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Si vis pacem
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Acta Apostolicae Sedis. Année 1923, tome XV, pp. 616-619 a écrit :
   Quin D. Brassac haec praecepta sancte servet, potius vim argumentorum quae favent doctrinae communiter receptae enervat, dum e contrario fortiter difficultatibus ab adversariis allatis insistit ; saepe documenta magisterii ecclesiastici negligit vel eorum sensum ad propria placita pervertit ; indolem praeternaturalem vel miraculosam plurium factorum ab hagiographis narratorum vel silentio premit vel ad minimum reducit ; vaticiniis messianicis non raro omnem fere vim probandi adimit ; in multis a recto tramite doctrinae theologicae deflectit ; plus aequo tribuit auctoribus heterodoxis vel scriptoribus catholicis theoriis liberioribus imbutis, dum Leo XIII declarat, nimium dedecere « ut quis, egregiis operibus, quae nostri abunde reliquerunt, ignoratis aut despectis, heterodoxorum libros praeoptet, ab eisque cum praesenti sanae doctrinae periculo et non raro cum detrimento fidei, explicationem locorum quaerat, in quibus catholici ingenia et labores suos iamdudum, optimeque collocarint », nec incorruptum Sacrarum Litterarum sensum ab eis tradi posse, qui, « verae fidei expertes, Scripturae non medullam attingunt, sed corticem rodunt. » Tandem quasi nihil habet quod pietatem fovere possit, ac ita spiritum, quo antiquum D.Vigouroux opus praestabat, penitus immutavit.

   Quae Omnia eo graviora sunt quod agitur de « Manuali » quod in manibus versatur tot alumnorum sanctuarii, quorum institutioni Ecclesia materna cum sollicitudine invigilare debet. Ipsa enim vehementer cupit ut ii, qui in spem altaris succrescunt, reverentiam ac amorem altissimum erga Sacram Scripturam concipiant, ita ut, sacerdotio aucti et vineam Domini ingressi, experimento noscant quam sit « utilis omnis Scriptura divinitus inspirata ad docendum, ad arguendum, ad corripiendum, ad erudiendum in iustitia, ut perfectus sit homo Dei, ad omne opus bonum instructus » (II ad Tim., III. 16, 17).

   Quare Emi ac Revmi DD. Cardinales una mecum Inquisitores Generales latum die 12 huius mensis praefati operis damnationis decretum edere sui muneris esse duxerunt, ac simul cetera nondum evulgata decimaequintae editionis volumina operis « Manuel biblique » imprimi omnino prohibuerunt.

   Haec autem omnia SSmus Dominus Noster Pius PP. XI, suprema Sua auctoritate probata ac confirmata, tecum communicanda mandavit.

Et fausta cuncta atque felicia tibi adprecor.

Romae, 22 decembris 1923

                                                                               R. Card. Merry Del Val.

La Documentation catholique, 1924, Tome XI, col. 323-327 a écrit :

Autres tendances défectueuses.

   Loin d’observer religieusement ces décisions, M. Brassac énerve plutôt la force des arguments favorables à la doctrine communément reçue ; au contraire, il insiste avec force sur les difficultés soulevées par les adversaires ; souvent, il laisse de côté les documents du magistère ecclésiastique, ou il en détourne la signification dans le sens qui lui plaît personnellement ; quant au caractère préternaturel ou miraculeux d’un grand nombre de faits rapportés par les écrivains sacrés, il le passe complètement sous silence ou le réduit au minimum ; à plusieurs reprises, il dépouille à peu près totalement les prophéties messianiques de leur force probante ; sur de nombreux points il s’écarte du droit chemin de la doctrine théologique ; il donne plus de place qu’il ne convient aux auteurs hétérodoxes ou écrivains catholiques se rattachant à l’école large. Or, c’est une bien triste honte, déclare Léon XIII, « que quelqu’un, ignorant ou méprisant les nombreux ouvrages remarquables des auteurs catholiques, choisisse de préférence les livres des hétérodoxes et, au détriment de la foi, exposant la saine doctrine à un grave péril, aille y chercher l’explication de passages à l’interprétation desquels des catholiques ont depuis longtemps et avec grand succès consacré leurs lumières et leurs efforts » ; il n’est pas possible, ajoute-t-il, que le sens des Saintes Lettres soit exposé dans toute sa pureté par les auteurs qui, « étrangers à la Vraie foi, n’atteignent pas la moelle de l’Écriture, mais se bornent à en ronger l’écorce ». Enfin, M. Brassac ne donne à peu près rien qui soit de nature à nourrir la piété, et ainsi il a complètement changé l’excellent esprit de l’ouvrage primitif de M. Vigouroux.

Gravité plus grande de ces défauts dans un « Manuel ».

Tous ces reproches ont d’autant plus de gravité qu’il s’agit d’un « Manuel » dont se servent un si grand nombre d’élèves ecclésiastiques, à la formation desquels l’Église doit veiller avec une sollicitude maternelle. Elle désire ardemment que ceux qui grandissent pour l’autel conçoivent un respect et un amour très profond pour la Sainte Écriture, de façon que, le jour où ils seront élevés au sacerdoce et entreront dans la vigne du Seigneur, ils sachent par expérience à quel point « toute l’Écriture divinement inspirée est utile pour enseigner, pour convaincre, pour reprendre, pour former à la justice, afin que l’homme de Dieu soit parfait et apte à toute bonne œuvre » (II Tim. III, 16, 17).


