Quelques Saints d'Orient
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Veni de Libano
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Quelques Saints d'Orient
Saint Athanase d'Alexandrie
docteur de l’église catholique
295 - 373
VIE de saint Athanase
Remarque préliminaire
La vie d'Athanase fut commandée, pendant son long épiscopat de 46 ans, par la lutte acharnée contre l'arianisme. Cette vie est un vrai roman policier aux multiples péripéties : l'essence de la lutte est doctrinale et à tout instant saint Athanase est le défenseur intrépide de la foi du concile de Nicée : la foi en la divinité du Verbe incarné, Fils de Dieu. Mais cette lutte fut d'une complexité inouïe : subtilités doctrinales, rivalités politiques se nouent et se dénouent.
Pour l'histoire de la doctrine, - et ce point de vue est le plus important, - nous recommandons l'ouvrage de J.A. Moelher sur Saint Athanase. On trouvera un aperçu rapide des différentes doctrines qui vont s'entrecroiser dans Marrou qui unit la clarté à la sûreté de l'exposé. Voici les deux références :
J.A. MOELHER, Athanase le Grand et l’église de son temps en lutte avec l'arianisme, traduit de l'allemand par J.COHEN. 3 tomes, Paris 1840.
J. DANIELOU et H. MARROU, Nouvelle Histoire de l’Eglise,
1 Des origines à Grégoire le Grand. Paris 1963, au chapitre V de la deuxième partie : Les péripéties (de la crise arienne, par H. MARROU, p. 295-309.
Ce n'est qu'en 381, date du Concile de Constantinople, que la crise s'apaisera.
Une citation de Marrou rendra bien compte de la complexité de cette crise :
Il est extrêmement difficile de condenser de façon claire et précise le récit des développements de la crise arienne au cours de la période troublée qui s'étend de 325 à 381. La réalité historique a une structure polyphonique et il faudrait pouvoir en saisir et combiné tous les aspects divers à la fois. Il y a et le temps et l'espace : les générations se succèdent et les problèmes se transforment . nous constaterons une opposition presque constante entre l'occident latin (avec l'Égypte) paisiblement établi sur la définition de Nicée, et l'Orient grec beaucoup plus incertain où l'on est sensibilisé à l'extrême au danger sabellien
[Sabellius, dont l’origine n’est guère connue, vint à Rome en 217. Il répandit une doctrine mornachienne : le monarchisme, préoccupé de maintenir l’idée de l’unité de Dieu, niait la trinité des personnes, le Fils et l’Esprit Saint étaient, disaient-ils, des modes d’être du Père]
que les Occidentaux mettront vingt ans à découvrir.
Les idées et les Hommes : les questions de personne viendront souvent compliquer les problèmes d'ordre doctrinal, et ce temps a été fertile en fortes personnalités : lorsque le 8 juin 328, saint Athanase monte sur le trône d'Alexandrie, 1'homoousios acquiert un champion infatigable, mais son énergie même et, il faut bien le dire, la violence de son caractère, lui attireront beaucoup d'ennemis et le mettront souvent dans des situations difficiles. Il y a enfin ce que nous avons appelé la structure bipolaire de la société chrétienne : d'un côté, les évêques discutent, les conciles cherchent à définir, mais de l'autre, il y a l'empereur qui intervient pour appuyer les uns, exiler ou faire déposer les autres ; que l'empereur change, ou change d'avis, et la vie de l'Église s'en trouve aussitôt affectée.
H.MARROU op. cit. p. 297-298
1. Enfance et jeunesse
On ne peut rien avancer de précis sur la jeunesse de saint Athanase. On sait qu'il fut élevé à l'épiscopat vers l'âge de trente-trois ans, on en déduit la date de sa naissance : 295 sans doute. Il semble que saint Athanase soit né à Alexandrie, ses parents furent certainement chrétiens, d'origine grecque, pense-t-on : l'enfant reçoit un nom grec : l'immortel.
La persécution de Dioclétien éclata en 303, elle fut particulièrement longue et cruelle en Orient où elle ne s'apaisera qu'en 313. Saint Athanase avait alors de huit à dix-huit ans, il semble impossible que cette atmosphère de danger et de courage ne l'ait pas profondément marqué, donnant à sa foi une fermeté décisive.
Les écrits de saint Athanase témoignent de son érudition : il a une connaissance parfaite de la Bible, saint Athanase a reçu d'autre part une bonne formation hellénique, saint Athanase cite les auteurs grecs, sans doute d'après des anthologies, il connaît surtout Homère et Platon. Ses discours sont construits d'après les lois du genre héritées de Démosthène.
Il serait possible que saint Athanase, qui a écrit La vie d’Antoine et a tant aimé les moines auprès desquels il fit de longs séjours, ait connu Antoine dès sa jeunesse :
Je fus son disciple et comme Élisée, je versai de l'eau sur les mains de cet autre Elie.
Vie d’Antoine, Prologue 9, livre de saint Athanase
2. Du diaconat à l'épiscopat
Saint Athanase fut lecteur six ans, ensuite en 319 son évêque Alexandre l'ordonna diacre et le choisit peu après comme secrétaire. Le jeune saint Athanase rédige alors le Traité contre les païens et surl'Incarnation du Verbe, ouvrage unique en deux parties, mais souvent édité en deux livres distincts.
La querelle arienne éclate et saint Athanase suit son évêque au Concile de Nicée en 325. Alexandre mourut en 328 et le 8 juin de la même année, saint Athanase lui succéda et reçut la consécration épiscopale.
Tous disaient que c'était un homme vertueux, pieux, un chrétien, un ascète, un véritable évêque.
Apol. contre Ar., I, 6
3. Les débuts de l'épiscopat : de 328 à 335
Les premières lettres festales de saint Athanase montrent le nouvel évêque préoccupé d'affermir ses fidèles dans la foi et la pratique de la vie chrétienne. Tout semble calme. Athanase visite son diocèse, il rencontre Pacôme qui vint à sa rencontre avec ses moines à Tabenne.
Mais les difficultés s'amoncelèrent bientôt. Arius avait été rappelé d'exil, les ariens devenaient hardis et puissants à la cour impériale. Constantin demandait à saint Athanase d'admettre Arius à la communion ecclésiastique. Saint Athanase ne pouvait accepter. Bientôt les calomnies se multiplièrent : saint Athanase fut accusé d'avoir donné ordre de briser un calice, de renverser un autel sous prétexte qu'un prêtre schismatique mélétien officiait. Les mélétiens avaient désormais partie liée avec les ariens contre saint Athanase :
[Mélèce, évêque de Lycopolis, s’était révolté vers 306 contre l’évêque Pierre, patriarche d’Alexandrie, parce que celui-ci avait accordé le pardon à des apostats repentants. Mélèce avait alors ordonné des prêtres et même consacré des évêques, fondant une église schismatique]
Saint Athanase est accablé de tous les griefs : il a introduit un nouvel impôt, il a tenu tête à l'empereur, refusant la communion ecclésiastique à ceux qui la demandaient, bien plus il est accusé de conspirer contre la vie de l'empereur. C'est trop : saint Athanase est mandé à Nicomédie auprès de l'empereur mais l'accusé repart justifié :
J'ai accueilli votre évêque Athanase avec bienveillance, et je lui ai parlé comme le dictait la conviction que j'ai que c’est un homme de Dieu.
Lettre de Constantin, Apol ad Constant., 62
Une nouvelle vague d'accusations tenta de renverser saint Athanase : l'évêque d'Alexandrie aurait fait assassiner l'évêque mélétien Arsène. Mais celui-ci fut retrouvé en vie, bien caché dans un monastère d'Égypte.
Les ennemis de saint Athanase obtinrent de l'empereur la convocation d'un nouveau concile. Ce fut en 335 le scandaleux concile de Tyr. On accusa saint Athanase de tenter d'affamer la ville impériale et on obtint de l'empereur la déposition de saint Athanase et son exil.
4. Le premier exil, sous l'empereur Constantin,
11 juillet 335 au 22 novembre 337, séjour à Trèves.
Saint Athanase séjourna à Trèves où résidait le jeune Constantin, fils de l'empereur, qui l'accueillit avec honneur. L'évêque de Trèves Maximin fit aussi le meilleur accueil à l'exilé.
Il est certain que celui-ci apporta en Occident une lumière nouvelle au monachisme qui se cherchait. Saint Augustin raconte dans ses Confessions VIII, 15 comment on lisait encore à Trèves de son temps le livre de saint Athanase: Vie d'Antoine.
A Alexandrie, les ennemis de saint Athanase s'employèrent, mais en vain, à confier à Arius sa charge épiscopale.
L'histoire n'a rien retenu de l'exil d'Athanase à Trèves et les deux lettres festales datant de cette période sont perdues.
Les protestations qui s'élevèrent, nombreuses, contre l'exil ne furent pas entendues. Antoine, le " père des moines d'Orient " écrivit en vain à l'empereur qui répondit :
Il n'est pas croyable qu'une assemblée si nombreuse d'évêques éclairés et honnêtes eût agi par haine ou par complaisance (au concile de Tyr), même si quelques-uns l'avaient fait. Athanase est un insolent, un orgueilleux, un homme de désordre et de discorde. SOZOMENE, Hist. Eccl., II, 31
En 336, Arius mourait subitement. Le 22 mai 337, l'empereur Constantin mourait à son tour près de Nicomédie après y avoir reçu le baptême des mains de l'évêque arien Eusèbe de Nicomédie. L'empire fut partagé : à Constantin II revenaient la Gaule, l'Espagne et l'Afrique ; à Constance l'Orient et à Constant l'Italie et l'Illyrie.
Constantin II, qui avait toujours soutenu saint Athanase à Trèves et lui avait accordé sa confiance, le rappela à Alexandrie où le siège épiscopal était demeuré vacant ; il écrivit lui-même aux chrétiens d'Alexandrie :
Il n'a sans doute pas échappé à vos saintes pensées pour quels motifs Athanase, le prédicateur de l'adorable loi, a été envoyé momentanément dans les Gaules. La fureur de ses sanguinaires ennemis tenant des dangers suspendus sur sa tête, cette résolution fut prise afin qu'il ne lui arrivât pas malheur. C'est pour le mettre à l'abri de la vengeance de ses adversaires qu'il me fut confié... Déjà notre maître Constantin-Auguste, mon père, avait résolu de le rendre à votre piété bien-aimée, mais le sort commun de tous les hommes l'a rappelé au repos éternel avant qu'il ait pu accomplir son désir, j'ai donc cru devoir exécuter les intentions de l'empereur. Vous savez vous-mêmes de quels respects Athanase sera digne quand il reviendra auprès de vous...
SOZOMENE, Hist. Eccl., III, 2
Sur le chemin du retour, saint Athanase rencontra l'empereur Constance, il arriva à Alexandrie où saint Athanase fut accueilli triomphalement le 23 novembre 337. Son exil avait duré 28 mois.
5. Reprise des fonctions épiscopales : 22 novembre 337 au 16 avril 339
Les menées hostiles des ariens et des mélétiens reprirent aussitôt. L'évêque revenait sans le consentement de l'Église, disaient-ils, faisant appel au brigandage de Tyr, ce concile convoqué contre Athanase.
En juillet 338, Antoine le Grand, d'après le récit de saint Athanase, quitta son désert et vint à Alexandrie pour combattre l'hérésie arienne :
Les ariens prétendirent mensongèrement qu'Antoine pensait comme eux. Il s'en indigna et s'irrita contre eux. Alors, à la requête des évêques et de tous les frères, il descendit de la montagne, vint à Alexandrie, condamna les ariens, disant que leur hérésie était la dernière et l'avant coureuse de l'antéchrist. Il enseigna aussi au peuple que le Fils de Dieu n'est pas une créature, qu'il n'est pas tiré du néant, mais qu'il est le Verbe éternel et la Sagesse de la substance du Père. Vie d'Antoine, n°69
Vers la fin de l'année 338, les ariens envoyèrent une ambassade auprès du pape Jules pour demander la déposition de saint Athanase : Eusèbe de Nicomédie avait été élevé au trône épiscopal de Constantinople et dès lors les ariens s'enhardirent, se groupant autour de lui sous le nom d'eusébiens. Le pape Jules prit la défense de saint Athanase. Les eusébiens réunirent un synode à Antioche en 339 et prononcèrent la déposition de saint Athanase. Ils nommèrent Grégoire de Cappadoce évêque d'Alexandrie : Grégoire pénétra dans sa ville épiscopale sous l'escorte de soldats en armes, saint Athanase dut se cacher et s'enfuir. Il se réfugia à Rome auprès du pape Jules et ce fut le deuxième exil.
6. Le deuxième exil : sous l'empereur Constant
- du 16 avril 339 au 21 octobre 346 - séjour à Rome
Saint Athanase fut admis à présenter sa défense devant un synode romain et il fut réhabilité par le pape Jules en 341. Le séjour d'Athanase à Rome eut d'heureux résultats : l'Occident fut gagné à la foi du concile de Nicée et le monachisme oriental fut connu à Rome. Saint Athanase s'était fait accompagner de deux moines égyptiens ; saint Jérôme racontera plus tard comment ce fut alors que, pour la première fois, on entendit parler à Rome de Pacôme et d'Antoine (Lettre 127). En 342, saint Athanase fut appelé à Milan auprès de l'empereur Constant qui cherchait à obtenir de son frère Constance une grande réunion d'évêques des deux partis opposés ; en 343 il fit un voyage en Gaule, enfin, la même année, il se rendit au synode de Sardique. Sardique, dernière ville de l'empire occidental au nord de la Grèce, en Thrace, avait été choisie comme le lieu de rencontre de l'Occident et de l'Orient. Une nouvelle fois, saint Athanase fut reconnu innocent et les Pères de Sardique réclamèrent son retour à Alexandrie. En vain . L'empereur Constance en Orient s'y opposa. Cependant en 345, l'évêque Grégoire qui occupait le siège de saint Athanase à Alexandrie mourut, et peu après l'empereur Constance consentit enfin à rappeler l'exilé. Il fut de retour à Alexandrie, après plus de sept ans d'absence, le 21 octobre 346.
7. La décade d'or: de 346 à 356
Dix années d'épiscopat à Alexandrie : la chose semble à peine croyable ! On l'aura remarqué : ce n'est pas sans quelque hésitation que saint Athanase avait repris, très lentement, étape par étape, le chemin du retour. Le synode de Sardique était en fait la victoire des Occidentaux, l'Orient arien ne désarmait pas et saint Athanase revenait sous la menace des troubles.
La victoire de saint Athanase était, hélas - et il le savait - une victoire politique impériale, celle de Constant s'opposant à son frère Constance, celle de l'Occident s'opposant à l'Orient. Constance lui avait écrit cependant :
Hâte-toi au plus vite d'offrir ta présence à nos regards, afin qu'au comble de tes voeux, tu fasses l'épreuve de notre Clémence et sois rendu aux tiens. J'ai prié mon seigneur et frère Constant, vainqueur, de te permettre de venir. Rendu à ta patrie, tu nous devras à tous deux ce gage de notre grâce. Apologie contre Arien, 51
Une nouvelle fois, saint Athanase reçut de la part de ses fidèles un accueil triomphal. Il veillera à se montrer uniquement l'évêque de son peuple. La lettre pascale de 347, qui est un vrai chant de reconnaissance, signale la nomination de nouveaux évêques parmi lesquels d'anciens mélétiens réconciliés : cette mesure de clémence est à relever, car la position de saint Athanase fut en général, par amour de la foi de Nicée, prudente jusqu'à l'intransigeance.
Saint Athanase n'hésite pas à nommer des moines évêques [voir lettre à Dracontius] il en attend un renouveau de ferveur chrétienne et il met tout en oeuvre pour consolider l'unité de la foi.
Cette longue période privilégiée, à laquelle on donna le nom de décade d'or, est consacrée aussi à la production littéraire de saint Athanase qui écrit alors, entre autres, son Apologie contre les ariens.
Cependant, en janvier 350 l'empereur Constant meurt en Occident dans un soulèvement militaire, saint Athanase perd en lui un appui. Un usurpateur, le comte Magnence, est nommé empereur par les soldats gaulois. Magnence cherche l'appui de saint Athanase et lui envoie une ambassade mais, diplomate, saint Athanase la reçoit en pleurant la mort de Constant. Il invite ses fidèles à prier pour " le très pieux Auguste Constance " qui l'assure d'ailleurs de sa bienveillance :
Vaque avec ton peuple aux prières consacrées ! Nous voulons que, conformément à notre décision, tu sois en tout temps évêque dans ton église.
Apologie à Constance, 23
En 352 meurt le pape Jules. Le pape Libère lui succède et les ennemis de saint Athanase relèvent la tête, tentant de circonvenir Libère contre saint Athanase. Sur ces entrefaites, saint Athanase reçoit une lettre de l'empereur Constance qui lui " accorde " l'entrevue demandée... une entrevue que saint Athanase n'a jamais demandée ! Celui-ci comprend le danger : on tente de l'éloigner de son Église. Il se contente d'envoyer auprès de l'empereur une ambassade que celui-ci refuse d'accueillir ! Les hostilités reprennent. En 350, Magnence se suicide et Constance dévoile alors son jeu, il demande aux Gaulois qui n'y comprennent rien de renoncer à la communion d'Athanase.
En Gaule, Hilaire de Poitiers cherche à s'informer, Paulin de Trèves qui connaît saint Athanase proteste, mais aussitôt on l'exile.
En 355, un concile fut réuni à Milan et prononça la condamnation de saint Athanase. Trois évêques sur 300 protestèrent et refusèrent de signer. " Le seul canon, avaient dit les évêques, c'est la volonté de l'empereur " : saint Athanase se sait à nouveau traqué. Il rédige son Apologie à Constance. L'empereur cherche, mais en vain, à soulever le peuple contre l'évêque.
Dans la nuit du 8 février 356, l'évêque était en prière dans une des plus grandes églises d'Alexandrie, y célébrant une vigile. Et ce fut l'assaut subit à main armée :
J'ordonne au diacre de lire le psaume : " La miséricorde du Seigneur est grande dans les siècles " et je dis au peuple de répondre et de se retirer ensuite chacun dans sa maison. Mais à cet instant, le duc s'élança dans le temple et les soldats assiégèrent de toutes parts le sanctuaire... J'en atteste la suprême vérité, malgré tant de soldats et malgré tous ceux qui entouraient l'église, je sortis sous la conduite du Seigneur et m'échappai sans être vu, glorifiant surtout le Seigneur de ce que je n'avais pas trahi mon peuple et de ce que je l'avais d'abord mis en sûreté... Je fus ainsi miraculeusement sauvé par la Providence. Apol de fuga, 24
Saint Athanase prit la fuite. Où était-il ? Une nouvelle fois, le trône épiscopal était vide, l'empereur Constance avait atteint son but et il sut faire taire ceux qui élevèrent la voix pour protester : les résistants étaient exilés et, parmi eux, le pape Libère lui-même .
8. Le troisième exil : sous l'empereur Constance
- du 9 février 356 au 21 février 362 - dans les déserts d'Égypte
Saint Athanase fut poursuivi et il dut se cacher. Il s'enfuit dans les déserts peuplés de moines auprès desquels il trouvait refuge. En 356, Antoine mourut et légua son manteau à Athanase :
Antoine dit à ses deux compagnons : " ... Partagez mes vêtements. A l'évêque Athanase donnez une mélote et le manteau dont je m'enveloppais ; il me l'a donné neuf, je l'ai usé. A l'évêque Sérapion donnez l'autre mélote ; quant à vous, gardez le vétement de crins. Et maintenant, mes enfants, Antoine fait route, il n'est plus avec vous ".
Vie d'Antoine, 91
[Sérapion est l'évêque de Thmuis à qui saint Athanase adressa ses quatre lettres à Sérapion sur la divinité du Saint Esprit.]
