formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
MEDITATION
Prélude:_Demander la grâce de me jeter dans l'humilité comme dans une citadelle qui me défende.
I_ L'humilité, sel qui préserve de la corruption
1/Plus une vertu est grande, plus elle donne prise à l'orgueil: car tout bien est matière à la vaine complaisance de l'âme et l'applaudissement des hommes.
_La vaine complaisance commence l'oeuvre de désorganisation. Elle est si douce et se fait si bien écouter! Elle est si ondoyante et sait si bien se déguiser!
Comme un poison mêlé à de saintes substances, elle s'insinue dans le contentement de la gloire de Dieu et du salut des âmes; elle se retrouve dans les consolations sensibles; et nous suit dans les élévations les plus sublimes.
C'est insensiblement qu'elle fait des progrès comme des ravages. Ce genre d'action lente endort la vigilance: et ainsi le poison pénètre dans les plus belles vertus.
_ La vaine complaisance a commencé l'oeuvre de désorganisation, le désir de la louange l'achève. Ce murmure qui vient du dehors, retentit si agréablement au dedans!... Certes, on s'assure qu'on ne s'en laisse point charmer; qu'on subit à regret ce que l'on ne peut éviter; que l'on rapporte à Dieu toute gloire... cependant, la jouissance est réelle et profonde.
_ Sous cette double influence, le mal gagne: ce n'est plus un acte passager qui en est vicié, c'est toute une série d'actions semblables; ce sera bientôt peut-être l'ensemble de sa vie... Les vertus se corrompent.
Pendant un temps, elles tiennent debout par la force de l'habitude, et aussi par les exigences de l'orgueil lui-même. Toutefois, cette vie factice ne saurait se tenir toujours... des tentations plus fortes, des circonstances imprévues, un rien, en auront bientôt fini.
2/ Qui préviendra de ces maux? L'humilité.
" Elle sera la vertu, dit saint Augustin, ou la vertu ne sera pas. Virtus non est nisi conjuctam habeat humilitem." Elle s'y répandra comme le sel jeté sur une substance que l'on veut conserver; elle s'opposera à toute fermentation nuisible; elle dégagera de toute vue trop personnelle, et fixera en Dieu tous nos contentements.
Mais pour un tel effet, il est nécessaire que cette vertu soit vraiment vertu, c'est-à-dire qu'elle agisse avec la facilité, la spontanéité, l'inclination que donne seule l'habitude. Autrement, que de surprises et quelle fatigue extrême!... Il faut que le mouvement d l'humilité nous soit devenu si naturel que l'était celui de l'orgueil... Adressons nos prières à la Reine et au Maître des humbles.
II. L'humilité, lumière qui dissipe les illusions.
1/ C'est une réflexion commune, mais profondément vraie, que l'orgueil aveugle; et les maîtres de la vie spirituelle ont si bien compris le rôle de l'humilité, qu'ils font de cette vertu le criterium le plus sûr pour le discernement des esprits. telle vertu est-elle vraie ou fausse? Telle oraison extraordinaire vient-elle de Dieu? Telle vision est-elle réalité ou illusion?Le jugement dépendra de la conviction préalable sur l'humilité de la personne ainsi favorisée.
Cette règle doit également s'appliquer à la vertu la plus ordinaire.
Rappelons-nous les aveuglements d'orgueil si souvent surpris chez les autres... Craignons notre appréciation sur nous-mêmes, si elle ne nous fait pas bien petits nous sommes et bien faibles et bien misérables...
Dieu ne juge pas comme les hommes. Ceux qui nous prennent peut-être pour des saints, ne savent pas quelles ont été nos ingratitudes et nos fautes, quelles sont encore nos déplorables misères... Ah! pour nous mettre et nous tenir à notre vraie place, que notre humilité a besoin d'être lumineuse, pénétrer notre intelligence, de lui montrer sans cesse notre néant, notre impuissance, nos tort; en un mot, qu'elle a besoin d'être une vraie vertu!
2/ Il est si facile, en effet, de prendre le change, de s'égarer, et d'aboutir à la tiédeur: on se compose des devoirs selon ses idées propres, puis une vie selon ses goûts; on fait saint ce que l'on aime; on s'aventure dans des dangers que le devoir n'impose pas; on excuse ses fautes et on les continue; on ne sent pas le besoin de la prière; on vit pour soi et sans remords: la tiédeur règne et démoralise...
Ah! si l'humilité avait été active, toutes ces décadences auraient été signalées et arrêtées, car elle donne l'instinct du bien et le sens du vrai. _ Ah! du moins, si à cette heure, nous étions saisis d'une profonde impression de défiance envers nous-mêmes, la lumière qui se répandrait en nous serait si vive, que nous nous trouverions placé entre la résolution de nous vaincre, ou la certitude de résister à la grâce;
3/Rien ne fausse la conscience comme l'influence de l'orgueil écouté; rien ne la maintient droite et décidée comme le sentiment de l'humilité. Sous sa dépendance, l'âme, se défiant d'elle-même, suit les méthodes sûres, consulte volontiers, craint les occasions dangereuses, prie sans cesse, emploie tous les secours._ Elle peut avoir de grandes vertus: elle ne les regarde pas._Elle peut être affermie dans la pratique du bien: elle se sent toute fragile au fond... Ah! que ces vertus ont rencontré une parfaite gardienne!