En conséquence, les Éminentissimes et Révérendissimes Cardinaux qui sont, avec le soussigné, Inquisiteurs Généraux, ont cru de leur devoir de rendre le décret du 12 du mois présent, condamnant l’ouvrage en question, et ils ont de plus formellement interdit l’impression des autres volumes non encore parus de la 15e édition du Manuel biblique.

Sa Sainteté le pape Pie XI, après avoir approuvé et confirmé de sa souveraine autorité toutes ces décisions, a prescrit de vous les communiquer.

Et je souhaite que tout soit pour vous bonheur et félicité.

Rome, 22 décembre 1923.
                                                                               R. card. Merry del Val.

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Abenader
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Message par Abenader »

Eh bé... les bras m'en tombent...

Merci pour cette explication, cher ami. En attendant impatiemment la suite...
Si vis pacem
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Message par Si vis pacem »


Pour répliquer à la levée de boucliers que provoqua la censure à l'encontre de l'abbé Brassac, la Civiltà du 7 juin 1924 publia un article intitulé A proposito della recente condanna di un « Manuale biblico » (Civ. Catt. ; II, 434-444), écrit — comme le révèlent les correspondances contemporaines conservées aux Archives de Saint-Sulpice — à la demande de Pie XI par le R.P. Alberto Vaccari (S.J.), vice-recteur de l’Institut biblique et consulteur du Saint-Office. Ce document illustre bien le lien étroit qui subsiste entre doctrine de l’inspiration et interprétation de l’Écriture.
La Documentation catholique, 1925, Tome XII, col. 323-327 a écrit :

Principales erreurs doctrinales qui justifient le décret romain

  

Succès du manuel condamné.


     Ce n’est pas un succès ordinaire pour un manuel biblique que d’atteindre sa quinzième édition et un tirage de 80 000 exemplaires, répandus et colportés dans presque toutes les parties du monde. Ce n’est pas non plus un fait ordinaire qu’un manuel à ce point répandu et adopté par tant d’écoles catholiques soit condamné par l’autorité ecclésiastique la plus haute, agissant par l’organe du Saint-Office, et que ce même Saint-Office, par la voix de son Cardinal Secrétaire, donne publiquement les raisons de la condamnation. C’est pourtant ce qui vient d’arriver aux dernières éditions du Manuel biblique de F. Vigouroux, éditions refondues par A. Brassac (1).

     Quand, dans les Acta Apostolicæ Sedis du 31 décembre 1923, parut le décret du Saint-Office qui proscrivait ce manuel et le plaçait à l’Index des livres défendus, plusieurs comprirent l’opportunité de cette mesure qui mettait un terme au mal que pouvait engendrer ce livre, surtout chez les jeunes clercs ; mais beaucoup s’en montrèrent étonnés et ne parvenaient pas à en comprendre les raisons.

  

Désirs légitimes de connaître avec précision
les motifs de la condamnation.


     La lettre du cardinal Merry del Val au Supérieur général des Sulpiciens (2) suivit de près le décret du Saint-Office. Avec une concision et une précision admirables, elle touche aux points essentiels de l’affaire et aux plus graves défauts que révèle un examen attentif du Manuel biblique refondu par M Brassac ; elle fait ainsi connaître les motifs qui avaient amené la Suprême Congrégation à cette douloureuse exécution. Sur un ton calme et en des termes généraux, comme l’exigeaient la brièveté d’une lettre et un acte officiel de l’autorité, Son Éminence mettait le doigt sur la plaie, ou mieux sur les plaies, mais sans s’astreindre à des citations détaillées de volumes et de pages, comme c’est l’habitude dans les revues de la presse ou les critiques littéraires. Mais qui connaît à fond le livre et la matière découvre vite, sous les paroles concises du Cardinal, les passages auxquels il fait allusion et combien sage fut la censure portée contre eux.

     Ce n’est pas le cas de ceux — et ils sont nombreux — qui ont étudié durant leurs classes les premières éditions ou qui ne sont pas familiarisés avec l’ouvrage ; quelques-uns, maintenant adonnés au ministère, nous ont écrit, inquiets de savoir quelles sont les propositions ou les idées peu sûres dont ils avaient pu se pénétrer et qu’il leur faut rejeter depuis la condamnation.

     Pour répondre à ces désirs et à d’autres fort légitimes, nous allons, dans la mesure de nos forces et suivant notre devoir, présenter les observations qui nous semblent les plus capables d’instruire les lecteurs et de justifier l’importante décision de l'autorité ecclésiastique ; nous n’y mettrons pas l’ombre de malveillance envers l’auteur ; car, en se soumettant pleinement à la condamnation, M. Brassac a donné une entière satisfaction à l’Église ; il n’a donc plus droit qu’à notre estime pour sa vertu, et même à notre admiration et notre fraternelle affection (3).


(1) - Dans le présent article nous citons les pages d’après la 14e édition du Manuel biblique pour l'Ancien Testament et d'après la 15e pour le Nouveau Testament. (Note de l'auteur.) — (Sauf indication contraire, toutes les notes sont de la D. C.)
(2) - Cf. D. C., t. 11, col. 323-327
(3) Né en 1873 aux Albres (Aveyron), prêtre en 1896, docteur en théologie, professeur d’Écriture Sainte au Séminaire de Saint-Sulpice à Paris, M. Auguste Brassac appartient, comme vicaire, au clergé de l'église Saint-Sulpice depuis les derniers mois de 1924.