A Alexandrie, la situation était dramatique. Toutes les églises sans exception devaient être remises aux ariens. L'empereur Constance s'excusait dans ses lettres impériales d'avoir si longtemps supporté saint Athanase, par respect pour la mémoire de son frère. L'empereur cherchait maintenant ouvertement à étendre l'arianisme à tout l'empire. Le siège épiscopal de saint Athanase fut donné à un arien connu pour sa richesse et son avarice, Georges de Cappadoce ; il avait été autrefois dégradé de la prêtrise à cause de ses vices. Il fut intronisé le 24 février 357 et le peuple chrétien d'Alexandrie eut à subir dix-huit mois de tyrannie. Le 29 août 358 en effet, ce fut l'émeute, le peuple se révolta et Georges de Cappadoce, l'évêque intrus, dut s'enfuir. Après un bref retour, il fut emprisonné le 1er décembre 361.
Cependant, l'empereur Constance mourut le 3 novembre 361. On arracha l'évêque Georges à sa prison pour l'assassiner le 23 décembre de la même année. Le nouvel empereur Julien - à qui on donnera le nom de Julien l'Apostat - réclama la riche bibliothèque de l'évêque Georges. Il rappela par un édit tous les évêques exilés. Saint Athanase revint à Alexandrie le 21 février 362.
9. Reprise des fonctions épiscopales: 21 février 362- 23 octobre 362
Pourquoi l'empereur Julien avait-il rappelé tous les évêques exilés ? Voulait-il vraiment faire preuve de modération ou espérait-il troubler le christianisme en mettant de nouveau en présence ariens et nicéens ?
Quoi qu'il en soit, l'évêque Athanase voulut mettre à profit la liberté dont jouissait l'Église pour pacifier les esprits. L'heure était enfin venue de discuter dans le calme. Saint Athanase réunit au printemps de 362 l'important synode d'Alexandrie : important, il le fut, par l'esprit de modération qui l'anima et par ses résultats, mais non pas par le nombre des évêques, 25 seulement. Chacun travailla à dissiper les. équivoques et les malentendus qui surgissaient souvent du vocabulaire. Saint Athanase lui-même accepta une terminologie différente : il maintenait la foi de Nicée définie par le symbole, mais acceptait que d'aucuns utilisent une autre expression que l'homoousios contesté, mal compris.
L'influence de saint Athanase contribua non seulement à la paix de l'Église, mais à la propagation du christianisme. L'empereur Julien en fut furieux et ordonna que saint Athanase reprit la route de l'exil, il chercha mais en vain à le faire assassiner.
Tandis qu'Athanase quittait une fois encore ses fidèles, il les rassura : " Ce n'est qu'un léger nuage, leur dit-il, ne vous laissez pas troubler, frères, il passera bientôt !"
RUFIN, Hist. Eccl. I, 34.
10. Le quatrième exil : sous l'empereur Julien l'Apostat
- du 24 octobre 362 au 5 septembre 363 - dans les déserts d'Égypte
Une nouvelle fois, Athanase se cache dans sa chère Thébaïde, parmi les moines. Il rend visite aux Pachômiens. Pachôme était décédé depuis longtemps (en 346), ce fut l'abbé Théodore qui reçut le saint évêque tandis que les moines l'escortaient au chant alterné des psaumes. Tandis qu'au moment du départ, les moines supplièrent saint Athanase de se souvenir d'eux dans ses prières, il leur répondit : " Si jamais je t'oublie, Jérusalem ! " (Psaume 136).
Cependant, l'empereur Julien mourut le 26 juin 363, frappé par une flèche au cours d'une expédition contre les Perses. Les soldats lui donnèrent Jovien comme successeur. Le nouvel empereur était chrétien. N'avait-il pas déclaré sous le règne de Julien qu'il aurait préféré renoncer à son grade de tribun que de retourner au paganisme ? L'empereur Jovien se hâta de donner à chacun la liberté religieuse et à inviter saint Athanase en termes flatteurs à venir lui exposer la saine doctrine sur la Trinité. Socrate, Histoire Ecclésiastique, III, 25.
Saint Athanase partit pour Antioche afin d'y rencontrer l'empereur, l'exil cependant n'était pas officiellement levé. A la demande de l'empereur, saint Athanase rédigea une exposition de la foi de Nicée, la foi orthodoxe. L'empereur reçut une ambassade arienne qui venait lui demander un nouvel évêque à Alexandrie et l'empereur leur répondit : " Adressez-vous à Athanase " ! L'unification religieuse semblait proche et saint Athanase revint à Alexandrie.
On date la fin de son quatrième exil du 5 septembre 363, date à laquelle le patriarche se mit en route pour rencontrer Jovien, mais le retour à Alexandrie n'eut lieu qu'en février 364. Il sera, une fois de plus, de courte durée
11. Reprise des fonctions épiscopales : de février 364 au 5 octobre 365
Le 16 février 364, Jovien mourut accidentellement. Deux empereurs lui succédèrent : Valentinien, un officier chrétien nicéen pour l'Occident, et son frère Valens, arien, pour l'Orient. Dès le 5 mai 365, Valens publia un édit réitérant l'ordre d'exil à tous les évêques qui avaient été proscrits par Constance. Saint Athanase tenta de résister, il se cacha aux environs de sa ville épiscopale. Le 5 octobre 365 cependant, malgré les supplications des fidèles qui demandaient de garder leur évêque, un ordre impérial direct prononçait l'exil de saint Athanase.
12. Le cinquième exil : sous l'empereur Valens
- du 5 octobre 365 au 31 janvier 366. Au désert ?
Où est saint Athanase ? On ne sait pas, il se cache. Certainement dans la banlieue d'Alexandrie d'abord où il se retire dans le grand caveau de son père ; saint Athanase gagne sans doute ensuite le désert. Les fidèles d'Alexandrie ne cessent de faire pression sur le gouvernement pour réclamer son retour. Finalement, Valens craignit une révolte du peuple et donna l'ordre de rappeler le proscrit.
13. Reprise des fonctions épiscopales et mort :
1er février 366 au 2 mai 373
Après ces derniers quatre mois d'exil, saint Athanase retrouve son vaste diocèse. Il connaîtra enfin un calme relatif : sept ans parmi son peuple. Sans doute, la lutte n'est pas apaisée : on incendie volontairement la vaste église, le Caesareum, mais l'empereur donne aussitôt ordre de la rebâtir, reconnaissant ce crime imputable aux païens. En 367, Lucius tente de s'emparer par force de l'épiscopat, mais cet arien notoire est aussitôt expulsé.
Tout se calme peu à peu. Saint Athanase peut enfin écrire des oeuvres qui ne sont pas directement des oeuvres de combat. Il rédige un commentaire du livre des psaumes (livre perdu). En 366, le pape Damase est élu à Rome et intervient directement pour condamner l'arien Auxence de Milan et, dans sa Lettre aux Africains, saint Athanase parle des écrits de " notre cher collègue Damase, l'évêque de la grande Rome ".
D'autre part, une correspondance s'établit entre saint Athanase et le jeune évêque Basile de Césarée : ensemble, ils recherchent l'union entre l'orient et l'occident.
Enfin, dans la nuit du 2 au 3 mai 373, saint Athanase mourut : il avait 77 ans d'âge, 46 d'épiscopat et avait vécu plus de dix-sept ans en exil.
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Veni de Libano
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Re: Quelques Saints d'Orient
Saint Jean Damascène - Saint Jean de Damas
docteur de l'église catholique
650-750
Saint Jean Damascène est l'un des Pères qui restent aujourd'hui à redécouvrir et qui a réalisé, à son époque, une synthèse qui n'est pas sans annoncer celle de saint Thomas, même si elle a une composante plutôt poétique.
Il est l'un des derniers des Pères de l'Église et a été proclamé vénérable, de manière quasi immédiate, au terme de sa longue vie, en 787, par le concile de Nicée II, concile qui marque la fin de la patristique orientale.
Saint Jean Damascène est l'un des plus importants Pères de l'Église d'Orient. Il est en quelque sorte un relais entre saint Maxime le Confesseur et saint Grégoire Palamas. De plus, Saint Jean Damascène a été l'un des premiers à dialoguer avec l'Islam, lui qui est né, vers 650, soit dix-huit ans après la mort de Mahomet et qui est issu d'une famille chrétienne, proche du calife : son père en était, dirait-on aujourd'hui, le ministre des finances et lui-même a été éduqué avec le futur calife Yazid.
Jean Damascène est appelé Mansour (en arabe : le vainqueur) et Chrysorroas (qui roule l'or dans ses flots), en raison du rayonnement qui fut le sien. Le nom de Damascène lui a été attribué plus tard pour préciser sa ville d'origine, comme ce fut le cas pour de nombreux Pères.
Il reçut une éducation solide, lui donnant une bonne connaissance de la culture grecque et arabe. Rapidement, il entre dans l'administration du califat, avec un poste correspondant à celui de préfet, puis il succède à son père.
Mais, si les Omayyades avaient été tolérants à l'égard des chrétiens, cette tolérance disparaît soudain, vers 700, lorsque le calife décide que les chrétiens ne peuvent plus faire partie du gouvernement, à moins d'apostasier. Il reste, alors, à Saint Jean de choisir entre sa foi et son poste. Il opte immédiatement pour sa foi, quitte sa charge à Damas, distribue ses biens aux pauvres et part pour le monastère de Mar-Sabas entre Jérusalem et la mer Morte. Saint Jean Damascène y devient moine et est ordonné prêtre par Jean, patriarche de Jérusalem.
Il intitule son livre principal La Source de la connaissance.
Ce livre se compose de trois parties : il traite, tout d'abord, de philosophie, puis propose une histoire des hérésies et se termine par un exposé de la foi orthodoxe, qui reste la partie la plus connue de l'ouvrage, éditée séparément.
Dans cet exposé, Jean Damascène met en valeur la christologie. Après avoir envisagé le Dieu, un et trine, et la création, il consacre les deux derniers livres à la christologie, reprenant ainsi l'acquis de ses controverses avec les Jacobites et les Nestoriens. Saint Jean Damascène en vient à une remarquable maîtrise de la réflexion sur l'incarnation, à tel point qu'il apparaît comme le théologien de l'Incarnation.
Saint Jean Damascène propose une véritable synthèse de la christologie patristique, dans la perspective du concile de Chalcédoine, tout en tenant compte des développements ultérieurs et en précisant le vocabulaire. Il s'attache principalement à montrer qu'en s'incarnant, le Verbe ne perd rien de sa divinité, mais qu'il assume la nature humaine, avec ses souffrances.
Saint Jean Damascène le dit dans une citation célèbre :
" Tout entier, il m'assume tout entier ;
tout entier, il s'unit à moi tout entier,
afin de me donner le salut, à moi tout entier. "
Reprenant et développant la perspective des Cappadociens, d'après laquelle ce qui n'est pas assumé n'est pas sauvé, Saint Jean Damascène fait ressortir qu'en prenant la condition humaine, le Christ lui apporte le salut et qu'il appelle l'être humain à partager la vie divine. C'est ce qu'il met également en évidence, aussi bien dans sa réflexion sur les icônes qui représentent l'humanité transfigurée, que dans sa célèbre Homélie sur la Transfiguration : en l'espace d'un instant, le Christ a non seulement manifesté à ses disciples la gloire de sa divinité, mais il les a aussi invités à partager cette gloire.
Jean Damascène écrit également des ouvrages exégétiques, hagiographiques, ascétiques, liturgiques, mais il est principalement connu pour ses hymnes qui sont restées célèbres et que le Saint a composées pour les grandes fêtes : Noël, l'Épiphanie, Pâques, la Pentecôte, la Transfiguration, la Dormition et où il a le charisme d'inviter à la joie, en dégageant l'essentiel du mystère. On le voit dans cette hymne pour Pâques :
" Peuple, rayonnons de joie. Pâque du Seigneur, Pâque ! De la mort jusqu'à la vie. Le Christ nous fait passer. Et tout s'emplit de lumière. Le ciel et la terre. "
Jean Damascène s'illustre également et surtout dans la lutte contre les iconoclastes, qui ébranla le VIIIème siècle, et qui mettait en question l'art chrétien. Il défend, alors, par sa parole et ses écrits le culte des images. À la suite de saint Basile et avant le concile de Nicée II de 787, il explique que l'honneur rendu à l'icône n'est pas synonyme d'idolâtrie, mais qu'il va au prototype, au saint représenté sur l'icône. Il souligne également la légitimité des icônes à partir de l'Incarnation. Saint Jean Damascène explique qu'à partir du moment où Dieu s'est rendu visible dans le Christ, il est possible de le représenter et de dépasser l'interdit, d'ailleurs relatif, de l'Ancien Testament. Ainsi il écrit :
" Je représente Dieu, l'Invisible, non pas en tant qu'il est invisible mais dans la mesure où il est devenu visible pour nous en participant à notre condition. "
Dès lors, en vénérant l'image qui en est donnée, nous rejoignons celui qui y est représenté. Saint Jean Damascène précise, d'ailleurs, " Je ne vénère pas la matière, je vénère le créateur de la matière [...], qui a daigné habiter la matière ". C'est la présence de " l'humanité glorifiée et déifiée tout d'abord dans le Christ et, à travers lui et l'Esprit Saint, dans la Vierge Marie et dans les saints " que l'on trouve dans les iconostases des églises orthodoxes et que Jean Damascène a largement contribué à faire reconnaître.
Le concile de Nicée II a reconnu et repris l'œuvre de Jean Damascène, qui a su allier la théologie de l'Incarnation et la théologie de la beauté, qui a créé un espace liturgique où " le ciel est déjà descendu sur la terre ". Cela nous marque aujourd'hui, au moment [...] où le patrimoine chrétien intéresse nombre de nos contemporains, au moment où les icônes sont reproduites de manière industrielle et tendent à perdre leur signification première. En fait, leur " intégration originale ne pourra se faire que par un approfondissement de la liturgie comme mystère et symbole. Cette réflexion ne se ferait pas seulement pour elles, mais également pour la musique et aussi la poésie ".
L'Église d'Orient reconnaît Jean Damascène comme l'une de ses principales colonnes et le représente, sur les icônes, comme l'un des trois hiérarques, vénérés à Nicée II, aux côtés de saint Germain de Constantinople et de saint Georges de Chypre. De fait, Jean Damascène a eu une influence décisive sur toute la théologie ultérieure et il peut servir de référence aujourd'hui encore dans le dialogue [...] .
Ce Canon d'Étienne le Mélode témoigne de l'estime dans laquelle Saint Jean Damascène est tenu :
" Grand saint, quel nom te donnerons-nous ? T'appellerons-nous Jean le Théologien ou David le prophète [...] ? Flambeau, dont l'éclat illumine l'univers entier, prie pour le salut de nos âmes [...].
Ô Jean d'éternelle mémoire, tu as réellement orné l'Église du Christ par ta vie et tes paroles abondantes et éloquentes en utilisant le talent de sagesse que Dieu t'a donné [...].
Chantons l'hymnographe, l'éducateur et le flambeau de l'Église, Jean le Théologien. "
La Transfiguration à l'œuvre
Si l'on voulait caractériser d'un mot Jean Damascène, on pourrait dire qu'il est le théologien, non seulement de l'incarnation, ce qui est le cas d'un certain nombre de Pères : saint Athanase, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Léon..., mais aussi et surtout celui de la Transfiguration.
Mais [...] Jean Damascène n'est pas le seul à célébrer la Transfiguration. Avant lui, nombre de Pères lui ont déjà consacré de belles pages, en particulier Origène et saint Éphrem, dont Saint Jean s'est inspiré et qu’il a réinterprété.
À la suite d'Origène, et avec une verve créatrice par rapport au concile de Chalcédoine, Saint Jean Damascène fait ressortir qu'à la Transfiguration, c'est la divinité du Christ qui est manifestée et Saint Jean Damascène la célèbre tout au long de son homélie. Comme Éphrem, d'autre part, Saint Jean Damascène présente la Transfiguration comme préfiguration de la résurrection. Ainsi, dit-il avec des accents lyriques et liturgiques :
" Aujourd'hui se manifeste ce que des yeux de chair ne peuvent voir : un corps terrestre rayonnant de la splendeur divine, un corps mortel manifestant la gloire de la divinité. Car la Parole s'est faite chair et la chair Parole, bien que celle-ci ne soit pas sortie de la nature divine... Les choses humaines deviennent celles de Dieu, et les divines celles de l'homme... Le Thabor jubile et se réjouit, montagne divine et sainte... car elle rivalise en grâce avec le ciel. Là, les apôtres choisis voient le Christ dans la gloire de son Royaume. Là, la résurrection des morts est manifeste à leur foi et le Christ se montre Seigneur des morts et des vivants, lui qui fait paraître Moïse d'entre les morts et qui prend pour témoins des vivants Élie le cocher au souffle de feu. Là, les chefs des prophètes prophétisent encore, annonçant l'exode du Seigneur à travers la croix. [...]. Maintenant tout ruisselle de lumière et de clarté.
Jadis, Moïse entrait dans la nuée divine [...]. Et, alors, Israël ne pouvait regarder intensément la gloire pourtant passagère du visage de Moïse ; mais, nous, le visage découvert, nous contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, " transformés de gloire en gloire comme par l'Esprit du Seigneur ". "
Nous n'avons là qu'une partie de ce grand texte, qui est l'une des plus belles homélies sur la Transfiguration et qui a souvent servi de référence aux icônes de la Transfiguration, dont Jean Damascène a souligné le bien-fondé, et même plus, la nécessité, dans la mesure où elles évoquent non pas tant ici l'humanité transfigurée, déifiée que la mise en évidence de la divinité du Christ, exprimée par la mandorle ou par " l'auréole qui enveloppe toute sa personne et aussi par sa splendeur rayonnante ", par " les rayons qui fusent de son corps ".
Dans l'Homélie sur la Transfiguration, nous voyons à l'œuvre le génie poétique et liturgique du Saint. En quelques phrases, Saint Jean Damascène sait exprimer dans tout son éclat ce mystère de lumière qu'est la Transfiguration. Cette lumière n'est autre que la vie même de Dieu qui vient nous rejoindre et nous transformer en son Fils. Les Apôtres sont les témoins privilégiés de cet événement unique, qui " fait descendre le ciel sur la terre ", qui nous fait entrer dans la vie trinitaire.
En même temps, Jean Damascène nous invite à partager cette joie en reconnaissant le caractère extraordinaire de la Transfiguration où " un corps terrestre rayonne de la splendeur divine, un corps mortel manifeste la gloire de la divinité ". C'est déjà la révélation de la divinité du Christ, que contemplent Moïse et Élie qui sont passés à l'immortalité et qui parlent, désormais, avec Jésus, alors qu'au cours de leur vie, ils n'avaient vu Dieu que de dos.
Quelque temps plus tard, au XIIème siècle, en Occident, Pierre le Vénérable a composé un bel office de la Transfiguration qui existe toujours et qui peut mieux nous introduire à la joie de la Transfiguration. Saint Jean Damascène a été un virtuose en la matière. Il a également proposé de belles homélies sur la Nativité et la Dormition, dans lesquelles il sait exprimer, sous forme poétique, le meilleur de sa réflexion théologique. Saint Jean Damascène présente une œuvre complète, pluridisciplinaire, où théologie, art, liturgie, poésie s'harmonisent remarquablement pour exhorter à la divinisation de l'être humain, rendue possible par l'Incarnation.
Re: Quelques Saints d'Orient
Merci à Veni,
de nous faire part de ces évocations enrichissantes de ces si grands Saints et si lumineux Docteurs.
Saint Athanase, le grand Docteur de la Très Sainte Trinité et de la nature consubtantiellement divine du Verbe Incarné..
Saint Jean Damascène, Docteur de l'Incarnation et de la Transfiguration, si souvent cité par le Docteur Commun, Saint Thomas d'Aquin, surtout en la tertia pars de sa Somme Théologique : sicut dicit Damascenus..
de nous faire part de ces évocations enrichissantes de ces si grands Saints et si lumineux Docteurs.
Saint Athanase, le grand Docteur de la Très Sainte Trinité et de la nature consubtantiellement divine du Verbe Incarné..
Saint Jean Damascène, Docteur de l'Incarnation et de la Transfiguration, si souvent cité par le Docteur Commun, Saint Thomas d'Aquin, surtout en la tertia pars de sa Somme Théologique : sicut dicit Damascenus..