Sans elle, au contraire, que de chutes, et quelles chutes! Les racines de l'arbre s'étaient corrompues, les fondements de l'édifice s'étaient effondrés. Survint la tempête des passions, ou l'effort violent de circonstances difficiles, et l'arbre fut arraché de la terre de l'Eglise et le bel édifice la couvrit de ses ruines... Et l'arbre n'a pas été replanté, et les ruines ne se sont pas relevées, tandis que, de tout côté, tels pécheurs, qui se sont vautrés dans la fange, ont trouvé malgré leurs fautes, et dans ces fautes mêmes, l'humilité qui sauve.
"Proesumentes de se et de bona sua virtute glorantes, humilias: à celui qui présume de ses forces et qui s'enorgueillit de sa vertu, Seigneur, vous préparez l'humiliation."
Résolution: Vif sentiement de crainte de moi-même; le porter constamment comme une plaie sensible.
Prélude:_Demander la grâce de me jeter dans l'humilité comme dans une citadelle qui me défende.
I_ L'humilité, sel qui préserve de la corruption
1/Plus une vertu est grande, plus elle donne prise à l'orgueil: car tout bien est matière à la vaine complaisance de l'âme et l'applaudissement des hommes.
_La vaine complaisance commence l'oeuvre de désorganisation. Elle est si douce et se fait si bien écouter! Elle est si ondoyante et sait si bien se déguiser!
Comme un poison mêlé à de saintes substances, elle s'insinue dans le contentement de la gloire de Dieu et du salut des âmes; elle se retrouve dans les consolations sensibles; et nous suit dans les élévations les plus sublimes.
C'est insensiblement qu'elle fait des progrès comme des ravages. Ce genre d'action lente endort la vigilance: et ainsi le poison pénètre dans les plus belles vertus.
_ La vaine complaisance a commencé l'oeuvre de désorganisation, le désir de la louange l'achève. Ce murmure qui vient du dehors, retentit si agréablement au dedans!... Certes, on s'assure qu'on ne s'en laisse point charmer; qu'on subit à regret ce que l'on ne peut éviter; que l'on rapporte à Dieu toute gloire... cependant, la jouissance est réelle et profonde.
_ Sous cette double influence, le mal gagne: ce n'est plus un acte passager qui en est vicié, c'est toute une série d'actions semblables; ce sera bientôt peut-être l'ensemble de sa vie... Les vertus se corrompent.
Pendant un temps, elles tiennent debout par la force de l'habitude, et aussi par les exigences de l'orgueil lui-même. Toutefois, cette vie factice ne saurait se tenir toujours... des tentations plus fortes, des circonstances imprévues, un rien, en auront bientôt fini.
2/ Qui préviendra de ces maux? L'humilité.
" Elle sera la vertu, dit saint Augustin, ou la vertu ne sera pas. Virtus non est nisi conjuctam habeat humilitem." Elle s'y répandra comme le sel jeté sur une substance que l'on veut conserver; elle s'opposera à toute fermentation nuisible; elle dégagera de toute vue trop personnelle, et fixera en Dieu tous nos contentements.
Mais pour un tel effet, il est nécessaire que cette vertu soit vraiment vertu, c'est-à-dire qu'elle agisse avec la facilité, la spontanéité, l'inclination que donne seule l'habitude. Autrement, que de surprises et quelle fatigue extrême!... Il faut que le mouvement d l'humilité nous soit devenu si naturel que l'était celui de l'orgueil... Adressons nos prières à la Reine et au Maître des humbles.
II. L'humilité, lumière qui dissipe les illusions.
1/ C'est une réflexion commune, mais profondément vraie, que l'orgueil aveugle; et les maîtres de la vie spirituelle ont si bien compris le rôle de l'humilité, qu'ils font de cette vertu le criterium le plus sûr pour le discernement des esprits. telle vertu est-elle vraie ou fausse? Telle oraison extraordinaire vient-elle de Dieu? Telle vision est-elle réalité ou illusion?Le jugement dépendra de la conviction préalable sur l'humilité de la personne ainsi favorisée.
Cette règle doit également s'appliquer à la vertu la plus ordinaire.
Rappelons-nous les aveuglements d'orgueil si souvent surpris chez les autres... Craignons notre appréciation sur nous-mêmes, si elle ne nous fait pas bien petits nous sommes et bien faibles et bien misérables...
Dieu ne juge pas comme les hommes. Ceux qui nous prennent peut-être pour des saints, ne savent pas quelles ont été nos ingratitudes et nos fautes, quelles sont encore nos déplorables misères... Ah! pour nous mettre et nous tenir à notre vraie place, que notre humilité a besoin d'être lumineuse, pénétrer notre intelligence, de lui montrer sans cesse notre néant, notre impuissance, nos tort; en un mot, qu'elle a besoin d'être une vraie vertu!
2/ Il est si facile, en effet, de prendre le change, de s'égarer, et d'aboutir à la tiédeur: on se compose des devoirs selon ses idées propres, puis une vie selon ses goûts; on fait saint ce que l'on aime; on s'aventure dans des dangers que le devoir n'impose pas; on excuse ses fautes et on les continue; on ne sent pas le besoin de la prière; on vit pour soi et sans remords: la tiédeur règne et démoralise...
Ah! si l'humilité avait été active, toutes ces décadences auraient été signalées et arrêtées, car elle donne l'instinct du bien et le sens du vrai. _ Ah! du moins, si à cette heure, nous étions saisis d'une profonde impression de défiance envers nous-mêmes, la lumière qui se répandrait en nous serait si vive, que nous nous trouverions placé entre la résolution de nous vaincre, ou la certitude de résister à la grâce;
3/Rien ne fausse la conscience comme l'influence de l'orgueil écouté; rien ne la maintient droite et décidée comme le sentiment de l'humilité. Sous sa dépendance, l'âme, se défiant d'elle-même, suit les méthodes sûres, consulte volontiers, craint les occasions dangereuses, prie sans cesse, emploie tous les secours._ Elle peut avoir de grandes vertus: elle ne les regarde pas._Elle peut être affermie dans la pratique du bien: elle se sent toute fragile au fond... Ah! que ces vertus ont rencontré une parfaite gardienne!