Si vis pacem
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Message par Si vis pacem »

La Documentation catholique, 1925, Tome XII, col. 323-327 a écrit :

Le dogme de l'inspiration biblique


Importance et actualité des problèmes qu’il soulève.


     On sait l’importance et l’ampleur qu’ont prises parmi les catholiques les discussions touchant à l'inspiration des Saintes Écritures ; elles sont à la base de toute étude sur les livres sacrés ; par elles débute toute introduction à la Bible.

     Ces questions se présentent donc à nous aussitôt que nous ouvrons le Manuel biblique, soit dans les éditions originelles de Vigouroux, soit dans l’édition refondue de Brassac. Et si nous comparons cette dernière avec les premières, nous ne pouvons, en principe, que nous montrer satisfaits et témoigner notre approbation de la place relativement considérable que ces questions ont prise dans Brassac et qui répond certainement aux besoins et à l’intérêt plus considérables qu’éprouve le public de notre temps (1). Mais il serait bien désirable, ou, pour dire mieux, indispensable qu’avec l’extension de la discussion ne diminue pas — si elle ne peut augmenter — la sûreté de la doctrine ; Or, il nous faut confesser qu’il n’en est pas toujours ainsi (2).
  

M. Brassac tend à réduire l’étendue de l’inspiration.


     Traitant de l’étendue de l'inspiration — c’est le premier point sur lequel la lettre du cardinal Merry del Val trouva condamnable la doctrine du nouveau Manuel biblique, — l’auteur manifeste déjà une tendance que nous rencontrerons plusieurs fois chez lui, la tendance à réduire, à « minimiser », comme on a l’habitude de dire, la force et la valeur des décisions de l’autorité et la part de l’élément surnaturel.

     « L’inspiration totale de la Bible — se demande M. Brassac après avoir présenté les témoignages les plus explicites, scripturaires et ecclésiastiques, en faveur de l’inspiration totale de la Sainte Écriture — doit-elle alors s’étendre sans exception à tous les petits détails des Livres sacrés, même les plus accessoires, aux obiter dicta ? » (P. 51) Il répond textuellement : « Aucun document officiel de l’Église ne l’affirme d’une manière explicite » (3).

     Et cependant, il est difficile d’imaginer des paroles plus explicites que celles de Léon XIII, citées par M. Brassac lui-même, et magistralement interprétées par Benoît XV : « Léon XIII enseigne en outre, écrit le défunt Pontife dans l'encyclique Spiritus Sanctus (4), que l’inspiration divine atteint toutes les parties de la Bible, sans sélection ni distinction aucune, et qu'il est impossible que la moindre erreur se soit glissée dans le texte inspiré : « Ce serait une faute très grave de restreindre l’inspiration, à certaines parties seulement de la Sainte Écriture » (5). En fait de clarté, la condamnation portée par le pape Pie X contre la proposition XI dans le décret Lamentabili (6) ne laisse rien non plus à désirer ; « L’inspiration divine ne s’étend pas de telle sorte à toute l’Écriture Sainte qu’elle préserve de toute erreur son ensemble et chacune de ses parties » (7). Un décret de la Commission Biblique, en date du 18 juin 1915 (8) — et dont, par conséquent, on pouvait et devait tenir compte dans la refonte du Manuel biblique en 1917, — considère la question comme déjà tranchée : « Ayant devant les yeux le dogme catholique de l'inspiration et de l’inerrance des Saintes Écritures, en vertu duquel tout ce qu'affirme, énonce, insinue l’hagiographe doit être tenu comme affirmé, énoncé, insinué par l’Esprit-Saint » (9), etc. La déclaration ne pouvait être ni plus formelle ni plus précise.

     Il ne suffit pas, bien que ce soit déjà beaucoup, de donner cette doctrine comme certaine, ainsi que le fait M. Brassac ; d’une part, en effet, il importe grandement, surtout dans un livre destiné à la formation des jeunes ecclésiastiques, de donner l’exacte signification théologique de la thèse et, d’autre part, c’est, pour les âmes des jeunes gens, un penchant encore plus funeste que répréhensible que cette tendance, observée de nos jours, à diminuer la portée des leçons de l’Église enseignante.