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Veni de Libano
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Re: Quelques Saints d'Orient
Chers amis,
permettez moi de mettre en ligne, a la suite de la petite biographie de Saint Basile, une note a propos de l'Arianisme contre lequel lutterent toute leur vie ces grands Docteurs de l'Eglise, et ensuite le petit traite de St basile aux jeunes gens,
Veni
(sources:www.JesusMarie.com et Wikipedia)
Saint Basile le Grand - Basile de Césarée
évêque de Césarée en Cappadoce (Turquie)
docteur de l'église catholique
329 -379
Basile de Césarée appelé aussi Basile le Grand (329, Césarée - 379) est l'un des principaux Pères de l'Église grecque, reconnu également dès l'origine comme Docteur de l'Église. On le fête le 14 juin et le 2 janvier en Occident, et le 1er janvier, son dies natalis, en Orient.
Basile le Grand est originaire de Césarée en Cappadoce. Il est lui-même rhéteur et fils de rhéteur. Il est le frère aîné de Grégoire de Nysse qui, devenu chrétien et même prêtre avant lui, le baptise. Il naît dans une famille qui comptera de nombreux saints : son père lui même prénommé Basile, sa mère, sa sœur, et ses deux frères dont le plus illustre est Grégoire de Nysse.
À Athènes où il termine ses études, il se lie d'amitié avec l'un de ses compatriotes, le futur saint Grégoire de Naziance et avec l'empereur Julien (alors catholique, et depuis apostat). Il professa la rhétorique à Césarée, et y exerça quelque temps la profession d'avocat.
Après son baptême, saint Basile, attiré par la vocation monastique, fait de longs voyages pour s'informer des règles et modes de vie des moines en différents lieux.
En 357, il renonça au monde, se retira dans une solitude du Pont, et y fonda au bord de l'Iris, un monastère qui fut le modèle de presque tous ceux qui s'établirent depuis en Orient. La communauté qu'il fonde, et surtout les conceptions très équilibrées qu'il se fait de la vie monastique exerceront à travers sa célèbre Règle une grande influence sur le monachisme tant oriental qu'occidental (notamment sur saint Benoît).À partir de 365, il prend une part croissante à la lutte contre l'arianisme.
En 370, Basile devient évêque de sa ville natale, Césarée de Cappadoce. Il s'occupa avec zèle d'instruire son peuple, chercha à rétablir la paix dans l'Église, et combattit plusieurs hérèsies. Il lui faut s'imposer face au pouvoir de l'empereur Valens qui persécute les adversaires de la foi arienne. Il est avec Athanase d'Alexandrie (autre Père de l'Église grecque) l'un des champions de l'orthodoxie.
Basile a une importance considérable dans l'Église d'Orient. Il rédigea une règle monastique, toujours en vigueur. C'est lui qui fixa la forme d'une liturgie encore en usage presque inchangée chez les orthodoxes et les gréco-catholiques. Cette liturgie est célébrée les dimanches de carême et les jours de certaines fêtes à la place de la liturgie de saint Jean Chrysostome.
Il a en outre produit plusieurs autres œuvres littéraires dans un style qui s'apparente à celui de la seconde sophistique (par exemple : Lucien) et avec un talent oratoire exceptionnel.
Son œuvre théologique très vaste est dominée par un traité capital sur le Saint-Esprit. Le plus estimé de ses ouvrages est l'Hexaméron ou les six jours de la création.
Hormis sa Règle et la liturgie, l'œuvre la plus connue de Basile est le Discours aux jeunes gens. Cet ouvrage « humaniste » démontre comment un chrétien peut tirer profit de la littérature classique païenne. Il a laisse des Homélies, des traités de Morale et d'Ascétisme, des Commentaires sur diverses parties de l'Ecriture. On a aussi conservé de Basile plusieurs sermons, dont neuf Sermons sur la Genèse, avec une évocation de la beauté de la Création et de la grandeur de Dieu. Plusieurs lettres de Basile ont également été conservées. Comme les sermons, elles sont de haute tenue littéraire et apportent des informations importantes sur les mœurs et la sensibilité de son époque. On y admire avec l'onction du pieux évêque, une éloquence gracieuse et fleurie, unie à une dialectique rigoureuse et à des connaissances profondes : il possédait les lettres profanes aussi bien que la science sacrée. On remarque aussi son traité de la Lecture des auteurs profanes.
Ordre des Basiliens :
C'est le plus ancien des ordres religieux, qui a tiré son nom de saint Basile de Césarée, qui l'institua vers l'an 357, en fondant un monastère dans une solitude du Pont, sur les bords de l'Iris, et qui lui donna une règle.
La communauté que saint Basile de Césarée fonda, et surtout les conceptions très équilibrées qu'il se fit de la vie monastique exerceront à travers sa célèbre Règle une grande influence sur le monachisme tant oriental qu'occidental (notamment Saint Benoît).
Cet ordre, auquel appartiennent presque tous les monastères de l'Orient, se voue surtout à la prière et à la contemplation. Il ne passa en Occident que vers l'an 1057, et eut en Italie plusieurs établissements importants dans lesquels se conserva la culture des lettres grecques. Barlaam et Jean Bessarion appartenaient à cet ordre. Le pape Grégoire XIII le réforma en 1579.
L'Église catholique compte cinq ordres ou congrégations qui suivent la règle de Saint Basile :
· La congrégation italo-grecque de Grottaferrata, fondée en 1579 ;
· La congrégation ruthène de Saint Josaphat, constituée en 1617 de plusieurs monastères regroupés par Saint Josaphat Kuncewicz, métropolite de Kiev ;
· La congrégation Melkite du Saint-Sauveur, ou Melkites Salvatoriens, fondée au Liban en 1687 ;
· La congrégation Melkite de Saint Jean-Baptiste, ou Chouérites, fondée au Liban en 1697 :
· La congrégation Melkite d'Alep, séparée de la précédente en 1829
Arianisme
L’arianisme est un courant de pensée des débuts du christianisme, initié par Arius (256 - 336) auquel il doit son nom.
· Au IVe siècle, l'arianisme joue un rôle important dans le développement du dogme chrétien de la Trinité ; en fait, il a conduit à sa formulation. À l'époque, il n'existe pas encore de représentation obligatoire de la relation entre le Père et le Fils. Les Ariens adoptent le point de vue d'Origène, celui d'une certaine subordination (subordinationisme) dans une Trinité qu'ils expriment ainsi:
1. Jésus est créé mais n'est pas de la même substance que Dieu.
2. Dieu lui-même est considéré comme incréé et sans origine. Le fils toutefois témoigne de Dieu, et donc n'est pas également Dieu. Aussi, si le fils a une position particulière, elle est toutefois moins importante que Dieu. Absence de consubstantialité.
· Les arguments de l'arianisme philosophique sont issus du moyen platonisme sur l'Absolu et la Transcendance divine (voir : apophatisme) pour s'orienter vers un Dieu hors d'atteinte par les seules forces de l'homme et vers un strict monothéisme.
· Le second arianisme, celui de Arius considère que Jésus est un homme dans lequel s'incarne la Parole de Dieu, suivant le prologue de l'évangile selon Jean.
· Les anti-subordinationistes trinitaires s'opposent à cette vision, entre autres par les arguments suivants :
« L'arianisme enseigne deux dieux, un incréé et un créé, un élevé et un subordonné ; on tombe ainsi dans le polythéisme. De même, l'arianisme remet l'enseignement du salut chrétien en question, puisque, outre dieu pouvant sauver la création, une créature le peut aussi. Si Jésus n'est pas de même nature que Dieu, les hommes ne peuvent devenir des enfants de Dieu. »
Aux côtés d'Arius, les penseurs de l'arianisme sont Eusèbe de Nicomédie, Eunomius, l'antipape Félix II (353-365), l'archevêque Wulfila et le patriarche de Constantinople Macédonius (342-346 et 351-360), le pape Eudoxe d'Antioche (360-370), Démophile (370-379), et le co-empereur Maxence (380).
Histoire [modifier]
La christologie arienne est développée pour la première fois au milieu du IIIe siècle chez Paul de Samosate. Cet enseignement est condamné par plusieurs synodes locaux (Antioche 319), mais garde des partisans.
· La contestation entre Trinitaires et Ariens évolue vite vers le domaine politique. L'arianisme domine l'histoire de l'Église institutionnelle au IVe siècle. Il est bien implanté dans la maison impériale et soutient le pouvoir, les anti-subordinationistes trinitaires, tels qu'Athanase, tentent de se placer, puis obtiennent le siège d'Alexandrie, c'est-à-dire le pouvoir sur l'Égypte, grenier à blé de l'empire.
· Le second arianisme verra s'opposer les conciliateurs orientaux — Basile de Césarée, Grégoire de Nysse, et Grégoire de Nazianze —, aux boute-feu occidentaux, comme Ambroise de Milan.
La crise se subdivise en trois phases :
· Environ 318-325 : une polémique locale entre le pape Alexandre d'Alexandrie et Arius, probablement élève de Mélèce, s'envenime au point que l'empereur Constantin Ier, après avoir constaté l'impuissance des conciles locaux, prend le parti de réunir un concile œc*ménique à Nicée, qui établira la première version d'une confession de foi.
· 325-361 : réaction des ariens qui rétablit leur position dominante, politique et religieuse — Saturnin d'Arles, évêque d'Arles, en est le porte-drapeau en Gaule, de 353 (date du concile d'Arles) jusqu'au concile de Paris en 361.
· 361-381 : retour en force des Trinitaires qui durera jusqu'au concile œc*ménique de Constantinople, lequel donnera la forme définitive de la confession de foi de Nicée-Constantinople.
Ce n'est qu'après le concile de Constantinople 381 que l'enseignement de l'Église sera uniformément anti-subordinationniste et trinitaire.
Diffusion [modifier]
L'empereur Constantin Ier, qui souhaitait éviter les désordres religieux, aida à la tenue du Concile de Nicée I en 325 pour que l'Église unifie sa position. Il favorisa ensuite le parti d'Athanase d'Alexandrie qui avait procédé à l'excommunication d'Arius — c'est à l'occasion de ce concile que le mot hérésie trouva un sens péjoratif. Mais le même empereur se fit (peut-être) baptiser sur son lit de mort par Eusèbe de Nicomédie, évêque arien.
Les successeurs de Constantin varièrent entre le soutien aux orthodoxes et aux ariens.
Constance II soutint l'arianisme, probablement plus pour des raisons politiques que religieuses ; se trouvant à Arles en Provence, il décida qu'un concile s’y tiendrait pour mettre au pas Athanase, l'évêque d’Alexandrie qui s’opposait à l’arianisme et à son autorité. Il en arbitra les séances et réclama la condamnation d’Athanase. C’est le concile d’Arles de 353 présidé par l'évêque d'Arles Saturnin.
Mais l’avènement de Julien l'Apostat, appelé également Julien le Philosophe (361-363), qui n’appréciait pas la religion chrétienne et qui n’était sans doute pas fâché d’envenimer les relations dans l’Église, revint sur ces dispositions. Quelques années plus tard, l'empereur Valens régnant sur l'Orient favorisa à l'inverse certains évêques ariens. Au milieu du IVe siècle, les évêques Photin à Sirmium, Valens à Mursa en Pannonie et son voisin Ursace à Singidunum en Mésie, furent ariens. Cet ancrage arien proche du Danube concourut à la conversion à l'arianisme des Wisigoths et des Vandales par l'évêque goth Wulfila. Les Wisigoths convertirent à leur tour les Suèves, et probablement les Burgondes, au Ve siècle lors de leur domination en Hispanie et en Gaule.
L'opposition farouche des Chrétiens orthodoxes romains contre l'arianisme fut un obstacle à l'assimilation des peuples fédérés installés sur les terres de l'ex-Empire romain. Comme ils avaient besoin de collaborer avec les anciennes élites romaines, ces peuples germaniques finirent par rallier le catholicisme orthodoxe. Les Burgondes se convertirent les premiers au catholicisme au Ve siècle, puis les Wisigoths d'Hispanie et les Suèves qu'ils venaient de soumettre se convertirent au siècle suivant. Les derniers foyers ariens — Vandales en Afrique et Ostrogoths en Italie — disparuent lors des reconquêtes sous Justinien Ier au VIe siècle.
Postérité [modifier]
De plusieurs façons, le conflit autour des croyances d'Arius durant le quatrième, cinquième et sixième siècles contribua à définir la centralité de la Trinité dans le flux principal de la théologie chrétienne. En tant que premier conflit majeur interne après la légalisation du christianisme, la lutte entre Nicéens et partisans d'Arius laissa une profonde impression sur la mémoire institutionnelle des églises nicéennes. Ainsi, au cours des 1 500 années passées, le terme « arien » fut utilisé pour désigner les groupes qui se voient eux-mêmes comme adorateurs ou disciples de Jésus Christ, mais n'embrassant pas le credo nicéen.
En 1553, le savant espagnol et réformateur protestant Michel Servet — vu par beaucoup d'Unitariens réf. nécessaire comme une figure fondatrice de leur mouvement — fut condamné à mort et brulé par ses camarades réformateurs, dont Jean Calvin, pour l'hérésie d'antitrinitarisme, une christologie similaire à l'arianisme.
« Arien », une épithète polémique [modifier]
À l'instar d'Arius, plusieurs groupes ont adopté la croyance que Jésus n'est pas le Dieu, mais une personne distincte et subordonnée au Père, et qu'il fut un temps ou Jésus n'existait pas. Certaines de ces confessions, comme les Ariens, enseignent que Dieu a créé toutes choses par son intermédiaire. Certaines professent que Jésus devint de condition divine à travers l'exaltation, tout comme croyaient les Ariens. Établir un parallère entre ces groupes et les Ariens peut être pour distinguer les antitrinitarismes entre eux. Malgré la fréquence de l'emploi du terme en une étiquette polémique, il n'y a pas de survivance historique continue de l'Arianisme jusqu'à notre époque. Ces groupes ainsi étiquetés n'ont pas des croyances identiques à l'arianisme. Pour cette raison, ils n'utilisent pas ce nom quand ils se décrivent eux-mêmes, même s'ils reconnaissent que leurs croyances sont en accord sur certains points, ou globalement semblables à l'Arianisme.
Ceux dont les croyances religieuses ont été comparées ou faussement étiquetées comme étant arianistes incluent :
· Les Cathares
· Les Unitariens. Beaucoup d'entre eux croient en l'autorité morale du Christ, mais non en sa divinité. réf. nécessaire
· Les Étudiants de la Bible, mouvement fondé par Charles Taze Russell. C'est chez Georges Storrs, une figure du Second Adventisme américain, qu'il a tiré cette croyance. Pour lui, Jésus a eu une existence pré-humaine en tant que Logos, de même nature que le Père. C'est à la résurrection de Jésus que celui-ci a en plus obtenu l'immortalité. Cependant, Arius considérait le Saint-Esprit comme étant une personne, alors que Russell n'attribue pas une personnalité à cet esprit.
· Autres groupes issus de l'œuvre de Charles Russell :
o L'Association des étudiants de la Bible
o Le Mouvement missionnaire intérieur laïque
o Les Témoins de Jéhovah qui ont abandonné la distinction que faisait Russell entre la nature divine de Jésus et la nature angélique. Pour eux, Jésus est l'archange Michel.réf. nécessaire
· Les Christadelphiens. Pour eux, Jésus a eu une existence pré-natale en tant que Logos conceptuel plutôt que littéral.
· Les membres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, ainsi que de divers mouvements issus du mormonisme, qui croient en l'unité du but de la divinité, mais pour qui Jésus et le St-Esprit sont des êtres divins distincts de Dieu le Père.
· Les Musulmans, qui voient en Jésus (`Isa) un prophète du Dieu unique, mais non d'essence divine.
· Isaac Newton, secrètement anti-trinitaire , membre du Trinity College à Cambridge.
permettez moi de mettre en ligne, a la suite de la petite biographie de Saint Basile, une note a propos de l'Arianisme contre lequel lutterent toute leur vie ces grands Docteurs de l'Eglise, et ensuite le petit traite de St basile aux jeunes gens,
Veni
(sources:www.JesusMarie.com et Wikipedia)
Saint Basile le Grand - Basile de Césarée
évêque de Césarée en Cappadoce (Turquie)
docteur de l'église catholique
329 -379
Basile de Césarée appelé aussi Basile le Grand (329, Césarée - 379) est l'un des principaux Pères de l'Église grecque, reconnu également dès l'origine comme Docteur de l'Église. On le fête le 14 juin et le 2 janvier en Occident, et le 1er janvier, son dies natalis, en Orient.
Basile le Grand est originaire de Césarée en Cappadoce. Il est lui-même rhéteur et fils de rhéteur. Il est le frère aîné de Grégoire de Nysse qui, devenu chrétien et même prêtre avant lui, le baptise. Il naît dans une famille qui comptera de nombreux saints : son père lui même prénommé Basile, sa mère, sa sœur, et ses deux frères dont le plus illustre est Grégoire de Nysse.
À Athènes où il termine ses études, il se lie d'amitié avec l'un de ses compatriotes, le futur saint Grégoire de Naziance et avec l'empereur Julien (alors catholique, et depuis apostat). Il professa la rhétorique à Césarée, et y exerça quelque temps la profession d'avocat.
Après son baptême, saint Basile, attiré par la vocation monastique, fait de longs voyages pour s'informer des règles et modes de vie des moines en différents lieux.
En 357, il renonça au monde, se retira dans une solitude du Pont, et y fonda au bord de l'Iris, un monastère qui fut le modèle de presque tous ceux qui s'établirent depuis en Orient. La communauté qu'il fonde, et surtout les conceptions très équilibrées qu'il se fait de la vie monastique exerceront à travers sa célèbre Règle une grande influence sur le monachisme tant oriental qu'occidental (notamment sur saint Benoît).À partir de 365, il prend une part croissante à la lutte contre l'arianisme.
En 370, Basile devient évêque de sa ville natale, Césarée de Cappadoce. Il s'occupa avec zèle d'instruire son peuple, chercha à rétablir la paix dans l'Église, et combattit plusieurs hérèsies. Il lui faut s'imposer face au pouvoir de l'empereur Valens qui persécute les adversaires de la foi arienne. Il est avec Athanase d'Alexandrie (autre Père de l'Église grecque) l'un des champions de l'orthodoxie.
Basile a une importance considérable dans l'Église d'Orient. Il rédigea une règle monastique, toujours en vigueur. C'est lui qui fixa la forme d'une liturgie encore en usage presque inchangée chez les orthodoxes et les gréco-catholiques. Cette liturgie est célébrée les dimanches de carême et les jours de certaines fêtes à la place de la liturgie de saint Jean Chrysostome.
Il a en outre produit plusieurs autres œuvres littéraires dans un style qui s'apparente à celui de la seconde sophistique (par exemple : Lucien) et avec un talent oratoire exceptionnel.
Son œuvre théologique très vaste est dominée par un traité capital sur le Saint-Esprit. Le plus estimé de ses ouvrages est l'Hexaméron ou les six jours de la création.
Hormis sa Règle et la liturgie, l'œuvre la plus connue de Basile est le Discours aux jeunes gens. Cet ouvrage « humaniste » démontre comment un chrétien peut tirer profit de la littérature classique païenne. Il a laisse des Homélies, des traités de Morale et d'Ascétisme, des Commentaires sur diverses parties de l'Ecriture. On a aussi conservé de Basile plusieurs sermons, dont neuf Sermons sur la Genèse, avec une évocation de la beauté de la Création et de la grandeur de Dieu. Plusieurs lettres de Basile ont également été conservées. Comme les sermons, elles sont de haute tenue littéraire et apportent des informations importantes sur les mœurs et la sensibilité de son époque. On y admire avec l'onction du pieux évêque, une éloquence gracieuse et fleurie, unie à une dialectique rigoureuse et à des connaissances profondes : il possédait les lettres profanes aussi bien que la science sacrée. On remarque aussi son traité de la Lecture des auteurs profanes.