Sans elle, au contraire, que de chutes, et quelles chutes! Les racines de l'arbre s'étaient corrompues, les fondements de l'édifice s'étaient effondrés. Survint la tempête des passions, ou l'effort violent de circonstances difficiles, et l'arbre fut arraché de la terre de l'Eglise et le bel édifice la couvrit de ses ruines... Et l'arbre n'a pas été replanté, et les ruines ne se sont pas relevées, tandis que, de tout côté, tels pécheurs, qui se sont vautrés dans la fange, ont trouvé malgré leurs fautes, et dans ces fautes mêmes, l'humilité qui sauve.
"Proesumentes de se et de bona sua virtute glorantes, humilias: à celui qui présume de ses forces et qui s'enorgueillit de sa vertu, Seigneur, vous préparez l'humiliation."
Résolution: Vif sentiement de crainte de moi-même; le porter constamment comme une plaie sensible.
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SEPTIEME MEDITATION
VII Exercice: Châtiment de l'orgueil
Premier point: La stérilité personnelle.
Deuxième point: L'abandon et l'aversion de Dieu.
Troisième point: La déchéance et la dégradation.
Préparation pour la veille:
1/ L'orgueil tend à priver Dieu de sa gloire, que dis-je, de son rôle même. Il se met à sa place sinon intentionnellement, ce qui est assez détestable déjà. Comprendrait-on que Dieu le souffrît!
Quels seraient , parmi nous, les sentiments d'un maître à l'égard d'un domestique, qui n'en ferait qu'à sa tête et se croit=rait tous les droits?
Comment le traiterait-il? Non seulement il le punirait,par là où il a péché, en le faisant paraître vil et misérable dans ses prétentions.
2/ Toute loi a pour but de maintenir l'ordre; or l'humilité est la loi de notre condition présente. Si elle est violée, le désordre s'introduit fatalement en nous, autour de nous, et dans nos rapports avec Dieu; de là des erreurs, ds périls, des insuccès, la ruine de la vertu peut-être et jusqu'à l'impénitence finale.
3/ Il est rare que le châtiment se précipite sur le coupable, il s'avance d'un pas lent mais sûr. Des années se passent sans que rien ne se fasse pressentir, et, pendant ce temps, l'orgueilleux prend une telle habitude de son faux rôle, qu'il le poursuit avec une sorte d'inconscience.
J'envisagerai demain cet objet d'une juste terreur. Que ces craintes ravivées me déterminent à des résolutions viriles! Pour être rassurés, rappelons-nous qu'il ne suffit pas de ne se point voir orgueilleux, mais qu'il faut se sentir humble (c'est-à-dire sans valeur et sans consistance par soi-même).
VII Exercice: Châtiment de l'orgueil
Premier point: La stérilité personnelle.
Deuxième point: L'abandon et l'aversion de Dieu.
Troisième point: La déchéance et la dégradation.
Préparation pour la veille:
1/ L'orgueil tend à priver Dieu de sa gloire, que dis-je, de son rôle même. Il se met à sa place sinon intentionnellement, ce qui est assez détestable déjà. Comprendrait-on que Dieu le souffrît!
Quels seraient , parmi nous, les sentiments d'un maître à l'égard d'un domestique, qui n'en ferait qu'à sa tête et se croit=rait tous les droits?
Comment le traiterait-il? Non seulement il le punirait,par là où il a péché, en le faisant paraître vil et misérable dans ses prétentions.
2/ Toute loi a pour but de maintenir l'ordre; or l'humilité est la loi de notre condition présente. Si elle est violée, le désordre s'introduit fatalement en nous, autour de nous, et dans nos rapports avec Dieu; de là des erreurs, ds périls, des insuccès, la ruine de la vertu peut-être et jusqu'à l'impénitence finale.
3/ Il est rare que le châtiment se précipite sur le coupable, il s'avance d'un pas lent mais sûr. Des années se passent sans que rien ne se fasse pressentir, et, pendant ce temps, l'orgueilleux prend une telle habitude de son faux rôle, qu'il le poursuit avec une sorte d'inconscience.
J'envisagerai demain cet objet d'une juste terreur. Que ces craintes ravivées me déterminent à des résolutions viriles! Pour être rassurés, rappelons-nous qu'il ne suffit pas de ne se point voir orgueilleux, mais qu'il faut se sentir humble (c'est-à-dire sans valeur et sans consistance par soi-même).
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
MEDITATION
Prélude: Demander la grâce de bien me persuader que la question d l'humilité et de l'orgueil est une question de vie ou de mort.
I. La stérilité personnelle._L'orgueil possède la propriété fatale, de stériliser en nous tout ce qu'il touche. L'action la plus belle, s'il l'inspire, reste vide pour le ciel, comme une fleur inféconde; et toute la partie du bien qu'il atteint de son souffle se flétrit aussitôt.
Ainsi, la vie la plus active dominée par ce vice, ressemble à ce tonneau des Danaïdes que rien ne remplit.
Notre-Seigneur, parlant des pharisiens, qui jeûnent et prient pour en tirer honneur, s'écrie:" En vérité, en vérité, ils ont reçu leur récompense." Pourquoi Dieu récompenserait-il ce qui n'est pas point fait pour lui?