(1) - L'Ami du Clergé (17-24. 4. 19, p. 78.3) félicitait chaudement M. Brassac de l’ampleur avec laquelle il expose le traité de l'inspiration.
(2) - L’Ami du Clergé (loc. cit.), dont le compte rendu est on ne peut plus sympathique au travail de M. Brassac, signale pourtant que la méthode analytique, dont se sert M. Brassac, « serait parfois avantageusement remplacée par la méthode synthétique » ; il redoute « que l'exposé si complet, si harmonieux, de la thèse critique ne fasse sur les élèves une impression que ne détruira pas l'exposé de la thèse traditionnelle ». Il s’empresse d'ajouter que ces réserves ne visent « en quoi que ce soit la rigoureuse orthodoxie de M. Brassac » ; du reste, l'ouvrage se perfectionnera quand il « aura subi l'épreuve de l'enseignement, quand il aura suscité réflexions et critiques ».
(3) - En français dans le texte.
(4) - Cf. D. C., t. 4, pp. 258-263, 290-298.
(5) - « Idem (Leo) docet divinum afflatum omnes Bibliorum partes, sine ullo delectu ac discrimine, proferri, nullumque in textum inspiratum errorem incidere posse : At nefas omnino fuerat, inspirationem ad aliquas tantum Scripturae partes coangustare. » (Enc. Spiritus Paraclitus, in Civ. Catt., 1920, vol. 4, p.13 [D. C., t. 4, p. 261, col. 2].) Le passage cité de l’encyclique Providentissimus Deus se trouve dans les Acta Leonis XIII, 13, 357 ; Civ. Catt., 1893, vol. 4, p. 663. [Lettres apostoliques de Léon XIII, t. 4, texte latin, p. 36, texte français, p. 37.] (Note de l’auteur.)
(6) - Cf. Actes de Pie X, t. 3, texte latin, p. 226, texte français, p. 227. Citée par le cardinal Merry del Val (D. C., t. 11, col. 324-325).
(7) - « Inspiratio divina non ita ad totam Scripturam sacram extenditur ut omnes et singulas eius partes ab omni errore praemuniat. »
(8) - Cité par le cardinal Merry del Val (D.C. t 11 col. 325).
(9) - « Prae oculis habito ... catholico dogmate de inspiratione et inerrantia sacrarum Scripturarum, quo omne id quod hagiographus asserit, enuntiat, insinuat, retineri debet assertum, enuntiatum, insinuatum a Spiritu Sancto », etc.


Si vis pacem
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Message par Si vis pacem »

La Documentation catholique, 1925, Tome XII, col. 323-327 a écrit :

Il ébranle le principe de l’inerrance de la Bible, en recourant aux distinctions de l’école « large » :

     Plus grave encore dans ses conséquences est la doctrine proposée par M. Brassac sur ce qu’on appelle l’inerrance de la Sainte Écriture. Celui qui étudie attentivement tout ce qu’enseigne dans cette partie la nouvelle édition du Manuel biblique y retrouve tous ces principes d’exégèse, tous ces expédients ou artifices inventés par une récente école de catholiques afin de concilier le principe inébranlé de « Pas d’erreur dans la Bible » avec l’admission d’erreurs dans la Bible.

     Prenons un exemple concret et qui, dans sa brièveté, en dit long. Voici le troisième principe que propose le Manuel (I, p. 66) pour la solution des difficultés résultant des antilogies ou des apparentes contradictions de la Bible. Nous citons textuellement : « La comparaison des récits parallèles de l’Évangile ... montre que souvent les écrivains sacrés se contentent de rapporter la substance des faits et des discours sans les nuances et les minutieux détails. Ces divergences ne sont pas des erreurs au point de vue de l’inspiration. Pour qu’il y eût erreur, il faudrait que l’auteur eût voulu affirmer ces petits détails. Or, on peut parfois en douter, soit parce qu’ils importent peu au but essentiellement religieux de tel ou tel récit, soit parce que l’auteur n’entendait pas faire un exposé absolument précis et complet » (1).
 

La distinction entre la substance du récit et les éléments accessoires.


     En ces quelques lignes, on ne trouve posés ou présupposés pas moins de trois principes de l’école dite large, tous passablement dangereux — c’est le moins qu’on puisse dire — pour la vérité des Saintes Écritures. Le premier, que le cardinal Merry del Val dénonce expressément et avant tout autre dans la lettre précitée (2), est la distinction entre la substance et les détails du récit, en sorte que la réalité objective des choses qu’il raconte ne serait exigée d’un auteur véridique, ou même infaillible comme l’écrivain inspiré, que pour la seule substance et non pour les éléments accessoires.

     Combien un tel principe peut être préjudiciable à l’autorité des Livres sacrés, comment et par qui il fut tout d’abord répandu, ce n’est pas le lieu de l’exposer en détail à nos lecteurs ; mais nous ne pouvons pas ne pas signaler que par ce moyen on rouvre la porte au principe des obiter dicta et qu’on le fait glisser jusqu’aux effets de l’inspiration, principe déjà formellement repoussé par l’encyclique Providentissimus Deus.

  

La distinction entre le « dire » et l’« affirmer » chez l’écrivain sacré.


     En second lieu, nous rencontrons ici la distinction entre le dire et l’affirmer, entre la simple énonciation et l’affirmation catégorique, comme le dit ailleurs M. Brassac lui-même (I, 59). Évidemment, il ne vise pas les seuls détails omis ou passés sous silence, comme on pourrait le croire à première vue ; sinon, les phrases qui suivent n’auraient plus ni but ni sens, et surtout celle-ci : « On peut parfois en douter » (que l’auteur ait voulu affirmer ces détails). Il s’agit donc de « petits détails » (3) énoncés, mais qui, d’après M. Brassac, ne sont pas affirmés par l’auteur sacré.