Ordre des Basiliens :
C'est le plus ancien des ordres religieux, qui a tiré son nom de saint Basile de Césarée, qui l'institua vers l'an 357, en fondant un monastère dans une solitude du Pont, sur les bords de l'Iris, et qui lui donna une règle.
La communauté que saint Basile de Césarée fonda, et surtout les conceptions très équilibrées qu'il se fit de la vie monastique exerceront à travers sa célèbre Règle une grande influence sur le monachisme tant oriental qu'occidental (notamment Saint Benoît).
Cet ordre, auquel appartiennent presque tous les monastères de l'Orient, se voue surtout à la prière et à la contemplation. Il ne passa en Occident que vers l'an 1057, et eut en Italie plusieurs établissements importants dans lesquels se conserva la culture des lettres grecques. Barlaam et Jean Bessarion appartenaient à cet ordre. Le pape Grégoire XIII le réforma en 1579.
L'Église catholique compte cinq ordres ou congrégations qui suivent la règle de Saint Basile :
· La congrégation italo-grecque de Grottaferrata, fondée en 1579 ;
· La congrégation ruthène de Saint Josaphat, constituée en 1617 de plusieurs monastères regroupés par Saint Josaphat Kuncewicz, métropolite de Kiev ;
· La congrégation Melkite du Saint-Sauveur, ou Melkites Salvatoriens, fondée au Liban en 1687 ;
· La congrégation Melkite de Saint Jean-Baptiste, ou Chouérites, fondée au Liban en 1697 :
· La congrégation Melkite d'Alep, séparée de la précédente en 1829
Arianisme
L’arianisme est un courant de pensée des débuts du christianisme, initié par Arius (256 - 336) auquel il doit son nom.
· Au IVe siècle, l'arianisme joue un rôle important dans le développement du dogme chrétien de la Trinité ; en fait, il a conduit à sa formulation. À l'époque, il n'existe pas encore de représentation obligatoire de la relation entre le Père et le Fils. Les Ariens adoptent le point de vue d'Origène, celui d'une certaine subordination (subordinationisme) dans une Trinité qu'ils expriment ainsi:
1. Jésus est créé mais n'est pas de la même substance que Dieu.
2. Dieu lui-même est considéré comme incréé et sans origine. Le fils toutefois témoigne de Dieu, et donc n'est pas également Dieu. Aussi, si le fils a une position particulière, elle est toutefois moins importante que Dieu. Absence de consubstantialité.
· Les arguments de l'arianisme philosophique sont issus du moyen platonisme sur l'Absolu et la Transcendance divine (voir : apophatisme) pour s'orienter vers un Dieu hors d'atteinte par les seules forces de l'homme et vers un strict monothéisme.
· Le second arianisme, celui de Arius considère que Jésus est un homme dans lequel s'incarne la Parole de Dieu, suivant le prologue de l'évangile selon Jean.
· Les anti-subordinationistes trinitaires s'opposent à cette vision, entre autres par les arguments suivants :
« L'arianisme enseigne deux dieux, un incréé et un créé, un élevé et un subordonné ; on tombe ainsi dans le polythéisme. De même, l'arianisme remet l'enseignement du salut chrétien en question, puisque, outre dieu pouvant sauver la création, une créature le peut aussi. Si Jésus n'est pas de même nature que Dieu, les hommes ne peuvent devenir des enfants de Dieu. »
Aux côtés d'Arius, les penseurs de l'arianisme sont Eusèbe de Nicomédie, Eunomius, l'antipape Félix II (353-365), l'archevêque Wulfila et le patriarche de Constantinople Macédonius (342-346 et 351-360), le pape Eudoxe d'Antioche (360-370), Démophile (370-379), et le co-empereur Maxence (380).
Histoire [modifier]
La christologie arienne est développée pour la première fois au milieu du IIIe siècle chez Paul de Samosate. Cet enseignement est condamné par plusieurs synodes locaux (Antioche 319), mais garde des partisans.
· La contestation entre Trinitaires et Ariens évolue vite vers le domaine politique. L'arianisme domine l'histoire de l'Église institutionnelle au IVe siècle. Il est bien implanté dans la maison impériale et soutient le pouvoir, les anti-subordinationistes trinitaires, tels qu'Athanase, tentent de se placer, puis obtiennent le siège d'Alexandrie, c'est-à-dire le pouvoir sur l'Égypte, grenier à blé de l'empire.
· Le second arianisme verra s'opposer les conciliateurs orientaux — Basile de Césarée, Grégoire de Nysse, et Grégoire de Nazianze —, aux boute-feu occidentaux, comme Ambroise de Milan.
La crise se subdivise en trois phases :
· Environ 318-325 : une polémique locale entre le pape Alexandre d'Alexandrie et Arius, probablement élève de Mélèce, s'envenime au point que l'empereur Constantin Ier, après avoir constaté l'impuissance des conciles locaux, prend le parti de réunir un concile œc*ménique à Nicée, qui établira la première version d'une confession de foi.
· 325-361 : réaction des ariens qui rétablit leur position dominante, politique et religieuse — Saturnin d'Arles, évêque d'Arles, en est le porte-drapeau en Gaule, de 353 (date du concile d'Arles) jusqu'au concile de Paris en 361.
· 361-381 : retour en force des Trinitaires qui durera jusqu'au concile œc*ménique de Constantinople, lequel donnera la forme définitive de la confession de foi de Nicée-Constantinople.
Ce n'est qu'après le concile de Constantinople 381 que l'enseignement de l'Église sera uniformément anti-subordinationniste et trinitaire.
Diffusion [modifier]
L'empereur Constantin Ier, qui souhaitait éviter les désordres religieux, aida à la tenue du Concile de Nicée I en 325 pour que l'Église unifie sa position. Il favorisa ensuite le parti d'Athanase d'Alexandrie qui avait procédé à l'excommunication d'Arius — c'est à l'occasion de ce concile que le mot hérésie trouva un sens péjoratif. Mais le même empereur se fit (peut-être) baptiser sur son lit de mort par Eusèbe de Nicomédie, évêque arien.
Les successeurs de Constantin varièrent entre le soutien aux orthodoxes et aux ariens.
Constance II soutint l'arianisme, probablement plus pour des raisons politiques que religieuses ; se trouvant à Arles en Provence, il décida qu'un concile s’y tiendrait pour mettre au pas Athanase, l'évêque d’Alexandrie qui s’opposait à l’arianisme et à son autorité. Il en arbitra les séances et réclama la condamnation d’Athanase. C’est le concile d’Arles de 353 présidé par l'évêque d'Arles Saturnin.
Mais l’avènement de Julien l'Apostat, appelé également Julien le Philosophe (361-363), qui n’appréciait pas la religion chrétienne et qui n’était sans doute pas fâché d’envenimer les relations dans l’Église, revint sur ces dispositions. Quelques années plus tard, l'empereur Valens régnant sur l'Orient favorisa à l'inverse certains évêques ariens. Au milieu du IVe siècle, les évêques Photin à Sirmium, Valens à Mursa en Pannonie et son voisin Ursace à Singidunum en Mésie, furent ariens. Cet ancrage arien proche du Danube concourut à la conversion à l'arianisme des Wisigoths et des Vandales par l'évêque goth Wulfila. Les Wisigoths convertirent à leur tour les Suèves, et probablement les Burgondes, au Ve siècle lors de leur domination en Hispanie et en Gaule.
L'opposition farouche des Chrétiens orthodoxes romains contre l'arianisme fut un obstacle à l'assimilation des peuples fédérés installés sur les terres de l'ex-Empire romain. Comme ils avaient besoin de collaborer avec les anciennes élites romaines, ces peuples germaniques finirent par rallier le catholicisme orthodoxe. Les Burgondes se convertirent les premiers au catholicisme au Ve siècle, puis les Wisigoths d'Hispanie et les Suèves qu'ils venaient de soumettre se convertirent au siècle suivant. Les derniers foyers ariens — Vandales en Afrique et Ostrogoths en Italie — disparuent lors des reconquêtes sous Justinien Ier au VIe siècle.
Postérité [modifier]
De plusieurs façons, le conflit autour des croyances d'Arius durant le quatrième, cinquième et sixième siècles contribua à définir la centralité de la Trinité dans le flux principal de la théologie chrétienne. En tant que premier conflit majeur interne après la légalisation du christianisme, la lutte entre Nicéens et partisans d'Arius laissa une profonde impression sur la mémoire institutionnelle des églises nicéennes. Ainsi, au cours des 1 500 années passées, le terme « arien » fut utilisé pour désigner les groupes qui se voient eux-mêmes comme adorateurs ou disciples de Jésus Christ, mais n'embrassant pas le credo nicéen.
En 1553, le savant espagnol et réformateur protestant Michel Servet — vu par beaucoup d'Unitariens réf. nécessaire comme une figure fondatrice de leur mouvement — fut condamné à mort et brulé par ses camarades réformateurs, dont Jean Calvin, pour l'hérésie d'antitrinitarisme, une christologie similaire à l'arianisme.
« Arien », une épithète polémique [modifier]
À l'instar d'Arius, plusieurs groupes ont adopté la croyance que Jésus n'est pas le Dieu, mais une personne distincte et subordonnée au Père, et qu'il fut un temps ou Jésus n'existait pas. Certaines de ces confessions, comme les Ariens, enseignent que Dieu a créé toutes choses par son intermédiaire. Certaines professent que Jésus devint de condition divine à travers l'exaltation, tout comme croyaient les Ariens. Établir un parallère entre ces groupes et les Ariens peut être pour distinguer les antitrinitarismes entre eux. Malgré la fréquence de l'emploi du terme en une étiquette polémique, il n'y a pas de survivance historique continue de l'Arianisme jusqu'à notre époque. Ces groupes ainsi étiquetés n'ont pas des croyances identiques à l'arianisme. Pour cette raison, ils n'utilisent pas ce nom quand ils se décrivent eux-mêmes, même s'ils reconnaissent que leurs croyances sont en accord sur certains points, ou globalement semblables à l'Arianisme.
Ceux dont les croyances religieuses ont été comparées ou faussement étiquetées comme étant arianistes incluent :
· Les Cathares
· Les Unitariens. Beaucoup d'entre eux croient en l'autorité morale du Christ, mais non en sa divinité. réf. nécessaire
· Les Étudiants de la Bible, mouvement fondé par Charles Taze Russell. C'est chez Georges Storrs, une figure du Second Adventisme américain, qu'il a tiré cette croyance. Pour lui, Jésus a eu une existence pré-humaine en tant que Logos, de même nature que le Père. C'est à la résurrection de Jésus que celui-ci a en plus obtenu l'immortalité. Cependant, Arius considérait le Saint-Esprit comme étant une personne, alors que Russell n'attribue pas une personnalité à cet esprit.
· Autres groupes issus de l'œuvre de Charles Russell :
o L'Association des étudiants de la Bible
o Le Mouvement missionnaire intérieur laïque
o Les Témoins de Jéhovah qui ont abandonné la distinction que faisait Russell entre la nature divine de Jésus et la nature angélique. Pour eux, Jésus est l'archange Michel.réf. nécessaire
· Les Christadelphiens. Pour eux, Jésus a eu une existence pré-natale en tant que Logos conceptuel plutôt que littéral.
· Les membres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, ainsi que de divers mouvements issus du mormonisme, qui croient en l'unité du but de la divinité, mais pour qui Jésus et le St-Esprit sont des êtres divins distincts de Dieu le Père.
· Les Musulmans, qui voient en Jésus (`Isa) un prophète du Dieu unique, mais non d'essence divine.
· Isaac Newton, secrètement anti-trinitaire , membre du Trinity College à Cambridge.
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Veni de Libano
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Re: Quelques Saints d'Orient
Saint Basile le Grand - Basile de Césarée
évêque de Césarée en Cappadoce (Turquie)
docteur de l'église catholique
329 -379
EXTRAIT d’un calendrier grec, imprimé dans la Biblioth. gr. de Fabricius, t. XIII, p. 536, l. 6, c. 10.
Basile le Grand florissait sous Valens, à qui il résista courageusement pour défendre la pureté de la Foi contre l’hérésie d’Arius, que cet empereur avait embrassée, et qui ravageait l’Eglise avec la violence d’un feu dévorant. Son père était de Pont ; sa mère de Cappadoce. Il surpassa en éloquence, non seulement ses contemporains, mais les anciens mêmes. Il étudia tous les genres de connaissances, et excella dans tous. Il ne se distingua pas moins dans la pratique de la philosophie ; et étant arrivé par elle à la contemplation des choses divines, il fut élevé sur le siège archiépiscopal (de Césarée en Cappadoce, l’an 370). Là, après avoir soutenu beaucoup de combats pour la défense de la Foi, déconcerté le gouverneur de la province par sa constance et son intrépidité, publié des ouvrages par lesquels il foudroya l’impiété des hérétiques, développa les principes de la morale, fit connaître clairement les dogmes, après avoir ainsi gouverné en toute sagesse le troupeau de Jésus-Christ, il quitta la terre et alla se réunir à Dieu.
Quant au physique, il avait la taille élancée, le corps droit, sec et maigre, le teint brun, le visage un peu pâle, les sourcils recourbés en arc vers le nez et un peu froncés, l’air pensif, le front sillonné de quelques rides profondes, les joues allongées, les tempes creuses, la tête rasée, la barbe grise et passablement longue.
EXTRAIT de l’Elégie de S. Grégoire de Nazianze, sur la mort de S. Basile. (Œuvres de s. Grég., t. II, p. 152.)
Quand la Trinité enleva l’âme du pieux Basile, empressée de quitter ce terrestre séjour, toute l’armée céleste fit éclater sa joie ; mais toutes les villes de la Cappadoce furent plongées dans la douleur. Que dis-je ? le monde entier s’écria en gémissant : « Il n’est plus, ce héraut de paix ; il n’est plus, celui qui était le lien d’une heureuse concorde ».. Le monde entier, adorateur de Dieu en trois personnes, est cruellement ébranlé par des opinions ennemies de la saine doctrine. Hélas ! le silence a fermé les lèvres de Basile. Réveille-toi, viens encore par tes discours et tes sacrifices arrêter la tempête. Tu es le seul dont on ait vu toujours la conduite répondre au langage et le langage à la conduite.
EXTRAIT d’une Lettre de Libanius à S. Basile. (Œuvres de S. Basile, t. III, p. 454, éd. Garnier.)
Il faut que je vous dise ce qui est arrivé au sujet de votre aimable lettre ; il ne serait pas aimable de vous le cacher. J’avais chez moi un assez grand nombre de personnages distingués par leur rang dans l’Etat, et entre autres Alypius, homme accompli, et parent du célèbre Hiéroclès. Le messager me remit votre lettre en leur présence. Après l’avoir parcourue tout bas, « je suis vaincu », m’écriai-je en souriant et d’un air tout joyeux. – En quoi êtes-vous vaincu, me demandèrent-ils ? et comment votre défaite ne vous afflige-t-elle pas ? – Je suis vaincu en fait de lettres élégantes. Mais c’est Basile qui est le vainqueur : il est mon ami ; c’est pourquoi vous me voyez content. Ces paroles leur donnèrent envie de voir ma défaite dans la lettre même. Alypius la lut, les autres écoutèrent ; et ils décidèrent, tout d’une voix, que j’avais eu raison. Aussitôt le lecteur sortit, emportant la lettre pour la montrer, sans doute, à d’autres personnes ; et j’ai eu toutes les peines du monde à me la faire rendre.
EXTRAIT de la Bibliothèque de Photius, CXLI.
Basile le Grand excelle dans tous ses discours. Aucun auteur ne possède mieux que lui la pureté, la propriété d’expression, le vrai style de la harangue et du panégyrique. Quant à l’ordre et à la netteté des pensées, personne ne l’égale, ou du moins ne le surpasse. Il s’attache à persuader : sa diction, douce et brillante, coule naturellement comme un ruisseau qui s’échappe sans effort d’une source abondante. C’est principalement dans l’art de la persuasion qu’il se montre supérieur ; et si l’on prenait ses discours pour des modèles du genre délibératif, et qu’on s’appliquât à les imiter, pourvu d’ailleurs que l’on n’ignorât pas les règles propres à ce genre, l’on pourrait, je crois, se passer de tout autre modèle, même de Platon et de Démosthène, que les anciens prescrivent de méditer pour se former à l’éloquence de la harangue et du panégyrique.
DISCOURS DE SAINT BASILE LE GRAND ADRESSE AUX JEUNES GENS, SUR L’UTILITE QU’ILS PEUVENT RETIRER DE LA LECTURE DES LIVRES PAIENS.
I
Mes enfants, plusieurs motifs m’engagent à vous donner des conseils que je crois très sages, et qui, je m’assure, ne manqueront pas de profiter à ceux qui les auront accueillis. L’âge où vous me voyez parvenu, l’expérience que j’ai acquise jusqu’à ce jour dans les nombreuses situations de ma vie, les vicissitudes mêmes de la fortune que j’ai souvent éprouvées et qui donnent à l’homme toutes sortes d’enseignements, m’ont assez instruit des choses humaines, pour montrer à des jeunes gens, qui vont commencer leur carrière, la route la plus sûre et la moins périlleuse. D’un autre côté, la nature m’attache à vous, et me donne le premier rang après les auteurs de vos jours, de sorte que je n’ai pas moins de tendresse pour vous, qu’un père pour ses enfants : et vous, à moins que je ne me trompe sur les dispositions de vos cœurs, vous ne sentez pas, en portant vers moi vos regards, l’absence de ceux qui vous ont donné le jour. Si vous recevez mes avis avec empressement, vous serez au nombre de ceux qu’Hésiode a placés avec éloge au second rang ; sinon, je n’ai garde de prononcer moi-même rien de fâcheux, mais que votre mémoire vous rappelle ce passage du poète : « le premier des hommes est celui qui sait par lui-même prendre le parti le plus sage ; l’on est estimable encore, de savoir suivre les conseils d’autrui ; mais ne savoir ni l’un, ni l’autre, c’est n’être bon à rien ».
Ne soyez pas surpris, si, joignant ma propre expérience aux leçons journalières de vos maîtres, et à celle des grands écrivains de l’antiquité avec qui vous entretenez, pour ainsi dire, un commerce habituel par la lecture des ouvrages qu’ils nous ont laissés, je me flatte de pouvoir par moi-même vous donner quelques instructions plus utiles que les leurs. Or, voici ce que je viens vous apprendre ; c’est qu’au lieu de vous abandonner sans réserve à ces auteurs, comme à des pilotes infaillibles, le gouvernail de votre âme, au lieu de suivre partout aveuglément de pareils guides, il faut, en prenant ce qu’ils offrent d’utile, savoir aussi ce qu’il importe de négliger. Mais comment acquérir cette connaissance, comment faire ce discernement ? c’est de quoi je vais vous instruire, sans plus tarder.
II
Mes enfants, nous ne faisons absolument aucun cas de cette vie terrestre, et nous ne saurions ni regarder comme un bien, ni appeler de ce nom tout objet dont l’utilité ne s’étend pas au-delà. Ainsi, ni l’éclat de la naissance, ni la force, la beauté, la grandeur du corps, ni les hommages des peuples, ni la royauté même, en un mot, rien de ce qui peut être appelé grand dans le monde, n’est un bien pour nous, et ne mérite le moindre de nos souhaits : ceux qui possèdent ces avantages ne nous font point envie ; nous portons plus haut nos espérances, et dans toutes nos actions nous n’envisageons qu’un but, celui de nous préparer à une autre vie. Tout ce qui peut servir à cette fin doit être l’objet de notre amour et de nos plus vives recherches ; mais ce qui ne peut y conduire, il le faut rejeter comme méprisable.
III
Dire quelle est cette autre vie, quels en seront le séjour et la nature, serait un discours à la fois trop long pour le sujet qui m’occupe, et trop au-dessus de votre âge et de vos connaissances. Je ne dirai qu’un mot qui pourra peut-être vous en donner une idée suffisante. Si l’on pouvait concevoir et réunir par la pensée toutes les félicités du monde, depuis la création de l’homme, l’on verrait qu’elles n’égalent pas la moindre portion du bonheur de l’autre vie ; que l’ensemble des biens d’ici-bas, apprécié à sa juste valeur, est plus éloigné du moindre des biens de la vie future que les ombres et les songes me le sont de la réalité : ou plutôt, pour me servir d’un exemple plus approprié au sujet, autant l’âme est plus précieuse que le corps, autant l’autre vie l’emporte sur celle de ce monde.