Il le voudrait, d'ailleurs, qu'il ne la pourrait pas. Tout acte privé d'une intention surnaturelle, au moins virtuelle, ne saurait obtenir le concours de Dieu dans cet ordre. La vitalité lui manque. La grâce n'y étant point entrée, la gloire ne saurait s'y épanouir. Le Saint-Esprit ne l'ayant point vivifié, le Ciel ne saurait le consacrer. (Pour qu'une action soit méritoire il faut qu'elle réunisse trois conditions:1°action bonne en elle-même;2°état de grâce;3°intention surnaturelle (intention virtuelle veut dire intention précédente qui se fait encore sentir, sans être explicite)).
Représentons-nous la déception de l'orgueilleux à l'instant qui suit la mort: il se voit les mains vides, il entend retentir cette sentence:" Je ne vous connais pas"; et il s'étonne!"Est-ce qu'il n'a point prophétisé?" Est-ce qu'il n'a pas subi mille fatigues? est-ce qu'il ne s'est pas livré jusqu'à la fin des =aux exercices de la piété et du zèle?...
Oui, il a fait tout cela; il a même réussi dans certaines oeuvres.Mais quel a été le principal mobile de tout ce mouvement? l'applaudissement, la considération. Il les a, hélas! obtenus; et c'est tout. La récompense est digne de sa vanité:" "Receperunt mercedem vani vanam. Leur vertu était vaine; vaine fut leur récompense."(Saint Augustin)
Heureux encore si le ciel lui reste ouvert! Il le doit à la seule miséricorde; et cette miséricorde a été touchée peut-être par quelques petits actes de vertu, par quelque petite pratique pieuse dont il ne faisait pas grand cas; peut-être par la prière de quelque âme bien humble!... Mais que de trésors et de grâces perdus et pour toujours!
Prélude: Demander la grâce de bien me persuader que la question d l'humilité et de l'orgueil est une question de vie ou de mort.
I. La stérilité personnelle._L'orgueil possède la propriété fatale, de stériliser en nous tout ce qu'il touche. L'action la plus belle, s'il l'inspire, reste vide pour le ciel, comme une fleur inféconde; et toute la partie du bien qu'il atteint de son souffle se flétrit aussitôt.
Ainsi, la vie la plus active dominée par ce vice, ressemble à ce tonneau des Danaïdes que rien ne remplit.
Notre-Seigneur, parlant des pharisiens, qui jeûnent et prient pour en tirer honneur, s'écrie:" En vérité, en vérité, ils ont reçu leur récompense." Pourquoi Dieu récompenserait-il ce qui n'est pas point fait pour lui?
Il le voudrait, d'ailleurs, qu'il ne la pourrait pas. Tout acte privé d'une intention surnaturelle, au moins virtuelle, ne saurait obtenir le concours de Dieu dans cet ordre. La vitalité lui manque. La grâce n'y étant point entrée, la gloire ne saurait s'y épanouir. Le Saint-Esprit ne l'ayant point vivifié, le Ciel ne saurait le consacrer. (Pour qu'une action soit méritoire il faut qu'elle réunisse trois conditions:1°action bonne en elle-même;2°état de grâce;3°intention surnaturelle (intention virtuelle veut dire intention précédente qui se fait encore sentir, sans être explicite)).
Représentons-nous la déception de l'orgueilleux à l'instant qui suit la mort: il se voit les mains vides, il entend retentir cette sentence:" Je ne vous connais pas"; et il s'étonne!"Est-ce qu'il n'a point prophétisé?" Est-ce qu'il n'a pas subi mille fatigues? est-ce qu'il ne s'est pas livré jusqu'à la fin des =aux exercices de la piété et du zèle?...
Oui, il a fait tout cela; il a même réussi dans certaines oeuvres.Mais quel a été le principal mobile de tout ce mouvement? l'applaudissement, la considération. Il les a, hélas! obtenus; et c'est tout. La récompense est digne de sa vanité:" "Receperunt mercedem vani vanam. Leur vertu était vaine; vaine fut leur récompense."(Saint Augustin)
Heureux encore si le ciel lui reste ouvert! Il le doit à la seule miséricorde; et cette miséricorde a été touchée peut-être par quelques petits actes de vertu, par quelque petite pratique pieuse dont il ne faisait pas grand cas; peut-être par la prière de quelque âme bien humble!... Mais que de trésors et de grâces perdus et pour toujours!
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
II.L'abandon et l'aversion de Dieu.
1/Pour le châtier, Dieu n'a pas besoin de s'armer du glaive contre l'orgueilleux; il suffit qu'il le livre à lui-même. Rien de plus juste, puisqu'il est présomptueux. Rien de plus fatal, puisqu'il est faible.
Aveuglé par ses illusions, précipité par ses entraînements, il va de lui-même aux abîmes.
Le sentiment du danger lui échappe, il a un bandeau sur les yeux, il ne sent pas le besoin de demander lumière et secours.
Or, entre le Dieu tout-puissant et l'homme essentiellement défaillant, règne comme un contrat tacite: soyez humble et priez._ Soyez à votre place; je serais à la mienne et je vous soutiendrai.
La sanction de ce contrat violé, c'est le délaissement; et cette sanction ne reste pas indéfiniment à l'état de menace.
2/ Si l'abandon de Dieu est terrible, que dire de son aversion? elle va jusqu'à la haine: "Tres species odivi...pauperem superbum: Trois choses provoquent ma haine... le pauvre orgueilleux"_"Abominatio Domini omnis arrogans: Le seigneur a en horreur tout homme arrogant."
