FLORILEGE PAR THEME
L'ascèse :
Quand vous voyez des hommes passer leur vie dans le plaisir et la mollesse, baigner dans le luxe, consumer leur temps en banquets, dans le vin, dans les orgies et l’impudicité, sachez qu’en ces hommes le roi d’Égypte tue les mâles, et laisse vivre les filles. Mais si vous rencontrez un homme tel qu’on en voit un sur mille, qui se tourne vers Dieu, qui dirige son regard en haut,
recherche ce qui est durable et éternel, s’attache à la contemplation, non des choses visibles, mais des choses invisibles ; fuit la mollesse et aime la continence, évite la luxure et pratique la vertu, le Pharaon veut sa mort, parce que c’est un mâle, c’est un homme… Voilà pourquoi tous ceux qui servent Dieu en ce monde, tous ceux qui le cherchent sont en butte à la moquerie et au mépris, exposés aux insultes et aux outrages : c’est que le Pharaon les hait, il déteste de tels mâles et il n’aime que les filles » P. 23 - Moïse
Comme ce méchant prince, le démon suggère souvent à ceux qui tiennent le rôle de sages-femmes spirituelles, c’est-à-dire à tous ceux qui ont charge de faire naître les âmes à la vie véritable – comme les parents, les maîtres, les directeurs, etc… – de tuer les mâles et de garder les filles, c’est-à-dire de détourner leurs disciples ou leurs enfants de tout ce qui représente un effort,
une ascèse, une mortification ; de flatter au contraire tout ce qui en est sensualité, mollesse, goût du plaisir. C’est pourquoi rares sont ceux qui méritent le nom d’homme, ou de vir.
Quant à l’agression de l’Ange contre Séphora, si elle est difficile à expliquer sur le plan littéral, elle devient parfaitement claire sur le plan mystique. Elle est destinée à nous rappeler les exigences de l’amour divin. Dieu attend des âmes dont il veut faire ses épouses autre chose qu’une demi-circoncision, il requiert d’elles la circoncision de tous leurs fils, c’est-à-dire la mortification de tous leurs mouvements de nature. Leur foi, représentée ici par Séphora, doit se munir de la pierre dure de la pénitence et la rendre tranchante par l’exercice de la componction. Armée de cet instrument, elle élaguera sans fausse pitié toutes les mauvaises habitudes, toutes les exigences injustifiées de la chair. Elle ne se contentera pas d’en mortifier une partie, il faut qu’elle les retranche toutes. Faute de quoi, elle risque de se voir frapper d’un châtiment exemplaire. P. 52 - Moïse