IV
Ce sont les divines Ecritures qui nous conduisent à cette autre vie ; elles nous en ouvrent la voie par l’enseignement des saints mystères. Tant que l’âge ne nous permet point d’en pénétrer le sens et la profondeur, arrêtons nos regards sur des objets qui n’y soient pas tout à fait contraires, et exerçons sur eux la vue de notre âme, comme sur des ombres et des miroirs. Prenons exemple de ceux qui veulent se former aux exercices militaires : ils apprennent d’abord les gestes et les danses, et après avoir acquis de l’adresse à ces divers jeux, ils vont dans les combats en recueillir le fruit. Persuadons-nous bien que la plus grande de toutes les luttes nous est proposée ; qu’elle demande toutes sortes de travaux, de fatigues et d’efforts ; et que, pour s’y préparer, il faut fréquenter les poètes, les historiens, les orateurs, enfin tous ceux dont le commerce peut être de quelque utilité pour notre âme.
Comme les teinturiers disposent par des opérations préparatoires l’étoffe destinée à recevoir la teinture, et la trempent ensuite dans la pourpre ou quelqu’autre couleur, de même si nous voulons que les traces de la vertu demeurent ineffaçables dans nos âmes, nous commencerons par nous initier dans ces connaissances étrangères, avant de nous livrer à l’étude des choses sacrées et mystérieuses ; et, après nous être, en quelque sorte, exercés à voir le soleil dans le cristal des eaux, nous fixerons nos regards sur sa lumière toute pure.
V
S’il est quelque affinité entre la science des livres saints et celle des auteurs profanes, rien ne saurait être plus essentiel que de les posséder l’une et l’autre : sinon, ne laissons pas au moins de les rapprocher pour en voir la différence ; cette comparaison ne sera pas d’un faible secours pour nous affermir dans la plus salutaire. Mais à quoi les comparer l’une et l’autre pour en obtenir une image sensible ? Le voici : la vertu propre des arbres est de porter du fruit mur dans la saison ; mais ils reçoivent une sorte de parure du feuillage qui s’agite autour de leurs branches. Il en est ainsi de l’âme : quoique que son fruit essentiel soit la vérité, on ne la dépare point en la revêtant d’une sagesse étrangère comme d’un feuillage qui recouvre le fruit et lui donne un aspect plus agréable. L’on dit que Moïse, ce législateur illustre, si renommé chez tous les peuples par sa sagesse, s’était exercé l’esprit aux sciences des Egyptiens, avant de se livrer à l’étude des choses éternelles. Nous voyons, bien des siècles après, le sage Daniel, agir de la même manière : ce ne fut, dit-on, qu’après avoir approfondi la science des Chaldéens à Babylone, qu’il se mit à étudier les divines Ecritures.
VI
Il est assez prouvé que ces connaissances païennes ne sont pas sans utilité pour les âmes. Mais comment faut-il en faire l’étude ? C’est ce que je vais vous apprendre. Et d’abord, pour commencer par les ouvrages des poètes, comme ils offrent des récits de toutes espèces, gardez-vous de tout écouter indistinctement. Lorsqu’ils vous montrent un homme vertueux, soit qu’ils en racontent les actions ou les discours, il faut l’aimer, le pendre pour modèle et faire tous vos efforts pour lui ressembler. Offrent-ils l’exemple d’un homme vicieux : de peur de l’imiter, fuyez, en vous bouchant les oreilles, comme fit Ulysse, selon les poètes eux-mêmes, pour ne pas entendre le chant des Sirènes. Car l’habitude d’entendre des paroles contraires à la vertu, conduit à la pratique du vice. Il faut donc veiller sans relâche à la garde de notre âme, de peur que, charmés par l’attrait des paroles, nous ne recevions à notre insu quelque impression vicieuse, et qu’avec le miel nous n’introduisions dans notre sein des sucs empoisonnés.
Ainsi nous n’approuverons pas les poètes, quand ils mettent dans la bouche de leurs personnages les injures et les sarcasmes, lorsqu’ils décrivent l’amour ou l’ivresse, ou qu’ils font consister le bonheur dans une table bien servie et des chants efféminés. Nous les écouterons bien moins encore discourant sur leurs Dieux surtout quand ils supposent qu’il en est plusieurs et qu’ils sont en mésintelligence. Car chez eux le frère attaque son frère, le père ses enfants, et ceux-ci à leur tour font à leur père une guerre implacable. Pour les adultères des Dieux, leurs amours, leurs commerces honteux et sans voiles, surtout ceux de Jupiter qu’ils appellent eux-mêmes le premier et le plus grand de tous, commerces infâmes et que l’on rougirait d’attribuer même aux animaux, nous les abandonnerons aux histrions.
VII
J’en puis dire autant des historiens, principalement lorsqu’ils imaginent des contes pour captiver l’attention de leurs auditeurs. Quant aux orateurs, nous nous garderons d’imiter leur art de mentir. Car jamais le mensonge ne peut nous convenir, ni dans les tribunaux, ni dans aucune affaire, nous qui avons choisi le véritable et droit chemin de la vie, et à qui il est expressément ordonné de ne jamais plaider. Mais nous recueillerons soigneusement les récits de ces auteurs, quand nous y verrons l’éloge de la vertu ou la condamnation du vice. Nous ne jouissons que du parfum des fleurs et de leurs couleurs, tandis que les abeilles savent encore y trouver le miel : ainsi ceux qui ne se contentent pas de rechercher ce qu’il y a d’agréable et de séduisant dans les ouvrages des païens, peuvent même y puiser des trésors pour leur âme.
Vous devez donc imiter exactement les abeilles en étudiant ces auteurs. Elles ne volent pas indistinctement sur toutes sortes de fleurs, et même elles n’essaient point d’emporter tout ce qu’elles trouvent sur celles où elles se posent ; il leur suffit d’y prendre ce qui peut servir à leur ouvrage ; elles négligent le reste : et nous, à leur exemple, si nous sommes sages, nous puiserons à ces sources profanes tout ce que nous y verrons conforme à nos principes et à la vérité, et nous passerons par-dessus le reste. Quand on cueille une fleur sur un rosier, l’on a soin d’éviter les épines : non moins circonspects en lisant de tels ouvrages, nous mettrons à profit tout ce qu’ils offrent d’utile, en nous gardant des passages dangereux. Il faut donc, dès le commencement, soumettre à un sévère examen toutes nos études, et les faire concourir à la fin que nous nous proposons, en alignant, dit le proverbe dorien, la pierre au cordeau.
VIII
Comme la vertu doit nous guider dans le chemin de la vie chrétienne, et que l’on en trouve souvent l’éloge dans les poètes, dans les historiens, et plus souvent encore dans les philosophes, c’est aux auteurs de cette nature qu’il faut principalement s’attacher. Ce n’est pas un médiocre avantage que d’inspirer la vertu aux jeunes gens et de leur en faire contracter l’habitude. Ils oublient difficilement ce qu’ils apprennent à cet âge, parce que chaque leçon se grave profondément dans leurs âmes encore tendres et flexibles. Croirons-nous qu’Hésiode ait eu un autre dessein que d’exciter la jeunesse à la vertu, quand il a écrit ces paroles qui sont dans la bouche de tout le monde ? « D’abord, on ne rencontre que difficultés, embarras, fatigues et sueurs continuelles dans le chemin escarpé qui mène à la vertu ; il n’est pas donné à tous d’y entrer, tant l’accès en est rude, ni d’en gagner facilement la hauteur, après s’y être engagé ; mais une fois que l’on est au sommet, la route est belle et unie, l’on y marche aisément, sans obstacles, et plus agréablement que dans l’autre route, je veux dire la route du Vice qui habite près de nous et où nous pouvons arriver en foule, selon l’expression du même poète ». Hésiode, je pense, n’a eu d’autre dessein dans cette fiction, que de nous porter à la vertu et de nous exciter à nous montrer hommes de bien et à ne pas permettre que la vue des fatigues nous décourage et nous fasse rester loin du but. Si quelqu’autre a fait un pareil éloge de la vertu, admettons ses récits comme tendant aux fins que nous nous proposons.
IX
J’ai entendu dire à un homme habile à saisir l’intention des poètes, que toutes les poésies d’Homère ne sont qu’une louange de la vertu ; que tout ce qui n’y est pas un pur ornement conduit à cette fin. Il citait principalement l’endroit où le poète représente le chef des Céphalléniens, nu, échappé du naufrage. D’abord, sa seule présence inspire le respect à la jeune princesse, loin que sa nudité la fasse rougir : car sa vertu le décore et lui tient lieu de manteau. Bientôt après tous les Phéaciens conçoivent de lui une si haute estime, que, laissant la mollesse où ils croupissaient, ils le prennent pour modèle, et s’empressent de l’imiter, et qu’aucun d’eux alors n’aurait rien tant souhaité que d’être Ulysse et même Ulysse échappé du naufrage.
Dans cet épisode, disait l’interprète de la pensée du poète, Homère semble nous crier : « O hommes, cultivez la vertu : elle accompagne à la nage ce naufragé ; et lorsqu’il arrive tout nu sur le rivage, elle le fait paraître plus digne d’envie que les voluptueux Phéaciens ». Telle est en effet la vérité : les autres biens n’appartiennent pas plus à leurs possesseurs qu’à toute autre personne ; on les voit sans cesse, comme en un jeu de dés, passer des uns aux autres. La vertu est le seul bien qu’on ne peut enlever à l’homme ; vivant ou mort, elle l’accompagne. Voilà, je crois, ce qui a fait dire à Solon en parlant des riches : « Nous ne changerons point la vertu contre leurs trésors : l’une demeure toujours au même maître ; les richesses passent de main en main ».
Théognis exprime la même pensée en disant que Dieu (quel que soit l’être qu’il désigne ainsi) fait pencher la balance des humains tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, et donne aujourd’hui des richesses, demain l’indigence.
X
Le sophiste de l’île de Céos, en traitant de la vertu et du vice, enseigne, quelque part dans ses écrits, des principes semblables. C’est un des auteurs qu’il faut lire attentivement ; il n’est point à dédaigner. Voici à peu près son récit, du moins autant que je me rappelle les pensées ; car pour les paroles, je n’ai rien retenu, sinon qu’il s’exprime simplement comme nous faisons, et non en vers. Hercule, encore fort jeune, à peu près à l’âge où vous êtes, hésitait entre deux routes, dont l’une mène à la vertu par les fatigues, et l’autre n’offre que des douceurs et conduit au vice. En ce moment se présentèrent deux femmes ; c’était la Vertu et la Volupté. Avant même qu’elles se missent à parler, elles manifestaient par leur seul extérieur la différence de leur caractère. L’une parée et embellie avec un art extrême, offrait aux yeux tous les dehors de la mollesse ; elle menait avec elle tout l’essaim des plaisirs. Par cet appareil et des promesses encore plus séduisantes, elle s’efforçait d’attirer à elle le jeune Hercule. L’autre était maigre et exténuée, avait un regard sévère, et tenait un langage tout opposé. Au lieu de plaisirs et de douceurs, elle ne lui annonçait que sueurs continuelles, fatigues et dangers, en tous lieux, sur terre et sur mer : mais pour récompense elle lui promettait, selon cet auteur, qu’il deviendrait Dieu ; Hercule enfin s’attacha à elle.
XI
Presque tous les auteurs, qui ont quelque réputation de sagesse, ont, chacun selon ses moyens, plus ou moins fait l’éloge de la vertu dans leurs ouvrages. Nous devons les écouter et nous efforcer de montrer dans notre conduite le fruit de leurs leçons. Car celui qui, non content d’avoir, comme les autres, la philosophie dans la bouche, s’attache à la pratiquer « est le seul vrai sage, les autres ne sont que des ombres vaines ». Je vois entre eux et lui le même rapport qu’entre un dessein représentant un homme d’une beauté parfaite, et le personnage qui aurait en réalité les traits et la beauté dessinés dans le tableau. Faire publiquement un pompeux éloge de la vertu, en discourir fort au long, tandis qu’en secret l’on préfère son plaisir à la tempérance, son intérêt à la justice, c’est, à mon avis, ressembler à ces acteurs de tragédie, qui souvent jouent sur la scène des rôles de Rois et de Princes, et qui loin d’être des princes ou des rois, ne sont peut-être pas même des hommes libres. Eh quoi ! le musicien ne peut souffrir que sa lyre ne soit pas d’accord, le chef d’un chœur n’est pas satisfait qu’il n’y voie la plus parfaite harmonie ; et chacun de nous sera en opposition avec lui-même, démentira ses paroles par sa conduite, dira avec Euripide, ma bouche a fait le serment, mais mon cœur n’a point juré, recherchera plutôt les apparences de la vertu, que la vertu elle-même ! Cependant le dernier terme de l’injustice, s’il faut en croire Platon, est de vouloir paraître juste quand on ne l’est pas.
XII
Ainsi méditons tous les passages qui contiennent des principes de sagesse. D’un autre côté, comme les belles actions des anciens nous sont conservées ou par des souvenirs perpétués d’âge en âge, ou par les ouvrages des poètes et des historiens, ne négligeons pas non plus le profit que nous pouvons en tirer. En voici quelques exemples : Périclès était un jour en butte aux insultes d’un homme du peuple, dans la place publique. Il n’y fit pas attention, et toute la journée se passa d’un côté à accumuler sans mesure des propos injurieux, de l’autre à les mépriser. Enfin la nuit étant venue, cet homme se décida quoique avec peine à se retirer, et Périclès l’accompagna avec un flambeau, pour ne pas perdre une occasion de pratiquer la philosophie.
Un homme en colère contre Euclide de Mégare, le menaçait avec serment de lui donner la mort. « Et moi, lui dit Euclide, je fais serment de vous adoucir et de calmer vos ressentiments contre moi ». Qu’il serait utile que de pareils exemples se présentassent à l’esprit, sitôt que l’on se sent saisir par la colère ! Car il ne faut pas écouter la tragédie qui dit en propres termes, « la colère arme mon bras contre mes ennemis ». Nous devons au contraire ne laisser aucune prise à cette passion : et si la chose est trop difficile, il faut au moins l’assujettir au frein de la raison, et en arrêter les emportements.
XIII
Revenons aux exemples des actions louables. Un homme, se jetant sur Socrate, se mit à le frapper violemment au visage. Le philosophe, au lieu de le repousser, le laissa tranquillement assouvir sa fureur, au point d’avoir le visage tout enflé et meurtri à force de coups. Quand cet homme fut las de frapper, l’on dit que Socrate se contenta d’écrire sur son front, comme un sculpteur sur une statue, Ouvrage d’un tel, et que ce fut là toute sa vengeance. Ces exemples ont un accord presque parfait avec nos saintes Ecritures, et l’on peut dire qu’il importe à votre âge de les imiter. Celui de Socrate est conforme à ce précepte de l’Evangile : « Si l’on vous frappe sur une joue, il faut, loin de vous venger, présenter l’autre ». Le trait de Périclès et celui d’Euclide se rapportent, le premier, à ce précepte, « qu’il faut endurer ceux qui nous persécutent, et supporter avec douceur les accès de leur colère » ; l’autre, à celui-ci, « qu’il faut souhaiter du bien à nos ennemis, au lieu de les maudire ». Et quiconque sera formé par avance à l’imitation des uns, cessera de trouver les autres impraticables, et de se défier de ses forces.
Je ne saurai passer sous silence le trait d’Alexandre, qui, ayant en son pouvoir les filles de Darius que l’on disait parfaitement belles, ne voulut pas même les voir, jugeant qu’il était honteux, après avoir soumis des hommes, de se laisser subjuguer par des femmes. Nous trouvons, dans un pareil exemple, la même instruction que dans ce passage de l’Ecriture « celui qui regarde une femme avec convoitise, encre qu’il n’ait pas commis de fait l’adultère, ne laisse pas d’être coupable de péché, pour avoir ouvert son cœur à un désir criminel ». Quant à l’action de Clinias, l’un des disciples de Pythagore, elle est trop conforme à nos maximes, pour croire aisément qu’il l’ait faite de lui-même, et non dans le dessein de nous imiter. Quelle est donc cette action ? Il lui était permis d’échapper, par un serment, à une amende de trois talents ; mais quoiqu’il pût faire ce serment sans parjure, il aima mieux payer l’amende. Il avait, sans doute, eu connaissance du précepte qui nous défend de jurer.
XIV
Mais pour revenir à ce que je disais en commençant cet entretien, il ne faut pas admettre tout indistinctement, mais tout ce qui est utile. En effet, il est honteux, tandis que nous rejetons les aliments nuisibles au corps, de ne faire aucun compte des maximes propres à nourrir l’âme, et d’aller, comme un torrent, arrachant et entraînant sans distinction tout ce qui s’offre à notre rencontre. Le pilote, au lieu de se laisser aller au gré des vagues, dirige son vaisseau vers un port, l’archer tâche de frapper un but, le charpentier et le forgeron se proposent une fin chacun dans son métier ; est-il raisonnable de le céder en sagesse à ces artisans, alors surtout qu’il s’agit de voir nos propres intérêts ? Si l’ouvrier vise à une fin dans son travail, il n’est pas que la vie humaine n’ait aussi un but vers lequel on doit diriger ses actions et ses paroles, quand on ne veut pas ressembler aux brutes. Autrement nous serons tout à fait comme des barques, sans lest et abandonnées ; la raison ne tenant point le gouvernail de notre âme, nous ne ferions dans cette vie qu’errer de tous côtés, à l’aventure.
XV
Réglons-nous sur les combats du gymnase, et, si l’on veut, sur ceux de musique. C’est par des exercices qu’on se dispose à ces combats solennels qui doivent décider de la palme ; et, pour se préparer à la lutte ou au pancrace, on ne va pas se livrer aux exercices de la lyre ou de la flûte. Loin d’en user ainsi, Polydamas, avant les jeux olympiques, s’exerçait à arrêter les chars dans leur course, et par ce moyen augmentait sa vigueur. Milon de Crotone, debout sur un bouclier frotté d’huile, s’y tenait immobile et ne pouvait par aucun effort en être détaché, non moins inébranlable qu’uns statue fixée avec le plomb sur son piédestal. Ainsi tous leurs exercices étaient des préparations au combat, qui devait décider de la victoire.
Si ces athlètes, quittant la poussière du gymnase, eussent voulu emboucher la flûte des Phrygiens Marsyas et Olympus, auraient-ils aisément remporté la victoire et la palme ? auraient-ils seulement pu sauver leur maintien de la risée du public ? On ne vit pas non plus Timothée abandonner sa lyre pour aller vivre dans les palestres : il n’eût jamais acquis une telle supériorité sur tous ses rivaux dans la musique, lui qui devint si habile dans cet art, qu’il savait, à son gré, remuer violemment les âmes par une harmonie mâle et impétueuse, et ensuite les calmer et les adoucir par une musique lente et tranquille. Aussi dit-on que jouant un jour sur le mode Phrygien en présence d’Alexandre, il le fit lever brusquement de table et courir aux armes, et ensuite le ramena vers les convives en jouant sur un ton moins véhément. Telle est, dans la musique et les combats du gymnase, l’efficacité de l’exercice pour conduire au but que l’on se propose.
XVI
Puisque j’ai fait mention des athlètes et de leurs couronnes, rappelons-nous toutes les peines qu’ils endurent. Il leur faut d’abord augmenter leur vigueur par toutes sortes d’exercices, endurcir leur corps aux fatigues du gymnase, recevoir bien des coups dans les luttes particulières, s’assujettir à un régime sévère, imposé par le maître de la palestre ; enfin, pour abréger, vivre de la manière que tout le temps qui précède le combat décisif n’en soit qu’une préparation : ensuite ils descendent dans l’arène, et là ils redoublent d’efforts, bravent tous les périls pour conquérir une couronne d’olivier ou d’ache ou de quelqu’autre vile plante, et pour se faire proclamer vainqueurs par la voix du héraut. Et nous, à qui sont proposés des prix si magnifiques par leur nombre et leur grandeur, qu’aucun langage ne saurait l’exprimer, nous pourrons, ensevelis dans le sommeil et abandonnés à une entière sécurité, les obtenir sans efforts, sans mouvement !