Cette haine poursuit l'orgueilleux, et rien ne peut le soustraire à ses fureurs vengeresses. "Superbia cordis tui exaltavit te: et si exaltatus fueris ut aquila, et si inter sidera posueris nidum tuum,inde detraham te, dicit Dominus. Ton coeur a pris essor d'orgueil; mais c'est en vain que tu te seras élevé haut comme l'aigle; c'est en vain que tu auras établi ton nid haut comme les astres; je saurais t'arracher de là, dit le Seigneur."
Méditons ces paroles pleines d'épouvante,révélation inattendue de la haine que porte à ce vice un Coeur connu par sa miséricorde!
_Haute position, même dans l'Eglise; services éminents rendus, même à la Religion;vertus admirables et trop admirées sans doute... toutes ces grandes choses peuvent devenir la matière de l'orgueil, sans être une défense auprès de Dieu: "Je t'arracherai même de là, inde detraham te; et il l'a fait pour de grands potentats: Deposuit potentes de sede."
1/Pour le châtier, Dieu n'a pas besoin de s'armer du glaive contre l'orgueilleux; il suffit qu'il le livre à lui-même. Rien de plus juste, puisqu'il est présomptueux. Rien de plus fatal, puisqu'il est faible.
Aveuglé par ses illusions, précipité par ses entraînements, il va de lui-même aux abîmes.
Le sentiment du danger lui échappe, il a un bandeau sur les yeux, il ne sent pas le besoin de demander lumière et secours.
Or, entre le Dieu tout-puissant et l'homme essentiellement défaillant, règne comme un contrat tacite: soyez humble et priez._ Soyez à votre place; je serais à la mienne et je vous soutiendrai.
La sanction de ce contrat violé, c'est le délaissement; et cette sanction ne reste pas indéfiniment à l'état de menace.
2/ Si l'abandon de Dieu est terrible, que dire de son aversion? elle va jusqu'à la haine: "Tres species odivi...pauperem superbum: Trois choses provoquent ma haine... le pauvre orgueilleux"_"Abominatio Domini omnis arrogans: Le seigneur a en horreur tout homme arrogant."
Cette haine poursuit l'orgueilleux, et rien ne peut le soustraire à ses fureurs vengeresses. "Superbia cordis tui exaltavit te: et si exaltatus fueris ut aquila, et si inter sidera posueris nidum tuum,inde detraham te, dicit Dominus. Ton coeur a pris essor d'orgueil; mais c'est en vain que tu te seras élevé haut comme l'aigle; c'est en vain que tu auras établi ton nid haut comme les astres; je saurais t'arracher de là, dit le Seigneur."
Méditons ces paroles pleines d'épouvante,révélation inattendue de la haine que porte à ce vice un Coeur connu par sa miséricorde!
_Haute position, même dans l'Eglise; services éminents rendus, même à la Religion;vertus admirables et trop admirées sans doute... toutes ces grandes choses peuvent devenir la matière de l'orgueil, sans être une défense auprès de Dieu: "Je t'arracherai même de là, inde detraham te; et il l'a fait pour de grands potentats: Deposuit potentes de sede."
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
III.Déchéance et dégradation._ Voyons comment se traduit l'aversion de Dieu et où aboutit son abandon.
Saint Paul, parlant des philosophes perdus par leur orgueil, nous dit:" Tradidit illos in desideria cordis eorum, i, immunditiam. Dieu les abandonna aux pires instincts de leur coeur, et ils devinrent immondes, ut contumeliis afficiant corpora sua, et l'ignominie alla si loin qu'elle stigmatise leurs corps eux-mêmes."
Les voilà déchus, dégradés, mis au rang de la brute, "animalis homo".
Emus de ce spectacle, songeons que l'orgueil est le principe de cet avilissement, et qu'il le contient en puissance:" Initium omnis peccati superbia." Il est la source des vices: paroles révélées, parole d'expérience. Or , ce qui sort de cette source corrompue est si répugnant que notre langue se refuse à traduire ici l'image employée à l'Ecriture:" Sicut erutant praecordia foetantium... sic et cor superborum."
Nous étonnerons-nous, après cela, d'entendre affirmer que l'orgueil est un des signes les plus manifestes de la réprobation?
L'orgueilleux, une foi plongé dans le mal, y trouve son tombeau.
Pour en sortir, il faudrait se reconnaître coupable:; il faudrait appeler la grâce; il faudrait s'humilier... toutes ce choses dont ce malheureux est incapable.
Réflexion.
1/ Parmi les châtiments que nous venons de méditer, il n'en est pas un seul que nous ne soyons exposés à nous attirer tôt ou tard... craignons les progrès insidieux de l'orgueil; craignons aussi la colère d'un Dieu jaloux de sa gloire, que ce vice lui dérobe.
Tremblons, en considérant la nature si différente du bien du mal. Au bien, il faut que rien ne manque; toute lacune, au contraire laisse passer le mal.Ainsi, telle bonne action conçue dans des vues d'amour-propre sera viciée même avant de naître. Saintement commencée, elle sera altérée tout à coup par un motif d'orgueil, qui s'en empare._ Enfin, parfaitement accomplie, elle peut déposer en nous, par la vaine complaisance, un germe de corruption.
2/A ce tableau lamentable, faisons succéder un tableau consolant: c'est celui que représente le règne de l'humilité.
Au lieu de la stérilité jusque dans les plus grandes actions, c'est le mérite jusque dans les plus petites.
Au lieu de l'aversion, c'est la tendresse: Dieu devient une mère.
Au lieu de la déchéance, c'est l'élévation:"De stercore erigens pauperem. Et exaltavit humiles."
