SWS, Livre VI, C1, §219 a écrit :
III. 2. Les canons attachés à la sixième session du concile de Trente énoncent fréquemment des citations littérales des hérésies des réformés avant de les condamner. Voici un petit florilège dont l'objet est double : montrer clairement la position réformée et proposer le dogme catholique dans ses formules les plus authentiques.
Canons de la VIème session du concile de Trente a écrit : Canon 4 : Si quelqu'un dit que le libre arbitre de l'homme, mû et poussé (excitatum) par Dieu, ne coopère en rien (nihil) quand il acquiesce à Dieu, qui le pousse et l'appelle à se disposer et préparer à obtenir la grâce de la justification, et qu'il ne peut refuser d'acquiescer, s'il le veut, mais que tel un être inanimé, il ne fait absolument rien et se comporte purement passivement : qu'il soit anathème.
Canon 5 : Si quelqu'un dit que, après le péché d'Adam, le libre arbitre de l'homme a été perdu et éteint (...) qu'il soit anathème.
Canon 7 : Si quelqu'un dit que toutes les œuvres accomplies avant la justification, de quelques façons qu'elles le soient, sont vraiment des péchés et méritent la haine de Dieu, ou que plus, on fait d'efforts pour se disposer à la grâce, plus on pèche gravement : qu'il soit anathème.
Canon 18 : Si quelqu'un dit que les commandements de Dieu sont impossibles à observer, même pour l'homme justifié et établi dans la grâce : qu'il soit anathème.
Canon 23 : Si quelqu'un dit que l'homme une fois justifié ne peut plus pécher ni perdre la grâce (...) ou, au contraire, qu'il peut dans toute sa vie éviter tous les péchés, même véniels, à moins que ce soit par un privilège spécial de Dieu, comme l’Église le tient au sujet de la bienheureuse Vierge : qu'il soit anathème.
Canon 25 : Si quelqu'un dit qu'en toute bonne œuvre le juste pèche au moins véniellement ou (ce qui est plus intolérable) mortellement, et qu'il mérite pour cela les peines éternelles ; qu'il n'est pas damné à cause de cela seulement, parce que Dieu n'impute pas ses œuvres pour la damnation : qu'il soit anathème.
Canon 28 : Si quelqu'un dit qu'une fois la grâce perdue par le péché, en même temps la foi est pour toujours perdue ou que la foi qui reste n'est pas une vraie foi, puisqu'elle n'est pas vivante (Jc 2:26), ou bien que celui qui a la foi sans la charité n'est pas un chrétien : qu'il soit anathème.
Canon 31 : Si quelqu'un dit que le justifié pèche en faisant le bien en vue d'une récompense éternelle : qu'il soit anathème.
Résumé de théologie dogmatique, Livre VI : La Grâce
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VI : La Grâce
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VI : La Grâce
SWS, Livre VI, C1, §219 a écrit :
IV. Certains théologiens catholiques sont partiellement tombés dans les erreurs des réformés sur la grâce, tout en voulant rester dans l'Église. Michel de Bay de l'université du Louvain admettait le libre-arbitre dans l'homme, et tenait qu'il était capable d'accomplir des œuvres bonnes et méritoires avec l'aide de la grâce. Mais sur bien d'autres points, il suivait les réformés. Ci-dessous certaines des 79 propositions tirées de ses écrits et condamnées par le pape Pie V (dans la bulle Ex omnibus afflictionibus du 1er octobre 1567), par Grégoire XIII (en 1579) et par Urbain VIII (en 1641).
25. "Toutes les œuvres des infidèles sont peccamineuses, et toutes les vertus des philosophes sont des vices."
27. " Le libre arbitre(liberum arbitrium) sans l'aide de la grâce de Dieu pèche nécessairement."
28. "C'est une erreur pélagienne de dire que le libre arbitre a le pouvoir d'éviter tout péché."
35. "Tout acte accompli par un pécheur ou esclave du péché, est péché."
46. "Un acte peccamineux n'est pas nécessairement volontaire (Ad rationem peccati non pertinet voluntarium)"
67. "L'homme pèche, et pèche même en se rendant digne de damnation, dans les actes qu'il accomplit par nécessité."
70. "Un homme en état de péché mortel et méritant la damnation éternelle, peut avoir la vraie charité ; et même la charité parfaite est compatible avec la faute (reatus) méritant la damnation éternelle."
74. "Chez les régénérés qui retombent dans des péchés mortels, la concupiscence est un péché mortel, comme également d'autres habitudes mauvaises."
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VI : La Grâce
SWS, Livre VI, C1, §219 a écrit :
V. Jansénius est allé plus loin que Michel de Bay, et a tenté de réintroduire les erreurs de Calvin sous une forme plus subtile. Nous nous limiterons ici à mentionner les célèbres cinq propositions de l'Augustinus de Jansénius, qui furent condamnées par Innocent X (en 1653 ; nous avons déjà mentionné cette condamnation au §207, III), Alexandre VII (en 1656), et Clément XI (en 1705).
1. "Certains des préceptes commandés par Dieu sont impossibles aux justes qui s'efforcent de les suivre, en raison de leurs forces (vires) insuffisantes ; la grâce qui rendrait ces commandements possibles leur fait également défaut."
2. "Dans l'état de nature déchue, on ne résiste jamais à la grâce intérieure."
3. "Pour mériter ou déterminer lorsque l'on est dans l'état de nature déchue, point n'est besoin de l'absence de nécessité ou liberté de choisir ; l'absence de contrainte extérieure (coactio) suffit."
