SWS, Livre IV, C3, §161 traduit par le chartreux a écrit :
Quoique la détérioration de l'homme tout entier par le péché originel n'ait eu lieu que par la soustraction des dons surnaturels dont il était orné, elle n'est pas cependant purement extérieure dans son rapport au sujet et à ses effets, comme lorsqu'on perd un vêtement matériel ou un appui extérieur. C'est le plus une détérioration interne et profondément interne, qui change en mal ce qu'il y a d'intime et de plus intime dans la constitution de l'âme, tous les rapports de l'âme au corps, des forces supérieures aux forces inférieures, que les premières ne peuvent plus dominer complètement les secondes, mais trouvent en elles un obstacle.
Résumé de théologie dogmatique, Livre IV : La chute et le péché
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SWS, Livre IV, C3, §161 traduit par le chartreux a écrit :
VI. Ainsi conçue, la corruption de l'homme tout entier par la perte des dons de l'état primitif, n'implique pas seulement une modification interne dans la nature de nos premiers parents ; elle implique encore pourquoi, selon le langage habituel de saint Augustin et des scolastiques, c'est l'état de nature et non la disposition personnelle des individus, qui est changé. Pour les autres péchés des hommes, au contraire, le changement qui se produit dans leur état intérieur ne résulte que de leur conduite personnelle et dépend toujours plus ou moins de cette conduite. Le changement ne s'étend pas à toute la nature, il ne dure pas absolument, sans le concours de la volonté, autant que la nature elle-même.
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SWS, Livre IV, C3, §161 traduit par le chartreux a écrit :
Contrairement aux autres péchés de l'homme, le péché originel produit dans sa nature un état mauvais et permanent qui s'étend non seulement aux dispositions de la volonté, mais encore à toutes les parties et à toutes les forces de la nature ; il dure aussi longtemps que la nature même. La différence de la corruption de la personne et de la corruption de la nature consiste surtout en ce que la première n'affecte que l'esprit en soi et pour soi ; tandis que la seconde affecte l'esprit dans son rapport au corps, comme partie d'une nature totale et composée, et cette nature totale, elle l'affecte dans toutes ses parties.
Ainsi la corruption de la nature se présente ici comme une corruption spécifique de la nature humaine, et, dans la nature humaine, comme une corruption de ce qui forme sa partie naturelle, de ce qui la range dans la catégorie des natures qui naissent par la génération et disparaissent par la décomposition. De même donc que la corruption de la nature éclate avec le plus de force et de sensibilité dans la fougue de l'instinct sexuel, c'est là aussi que s'accentue le mieux la différence de la corruption de la nature et de la corruption de la personne.
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SWS, Livre IV, C3, §161 traduit par le chartreux a écrit :
VII. Il résulte de ce qui précède que la jalousie du démon, en introduisant le péché originel dans l'humanité et en détruisant de fond en comble la gloire surnaturelle de l'image visible de Dieu, a complètement altéré cette image et l'a vouée à une corruption générale, ou, comme dit très sensément l'Écriture, à l'empire de la mort (Rom. 5:14). Cette corruption impliquait, en effet, outre la mort présente de l'âme, la mort future du corps. Il y a plus encore : la blessure, le bouleversement des forces de l'âme, dont les phénomènes étaient les avant-coureurs de la mort corporelle, produisirent aussi dans l'âme une indisposition, un défaut de susceptibilité pour le rétablissement de sa vie surnaturelle, ainsi qu'il arrive dans un corps par la corruption de ses parties ; une disposition au mal qui devait, sans une intervention divine, conduire incessamment à de nouveaux péchés.
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SWS, Livre IV, C3, §161 traduit par le chartreux a écrit :
VIII. Il est de la plus haute importance, pour bien entendre la doctrine du péché originel, de déterminer nettement le rapport du péché originel actuel avec la détérioration qu'il a introduite dans l'homme tout entier. Il est d'abord généralement reconnu que la détérioration de la nature, et notamment sa corruption, en tant qu'elle était un mal douloureux et humiliant pour le pécheur, avait le caractère d'une punition méritée par la désobéissance de nos premiers parents.
On doit admettre comme certain, selon le langage des Pères, de l'immense majorité des théologiens et du concile de Trente lui-même, que l'altération de la nature et la perte de la justice ne sont pas seulement une peine du péché, mais aussi une dette, ou plus exactement la matière et l'objet de la faute. En effet, la perte de la justice ou la corruption de la nature, ne sont pas uniquement la privation d'un bien quelconque que l'individu pourrait désirer en vue de son bien-être, et qui serait un simple présent de la part de Dieu ; il s'agit de la perte d'un bien que Dieu lui a « confié », qu'il est obligé d'avoir, pour être juste et agréable aux yeux de Dieu et dont Dieu lui demandera compte.