Enfin, au lieu de la réprobation présagée, c'est la prédestination assurée:" Humiles salvabit Dominus." Et il n'en saurait être autrement:" l'humble prie et Dieu l'écoute. Respicit in orationem humilium."_ Il peut tout en celui qui le fortifie; il vit, et c'est Dieu qu'il laisse vivre en lui._ Il s'en va donc au milieu de l'ombre et du silence, toutes les fois qu'il le peut; à l'ombre du Seigneur, quand il faut se montrer; oublieux du bien qu'il fait; doux envers tout le monde; filial envers Dieu.
Qui se sentirait le besoin et le désir de se faire humble!
Résolution: Je veux me faire humble, coûte que coûte.
Saint Paul, parlant des philosophes perdus par leur orgueil, nous dit:" Tradidit illos in desideria cordis eorum, i, immunditiam. Dieu les abandonna aux pires instincts de leur coeur, et ils devinrent immondes, ut contumeliis afficiant corpora sua, et l'ignominie alla si loin qu'elle stigmatise leurs corps eux-mêmes."
Les voilà déchus, dégradés, mis au rang de la brute, "animalis homo".
Emus de ce spectacle, songeons que l'orgueil est le principe de cet avilissement, et qu'il le contient en puissance:" Initium omnis peccati superbia." Il est la source des vices: paroles révélées, parole d'expérience. Or , ce qui sort de cette source corrompue est si répugnant que notre langue se refuse à traduire ici l'image employée à l'Ecriture:" Sicut erutant praecordia foetantium... sic et cor superborum."
Nous étonnerons-nous, après cela, d'entendre affirmer que l'orgueil est un des signes les plus manifestes de la réprobation?
L'orgueilleux, une foi plongé dans le mal, y trouve son tombeau.
Pour en sortir, il faudrait se reconnaître coupable:; il faudrait appeler la grâce; il faudrait s'humilier... toutes ce choses dont ce malheureux est incapable.
Réflexion.
1/ Parmi les châtiments que nous venons de méditer, il n'en est pas un seul que nous ne soyons exposés à nous attirer tôt ou tard... craignons les progrès insidieux de l'orgueil; craignons aussi la colère d'un Dieu jaloux de sa gloire, que ce vice lui dérobe.
Tremblons, en considérant la nature si différente du bien du mal. Au bien, il faut que rien ne manque; toute lacune, au contraire laisse passer le mal.Ainsi, telle bonne action conçue dans des vues d'amour-propre sera viciée même avant de naître. Saintement commencée, elle sera altérée tout à coup par un motif d'orgueil, qui s'en empare._ Enfin, parfaitement accomplie, elle peut déposer en nous, par la vaine complaisance, un germe de corruption.
2/A ce tableau lamentable, faisons succéder un tableau consolant: c'est celui que représente le règne de l'humilité.
Au lieu de la stérilité jusque dans les plus grandes actions, c'est le mérite jusque dans les plus petites.
Au lieu de l'aversion, c'est la tendresse: Dieu devient une mère.
Au lieu de la déchéance, c'est l'élévation:"De stercore erigens pauperem. Et exaltavit humiles."
Enfin, au lieu de la réprobation présagée, c'est la prédestination assurée:" Humiles salvabit Dominus." Et il n'en saurait être autrement:" l'humble prie et Dieu l'écoute. Respicit in orationem humilium."_ Il peut tout en celui qui le fortifie; il vit, et c'est Dieu qu'il laisse vivre en lui._ Il s'en va donc au milieu de l'ombre et du silence, toutes les fois qu'il le peut; à l'ombre du Seigneur, quand il faut se montrer; oublieux du bien qu'il fait; doux envers tout le monde; filial envers Dieu.
Qui se sentirait le besoin et le désir de se faire humble!
Résolution: Je veux me faire humble, coûte que coûte.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Cette citation est-elle tirée de l'Écriture (comme semble l'indiquer la présence de la version latine) ?Alexandre a écrit : mer. 12 mai 2021 16:27 "Tres species odivi...pauperem superbum: Trois choses provoquent ma haine... le pauvre orgueilleux"
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Monsieur, le Chanoine ne donne, hélas aucune référence précisant les passages de l'Ecriture dans son ouvrage. Ce, ni à la fin du livre, ni en bas des pages. Il faut donc rechercher le verset cité soi-même. Maintenant, grâce aux algorythmes que fournit @, je vous livre la référence trouvée par mes soins:
Ecclesiasticus 23:3-5, Vulgate
"Tres species odivit anima mea, et aggravor valde animae illorum;
pauperem superbum, divitem mendacem, senem fatuum et insensatum.
Quae in juventutae tua et congregasti, quomodo in senectute tua invenies."
A votre service.
Ecclesiasticus 23:3-5, Vulgate
"Tres species odivit anima mea, et aggravor valde animae illorum;
pauperem superbum, divitem mendacem, senem fatuum et insensatum.
Quae in juventutae tua et congregasti, quomodo in senectute tua invenies."
A votre service.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Un grand merci pour votre réponse, cher Alexandre !
En fait, il semblerait qu'il s'agisse plutôt d'Ecclésiastique 25 (et pas 23) : ce qui donne dans la bible Vigouroux,Alexandre a écrit : jeu. 13 mai 2021 13:37 je vous livre la référence trouvée par mes soins:
Ecclesiasticus 23:3-5, Vulgate
Sira. 25:1-5 a écrit : 1 Trois choses plaisent à mon esprit, et sont approuvées de Dieu et des hommes : 2 l’union des frères, l’amour (mutuel) des proches, un mari et une femme qui s’accordent bien ensemble. 3 Il y a trois sortes de personnes que mon âme hait, et dont la vie (leur âme) m’est insupportable : 4 un pauvre superbe, un riche menteur, et un vieillard fou (hébété) et insensé. 5 Ce que tu n’auras pas amassé dans ta jeunesse, comment le trouveras-tu dans ta vieillesse ?