4. "Les semi-pélagiens admettaient la nécessité d'une grâce intérieure prévenante (praevenientis), même au début de la foi ; ils étaient hérétiques lorsqu'ils prétendaient que cette grâce est telle que la volonté humaine peut résister ou assentir à cette grâce".
5. "Il est semi-pélagien de dire que le Christ est mort ou a versé son sang pour tous sans exception (omnino omnibus)"
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VI : La Grâce
SWS, Livre VI, C1, §219 a écrit :
VI. Jansénius avait publié sa doctrine sous une forme strictement scientifique. Quesnel l'a popularisée par des écrits plus attrayants, tout en revenant parfois aux erreurs plus radicales de Michel de Bay, que Jansénius s'était efforcé d'adoucir dans son système. Cent une propositions tirées des ouvrages de Quesnel ont été condamnées par Clément XI dans la bulle Unigenitus (1713).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VI : La Grâce
SWS, Livre VI, C1, §219 a écrit :
VII. La dernière manifestation du Jansénisme en date censurée par l'Église fut le conciliabule de Pistoie. Quatre-vingts-une propositions de ce synode ont été condamnées par le pape Pie VI dans la bulle Auctorem Fidei (1974).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VI : La Grâce
SWS, Livre VI, C1, §220 a écrit :
Section 220. La nécessité de la grâce actuelle.
I. La grâce gravite dans le domaine de la vie spirituelle de l'homme, dont les facultés principales sont l'intellect et la volonté. L'existence de ces facultés est attestée par notre conscience, mais la détermination de leurs limites est un des problèmes les plus ardus de la philosophie. Peut-on connaître quoi que ce soit avec certitude ? Peut-on connaître quoi que ce soit en plus de ce que les sens nous apprennent ? Cette connaissance même n'est-elle pas illusoire ? La loi morale, ou l'existence de Dieu, sont-elles accessibles à notre entendement aidé de ses seules lumières ?
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VI : La Grâce
SWS, Livre VI, C1, §220 a écrit :
Ces questions, et d'autres semblables, ont été traitées par des sceptiques, des agnostiques, des ontologistes, des traditionalistes, des idéalistes et d'autres, et les réponses vont du doute universel à l'affirmation universelle. Notre volonté est-elle vraiment libre, ou bien est-elle une marionnette mue par des motifs subconscients qui déterminent nos actes tout en nous donnant l'illusion d'agir librement ? Pourquoi agissons-nous si souvent contre notre conviction profonde ? L'enseignement de l'Église sur ces points peut être résumé en les deux propositions suivantes : (1) l'intellect humain a réellement le pouvoir de connaître les vérités de l'ordre naturel ; (2) le libre-arbitre humain a réellement le pouvoir d'accomplir des actes moralement bons, bien que dans l'état de nature déchue ce pouvoir ne suffise pas à vaincre toujours et en tout les obstacles divers à son exercice.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VI : La Grâce
SWS, Livre VI, C1, §220 a écrit :
I. 1. Que l'esprit humain veut et peut connaître au moins certaines vérités avec certitude, c'est un axiome que personne de raisonnable ne contestera. Cet axiome doit être admis comme premier et fondamental dans toute doctrine. Mais si l'esprit humain peut connaître certaines vérités, il est également capable de connaître toutes les autres vérités du même ordre, du moment qu'il en est informé correctement. La connaissance de Dieu comme auteur de la nature et de la loi morale, rentre dans cette catégorie (cf. Sag. 3:5 ; Rom. 1:19 et suiv. ; 2:14, etc, et notre §54 plus haut ).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VI : La Grâce
SWS, Livre VI, C1, §220 a écrit :
I. 2. Le pouvoir réel de vouloir des choses bonnes et de les accomplir dans l'ordre naturel est tout aussi évident. Nous savons ce qui est bien ou mal ; nous sommes instinctivement attirés par ce qui est bon ou qui nous semble tel, et tout aussi instinctivement nous nous éloignons du mal ; et enfin, nous choisissons nos moyens en conséquence. Nous savons donc, sans avoir besoin de Révélation pour cela, que l'Auteur de la nature est digne de louange, de remerciement et d'amour ; nous sentons en notre for le plus intime, c'est-à-dire en notre conscience, un devoir de donner à Dieu son dû, et de le louer, de lui rendre grâce et de l'aimer, en paroles et en actes.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VI : La Grâce
SWS, Livre VI, C1, §220 a écrit :
Tel est l'enseignement de S. Paul (Rom. 2:14) : "Lors donc que les païens (gentils), qui n’ont pas la loi, font naturellement ce que prescrit la loi, tout en n’ayant pas la loi, ils se tiennent à eux-mêmes lieu de loi : 15 Ils montrent que l’œuvre de la loi est écrite dans leur cœur, leur conscience leur rendant témoignage (...)" ; cf. Matth. 5:46. Dieu récompense les bonnes actions même lorsqu'elles viennent des Gentils (cf. Exod. 1:21 et Ezech. 29:18). Il faut cependant reconnaître que l'exercice de ce pouvoir de faire la bonne chose rencontre d'innombrables difficultés en toutes choses. Dans la chute, notre volonté a plus souffert que notre intellect. Chacun pourra reconnaître sa propre expérience lorsque S. Paul dit (en Rom. 7:23) "Mais je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte contre la loi de mon esprit, et qui me rend captif sous la loi du péché qui est dans mes membres", et "Ainsi donc, moi-même, je suis soumis par l’esprit à la loi de Dieu ; mais par la chair, à la loi du péché" (7:25).
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