Certes, rien ne serait préférable à l’oisiveté ; et le plus heureux des hommes eût été Sardanapale, ou, si l’on veut, ce Margitès, qui ne mania ni la charrue, ni la bêche, et n’exerça aucune des professions de la vie, comme Homère nous l’apprend, si toutefois cet ouvrage est d’Homère. N’est-il pas plus vrai de dire avec Pittacus, qu’il est difficile d’être vertueux ? En effet, une vie passée dans de continuels travaux ne pourrait qu’à peine nous faire atteindre à ce bonheur dont j’ai parlé précédemment et que rien n’égale parmi les biens de ce monde. Nous devons donc abandonner la vie oisive et préférer à un instant de mollesse l’espérance d’un bonheur éternel, si nous ne voulons pas encourir la honte et le châtiment, je ne dis pas, parmi les hommes de ce monde (quoique ce fût pour des gens sensés une peine assez grave), mais dans le séjour de la justice divine, soit dans les régions souterraines, soit en tout autre lieu de l’univers. Celui qui manque involontairement à son devoir, obtiendra peut-être de Dieu son pardon ; mais celui qui, de propos délibéré, embrasse le parti du vice, trouvera le juge suprême inexorable et ne pourra éviter la rigueur de ses châtiments.
XVII
Que faire ? direz-vous. Et que devons-nous faire, sinon travailler au salut de nos âmes, et renoncer à toute autre occupation pour celle-là ? Ne soyons esclaves de notre corps que pour les besoins indispensables ; travaillons au bien de notre âme, en la délivrant, par le secours de la philosophie, des liens du corps et de l’esclavage qui l’assujettit aux mêmes passions ; accoutumons aussi le corps à résister à ses propres désirs. En satisfaisant les besoins de la chair, n’en flattons pas la sensualité, à l’exemple de ces gens qui ne savent que rechercher des maîtres d’hôtel et des cuisiniers, fouiller dans tous les coins de la terre et des mers pour en rapporter à leur ventre, comme à un maître impérieux, le tribut exigé : misérables par tant de fatigues volontaires, non moins tourmentés que les criminels qu’on châtie dans les enfers, ils passent vraiment leur vie à découper la flamme avec une épée, à porter de l’eau dans un crible, à remplir un tonneau percé, sans jamais voir la fin de leurs peines.
Donner la coiffure et aux vêtements plus de soins que le besoin n’en demande, c’est se fatiguer, dit Diogène, ou vainement ou injustement. Aussi je tiens qu’à votre âge on doit trouver non moins honteux d’aimer la parure et d’être appelé un élégant, que de fréquenter les courtisanes ou de chercher à séduire l’épouse d’autrui. Qu’importe à un homme raisonnable d’être couvert d’un manteau magnifique ou d’un habillement grossier, pourvu qu’il soit garanti du froid ou des ardeurs du soleil ? J’en dirai autant de tout le reste : gardons-nous de passer jamais les bornes du besoin, et de donner plus de soins à la chair que n’en demandent les intérêts de l’âme. Il n’est pas moins honteux pour un homme, vraiment digne de ce nom, d’aimer la parure et d’affectionner son corps, que de s’abandonner lâchement à toute autre passion. Mettre toute son étude à pourvoir au bien-être du corps, c’est se méconnaître soi-même, c’est ne pas comprendre cette sage maxime, « que la partie visible n’est pas tout l’homme » : nous avons besoin d’une sagesse supérieure qui fasse connaître à chacun de nous ce qu’il est. Mais il est plus impossible à qui n’a pas une âme purifiée d’acquérir cette connaissance, qu’à un homme attaqué d’ophtalmie, de fixer ses regards sur le soleil. Or, purifier son âme, pour le dire en peu de mots, et d’une manière suffisante, c’est mépriser les plaisirs des sens, ne pas repaître ses yeux de spectacles et de prestiges tels qu’en font voir les baladins, éviter la vue des objets propres à enflammer les passions, ne pas verser pour ainsi dire, dans nos âmes, par le canal des oreilles, des airs langoureux et efféminés : car ce genre de musique fait naître dans les cœurs les vices honteux et infâmes.
XVIII
Embrassons le genre opposé, celui qui s’allie avec la vertu et dont les effets sont salutaires, celui dont se servait David, cet auteur des cantiques sacrés, lorsqu’aux sons de sa harpe, disent les livres saints, il délivrait le roi Saül de sa folie. L’on raconte que Pythagore, ayant rencontré un jour une troupe de gens en débauche et dans l’ivresse, commanda au joueur de flûte qui menait la fête, de changer d’harmonie et de jouer sur le mode Dorien, et que cette musique les ramena si bien à eux-mêmes, que, jetant leurs couronnes, ils s’en retournèrent tout honteux. Il en est que la flûte fait extravaguer à la façon des prêtres de Cybèle et des Bacchantes : tant il y a de différence à recevoir les impressions d’une saine musique ou d’une musique corrompue. Ainsi, vous devez vous tenir plus en garde contre celle qui domine aujourd’hui que contre les vices les plus hideux.
Faire exhaler dans l’air toutes sortes de parfums pour flatter l’odorat, se frotter le corps d’essences, sont des pratiques indignes et que je rougis même de vous défendre. Que dirai-je pour détourner des plaisirs que l’on prend par le sens du toucher et du goût, sinon qu’ils réduisent ceux qui s’appliquent à les rechercher, à vivre comme des brutes, esclaves de leur ventre et des plus viles passions ? En un mot, si l’on ne veut pas s’enfoncer dans les voluptés comme dans la fange, ou n’en prendre soin, selon l’expression de Platon, qu’autant qu’il peut aider à l’étude de la philosophie, paroles conformes à celles de saint Paul, qui nous recommande de n’avoir aucune attention pour la chair dans la vue de favoriser les passions.
XIX
Se montrer empressé de contenter la chair, et négliger, comme indigne d’attention, l’âme qui doit en faire son esclave, qu’est-ce autre chose que ressembler à ces gens qui recherchent les instruments d’un art sans s’occuper en aucune façon de l’art lui-même ? Il faut bien plutôt châtier son corps, le dompter comme une bête féroce, et, armé en quelque sorte des verges de la raison, apaiser les mouvements tumultueux qu’il existe dans le cœur, loin de lâcher la bride à ses passions et de permettre que l’âme, réduite au sort d’un écuyer qui ne maîtrise plus la fougue de ses coursiers indociles, soit emportée au gré de leur violence. Rappelons-nous les paroles de Pythagore, qui, voyant un de ses disciples se donner de l’embonpoint par les exercices du gymnase et par la bonne chère, lui fit ce reproche : « Quand cesseras-tu de te faire à toi-même une prison de plus en plus rigoureuse ? » Aussi Platon, à ce qu’on raconte, craignant que son corps n’exerçât une influence pernicieuse sur son âme, s’établit dans le jardin de l’Académie, lieu le plus malsain de l’Attique, afin d’ôter à son corps l’excès de santé, comme on retranche d’une vigne le sarment superflu. Moi-même j’ai entendu dire à des médecins que le trop d’embonpoint est nuisible à la santé. Puisque les soins outrés que l’on donne au corps sont pernicieux au corps lui-même et gênent les exercices de l’âme, n’est-ce pas évidemment une folie de se soumettre à ses volontés, et de s’en rendre esclave ?
XX
Si nous avons une fois pris l’habitude de le mépriser, nous serons loin de trouver rien d’admirable dans les choses humaines. Que sert la richesse, quand on n’a que du mépris pour les voluptés ? à moins, peut-être, qu’on ne prenne quelque plaisir à veiller, comme les dragons de la Fable, à la garde d’un trésor enfoui. L’homme qui a su affranchir son âme de toute affection pour ces objets terrestres, se gardera de jamais déshonorer sa conduite et ses discours par rien de vil et de honteux. Tout ce qui passe le besoin, fût-ce le sable de Lydie ou celui que les fourmis Indiennes tirent du sein de la terre, sera d’autant plus méprisable à ses yeux qu’il en sentira moins le besoin. Il mesurera l’usage des objets terrestres aux nécessités de la nature, et non à ses fantaisies. Quiconque sort des limites qu’elle a tracées, se jette en quelque sorte par une côte rapide, où, manquant de point d’appui pour s’arrêter, il ne peut nulle part résister au mouvement qui l’entraîne. A-t-il entassé trésors sur trésors ; il en faut le double et plus encore pour assouvir son avidité, selon la pensée de Solon, qui dit dans ses vers, « On ne voit aucun terme à la cupidité de l’homme ». Ecoutons pareillement les leçons de Théognis sur le même sujet : « Je n’ai, dit-il, pour les richesses ni passion ni désir ; je ne demande que de vivre dans la médiocrité, exempt de peines ».
J’admire aussi le mépris de Diogène pour toutes les choses humaines. Il se disait plus riche que le grand Roi, parce qu’il lui fallait pour vivre moins de choses qu’à ce prince ; et nous, si nous n’avons autant de trésors que Pythius de Mysie, si nous ne possédons des arpents de terre sans nombre, et plus de troupeaux qu’on n’en pourrait compter, nous ne serons point satisfaits ! Cependant il convient, je crois, de ne pas désirer les biens qui nous manquent : et à l’égard de ceux que nous avons, il faut être moins flattés de les posséder, que de savoir en user avec sagesse. Socrate pensait bien, lorsqu’il dit à ce riche qui se vantait fastueusement de sa fortune : « Je ne saurais vous admirer avant d’avoir la preuve que vous savez faire usage de vos richesses ». Si Phidias et Polyclète se fussent montrés fiers de l’or et de l’ivoire qu’ils employèrent, l’un à la statue de Jupiter pour les Eléens, l’autre à celle de Junon pour la ville d’Argos, on eût ri de voir ces statuaires s’enorgueillir d’un bien étranger, au mépris de leur art, dont le travail donnait à l’or même plus de charme et plus de valeur ; et nous, en nous persuadant que la vertu de l’homme toute seule ne suffit pas pour l’ornement de la vie, croirons-nous être plus sages et mériter moins le blâme ?
XXI
Eh bien ! nous foulerons aux pieds les richesses, nous mépriserons les plaisirs des sens ; mais nous aurons à cœur la flatterie et l’adulation, nous imiterons la souplesse et la dissimulation du renard d’Archiloque ! Non, il n’est rien que le sage doive plus éviter que de suivre l’opinion de consulter les jugements d la multitude. Il doit se conduire tellement par les conseils de la saine raison, qu’en aucune circonstance, dût-il se mettre en opposition avec tous les hommes, compromettre sa réputation, essuyer tous les dangers pour la vertu, il ne consente jamais à s’écarter en rien de ses sages résolutions. Que dire des gens qui n’agissent pas ainsi ? en quoi diffèrent-ils du sophiste Egyptien, qui devenait, à son gré, eau, feu, plante, animal, et tout ce qu’il voulait ? Maintenant ils font l’éloge de la vertu en présence de ceux qui l’aiment, tout à l’heure ils tiendront un langage contraire quand ils verront l’injustice préférée ; tel est le caractère des flatteurs ; et comme l’on dit que le polype revêt la couleur de la terre où il se pose, ils quittent leurs propres sentiments pour prendre ceux des personnes qu’ils approchent.
XXII
Nous trouverons à cet égard, dans les saintes Ecritures, des instructions plus parfaites. Néanmoins, en attendant il est à propos de nous faire comme un esquisse de la vertu avec des traits rassemblés de peintures étrangères. Car l’homme, qui recueille soigneusement ce que chaque chose offre d’utile, ressemble en quelque sorte à ces grands fleuves qui reçoivent de toutes parts de nombreux accroissements. Il faut croire que cette sage maxime d’Hésiode, Joindre peu avec peu, n’est pas plus applicable à l’augmentation de la fortune, qu’à l’acquisition d’une science quelconque. Le fils de Bias, partant pour l’Egypte, demandait à son père ce qu’il fallait faire pour lui être surtout agréable, « Il faut, dit Bias, faire des provisions pour la vieillesse ». C’était la vertu qu’il désignait ainsi ; mais il lui assignait des limites bien étroites en restreignant ses avantages à la durée de cette vie mortelle. Pour moi, quand on compterait les années de Tithon, d’Arganthonius, et de celui de nos patriarches qui vécut le plus longtemps, je veux dire, de Mathusalem dont la vie, dit l’Ecriture, embrassa près de dix siècles ; quand on envisagerait tout l’espace écoulé depuis la création du monde, je ne pourrais m’empêcher de rire de ces idées, comme d’une imagination d’enfant, en portant mes regards sur cette longue et perpétuelle série de siècles, à laquelle il est aussi impossible de concevoir un terme, que de supposer une fin à l’âme qui est immortelle. Telle est la durée pour laquelle je vous engage à faire toutes les provisions qui pourront vous être de quelque utilité, sans redouter aucune fatigue, ou, comme dit le proverbe, sans craindre de remuer toute pierre. Ne nous laissons point rebuter par la vue des difficultés et des peines : mais plutôt, nous rappelant les paroles du philosophe qui nous conseille à tous d’embrasser le meilleur genre de vie et d’espérer que l’habitude lui donnera des charmes, livrons-nous avec ardeur à l’étude de la sagesse. Il est honteux de négliger le temps présent dont nous sommes les maîtres, pour le redemander un jour, quand il ne sera plus et qu’il ne nous restera que des regrets impuissants.
XXIII
Je viens de vous donner une partie des conseils que je crois les plus utiles : je vous offrirai les autres à mesure que le moment s’en présentera. Quant à vous, de trois espèces de malades qu’on voit parmi les hommes, gardez-vous de ressembler à ceux qu’on ne peut guérir et de vous comporter, dans les maladies de l’âme, comme certaines gens attaqués d’un mal corporel. Les personnes légèrement indisposées vont trouver le médecin ; celles qu’une maladie grave retient chez elles, le font appeler ; mais il en est qu’une bile noire jette dans une folie si entière et si incurable qu’elles ne veulent pas même le recevoir. Ce serait leur ressembler que de rejeter de sages conseils ; évitez un pareil malheur.
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Veni de Libano
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Re: Quelques Saints d'Orient
Saint Ephrem de Nisibe
Saint Ephrem le Syrien (diacre)
docteur de l'église catholique
306 - 373
La biographie de Saint-Ephrem a été écrite peu de temps après sa mort survenue le 9 juin 373 Source (1). , car Grégoire de Nysse et Palladius la connaissent déjà. Nous n'en possédons plus la rédaction primitive, mais des recensions postérieures surchargées d'anecdotes miraculeuses Source (2) Le peu de renseignements historiques que fournit cette biographie s'explique par la vie retirée que mena Saint-Ephrem.
Écrivain d'une rare fécondité, Éphrem imprima au genre poétique, créé par Bardesane, le caractère que ce genre conserva pendant les siècles suivants. Ses hymnes et ses homélies métriques restèrent comme le modèle que les auteurs postérieurs imitèrent; elles'devinrent même célèbres en Occident, où elles furent de bonne heure traduites en grec. Une partie de ces poésies fut composée pour combattre les différents systèmes gnostiques qui avaient de nombreux adhérents en Syrie et en Mésopotamie. L'histoire y trouve rnalheureusement peu à glaner; la forme poétique ne convient pas aux controverses, et saint Éphrem était un polémiste ardent et non pas un critique impartial. Esprit étroit mais d'une rectitude parfaite, il travailla à enra ciner la foi sans se préoccuper de rendre justice à ses adversaires. D'autres hymnes et homélies ont été écrites en vue des principales fêtes de l'année et pour les choeurs de vierges. qui, sous sa direction, prenaient part à la célébration des offices Source (3).
Au physique, saint Éphrem était d'un aspect peu avenant : " Depuis son entrée dans la vie monastique, rapporte son biographe Source (4), jusqu'à la fin de sa vie, il ne mano,ea que du pain d'orge et des légumes secs, quelquefois des légumes verts. Il ne -buvait que de l'eau; son corps était desséché sur ses os, semblable à un tesson d'argile. Son vêtement était formé de nombreux morceaux, couleur de ftimier. Il était petit de taille; son visage était toujours sévère; jamais il ne riait; il était chauve et imberbe Source (5). " On vantait sa charité dont il donna de touchants exemples pendant une famine à Édesse.
Saint Éphrem naquit à Nisibe au commencement du IVe siècle, d'un père qui était prêtre d'une idole appelée Abnil (var. Abizal). Dès sa naissance il se crut prédestiné à travailler pour le culte du vrai Dieu. Il s'attacha, comme disciple, à saint Jacques, évêque de Nisibe, mais il est douteux qu'il ait accompagné cet évêque au concile de Nicée. C'est par ses miracles, dit-on, que Sapor fat obligé en 338 de lever le siège qu'il avait mis devant Nisibe Source (6). Lorsque cette ville fut cédée au roi p*r*e en 363, saint Éphrem s'expatria avec les notables; il se retira à Édesse après avoir passé par Beit-Garbaya et Amid; il pouvait avoir alors cinquante-sept ans Source (7). Pendant-son séjour à Nisibe, Éphrem s'était fait connaître par des hymnes sur les sièges subis par cette ville et, sur les évêques qui l'administrèrent, Jacques, Babou et Vologèse. Ces hymnes sont conservées dans un recueil qui est intitulé " Tome des hymnes de Nisibe composées par le Bienheureux Mar Éphrem ". Le titre n'est pas très exact, car des soixante-dix-sept hymnes de ce volume les vingt-une premières seules Éurent écrites à Nisibe, les autres le furent à Édesse Source (8).
Éphrem vécut dix ans à Édesse, et ces dix années furent consacrées aux publications qui forment la majeure partie de ses oeuvres. Ses premiers travaux dans la capitale de l'Osrhoène semblent être les commentaires bibliques qui lui valurent une chaire à l'École des Perses, où il eut de nombreux disciples, dont quelques'uns sont connus. Il est même admissible que saint Ephrem et les docteurs qui l'accompagnèrent en quittant Nisibe, furent les fondateurs de la célèbre école d'Édesse. Le nom sous lequel cette école est désignée (École des Perses), favorise cette conjecture, car les Syriens occidentaux désignaient sous le nom de Perses leurs coreligionnaires dans l'empire des Sassanides. L'enseignement de ce.Père comprenait, outre l'exégèse biblique, l'explication des dogmes, et c'est à l'occasion de cet enseignement qu'il fit paraître ses hymnes contre les hérétiques et les sceptiques Source (9).
Les commentaires de Saint Ephrem (mort en 373) sur l'Ancien et le Nouveau Testament sont les plus anciens que nous connaissions. Ephrem les avaient sans doute écrits en vue de son enseignement à l'Ecole des Perses. Le commentaire sur l'A.T. ne nous est parvenu dans sa forme originale que pour la Genèse et la majeur partie de l'Exode, dans le ms. du Vatican 110 du VIè siècle; pour les autres livres, il existe d'une manière abrégée, dans une Catena PAtrum composée en 861 par Sévère, un moine d'Antioche. L'épitomé de Sévère, comparé avec le ms. 110 du Vatican, montre que le commentaire de Saint Ephrem, dont se servait le moine d'Antioche pour la Genèse, différait de celui de ce manuscrits. Ce commentaire est basé sur la Peschitto, mais il a subli des interpolations; il y trouve des citations des Septante que saint Ephrem, ignorant le grec, ne pouvait utiliser.
En ce qui concerne le Nouveau Testament, le commentaire que saint Ephrem avait fait du Diatessaron ne s'est conservé qu'en arménien. C'est également en arménien seulement que se trouve son commentaire sur les Epitres paulines.
En dehors de ses commentaires, saint Ephrem écrivit des homélies exégétiques et des interprétations, sur différents versets bibliques.