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
Oui, pardon, c'est juste c'est bien le chapitre 25, j'ai dû faire une faute de frappe qui m'a échappé. Je tâcherai d'être plus vigilent la prochaine fois, et merci de la correction, Cher Chartreux.
Re: formation à l'humilité du chanoine Beaudenom
PREPARATION A LA DEUXIEME SEMAINE
Voici le besoin d'être humble suffisamment constaté: l'orgueil nous presse lors même qu'l se sent dominé. C'est un ennemi de la vie entière.
Ce vice dans les fondements de la vertu, la fausse et la maintient précaire; il altère profondément les principes de la vie spirituelle, il rend les actes sans mérite; il attire le châtiment et prépare la ruine.
Il faut donc se faire humble.
Cette nécessité, si bien établi qu'elle soit, ne manifeste pourtant pas la raison d'être de l'humilité (ses motifs sont intrinsèques); mais elle prouve déjà que cette raison d'être existe.
En effet, tout désordre accuse un mal, Dieu ayant mis le bien, comme la santé, dans l'équilibre.
L'humilité ne résulterait-elle donc pas de la nature même des choses et alors; être humble ne serait-ce pas être vrai?
C'est ce que nous allons reconnaître dans les méditations qui suivent:
1/ Les quatre premières établissent la condition de tout homme entant qu'être créé, en tant qu'être déchu, en tant qu'être transformé par la grâce.
En cela rien de personnel, et l'humilité qui en résulte, doit-être celle de chacun, du plus parfait comme du plus misérable.
C'est l'humilité devant Dieu; humilité facile , ce semble puisqu'elle n'exige qu'un acte de bon sens; humilité pourtant très puissante, car c'est elle qui fait les saints.
Pourquoi n'en fait-elle pas un plus grand nombre? Faut-il s'en prendre à la faiblesse humaine? Elle y a déjà sa grande part:" je vois le mieux et je poursuis le pire"; mais il est juste aussi d'en accuser le manque de conviction. Ces vérités traditionnelles ne retiennent pas l'attention, elles sont si connues! Et puis, même envisagées plus sérieusement, elles n'atteignent pas cette région de nous-mêmes qui ressent les fortes impressions, car les vérités abstraites ont peu de prise sur la plupart des hommes.
Les méditations précédentes, au contraire, pouvaient nous saisir, car elles relèvent de l'observation: nos tendances sont des faits moraux, presque aussi tangibles que des faits matériels; or, les faits ont le privilège de nous fixer et de nous convaincre.
Privés de cette ressource, en face des vérités nouvelles que nous allons méditer, nous devons nous bien nous prémunir contre la funeste habitude de regarder comme moins certain ce qui n'est point sensible, et de laisser quelque doute flotter vaguement sur des révélations qui étonnent. Nous ressemblons toujours à ces ignorants qui haussent les épaules quand un savant leur expose tout ce que renferme, par exemple, une goutte d'eau. Ils ne savent pas qu'au fond des choses se cache un monde inconnu.
2/ A ces quatre méditations abstraites, et en quelque sorte impersonnelles, succède la considération de nos fautes. Là, par exemple, c'est bien de nous qu'il s'agit et non de tous les autres. Là, point de vérités métaphysiques, c'est notre oeuvre qui s'étale à nos yeux, l'oeuvre de toute notre vie; et elle englobe tous nos actes, toutes nos pensées et jusqu'à nos coupables omissions. Vaste champ qui recèle assurément des parties obscurs, dans le lointain du passé, et sous les ombres de l'illusion; mais qui peut néanmoins s'éclairer vivement à la lumière d'un examen sérieux.
Cette méditation doit être le fondement de notre humilité, de notre humilité à nous; de cette humilité qui baisse le front,non plus seulement devant Dieu, mais déjà devant les hommes; humilité qui brise le sentiment exagéré de l'estime personnelle et qui interdit la recherche d'une estime particulière que l'on sait ne point mériter.
3/ Estimer un objet, c'est reconnaître sa valeur; mais sa valeur ne peut être évaluée qu'à l'aide d'une mesure, qui est ici la comparaison avec d'autres.
A qui me comparerai-je?
A ce qui est bas et misérable? Non, car cela est sans valeur et ne mérite pas l'estime.
Je dois donc me comparer à ce qui est grand et à ce qui est beau; or, en face des Saints et en face de Dieu, me voilà bien en face de la vraie mesure du grand et du beau, de ce qui détermine l'estime. Cette méditation est destinée à compléter l'effet des raisonnements abstraits, par la force d'une impression sensible.
4/De ce qui plusieurs motifs d'humilité s'appliquent indistinctement à chacun de nous et ne nous abaisse que devant Dieu, faut-il en conclure qu'ils ne sauraient exercer une influence véritable sur nos rapports avec les autres hommes, par conséquent qu'ils ne nous forment pas à l'humilité pratique?
Nullement. En effet, l'humilité qui a deux objets: Dieu et les hommes, n'a pourtant qu'une même essence : l'inclination à un juste abaissement; or, en développant cette inclination à l'égard de Dieu, ces méditations la développe en elle-même.
Désormais plus forte, plus habituée à s'abaisser, cette disposition nous portera, suivant les occasions, et dans une sage mesure, à modérer nos prétentions; et nous aidera, s'il le faut, à les briser.
On sait que toute culture intellectuelle accroit la puissance générale à s'instruire, et que les affections de famille disposent le coeur à mieux sentir Dieu. Il en est de même de l'humilité, quel que soit l'objet de son exercice.