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SWS, Livre IV, C3, §161 traduit par le chartreux a écrit :
Reste encore une difficulté à résoudre : pourquoi la perte effective de la justice primitive, puisqu'elle ne provient que de la soustraction des dons qui la constituaient, ne semble-t-elle pas directement produite par le pécheur lui-même en vertu de son action propre, comme il semblerait nécessaire pour qu'elle soit le fond et l'objet de la faute ?
Nous avons déjà résolu cette difficulté à propos de la perte de la sainteté ou de la justice de sainteté ; nous avons dit que le péché mortel rend l'âme incapable de conserver sa sainteté, qu'il l'exclut, la chasse en quelque sorte lui-même, par conséquent que c'est le pécheur même qui s'en dépouille. Quant à la justice d'intégrité, on ne saurait suffisamment établir qu'elle ait été perdue sous cette forme ; cependant on peut expliquer de deux façons comment sa perte a été également amenée d'une manière coupable par le pécheur lui-même.
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SWS, Livre IV, C3, §161 traduit par le chartreux a écrit :
La première explication (celle des thomistes), part de cette supposition que l'intégrité forme avec la sainteté un tout solidaire, que la première avait sa racine et sa source dans la seconde. Grâce à cette liaison solidaire, l'exclusion de l'une entraine celle de l'autre ; on peut donc dire aussi de l'intégrité que c'est le pécheur lui-même qui se la ravit.
La seconde explication (celle de l'ancienne école franciscaine) n'a rien à voir avec la solidarité de l'intégrité et de la sainteté ; elle se rapporte également à l'une et à l'autre. Le premier péché a transgressé un commandement dont l'observation était, dans les vues de Dieu, une condition positive de la continuité de la justice primitive ; l'homme, en remplissant cette condition, devait s'assurer la justice qu'il était tenu de conserver, et il ne pouvait l'assurer que par ce moyen.
En transgressant ce précepte, et ne l'observant pas, l'homme anéantissait dans sa durée, autant qu'il était en lui, la justice qu'il était tenu de conserver, et il en procurait la perte de manière à obliger Dieu, en vertu d'un ordre de choses établi par lui, de lui retirer la justice.
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SWS, Livre IV, C3, §161 traduit par le chartreux a écrit :
La perte de la justice envisagée sous la première forme a évidemment plus d'analogie avec la production physique d'un mal ; ce mal apparaît donc ici en premier lieu comme objet de la faute, et en second lieu seulement comme punition. La seconde forme, au contraire, porte le caractère exclusif de la réalisation morale d'un mal analogue à une peine méritée, l'apparition de ce mal se présente ainsi aussi bien comme objet de la faute que comme châtiment. Cependant l'une de ces formes n'exclut pas l'application simultanée de l'autre ; toutes deux sont également fondées ; elles se complètent notamment en ce que la première représente mieux la perte de la justice comme effet direct de l'acte personnel d'Adam et comme objet de sa faute personnelle. La seconde est d'une application plus facile ; elle explique mieux comment la perte de la liberté pour les descendants peut être l'effet d'un acte d'Adam qui leur appartenait moralement, et devenir l'objet d'un péché héréditaire. Cf. St Thomas, Ia IIae, qq. 81-83; Stapleton, De Justif., ll. i-iii ; S. Robert Bellarmin, De Amiss. Gratiae, ll. iv-vi.
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SWS, Livre IV, C3, §162 traduit par le chartreux a écrit :
Section 162. Le péché originel actuel.
Si le premier péché de l'humanité a produit dans nos ancêtres mêmes un si effroyable ravage, s'il s'est fixé dans leur nature, s'il l'a détériorée et rendue injuste dans toutes ses parties, il révèle encore davantage sa redoutable puissance en passant de nos premiers parents dans toute la race humaine, en y renouvelant les mêmes et terribles effets qu'il a produits dans la nature des deux premiers hommes, en détériorant la nature de tous les individus, et par la nature les individus mêmes, et en les soumettant au péché. Cette portée universelle du péché d'origine est un dogme fondamental du christianisme ; c'est de lui que dépend la nécessité de la rédemption pour tous les hommes.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre IV : La chute et le péché
SWS, Livre IV, C3, §162 traduit par le chartreux a écrit :
L'ancienne Église l'a expressément justifié et défini en cette qualité contre les pélagiens, et le concile de Trente en a fait plus tard la base de sa doctrine sur la justification, en éclaircissant et en développant la définition du concile d'Orange. Le texte est :
Session V, can. 2 a écrit : Si quelqu'un affirme que la prévarication d'Adam n'a nui qu'à lui seul et non à sa descendance, et qu'il a perdu la sainteté et la justice reçues de Dieu pour lui seul et non aussi pour nous, ou que, souillé par le péché de désobéissance, “il n'a transmis que la mort” et les punitions “du corps à tout le genre humain, mais non pas le péché, qui est la mort de l'âme” : qu'il soit anathème, puisqu'il est en contradiction avec l'Apôtre qui dit : “Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort et ainsi la mort a passé dans tous les hommes, tous ayant péché en lui” Rm 5,12.
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