Si grande que fût l'activité intellectuelle de saint Éphrem, ses oeuvres suffisent amplement à remplir les dix années que ce fécond auteur passa à Édesse. On doit considérer comme controuvés ses voyages en Égypte, où il aurait séjourné huit ans, et à Césarée de Cappadoce, où il aurait visité saint Basile. La légende de sa prédication en Égypte contre les Ariens est peut-être née d'une confusion avec Éphrem l'Égyptien; celle de la visite à saint Basile a pu être occasionnée par les passages des écrits de ce Père grec où il est fait mention du Syrien Source (10).
Erronée est aussi la notice des Actes concernant la relation faite par Éphrem de l'invasion des Huns Source (11) laquelle eut lieu au mois de juillet 396, vingt-trois ans après la mort de ce Père. Fausse encore l'attribution à Éphrem d'une poésie sur les persécutions de Valens et l'exil de l'évêque d'Édesse, Barsès; cet exil eut lieu au mois de septembre 373, trois mois après la mort d'Éphrem Source (12). Apocryphe également le panégyrique de saint Basile par saint Éphrem; celui-ci précéda dans la tombe l'évêque de Césarée Source (13).
Saint Éphrem écrivit peu en prose : quelques discours exégétiques Source (14), en dehors de ses commentaires bibliques. Nombreuses, au contraire, sont ses poésies qui comprennent plusieurs genres Source (15). Mais toutes les homélies et hymnes mises sous le nom de ce célèbre auteur ne sont pas sorties de sa plume; il en est qu'on peut revendiquer pour Isaac d'Antioche et Narsès.
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Source (1) : Sur cette date voir LAMY, S. Ephraemi syri hymni et sermones, Malines, 1882-1902, II, Proleg. p. VIII.
Source (2) : Il en existe deux recensions provenant d'un même original et renfermant des variantes importantes : la première dans un manuscrit du Vatican publiée en grande partie par J.S. Assémani, B.O., I, 26 et suivantes et in extenso par Evode Assemani S. Ephraemi opera syr.; la deuxième, généralement préférable, dans un manuscrit de Paris, que M. BICKELL a fait connaître, Conspectus rei Syrorum litterariae, p.26, et Zeitschr. der deut. morg. Gessell., XXVII, 600-604; publiée par M. LAMY, S. Ephraemi syri hymni et sermones, II, 5-90; réimprimée par BEDJAN, Acta martyr et sanct., III, 621. Deux courts résumés de la vie de S. Ephrem : l'un au Vatican, B.O., I, 25 et l'autre à Berlin, LAMY, Prolegomena, VIII. EVODE ASSEMANI a publié, dans la partie grecque de son édition, S. Ephraemi opera graece et latine, I, XIX-XLIV, les textes des auteurs grecs relatifs à la vie de Saint Ephrem. Cf. aussi LAMY, S. Ephraemi syri hymni et sermones, IV, p.XL.
Source (3) : Voir ci-dessus, p.14-15.
Source (4) : Dans la recension du ma. de Paris, voir la note 2 de la page précédente.
Source (5) : L'auteur du portrait de saint Éphrem, gravé en tète de l'édition romaine, ne s'est pas Inspiré de cette description; il a représenté un personnage de haute stature avec une longue barbe et vêtu d'une longue robe irréprochable.
Source (6) : . THÉODORET, Hist. eccl., 11, 26; BARHEBRAEUS, Chron. syr., éd. BRUNS, p. 66; éd. Bedjan, p. 61.
Source (7) : L'anecdote de saint Éphrem arrivant à Édesse et des laveuses sur le bord du Daiçan se trouvait dans la rédaction primitive des Actes. Elle est rapportée, d'après ces Actes, par Grégoire de Nysse, Sozomène et métaphraste.
Source (8) : Ce recueil a été édité, de la manière la plus digne d'éloges, par BICKELL, S. Ephraemi syri carmina Nisibena, Leipzig, 1866. Il y a une lacune pour les hymnes 22-24 qui manquent.
Source (9) : Un recueil de cinquante-six hymnes contre les hérétiques dans le second volume de l'éd. romaine, p. 437-559; et, au commencement du troisième volume, quatre-vingt-sept hymnes. contre les sceptiques.
Source (10) : Le passage des Actes relatif à la Doxologie se trouve dans le De Spiritu sancto de Basile, XXXIX, 74; pour Genèse, I, 2, où saint Basile aurait appris d'un Syrien à remplacer le mot planait, par couvait, voir la deuxième homélie de l'Hexaméron de Basile. Le voyage d'Éphrem à Césarée est relaté par Grégoire de Nysse, Sozomène et Métaphraste.
Source (11) : L'homélie, mise sous le nom d'Éphrem, sur la- fin des temps et où il est question des Huns, est publiée dans l'éd. Lamy, lit, 187; M. NOELDEKE, Beiträge zur Geschichte des Alexanderromans, p. 31, a montré que la composition de cette homélie est postérieure à la conquête arabe.
Source (12) : Éphrem écrivit des hymnes sur les persécutions de Valens et des Ariens, antérieurement à l'exil de Barsès. Ces hymnes sont conservées dans le recueil des Carmina Nisibena, édité par BICKELL. Sur le récit auquel se réfère la poésie en question, voir SOCRATE, IV, 48; SOZOMÈNE, VI, 18; THEODORET, IV, 14 et 15. Sous l'influence du Roman de Julien 1'Apostat, la persécution est rapportée dans le manuscrit du Vatican non pas à Valens, mais à Julien, et la poésie y est citée avec de nombreuses variantes.
Source (13) : Ce panégyrique existe en grec, éd. romaine, Op. graece et latine, II, 289.
Source (14) : Publiés dans l'éd. rom., t. II, à.la suite de différentes homélies métriques.
Source (15) : Les oeuvres de saint Éphrem ne peuvent,être ici citées en détail; elles ont été publiées à différentes époques et il suffira de rappeler ces publications. La grande édition de Rome, Ephraemus syrus, opera omnia, 1737-1743, comprend en six volumes les textes conservés dans des manuscrits du Vatican; trois volumes renferment les textes syriaques, et les trois autres volumes, les textes traduits en grec; commencée par PIERRE MOBARAK ou BENEDICTUS, de la Société de Jésus, elle fut achevée Par ÉTIENNE ÉVODE ASSEMANI. En 1865, M. OVERBECK a édité de nouveaux textes à Oxford, d'après des manuscrits du Musée britannique, S. Ephraemi syri... opera selecta, Oxford, 1865. En 1866, M. BICKELL a fait connaître le recueil intitulé Carmina Nisibena, mentionné ci-dessus. Les précédentes éditions ont êté complétées par M. LAMY d'après les manuscrits de Londres, d'Oxford et de Paris, S.Ephraemi syri hymni et sermones, t. I-IV, Malines, 1882-1902, Comp. NOELDEKE, Göttingische Gelehrte Anzeigen, 1882, n° 48; 1887, n°3; Wiener Zeitschrift, 1891, p. 245. Quelques hymnes et homélies ont été éditées ou rééditées dans la chrestomathie de HAHN et SIEFFERT, dans la chrestomathie de UHLEMANN, dans les tomes I et II des Monumenta Syriaca du P. ZINGERLE. De ZINGERLE aussi S.Ephraemi syri duo carmina, Brixen, 1867; Ephraemi syri sermone duo, Brixen, 1871; des extraits dans sa Chrestomathie, Rome, 1871. Cf. encore BEDJAN, S. Martyrii, qui et Sahdona, quae supersunt omnia, Paris, 1902, p. 866-868. Le recueil des homélies pour les Rogations a été imprimé par M. BEDJAN à la fin du premier volume de son Breviarorum Chaldaicum, Paris, 1886-1887; réirnprimé dans le troisième volume de l'éd. LAMY, et dans le Bessarione, sér. II, vol. 4, Par IGNATIUS EPHRAEM II RAHMANI, qui a aussi publié quelques morceaux poétiques sous le nom d'Éphrem dans ses Studia syriaca, Mont Liban, 1904. Deux poésies dans le Directorium spirituale d'ÉLIAS MILLOS, Rome, 1868. Une homélie dans Journal of theol. Studies, V, 546, publiée par DUNCAN JONES. L'homélie sur l'exil, c'est-àdire sur la vie ici-bas, a été rééditée par M. HAFFNER, en 1896, dans les Sitzungsberichte de l'Académie des Sciences de Vienne, t. XXXV, n°IX, Die Homilie des heiligen Ephräm von Syrien über das Pilgerleben; elle avait déjà été imprimée dans le III° vol. de l'éd. romaine. Il a été fait des traductions spéciales de plusieurs poésies, qu'il est inutile de rappeler ici.
Source (16) : SALOMON DE BASSORA, dans son livre de L'Abeille, éd. BUDGE, p. 47, attribue ce poème à Saint Éphrem. Un ms. du Musée britannique, du VIè siècle, qui renferme les chants I et VIII, édités par OVERBECK, S. Ephraemi... op. sel., p. 270-330, indique Balai comme auteur de l'ouvrage. Cette épopée, une des meilleures compositions de ce genre, comprend douze chants; et elle est suivie d'une homélie sur la translation des reliques de Joseph à Constantinople, composée par un certain Bani. Elle a été éditée par M. BEDJAN, Histoire complète de Joseph, Paris, 1891. En 1887, M. BEDJAN avait fait une première édition d'après un autre ms. qui ne renfermait que les dix premiers chants; ces dix chants ont été réimprimés et traduits par M. LAMY, S. Ephraemi syri hymni et sermones, t. III.
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Re: Quelques Saints d'Orient
Saint Grégoire de Nazianze
docteur de l'église catholique
329 - 390
5 Discours sur Dieu (http://www.migne.fr/gregoire_de_nazianz ... urs_27.htm)
aussi appelés 5 Discours Théologiques, nomenclature N°27 à 31
sujet: la foi catholique sur le Trinité face aux hérésies ariennes.
Discours prononcés à Constantinople en 380, ville depuis 40 ans aux mains des ariens. En 379, l'évêque est arien et préfère partir plutôt que de souscrire une profession de foi orthodoxe. Les catholiques ne sont qu'une poignée d'hommes persécutés, apeurés, divisés. Grégoire arriva à améliorer nettement la situation au bout d'un an. Le nouvel empereur oeuvrait pour rendre les églises aux catholiques fidèles à la foi du concile de Nicée.
Saint Grégoire de Naziance est né à Nazianze , où son père, Grégoire l'Ancien, fut évêque pendant quarante cinq ans (il est mort centenaire, en 374), ou bien dans la propriété familiale proche, près d'Arianze. Mais saint Grégoire de Naziance restant délibérément silencieux sur son enfance, la date de sa naissance ne peut qu'être supposée.
Traditionnellement on considère qu’il est à peu près le contemporain de Basile (né en 329/330). Mais plusieurs historiens penchent pour l'année 326, ce qui correspondrait bien avec différentes remarques de saint Grégoire de Naziance. Justin Mossay (TRE 14, p. 164s) situe la date de naissance de saint Grégoire de Naziance vers 300. Saint Grégoire de Naziance se dit plus âgé que Basile: à Constantinople, en 381, on considère saint Grégoire de Naziance comme un « vieillard » et sa mère Nonna, qui, selon l'Oratio XVIII, 41, avait le même âge que son mari, devait déjà avoir cinquante ans à sa naissance.
Saint Grégoire de Naziance a bénéficié d'une formation scolaire tout aussi remarquable que celle de Basile le Grand, d'abord à Césarée de Cappadoce, où ils se rencontrèrent sans doute pour la première fois, puis à Césarée de Palestine, à Alexandrie et à l'Académie d'Athènes, où saint Grégoire de Naziance fit la connaissance du futur empereur Julien et où il retrouva Basile, à qui il restera lié toute sa vie.
Après Basile, saint Grégoire retourna dans sa patrie, vers 356, pour y enseigner, lui aussi, la rhétorique, mais il ne tarda pas, sous l'influence de son ami, à se tourner vers la vie ascétique, et passa quelque temps avec Saint Basile dans sa communauté monastique à Annisi, au bord du fleuve Iris (province du Pont).
C'est là qu'ils travaillèrent ensemble à la Philocalie, anthologie extraite des oeuvres d'Origène.
Saint Grégoire de Naziance reçut le baptême et, en 361, l'ordination sacerdotale des mains de son père, afin de l'aider dans son activité dans le diocèse de Nazianze.
Mais parce que saint Grégoire de Naziance avait l'impression qu'on lui avait fait « violence » en lui imposant l'ordination, il refusa d'entrer en fonction et ne revint qu'en 362, pour la fête de Pâques, où, dans son sermon (Oratio 1) il s'excusa pour ses hésitations. Suit une deuxième apologie sous forme de discours, avec un long traité sur le sacerdoce (Oratio 2), dont s'inspirera plus tard Jean Chrysostome pour son célèbre opuscule De sacerdotio.
Ici apparaît pour la première fois un trait de caractère de saint Grégoire de Naziance, qui le suivra tout au long de sa vie et qui dirigera souvent sa conduite : saint Grégoire de Naziance adorait le savoir et la rhétorique, et il n'avait pas son pareil, dans ce domaine, parmi les Pères grecs du IVème siècle.
Saint Grégoire de Naziance mettait temporairement cette véritable passion entre parenthèses sous la pression de ceux qui l'entouraient et aussi parce qu’il comprenait ce dont l'Église avait besoin en pratique. Mais quand - surtout parce que son tempérament plus sensible ne lui permettait pas d'affronter les difficultés de la politique ecclésiastique aussi efficacement que le faisait Basile – il pouvait se retirer pour s'adonner à des loisirs studieux, saint Grégoire de Naziance le faisait volontiers.
Dans le cadre de la multiplication des sièges épiscopaux et du renforcement du parti nicéen dans son district, après la division de la province de Cappadoce, Basile, en 372, nomma saint Grégoire évêque de Sasima, petite ville non dénuée d'importance de par sa situation sur un noeud routier.
Mais le saint refusa cependant d'occuper le siège épiscopal et continua d'aider son père jusqu'à sa mort (374) dans sa ville natale de Nazianze.
Saint Grégoire se retira ensuite à Séleucie, en Isaurie, d'où il fut appelé, après la mort de l'empereur Valens (9 août 378) à diriger la petite communauté nicéenne de la capitale.
Mais la grande majorité des chrétiens de la capitale relevant de la confession arienne, sous la direction de l'évêque Démophile, saint Grégoire résida dans une maison privée (la future église Anastasia), où il donna en 380 les célèbres Cinq Discours théologiques, dans lesquels il expliquait la doctrine trinitaire nicéenne, et qui lui valurent le titre honorifique de « Théologien » (attesté pour la première fois dans les actes du concile de Chalcédoine, en 451).
Immédiatement après son entrée à Constantinople, le 24 novembre 380, l'empereur Théodose contraint l'évêque Démophile à quitter la ville et il installe saint Grégoire de Naziance évêque de la capitale.
Le concile de Constantinople (381 ) le reconnaît comme tel et lui confie la présidence du concile après la mort de Mélèce d'Antioche.
Saint Grégoire de Naziance ne réussit pas cependant à parvenir à un accord acceptable entre les différents partis ni sur le schisme de Mélèce à Antioche ni sur le symbole. Au contraire, le saint est tellement attaqué de tous côtés qu'on lui reproche même son transfert sur le siège épiscopal de Constantinople, qui serait illégal, puisqu’il est déjà évêque de Sasima.
Saint Grégoire de Naziance offre sa démission, que l'on accepte volontiers, et prend congé en donnant son célèbre discours d'adieu (Oratio XLII). Saint Grégoire revient à Nazianze avant même la fin du concile et administre le diocèse jusqu'à la consécration épiscopale de son cousin Eulalius, en 383.
Saint Grégoire se retire ensuite dans la propriété familiale près d'Arianze où Grégoire il meurt, probablement en 390.
La dernière partie de la vie de saint Grégoire de Naziance, à partir de sa nomination à Constantinople (379), représente la période la plus féconde de son activité littéraire. C'est à cette époque que nous devons la moitié des 44 sermons conservés, la plupart des 249 lettres et la plus grande partie de ses poèmes.
Les restes de saint Grégoire de Naziance reposent depuis le 11 juin 1580 dans la première croisée gauche de Saint-Pierre de Rome (Italie).
Les Poèmes Saint Grégoire de Naziance
Saint Grégoire de Nazianze n'est certes pas le premier à avoir donné une forme poétique à des matériaux théologiques et à des thèmes chrétiens, mais saint Grégoire est le premier à avoir conçu une oeuvre poétique importante et d'une composition accomplie : dix-sept mille vers qui n'ont pas leur pareil dans la patristique grecque.
Ses carmina, dont la plupart ont été composés après son retour à Constantinople et lors de sa retraite à Arianze, où il resta jusqu'à sa mort, comprennent des poèmes didactiques, des hymnes, des élégies et des épigrammes dans leurs mètres traditionnels.
Saint Grégoire de Naziance aborde des thèmes dogmatiques, moraux, autobiographiques et lyriques avec l'intention explicite (Carmen II, l, 39) de présenter le message chrétien sous une forme plus agréable et plus abordable, en choisissant le style poétique, et d'adjoindre à la poésie hellénistique une poésie chrétienne d'égale valeur. La qualité des poèmes de saint Grégoire de Naziance répond définitivement au reproche qui était jadis fait aux chrétiens, dans une visée polémique, de manquer de culture et d'une littérature digne de ce nom.
Les Discours de Saint Grégoire de Naziance
Le Corpus des Mauristes compte 45 discours et sermons de saint Grégoire de Naziance, mais le n° 35 n'est pas de lui. Leur chronologie s'étend de sa consécration épiscopale en 362, à la retraite à Arianze, en 383, et la moitié date d'après la nomination de saint Grégoire à Constantinople, en 379.
Il s'agit, pour une part, de discours donnés oralement, que saint Grégoire a lui-même préparés pour la publication, tandis que d'autres sont des pièces écrites sous forme de discours. C'est certainement le cas des Orationes IV et V, qui sont des invectives contre l'empereur Julien l'Apostat, après sa mort.
Tous les Discours de saint Grégoire se distinguent non seulement par sa maîtrise de la rhétorique, mais aussi par son habileté à présenter de façon convaincante et claire des solutions aux problèmes théologiques les plus ardus de son temps. C'est particulièrement vrai des Cinq Discours théologiques (XXVII-XXXI), que saint Grégoire appelait déjà ainsi lui-même (Oratio XXVIII, 1) et qui ont le plus contribué à conférer au saint le titre de « Théologien ».
Saint Grégoire les a donnés pendant qu'il était à Constantinople (379-381), probablement en 380, dans la maison privée où il avait élu domicile, qui deviendra plus tard l'église Anastasia, car la cathédrale, l'église des Apôtres, était encore aux mains de l'évêque arien.
« Théologique » et « Théologien » doivent se comprendre ici dans le sens strict du christianisme antique, comme « doctrine de Dieu » : il s'agit de la présentation de la doctrine orthodoxe de la Trinité, face aux néoariens (eunomiens) et aux macédoniens (pneumatomaques).
Outre la justification brillante de la doctrine traditionnelle de Dieu, celle de Nicée, saint Grégoire trouve la formulation d'avenir de la « procession » de l'Esprit du Père, à la différence de la «génération » du Fils, et saint Grégoire est le premier à appliquer le concept de consubstantialité au Saint-Esprit.
Ce faisant il va plus loin que Basile et, grâce à cette terminologie plus précise, saint Grégoire affine non seulement la compréhension du Saint-Esprit dans la Trinité, mais prépare aussi les compléments pneumatologiques apportés au Symbolum Nicaenum ( Symbole de Nicée) par le concile de Constantinople, qui se tient peu après (381).
Les Lettres de Saint Grégoire de Naziance
Saint Grégoire de Naziance - suivant en cela l'exemple des auteurs classiques - a publié lui-même un premier recueil de ses Lettres, et dans la Lettre 51, il expose brièvement la théorie du genre littéraire épistolaire.