Pénétrez-vous donc de ces vérités, qui, pour ne vous être point strictement personnelles, courberont néanmoins votre front si bas, qu'il n'osera se relever imprudemment devant personne.
A suivre: 2° semaine, 1ère méditation:" le néant de la créature".
Voici le besoin d'être humble suffisamment constaté: l'orgueil nous presse lors même qu'l se sent dominé. C'est un ennemi de la vie entière.
Ce vice dans les fondements de la vertu, la fausse et la maintient précaire; il altère profondément les principes de la vie spirituelle, il rend les actes sans mérite; il attire le châtiment et prépare la ruine.
Il faut donc se faire humble.
Cette nécessité, si bien établi qu'elle soit, ne manifeste pourtant pas la raison d'être de l'humilité (ses motifs sont intrinsèques); mais elle prouve déjà que cette raison d'être existe.
En effet, tout désordre accuse un mal, Dieu ayant mis le bien, comme la santé, dans l'équilibre.
L'humilité ne résulterait-elle donc pas de la nature même des choses et alors; être humble ne serait-ce pas être vrai?
C'est ce que nous allons reconnaître dans les méditations qui suivent:
1/ Les quatre premières établissent la condition de tout homme entant qu'être créé, en tant qu'être déchu, en tant qu'être transformé par la grâce.
En cela rien de personnel, et l'humilité qui en résulte, doit-être celle de chacun, du plus parfait comme du plus misérable.
C'est l'humilité devant Dieu; humilité facile , ce semble puisqu'elle n'exige qu'un acte de bon sens; humilité pourtant très puissante, car c'est elle qui fait les saints.
Pourquoi n'en fait-elle pas un plus grand nombre? Faut-il s'en prendre à la faiblesse humaine? Elle y a déjà sa grande part:" je vois le mieux et je poursuis le pire"; mais il est juste aussi d'en accuser le manque de conviction. Ces vérités traditionnelles ne retiennent pas l'attention, elles sont si connues! Et puis, même envisagées plus sérieusement, elles n'atteignent pas cette région de nous-mêmes qui ressent les fortes impressions, car les vérités abstraites ont peu de prise sur la plupart des hommes.
Les méditations précédentes, au contraire, pouvaient nous saisir, car elles relèvent de l'observation: nos tendances sont des faits moraux, presque aussi tangibles que des faits matériels; or, les faits ont le privilège de nous fixer et de nous convaincre.
Privés de cette ressource, en face des vérités nouvelles que nous allons méditer, nous devons nous bien nous prémunir contre la funeste habitude de regarder comme moins certain ce qui n'est point sensible, et de laisser quelque doute flotter vaguement sur des révélations qui étonnent. Nous ressemblons toujours à ces ignorants qui haussent les épaules quand un savant leur expose tout ce que renferme, par exemple, une goutte d'eau. Ils ne savent pas qu'au fond des choses se cache un monde inconnu.
2/ A ces quatre méditations abstraites, et en quelque sorte impersonnelles, succède la considération de nos fautes. Là, par exemple, c'est bien de nous qu'il s'agit et non de tous les autres. Là, point de vérités métaphysiques, c'est notre oeuvre qui s'étale à nos yeux, l'oeuvre de toute notre vie; et elle englobe tous nos actes, toutes nos pensées et jusqu'à nos coupables omissions. Vaste champ qui recèle assurément des parties obscurs, dans le lointain du passé, et sous les ombres de l'illusion; mais qui peut néanmoins s'éclairer vivement à la lumière d'un examen sérieux.
Cette méditation doit être le fondement de notre humilité, de notre humilité à nous; de cette humilité qui baisse le front,non plus seulement devant Dieu, mais déjà devant les hommes; humilité qui brise le sentiment exagéré de l'estime personnelle et qui interdit la recherche d'une estime particulière que l'on sait ne point mériter.
3/ Estimer un objet, c'est reconnaître sa valeur; mais sa valeur ne peut être évaluée qu'à l'aide d'une mesure, qui est ici la comparaison avec d'autres.
A qui me comparerai-je?
A ce qui est bas et misérable? Non, car cela est sans valeur et ne mérite pas l'estime.
Je dois donc me comparer à ce qui est grand et à ce qui est beau; or, en face des Saints et en face de Dieu, me voilà bien en face de la vraie mesure du grand et du beau, de ce qui détermine l'estime. Cette méditation est destinée à compléter l'effet des raisonnements abstraits, par la force d'une impression sensible.
4/De ce qui plusieurs motifs d'humilité s'appliquent indistinctement à chacun de nous et ne nous abaisse que devant Dieu, faut-il en conclure qu'ils ne sauraient exercer une influence véritable sur nos rapports avec les autres hommes, par conséquent qu'ils ne nous forment pas à l'humilité pratique?
Nullement. En effet, l'humilité qui a deux objets: Dieu et les hommes, n'a pourtant qu'une même essence : l'inclination à un juste abaissement; or, en développant cette inclination à l'égard de Dieu, ces méditations la développe en elle-même.
Désormais plus forte, plus habituée à s'abaisser, cette disposition nous portera, suivant les occasions, et dans une sage mesure, à modérer nos prétentions; et nous aidera, s'il le faut, à les briser.
On sait que toute culture intellectuelle accroit la puissance générale à s'instruire, et que les affections de famille disposent le coeur à mieux sentir Dieu. Il en est de même de l'humilité, quel que soit l'objet de son exercice.
Pénétrez-vous donc de ces vérités, qui, pour ne vous être point strictement personnelles, courberont néanmoins votre front si bas, qu'il n'osera se relever imprudemment devant personne.
A suivre: 2° semaine, 1ère méditation:" le néant de la créature".
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