     Comment doit s’entendre une pareille énonciation sans affirmation, M. Brassac ne nous le dit pas nettement ; mais de ce qu’il ajoute — « parce qu’ils importent peu au but essentiellement religieux de tel ou tel récit » (4) — on devine que le cas est identique ou parallèle à cette autre distinction, dont nous aurons à parler plus loin, entre ce que l’auteur sacré entend enseigner et ce qu’il dit incidemment ou par concomitance, mais sans le vouloir enseigner. Nous pouvons donc renvoyer le lecteur à tout ce que nous dirons sous peu de cette seconde manière de présenter une doctrine au fond identique.


(1) – I, p. 67. (Note de l'auteur). — En français dans le texte (Note de la D.C.)
(2) – Cf. D.C., t. 11, col. 324.
(3) – En français dans le texte
(4) – En français dans le texte


Si vis pacem
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Message par Si vis pacem »

La Documentation catholique, 1925, Tome XII, col. 323-327 a écrit :

La distinction entre le contenu du récit et le but poursuivi par l’auteur.

     En troisième lieu, précisément dans le passage que nous venons de citer textuellement, apparaît un autre grand principe de l'école large, à savoir que, dans l’appréciation de la vérité des Écrivains inspirés, il s’agit de rechercher non pas tant ce qu’ils disent que le but dans lequel ils parlent, principe qui est en contradiction formelle avec l’enseignement de Léon XIII dans ces paroles de l’encyclique Providentissimus que cite fort à propos le cardinal Merry del Val : « On ne peut absolument pas tolérer la méthode de ceux qui estiment à tort que, pour juger de l’exactitude des assertions, il ne faut point tant rechercher ce que Dieu a dit que se demander pourquoi il l’a dit » (1).

     En quelques lignes se trouve donc condensé le suc de trois principes erronés qui ébranlent jusqu’en ses fondements la vérité des Saintes Écritures. Ces faux principes et d’autres encore, nous les trouvons exposés et appliqués dans le Manuel avec autant d’ampleur que de netteté. Mais aucun ne revient aussi souvent que celui des genres littéraires.
  

Il déclare l’inspiration compatible avec tous les genres littéraires, même la légende et le mythe.


     Il est un principe que répète constamment notre auteur : « L’inspiration est compatible avec tous les genres littéraires » (I, 75 ; II, 1, p. 12 ; II, 2, p. 21, p. 445, en note, etc...). C’est un principe qu’il pose comme un axiome ; aussi bien ne le démontre-t-il jamais, comme s’il était évident en soi et n’avait nul besoin de démonstration. ’’Or, non seulement il n’est pas évident en soi et devrait être démontré, mais il n’est pas non plus démontrable, parce que. sous sa forme absolue, il est faux.

     Parmi les auteurs cités en note (I, p. 75), certains écrivent — et M. Brassac semble avoir adopté cette raison — que, Dieu parlant aux hommes dans l’Écriture Sainte avec un langage humain, il s’ensuit que tous les genres littéraires sont compatibles avec l’inspiration ; et M. Brassac cite saint Augustin : An Scriptura Dei aliter nobiscum fuerat quam nostro modo locutura ? (2) (Contra Faustum, 33, 7 ; in Patr., lat., XLII, 516). Mais il est facile de découvrir le sophisme. Evidemment, par cela même que s’employait la parole humaine, laquelle est la manifestation conventionnelle de la pensée, toutes les règles qui, entre les hommes, règlent l’usage de la parole par rapport à la pensée intérieure, sont valables pour l’intelligence et l’interprétation des Saintes Écritures. Mais de là à conclure qu’il doit en être de même pour le rapport entre la pensée et l’objet extérieur — la correspondance de la première avec le second constituant à proprement parler la vérité (« veritas est adaequatio rei et intellectus », suivant la formule des philosophes), — c’est tirer une conséquence que n’approuve aucune logique. Pour ce qui est des rapports entre la pensée et l’objet, l'inspiration ne peut rien admettre qui soit contraire à la sainteté et à la vérité de Dieu, au nom duquel parle l’auteur sacré ; c’est avec cette restriction qu’on peut parler de genres littéraires. Si donc, parmi les hommes, dans les littératures profanes, on rencontre la légende, le mythe, l’histoire qui de l’histoire n’a que les apparences, on n’a pas de ce fait le droit d’affirmer que les mêmes genres littéraires se peuvent rencontrer dans les écrits inspirés ; il est encore moins permis d’affirmer que l’inspiration ne modifie ni les lois ni les conditions du genre adopté par l’auteur inspiré (Manuel, I, p. 75).

La vérité historique de la Bible grandement amoindrie.


     En ce même passage, parmi les principaux genres littéraires, M. Brassac mentionne « l’histoire proprement dite, l’histoire populaire, la poésie, la parabole... » (3), et l’instant d’après « l’histoire religieuse » (I, p. 75). Ce qu’il entend ici par « histoire populaire », il n’est guère difficile de le concevoir puisqu’il l’oppose à l’« histoire proprement dite » ; mais à la page suivante (p. 76) il prend lui-même le soin de l’expliquer, en écrivant qu’on peut trouver dans la Bible des parties plus ou moins étendues qui, « sous une allure apparemment historique ..., sont des reproductions de traditions populaires à fond historique plus ou moins embelli par la fiction » (4). Donc du vrai et du faux, pêle-mêle. Et comment les discerner ? Et où nous arrêter ?