Sur les 249 Lettres conservées, les numéros 246-248 se retrouvent aussi dans le corpus de Basile le Grand, sous les numéros 169-171 ; le n° 243 est considéré comme non authentique et le doute plane sur le n° 241. De bout en bout, il s'agit, formellement, de lettres travaillées avec art, mais leur contenu est celui de la correspondance ordinaire d'un homme cultivé et d'un évêque.
Les Trois Lettres théologiques (aux côtés des Cinq Discours théologiques) revêtent une importance théologique toute particulière : les numéros 101 et 102, de l'été 382, au presbytre Cledonius, qui dirigea le diocèse de Nazianze pendant la vacance du siège après la mort de Grégoire l'Ancien (374), et la Lettre 202 (vers 387) à Nectaire, successeur de saint Grégoire de Naziance et prédécesseur de Jean Chrysostome sur le siège patriarcal de Constantinople (381-397).
Nectaire n'était pas un théologien : au moment de son élection, il était sénateur et encore catéchumène. Aussi ne s'occupa-t-il guère des questions théologiques brûlantes de son temps, mais il réussit, contrairement à son prédécesseur et à son successeur, à éviter les démêlés avec le peuple de l'Église et avec la cour impériale. Saint Grégoire lui adresse la Lettre 202 pour l'inciter à la prudence face aux intrigues incessantes des ariens, des macédoniens et des apollinaristes ; elle doit également lui servir de petit aide-mémoire de théologie.
Alors que les Cinq Discours théologiques avaient clarifié l'un des grands problèmes théologiques de l'époque, la doctrine trinitaire, face aux ariens et aux pneumatomaques, les Trois Lettres théologiques traitent surtout de l'autre question théologique, celle de la christologie, dans la discussion contre Apollinaire.
La Lettre 101 § 32 définit, sous une forme décisive et porteuse d'avenir, la plénitude des deux natures dans le Christ : « Ce qui n'est pas assumé reste non guéri ; mais ce qui est uni à Dieu, cela est aussi sauvé.»
La distinction des natures, comme "allo kaï allo" [phonétisation du grec], à la différence de celle des trois personnes dans la Trinité, comme "allos kaï allos" (101 § 20-21), complète la formulation.
Le concile d'Éphèse de 431 invoquera un long extrait de la Lettre 101 et le concile de Chalcédoine (451) la reprendra tout entière dans ses actes.
Les ouvrages et la théologie de saint Grégoire de Naziance ont connu une grande diffusion et exercé une grande influence, ainsi qu'en témoignent les manuscrits grecs de ses discours (plus de 1 200), les traductions en latin et dans les langues orientales, ainsi que les nombreuses scolies.
Après et aux côtés d'éditions partielles et d'editiones minores des écrits de saint Grégoire de Naziance, paraissent depuis 1977, sous le patronat de la Görres-Gesellschaft, les editiones majores des poèmes et des discours, sous la direction de Justin Mossay (Louvain) et de Martin Sicherl (Münster), avec la participation de nombreux collaborateurs internationaux.
Éditions des Oeuvres Complètes de Saint Grégoire de Naziance:
- Patrologie Grecque de l'abbé Migne PG 35-38.
- Corpus Nazianzenum = CChr.SG 20.27, 1988-1992.
Vie et Oeuvre de Saint Grégoire de Naziance
- BENOÎT (A.), Saint Grégoire de Nazianze, sa vie, ses oeuvres et son époque, Marseille-Paris, 1876
- FLEURY (E.), Grégoire de Nazianze et son temps, ETH, 1930
- GALLAY (P), La Vie de saint Grégoire de Nazianze, Lyon-Paris, 1943.
- COULIE (B.), Les Richesses dans l'oeuvre de saint Grégoire de Nazianze. Étude littéraire et historique = PIOL 32, 1985.
- BERNARDI (J.), Saint Grégoire de Nazianze. Le théologien et son temps (330-390) Paris, 1994.
- BERNARDI (J.), Saint Grégoire de Nazianze (Initiation aux Pères de lÉglise), Paris, 1995.
Les éditions des Discours Saint Grégoire de Naziance
Traductions françaises
- Discours I-3, dans BERNARDI (J.) = Sources Chrétiennes, éditions du Cerf, Paris, N° 247, 1978.
- Discours 27-31, dans GALLAY (P) = Sources Chrétiennes N° 250, 1978.
- Discours 20-23, dans MOSSAY (J.) = Sources Chrétiennes N° 270, 1980.
- Discours 24-26, dans MOSSAY (J.) = Sources Chrétiennes N° 284, 1981.
- Discours 4-5, dans BERNARDI (J.) = Sources Chrétiennes N° 309, 1983.
- Discours 32-37, dans GALLAY (P.) et MORESCHINI (C.) = Sources Chrétiennes N° 318, 1985.
- Discours 38-41, dans GALI.AY (P.) et MORESCHINI (C.) = Sources Chrétiennes N° 358, 1990.
- Discours 42-43, dans BERNARDI (J.) = Sources Chrétiennes N° 384, 1992.
- Cinq discours sur Dieu, dans GALLAY, PF 6I, 1995.
Les éditions des Lettres Saint Grégoire de Nazianze
JOURJON (M.) = Sources Chrétiennes, éditions du Cerf, Paris, N°208, 1974.
le 14ème discours de Saint Grégoire est consacré aux devoirs de charité envers les malheureux
les Lettres 107 à 114 et 116 à 119 portent sur l'importance du silence.
Texte rédigé avec modifications d'après Hubertus R. Drobner Les Pères de l'Eglise, Paris, Desclée, avril 1999, ISBN 2-7189-0693-6
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Re: Quelques Saints d'Orient
SAINTE MARIE L'EGYPTIENNE
Marie Egyptienne appelée Pécheresse passa 47 ans au désert dans une austère pénitence. Elle y entra vers l’an du Seigneur 270, du temps de Claude. (* La vie de sainte Marie Egyptienne se trouve in extenso dans les Vies des Pères du désert. Elle fut écrite par Sophrone, évêque de Jérusalem. Jacques de Voragine l’a abrégée considérablement.)
Or, un abbé, nommé Zozime, ayant passé le Jourdain et parcouru un grand désert pour trouver quelque saint père, vit un personnage qui se promenait et dont le corps nu était noir et brûlé par l’ardeur du soleil. C'était Marie Egyptienne. Aussitôt elle prit la fuite et Zozime se mit à courir ail plus vite après elle. Alors Marie dit à Zozime : « Abbé Zozime, pourquoi courez-vous après moi ? Excusez-moi, je ne puis tourner mon visage vers vous, parce que je suis une femme ; et comme je suis nue, donnez-moi votre manteau, pour que je puisse vous voir sans rougir. » En s'entendant appeler par son nom, il fut saisi : ayant donné son manteau, il se prosterna par terre et la pria de lui accorder sa bénédiction. « C'est bien plutôt à vous, mon père, lui dit-elle, de me bénir, vous qui êtes orné de la dignité sacerdotale. » Il n'eut pas plutôt entendu qu'elle savait son nom et son ministère, que son admiration s'accrut, et il insistait pour être béni. Mais Marie lui dit : « Béni soit le Dieu rédempteur de nos âmes. » Comme elle priait les mains étendues, Zozime vit qu'elle était élevée de terre d'une coudée. Alors le vieillard se prit à douter si ce n'était pas un esprit qui fît semblant de prier. Marie lui dit: « Que Dieu vous pardonne d'avoir pris une femme pécheresse pour un esprit immonde ! »Alors Zozime la conjura au nom du Seigneur de se faire un devoir de lui raconter sa vie. Elle reprit: « Pardonnez-moi, mon père, car si je vous raconte ma situation, vous vous enfuirez de moi tout effrayé à la vue d'un serpent. Vos oreilles seront souillées de mes paroles et l’air sali par des ordures. » Comme le (432) vieillard insistait avec force, elle dit: « Mon frère,je suis née en Egypte; à l’âge de 12 ans, je vins à Alexandrie, où, pendant 17 ans, je me suis livrée publiquement au libertinage, et je ne me suis jamais refusée à qui que ce fût: Or, comme les gens de ce pays s'embarquaient pour Jérusalem afin d'y aller adorer la sainte Croix, .je' priai les matelots de me laisser partir avec eux. Comme ils me demandaient le prix du passage, je dis: « Je n'ai d'autre argent à vous donner que de vous livrer mon corps pour mon passage. » Ils me prirent donc et ils eurent mon corps en paiement. Arrivée à Jérusalem, j'allai avec les autres jusqu'aux portes de l’église pour adorer la croix; mais tout à coup, je me sens repoussée par une main invisible qui m’empêche d'entrer. J'avançai plusieurs fois jusqu'au seuil de la porte, et à l’instant j'éprouvais la honte d'être repoussée; et cependant tout le monde entrait sans difficulté, et sans rencontrer aucun obstacle. Rentrant alors eu moi-même, je pensai que ce que j'endurais avait pour cause l’énormité de mes crimes. Je commençai à me frapper la poitrine avec les mains, à répandre des larmes très amères, à pousser de profonds soupirs du fond du coeur, et comme je levais la tête, j'aperçus une image de la bienheureuse Vierge Marié. Alors je la priai avec larmes de m’obtenir le pardon de mes péchés, et de me laisser, entrer pour adorer la sainte Croix, promettant de renoncer au monde et de mener à l’avenir une vie chaste. Après cette prière, éprouvant une certaine confiance au nom de la bienheureuse Vierge, j'allai encore une fois à la porte de l’église, où je suis entrée sans le (433) moindre obstacle. Quand j'eus adoré la sainte Croix avec une grande dévotion, quelqu'un me donna trois pièces d'argent avec lesquelles j'achetai trois pains; et j'entendis une voix qui me disait: « Si tu passes le Jourdain, tu seras sauvée. » Je passai donc le Jourdain, et vins en ce désert où je suis restée quarante-sept ans sans avoir vu aucun homme. Or, les sept pains que j'emportai avec moi devinrent à la longueur du temps durs comme les pierres et suffirent à ma nourriture pendant quarante-sept ans ; mais depuis bien du temps mes vêtements sont pourris. Pendant dix-sept ans que je passai dans ce désert, je fus tourmentée par les tentations de la chair, mais à présent je les ai toutes vaincues par la grâce de Dieu. Maintenant que je vous ai raconté toutes mes actions, je vous prie d'offrir pour moi des prières à Dieu. » Alors le vieillard se prosterna par terre, et bénit le Seigneur dans sa servante. Elle lui dit : « Je vous conjure de revenir aux bords du Jourdain le jour de la cène du Seigneur (* Le jeudi saint), et d'apporter avec vous le corps de J.-C. : quant à moi je viendrai à votre rencontre et je recevrai de votre main ce sacré corps; car à partir du jour où je suis venue ici, je n'ai pas reçu la communion du Seigneur. »
Le vieillard revint donc à son. monastère et l’année suivante, à l’approche du jour de la Cène, il prit le corps du Seigneur et vint jusqu'à la rive du Jourdain. Il vit à l’autre bord une femme debout qui fit le signe de la croix sur les eaux et vint rejoindre le vieillard. A cette vue celui-ci fut frappé de surprise et se prosterna
humblement à ses pieds : « Gardez-vous, lui dit-elle, d'agir ainsi, puisque vous avez sur vous les sacrements du Seigneur, et que vous êtes décoré de la dignité sacerdotale; mais, mon père, je vous supplie de daigner revenir vers moi l’an prochain. » Alors après avoir fait le signe de la croix, elle repassa sur les eaux du Jourdain pour gagner la solitude de son désert. Pour le vieillard, il retourna à son monastère et l’année suivante, il vint à l’endroit où. Marie lui avait parlé la première fois, mais il la trouva morte. Il se' mit à verser des larmes et n'osa la toucher, mais il se dit en lui-même : « J'ensevelirais volontiers le corps de cette sainte, je crains cependant que cela ne lui déplaise. » Pendant qu'il y réfléchissait, il vit ces mots gravés sur la terre, auprès de sa tête : «Zozime, enterrez le corps de Marie ; rendez à la terre sa poussière, et priez pour moi le Seigneur par l’ordre duquel j'ai quitté ce monde le deuxième jour d'avril. » Alors le vieillard acquit la certitude, qu'aussitôt après avoir reçu le sacrement du Seigneur et être rentrée au désert, elle termina sa vie. Ce désert que Zozime eut de la peine à parcourir dans l’espace de trente jours, Marie le parcourut en une heure, après quoi elle alla à Dieu. Comme le vieillard faisait une fosse, mais qu'il n'en pouvait plus, il vit un lion venir à lui avec douceur, . et il lui dit : « La sainte femme a commandé d'ensevelir là son corps, mais. je ne puis creuser la terre, car je suis vieux et n'ai. pas d'instruments : creuse-la donc, toi, afin que nous puissions ensevelir son très saint corps. » Alors le lion commença à creuser la terre et à disposer une fosse convenable: Après l’avoir terminée, le lion s'en retourna doux comme un agneau et le vieillard revint à son monastère en glorifiant Dieu.
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Re: Quelques Saints d'Orient
SAINT MARON, dont c'est aujourd'hui la fête, une des plus importante du calandrier maronite, comme on peut s'en douter...
Référence historique
La seule référence capable de nous renseigner sur la vie du Saint est l’" Historia Religiosa" de Théodoret, évêque de Cyr, écrite vers l’an 440 et dans laquelle l’écrivain évoque la vie des ascètes de la Cyrrhestique et de ses environs. Le chapitre XVI du livre contient amples détails sur le Saint, sur sa vie mystique et son empreinte indéniable sur ses disciples.
Location géographique
La Cyrrhestique où se déroula la vie de Saint Maron est située en Syrie du Nord. L’organisation romaine de l’époque avait divisé la province de Syrie en trois parties: La Syrie Première ou Syrie Creuse (Coele-Syrie), avec Antioche pour métropole. La Syrie Seconde ou Syrie Heureuse (Salutaris), avec Apamée pour métropole. La Syrie Troisième ou Euphratèse, avec Hiérapolis (mieux connu sous le nom de Membej) pour métropole
Les régions situés au sud d'Apamée, s'étendant jusqu'aux frontiéres méridionales Libanaises étaient divisées en deux sections: La Phoenicie Libanaise, avec Homs puis Damas pour métropole et La Phoenicie Maritime avec Tyr pour capitale. Le diocése de Cyrrhestique, qui avait à sa téte l'évêque Théodoret de Cyr s'étendait à l'ouest de L'Euphratése.
Une distance évalué à deux jours de marches séparait la ville de Cyr situé au nord-est d'Antioches. Soixante dix kilomètres la séparaient de la ville d'Alep. Si l'on se refére à l'historien Théodoret de Cyr. St Marron, ayant choisit de mener une vie d'ascéte, élu domicile au sommet d'une montagne abrupte qui porte le nom de Nabo, (par reférence au dieu païen Nabo) dont le temple était au sommet de cette montagne. Le village avoisinant était connu sous le nom de Kfar Nabo.
Vie Exemplaire
Saint Maron consacra le temple au culte du vrai Dieu. A l’exemple de Saint Maron, et sous l’influence de sa vie édifiante, beaucoup de disciples vouèrent une bonne partie de leur existence à la prière, tandis que d’autres s’isolaient sur les cîmes des montagnes, ou se cloîtraient dans les grottes pour communier avec le divin. La renommée et la sainteté de Maron étaient si grandes que Saint Jean Chrysostome lui dépêcha une lettre vers l’an 405 qui témoignait du respect qu’il vouait au Saint et demandait d’intercéder pour lui dans sa prière.
D’après Théodoret, Saint Maron, décédé vers l’année 410, aurait exprimé son désir d’être inhumé dans la tombe de Saint Zabina, qui représentait pour lui le modèle de vie édifiante. Sitôt sa mort connue, "les habitants d’un bourg limitrophe fort peuplé, survinrent en masse, dispersèrent les autres, s’emparèrent de ce trésor tant convoité, édifièrent un vaste tombeau et depuis, ils en récoltent le profit, honorant ce vainqueur d’une fête publique".
Il semble que le village mentionné par l’historien est celui de Barad, proche de Kfar Nabo, si dense en population et chef-lieu d’une large contrée. Au début du Ve siècle, époque qui coïncide si bien avec la date du décès de Saint Maron en 410, une grande église y fut édifiée à l’intérieur de laquelle se trouve un sarcophage qui aurait servi à garder la dépouille de Saint Maron. Dans la tradition maronite, les disciples de Saint Maron auraient transféré ses reliques, en particulier son crâne, au couvent de Saint Maron ou "Beit Maroun", édifié en l’an 452 sur l’Oronte entre Alep et Hama en Syrie actuelle.
Relique du Saint
Le crâne fut ramené au Liban, au couvent de Kfarhaï, dans le région de Batroun, au début du VII’ siècle. Ecoutons ce que dit le patriarche Douaihi: "Quand Jean Maron fut établi à Kfarhaï, il construisit un sanctuaire et un couvent dédiés à Saint Maron. Il y déposa le crâne du Saint artisan miraculeux de guérison des rnaladies. C’est pour cette raison que le couvent fut connu par Rech Maro c’est-à-dire Tête de Maron",
La tête du Saint fut transférée plus tard en Italie. En l’année 1130, débarquait en Syrie l’un des moines bénédictins, alors chef du Couvent de la Croix situé à peu de distance de la ville de Foligno en Italie, prit livraison du crâne de Saint Maron, après avoir effectué son pélerinage aux Lieux Saints. De retour en son pays, il prêcha les vertus du Saint auquel la foule des fidèles voua un culte fervent. C’est alors que l’évêque de Foligno fit transférer le crâne dans l’église de l’archevêché en 1194. Les fidèles coulèrent une statue en argent représentant l’effigie du Saint et dans laquelle ils déposèrent ses reliques. Monseigneur Youssef-el-Debs relate que lors de son passage en Italie en 1887, l’évêque de Foligno lui remit quelques fragments de reliques de Saint.
Re: Quelques Saints d'Orient
Chère Veni,
Me voici marron ! M'attendant à votre intervention en ce jour, c'est la vie de Saint Cyrille d'Alexandrie que je pensais trouver mise en ligne !
Ce sera peut-être pour cet après-midi ou sinon pour un peu plus tard ?
Cela est dû à mon ignorance que Saint Maron ait sa fête en ce même jour.
Vous ne pouviez certes pas manquer de la faire passer la première, en nous écrivant depuis le Liban !
Le nom de Phoénicie me fait froid dans le dos, en pensant aux sacrifices humains qui s'y trouvaient pratiqués quand ce beau pays était encore païen. Ce que rappelle le nom du célèbre site archéologique de Baalbeck. Ceci dit, les Phoéniciens avaient malgré cela une civilisation assez avancée, et avaient de glorieuses fondations maritimes, dont la plus célèbre fut Carthage.
Il serait très intéressant que quelqu'un puisse retrouver et mettre en ligne la lettre du très grand Saint Jean Chrysosotome à Saint Maron.
Etant en déplacement, il ne m'est malheureusement pas possible de la rechercher pour le moment dans les oeuvres complètes de ce grand Saint Docteur à la bouche d'or.
Me voici marron ! M'attendant à votre intervention en ce jour, c'est la vie de Saint Cyrille d'Alexandrie que je pensais trouver mise en ligne !
Ce sera peut-être pour cet après-midi ou sinon pour un peu plus tard ?
Cela est dû à mon ignorance que Saint Maron ait sa fête en ce même jour.
Vous ne pouviez certes pas manquer de la faire passer la première, en nous écrivant depuis le Liban !
Le nom de Phoénicie me fait froid dans le dos, en pensant aux sacrifices humains qui s'y trouvaient pratiqués quand ce beau pays était encore païen. Ce que rappelle le nom du célèbre site archéologique de Baalbeck. Ceci dit, les Phoéniciens avaient malgré cela une civilisation assez avancée, et avaient de glorieuses fondations maritimes, dont la plus célèbre fut Carthage.
Il serait très intéressant que quelqu'un puisse retrouver et mettre en ligne la lettre du très grand Saint Jean Chrysosotome à Saint Maron.
Etant en déplacement, il ne m'est malheureusement pas possible de la rechercher pour le moment dans les oeuvres complètes de ce grand Saint Docteur à la bouche d'or.
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