien nous donne, comme on doit avoir de la retenue en interprétant les Ecritures. Car autrement, dit-il, il arrivera qu’un texte de l’Ecriture demande tous les deux sens que vous croirez opposés, et qu’ainsi en rejetant l’un pour adopter l’autre, vous rejetterez un sens très véritable.

Que toutes ces réflexions ne soient rien, si l’on veut, et que le texte de Cassien soit tel en effet que l'a cru voir son commentateur. Pourra-t-on en conclure qu’il y avait alors un partage de sentiments au sujet de la venue d’Elie ? Cassien ne dit pas un seul mot de ce partage. Il ne nous parle point sur des faits, comme si quelques-uns doutaient du vrai sens du texte de l’Evangile sur l’avènement d’Elie; il ne propose que des suppositions qu’on pourrait faire. Il raisonne en théologien qui veut éclaircir la matière, et qui se fait des difficultés afin d’y répondre, et il marque assez, tant dans ce chapitre que dans le suivant, qu’il n’y a que des personnes à qui ces choses ne sont point familières, qui se pourraient partager de sentiments sur de tels endroits de l’Ecriture. Il met la diversité des sentiments sur le compte des personnes qui seraient peu instruite, et les fait accorder ensemble par ceux qui entendent mieux les Ecritures.



(à suivre…)
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Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE

Message par Mercè »

SAINT PROSPER (5e siècle.)

Ce n’est point ici le fameux saint Prosper qui a écrit contre Cassien, c’est celui dont Cassiodore a parlé comme de l’auteur du livre des prédictions et des promesses que nous allons citer et dont il recommande la lecture aux chrétiens. On place ordinairement S. Prosper au milieu du 5e siècle.

« Dans la prophétie de Malachie, le Seigneur a dit: Je vous enverrai Elie de Thesbé. — Car ces prophètes (Elie et Enoch) convertiront les cœurs des pères aux enfants, en expliquant tout ce que les patriarches et les prophètes ont dit de l’état d’humiliation où le Christ devait venir, et ils convaincront le monde que l’Antéchrist n’est point le Christ. C’est ce qui est dit dans l’Apocalypse de Jean. Je donnerai à mes deux témoins et ils prophétiseront. Voilà donc une distribution de témoins qui se fait en trois temps. D’abord contre Pharaon ont été envoyés deux témoins, savoir Moïse et Aaron, et contre eux les deux magiciens Jannès et Membrès, qui résistèrent à Moïse et périrent avec leur roi. Ensuite contre Néron deux témoins, savoir les apôtres Pierre et Paul, et contre eux Simon le magicien, qui se perdit lui-même en trompant Néron. Puis contre l'Antéchrist deux témoins, savoir les prophètes Elie et Enoch, contre lesquels s’élèveront les trois faux prophètes de l’Antéchrist. — Alors Enoch et Elie consommeront leur martyre. » (De prædiction. Biblioth. PP. t. 8, p. 48).



(à suivre...)
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Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE

Message par Mercè »

THÉODORET.

« De peur que je frappe la terre de l'anathème, c’est-à-dire de peur que vous trouvant dans l’infidélité, je ne sois obligé de vous punir éternellement, Elie viendra le premier vous avertir de ma venue, et il vous persuadera, Ô Juifs, de vous unir sans délibérer davantage, aux Gentils qui ont cru en moi, et de ne plus former qu’une seule Eglise avec eux. »



(à suivre…)
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Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE

Message par Mercè »

ANDRE DE CESAREE

André de Césarée a été évêque de Césarée en Cappadoce. On trouve cet auteur dans le quatrième siècle de la bibliothèque des pères. Cependant il n’a vécu que vers la fin du cinquième siècle et au commencement du sixième.

« Je donnerai à mes deux témoins, etc., par ces deux témoins la plupart entendent Enoch et Elie, qui vers la fin des temps recevront de Dieu un temps pour prophétiser pendant trois ans et demi, lesquels se comptent de 360 jours, et se couvriront de sacs pour faire connaître la douleur dont ils auront le cœur blessé, à cause de ceux qui se trouveront alors dans la séduction de l’Antéchrist, etc. Et si quelqu’un veut leur nuire, etc.

Ô bonté infinie de Dieu qui apporte aussitôt le remède au mal, et au poison l’antidote. Car l’Antéchrist devant être le prince des enchanteurs et des faiseurs de prestiges, Dieu très-grand et très-bon armera ces saints de la vertu des vrais miracles pour dissiper par l’éclat de la vérité les ténèbres et le mensonge. Ils confondront l’Antéchrist en public, sans que lui ni aucun autre puisse leur nuire, jusqu’à ce qu’ils aient accompli leur ministère. »



(à suivre…)
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