     On aboutit à peu près au même résultat, c’est-à-dire à, réduire la vérité historique à un simple noyau, avec l’autre genre littéraire, celui de l’histoire religieuse ou, d’une manière plus générale, avec le genre religieux des Livres sacrés, genre sur lequel le Manuel biblique insiste volontiers. Aussi nous étendrons-nous un peu plus longuement sur cette question, soit à cause de l’importance et des fréquentes mentions accordées à ce principe dans le manuel en cause, soit parce que nous avons précisément là l’occasion d’expliquer ce que nous n’avons qu’effleuré jusqu’ici.


(1) - « Nullatenus toleranda est eorum ratio, qui falso arbitrantur, de veritate sententiarum cum agitur, non adeo exquirendum quaenam dixerit Deus, ut non magis perpendatur quam ob causam ea dixerit » : in Civ. Catt., 1893, 4, p. 663. Cf. D. C., t. 11, col. 324. (Le texte de Léon XIII qui commence par les mots Nec enim toelranda est légèrement abrégé : voir Lettres apostoliques de Léon XIII, t. 4, texte latin, p. 36, texte français, p. 37.
(2) - « Dieu nous a-t-il parlé dans l'Écriture avec un langage différent du nôtre ? »
(3) - Les points sont de M. Brassac lui-même et laissent le champ libre à l'introduction de n'importe quelle autre variété. (Note de l’auteur.)
(4) - Passage en français dans le texte.


Si vis pacem
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La Documentation catholique, 1925, Tome XII, col. 323-327 a écrit :

Elle est limitée aux seules affirmations religieuses de l’auteur inspiré.

     Dans les doctrines du Manuel il est un principe qui forme la clef de voûte de tout un système, à savoir que le but religieux visé par l’auteur inspiré limite en proportion la valeur de ses affirmations. Les auteurs sacrés ne veulent rien enseigner que la vérité religieuse et n'affirment rien que ce qu’ils enseignent ; voici en quelques mots le fondement sur lequel s’édifie la nouvelle théorie. Si on l’admet, la substance des faits, et non les « petits détails », importe seule à la vérité religieuse ; les auteurs sacrés n’affirment donc que la substance, mais non les « petits détails » (1). C’est un mode de raisonnement qu’on rencontre souvent dans le Manuel, soit dans l’introduction générale, où sont exposés les principes, soit dans l’introduction spéciale, où se font les applications particulières ; par exemple, à propos du livre de Josué (II, 1, p. 12), des actes de David (II, 1, p. 62), des divergences entre les évangélistes en général (III, p. 157). Et c’est bien celui qui est posé ou sous-entendu, comme il est facile de s’en convaincre soit par l’introduction générale et la cohérence des principes plus haut mentionnés, soit par des renvois spéciaux à des passages explicites, comme ceux que nous venons de signaler (v. g. III, p. 665) et où l'on ne veut admettre d’historique, de réel, que la « substance » des faits, où l’on n’exige que la seule historicité « substantielle », par exemple, à propos de la Genèse (I, p. 356), du livre des Juges (II, 1. p. 33) et plus spécialement des actes de Samson (ibid., p. 48), du livre de Ruth (ibid., p. 12, note), de Samuel (Ibid., p. 60), de Daniel (II, 2, p. 421), des Évangiles eux-mêmes (III, p. 448, note, p. 655, note, etc...).
  

On aboutit ainsi à une critique destructive.


     L’immense danger qu'on court en voulant restreindre la vérité historique à la substance — car la distinction entre la substance et l’accessoire est laissée au jugement, bon ou mauvais, de l’exégète ou du critique — ressort avec évidence de l’exemple suivant. Au sujet du caractère historique des récits de Samson (Iud. XIII, 16), M. Brassac écrit : « La réalité des faits envisagés, au moins dans leur substance, est exigée par le but que poursuit l’auteur du livre. Celui-ci développe la même thèse que dans les chapitres précédents, c’est-à-dire les Israélites sont opprimés, Dieu leur suscite un libérateur. Dès lors, il ne pouvait, sans être traité de faussaire, imaginer le personnage et les exploits de Samson » (2) (II, I, pp. 48 et sq.). Ainsi donc, toute la réalité historique, indéniable, qu’on puisse rigoureusement tirer de la divine origine du livre est que Samson a existé et délivré le peuple d’Israël. Avec un pareil principe on voit qu’aux erreurs dans la Bible — si elles n’étaient que matérielles, nous passerions dessus — on ouvre une porte autrement plus large qu’avec les obiter dicta, depuis longtemps si énergiquement condamnés.

  

On ruine la saine logique.


     Mais revenons un peu sur ce principe, constamment posé en principe et jamais démontré dans notre Manuel : les auteurs sacrés n’affirment que ce qu’il veulent enseigner ; d’où l’on conclut que, la vérité ou l’erreur n’existant, comme en un sujet logique, que dans les affirmations, on ne peut les taxer d'erreur, quoi qu’ils disent, en tout ce qu’ils n’ont pas le but d’enseigner.

     Ici donc, avec une hardiesse inadmissible en dialectique, on commence par exiger, pour qu’il y ait affirmation, une intention de l’esprit, intention qui peut certainement influer sur la valeur morale de l’acte (manifestation de sa propre pensée), mais n’entre pas dans la constitution d’une affirmation logique. A celle-ci on ne demande rien autre que d’attribuer à un sujet donné un prédicat déterminé ; ceci posé et ceci seulement, la logique la plus élémentaire dit qu’il y a une affirmation. La vérité ou la fausseté de cette dernière dépendra ensuite du fait que le prédicat existe réellement ou non dans le sujet. L’intention de l’esprit n’en change pas la nature logique, elle n’en change que la nature morale (3). Si l’affirmation ne répond pas à la réalité, c’est toujours une erreur ; mais l’erreur sera volontaire et formelle, si j’énonce un jugement le sachant faux ; elle sera matérielle ou involontaire, si j’exprime un jugement en croyant qu’il répond à la réalité. L’intention d’enseigner, c’est-à-dire de vouloir qu’on croie ce que je dis, rendra de plus l’erreur effective, c’est-à-dire y ajoutera une malice plus grande ; mais l’absence d’une pareille intention ne dépouillera pas l’erreur énoncée de son défaut intrinsèque, c’est-à-dire de la déformation de l’objet réel (4). Avec la distinction posée on ne fait donc que renverser le concept de l’affirmation logique.

     Non moindre est la confusion de concept, ou tout au moins l’impropriété de langage, quand on nous dit que « l’erreur dont il est question — c’est-à-dire celle qui est exclue de l’inspiration — est non pas l’inexactitude purement matérielle, mais l’erreur logique et formelle, l'erreur au sens philosophique du mot », et que « l’erreur existe uniquement dans les affirmations de l’esprit, c’est-à-dire dans les propositions qui énoncent un jugement catégorique » (III, pp. 58 et sq.). En philosophie, un jugement catégorique est un jugement simple, inconditionné, et ce n’est pas le plus ou moins d’importance que lui accorde la personne qui parle qui peut le rendre tel. En somme, revient constamment ce paralogisme de faire dépendre de la fin ou de l’intention de l’esprit la vérité ou la fausseté d’une assertion, paralogisme que nous avons vu si énergiquement rejeté par Léon XIII. Et toute cette doctrine qu’enseigne le Manuel est réprouvée de la façon la plus claire par Benoît XV dans l’encyclique Spiritus Paraclitus : « On ne peut admettre l’opinion de ces modernes qui, ayant introduit la distinction entre l’élément principal ou religieux de l’Écriture et l’élément secondaire ou profane, veulent assurément que l’inspiration s’étende à toutes les phrases et même à tous les mots de la Bible, mais qui en restreignent ensuite les effets, et notamment l’immunité d’erreur, à l’élément principal ou religieux. A leur avis, Dieu n’a eu comme but et n’a enseigné (intendi ac doceri) dans la Bible que ce qui touche à la religion ; tout le reste, appartenant aux disciplines profanes et ne servant, pour ainsi dire, que de revêtement extérieur à la doctrine révélée, est seulement permis par Dieu et abandonné à l’imperfection de l’écrivain. Qu’on ne s’étonne pas alors que dans les questions physiques, historiques et autres semblables, on trouve dans la Bible beaucoup de passages qui ne peuvent en aucune manière s’accorder avec les progrès actuels des sciences.[/i] (Civ. Catt., 1920, 4, p. 12) (5).


(1) - A la fois en italien et en français dans le texte.
(2) - En français dans le texte.
(3) - L’acte moral, suivant la juste remarque de saint Thomas (IIa IIae, q. 110, a. 1), est déterminé spécifiquement par l’objet et la fin ; l’acte intellectuel ne l’est que par l’objet. (Note de l’auteur.)
(4) - Cf. saint Thomas, ibid. (Note de l’auteur.)
(5) - Cf. D. C., t. 4, p. 261, col. 2.


Si vis pacem
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Message par Si vis pacem »

La Documentation catholique, 1925, Tome XII, col. 323-327 a écrit :

M. Brassac recourt trop volontiers aux citations implicites.

     En raison des tendances que manifeste le Manuel biblique et que nous venons de passer en revue, nous ne serons pas surpris de le voir souvent recourir aux citations implicites et se prévaloir d’une légère concession de la Commission Biblique (décret du 13 février 1905 [1]), mais en en élargissant outre mesure l’application et sans observer les sages restrictions que recommande la Commission pontificale dans le même décret : par exemple, I, pp. 79 et sq. ; II, 1, p. 209.

Il fait bon accueil à la théorie erronée des « apparences historiques ».


     On n’est pas moins frappé de le voir faire bon accueil aux apparences historiques, le plus vain des sophismes inventés par l’école moderne pour concilier l’inconciliable, c’est-à-dire le concept catholique de l’inspiration avec l’erreur dans la Bible ; et l’on est vraiment surpris de voir invoquer en leur faveur jusqu’à un décret de la Commission Biblique. Pour résoudre les difficultés des livres des Paralipomènes, « il y aurait lieu, écrit M. Brassac, d’appliquer la théorie des apparences historiques (2), dont la légitimité a été reconnue par une décision de la Commission pontificale des Études bibliques » (3). Dans ce passage, M. Brassac fait certainement allusion à la théorie que présenta le P. de Hummelauer. Mais à la manière dont il en expose les raisons on devine aisément son inclination pour elle. Voici, du reste, toute la critique qu’il en fait par manière de conclusion : « Peut-être la théorie proposée par le P. de Hummelauer fournit-elle la solution de quelques difficultés. Mais en faire une application fréquente, atteignant la substance du livre, serait sûrement contraire à la saine exégèse » (4) (II, 1, p. 294). Ainsi donc ne serait contraire à la saine exégèse que d’en faire une application fréquente, et il serait permis de le faire pour autant qu’on ne s’attaquât pas à la substance même du Livre sacré.

     Mais la théorie des apparences historiques ne peut s’appliquer même une seule fois à l’Écriture, parce qu’elle est tout simplement une belle et bonne erreur. Qu’on se reporte à ce qui en fut dit succinctement dans la Civ. Catt., 1,919, vol. 1, pp. 282-284, et à la décision autorisée de S. S. Benoît XV dans l’encyclique Spiritus Paraclitus (Civ. Catt., 1920, vol. 4, p. 13 [D. C., t. 4, pp. 261-262]).

     La Commission Biblique à son tour, par le décret du 23 juin, auquel renvoie la note du Manuel, admet seulement et d’une manière hypothétique certains genres littéraires non strictement historiques, comme la parabole et l’allégorie ; mais elle ne dit rien des apparences historiques, qui sont une chose bien différente et devraient rentrer, si jamais, dans le genre historique proprement dit. Témoins les partisans eux-mêmes de cette théorie d’origine étrangère [à la foi], lesquels invoquèrent en sa faveur ces paroles du grand docteur saint Jérôme ; Opinionem vulgi exprimentes, quae vera historiae lex est (5). Cette interprétation injuste et injurieuse fut renversée avec une clarté et une vérité admirables par Benoît XV : « La véritable pensée du saint Docteur ne peut faire doute pour personne. Il ne dit pas que dans l’exposé des faits l’écrivain sacré s’accommode d’une fausse croyance populaire à propos de choses qu'il ignore mais seulement que, dans la désignation des personnes et des objets, il adopte le langage courant » (6).


(1) - Cf. Q. A., t. 78, p. 364 ; voir D. C., t. 12, col. 992.
(2) - Les italiques sont de l’auteur même que nous citons. (Note de l’auteur.)
(3) - II, 1, p. 203. (Note de l'auteur.) — En français dans le texte. (Note de la D. C.)
(4) - Passage cité en français dans le texte.
(5) - « Exprimer le sentiment de l’homme du peuple [l'opinion des contemporains], voilà la loi de l’histoire. »
(6) - « Quis est qui non videat, hoc Hieronymum dicere, hagiographum non in rebus gestis enarrandis, veritatis ignarum, ad falsam se vulgi opinionem accommodare, sed in nomine personis et rebus imponendo communem sequi loquendi modum ? » (Enc. Spir. Paracl., in Civ. Catt., 1920, vol. 4, p. 14 [D. C., t. 4, p. 262, col. 1].). Qu’il nous suffise de renvoyer à ce qui en a été dit dans notre périodique, 1919, vol. 1, pp. 282-284. (Note de l’auteur.)


Si vis pacem
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Message par Si vis pacem »

La Documentation catholique, 1925, Tome XII, col. 323-327 a écrit :

Sagesse et nécessité de la condamnation.

Impossibilité d’améliorer l’ouvrage par une révision.


     Cette dernière tentative concourt à prouver combien S. Em. le cardinal Merry del Val eut raison d’adresser à l’auteur du Manuel ce reproche : Documenta magisterii ecclesiastici negligit, vel eorum sensum ad propria placita pervertit (1) ; et si l’on réfléchit combien serait funeste à la formation des jeunes gens un pareil travestissement de la doctrine officiellement promulguée par l’autorité suprême de l’Église, on comprendra combien juste et sage fut le retrait du Manuel des Séminaires. Les théories erronées dont nous avons parlé plus haut font si intimement corps avec tout l’ouvrage et en imprègnent tellement toute la substance qu’il serait vraiment difficile de le corriger et de le transformer. Les fondements mêmes de l’édifice sont à refaire.

     Si douloureux que soit le retranchement opéré par la Sacrée Congrégation, on est bien obligé d’en reconnaître la nécessité. Les effets n’en peuvent être que salutaires tout d’abord pour l’auteur lui-même, qui, par une soumission sincère à la condamnation, a donné une preuve manifeste de la pureté de ses intentions, et ensuite pour le corps entier de l’Église, en chassant le venin qui commençait à s’infiltrer dans ses veines. Nous pouvons même ajouter que cette condamnation d’un manuel où se trouvaient professées les théories spéciales à l'école large et à la nouvelle exégèse de certains catholiques (2) est un service rendu non seulement à la foi et à l’autorité de l’Écriture, mais encore à la bonne logique et à la véritable critique. Nous avons vu, en effet, comment ces théories embrouillent les concepts et faussent les principes d’une saine philosophie. En ce cas, comme en tant d’autres, la vigilance apportée dans la défense de la foi a du même coup bien mérité de la science.

 [Traduit de l’italien par la Documentation Catholique.]


(1) - « Il laisse de côté les documents du magistère ecclésiastique, ou il en détourne la signification- dans le sens qui lui plaît personnellement. » (Cf. D. C., t. 11, col. 326.)
(2) - Voir Civ. Catt., 1919, vol. 1, p 284, note 2. (Note de l'auteur.)


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Abenader
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Message par Abenader »

Merci pour cette réponse détaillée, cher SvP.
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