Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?

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Abbé Zins
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Re: Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?

#11 Message par Abbé Zins » mar. 12 mars 2019 18:09

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)


3. Actualité doctrinale



Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?



OBJECTIONS :


119. 20/ Qui plus est, la proposition suivante d'Eckard a été condamnée comme hérétique : "En ceux qui n'ont à la pensée ni les biens temporels, ni les honneurs, ni leur utilité, ni la dévotion interne, ni la sainteté, ni la récompense, ni le royaume des cieux, mais renoncent à toutes ces choses : en ces hommes, Dieu est honoré." (D.B. 508).

Or la charité soi-disant désintéressée consisterait à aimer Dieu en Lui-même pour ses perfections, et non pour notre avantage ou notre utilité, sans avoir à la pensée ni la récompense, ni le royaume des cieux ; et même chez Moïse et saint Paul, à renoncer à toutes ces choses.

Donc, non seulement la charité ne consiste pas en ce soi-disant désintéressement et moins encore à ce renoncement, mais de plus, enseigner cela est hérétique, et le pratiquer serait contraire à la Volonté de Dieu et, par suite, peccamineux, en faisant tomber dans "l'angélisme". Or qui veut faire l'ange, fait la bête.

Par conséquent, Dieu n'a pas été honoré par les désirs généreux mais désordonnés de Moïse (Deut. 32,32) et de saint Paul (Rom. 9,3).



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Abbé Zins
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Re: Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?

#12 Message par Abbé Zins » mer. 13 mars 2019 18:19

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)


3. Actualité doctrinale



Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?



OBJECTIONS :


120. 21/ L'amour soi-disant très pur et tout à fait désintéressé enseigné par Fénelon, à la suite de Molinos et de, madame Guyon, a été condamné par l'Eglise, notamment au travers des trois propositions suivantes :

"L'état habituel d'amour de Dieu, qui est la charité pure et sans aucun mélange de motif concernant l'intérêt propre, est un don (datur). En cet état, ni la crainte des peines, ni le désir des récompenses, n'ont plus de part. Dieu n'est plus aimé pour (acquérir) un mérite, ni pour (acquérir) la perfection, ni pour la félicité que l'on trouve en l'aimant." (prop. l).

"Dans l'état de la vie contemplative ou unitive on perd tout motif intéressé de crainte et d'espérance." (prop. 2).

"En cet état d'indifférence nous ne voulons plus le salut en tant que salut propre, en tant que délivrance éternelle, que récompense de nos mérites, que notre intérêt le plus grand de tous ; mais nous le voulons, d'une volonté plénière, en tant que gloire et bon plaisir de Dieu, en tant que chose que lui-même veut, et qu'il veut que nous voulions pour lui." (prop. 6). (cf. D.B. 1327, 1328, 1332).

Ce n'est donc pas pour Dieu, mais bien pour nous, que nous devons désirer notre salut comme notre intérêt le plus grand de tous et notre fin suprême.



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Re: Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?

#13 Message par Abbé Zins » jeu. 14 mars 2019 16:45

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)


3. Actualité doctrinale



Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?



OBJECTIONS :


121. 22/ Saint Paul dit expressément : « La fin de la loi est la charité » (I Tim.1,5), ce que saint Thomas (ibid.) explicite ainsi :

« Ce vers quoi sont orientés (ordinantur ad) tous les préceptes est ce à quoi il faut principalement tendre : or telle est la charité : « Tu aimeras Dieu de tout ton coeur » etc. (Mt. 22,37). Et peu après : « En ces deux Commandements tiennent toute la loi et les prophètes ».

Mais de quelle manière la charité est-elle la fin de la loi ?

Pour le bien comprendre, deux choses sont à considérer :

1̊) que tous les préceptes de la loi concernent les actes des vertus, et que par tous les actes des vertus l'homme est orienté de l'une vers l'autre.

2̊) Que l'objet d'une vertu est la fin d'une autre, du fait que toutes les fois qu'une puissance se rapporte à une fin, tout ce qui s'y rattache est orienté vers elle comme à sa fin...

Or les vertus théologales ont pour objet la fin ultime. Tandis que les autres vertus se rapportent à ce qui se rattache à la fin.

Par conséquent, toutes les vertus se rapportent aux vertus théologales comme à leur fin.

En outre, parmi les vertus théologales celle qui est la plus rapprochée de la fin ultime est celle qui a le plus raison de fin.

Or la foi montre la fin ultime, l'espérance y fait tendre, la charité y unit.

Toutes sont donc ordonnées à la charité, et c'est de cette manière que la charité est la fin de la loi.»


Ainsi, puisque la charité est la fin de la loi en tant qu'elle unit à Dieu, comme le salut consiste précisément en l'union définitive de l'homme à Dieu, le salut est donc bien la fin suprême de la loi.



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#14 Message par Abbé Zins » ven. 15 mars 2019 21:19

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)


3. Actualité doctrinale



Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?



OBJECTIONS :


122. 23/ La Personne du Verbe de Dieu, s'exprimant à travers Notre Sauveur, a dit : « Aimez .. comme je vous ai aimé » (Jn. 13,34).

Or « Dieu » qui « a tout fait pour Lui-même » (Prov. 16,4), par nature, ne nous aime que pour Lui-même, comme le dit explicitement saint Thomas (C.G.3,106) : « Dieu fait tout pour son amour ».

Nous demander de L'aimer autrement que pour nous-mêmes serait donc nous demander de pratiquer une perfection plus grande que celle de Dieu Lui-même.

Par conséquent, il ne faut pas entendre le « plus que tout » du premier Commandement dans le sens de plus que nous-mêmes, mais seulement dans celui de plus que tout ce qui n'est pas nous.

C'est du reste ce qu'exprime l'adage : charité bien ordonnée commence par soi-même.



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#15 Message par Abbé Zins » sam. 16 mars 2019 17:25

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)


3. Actualité doctrinale



Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?



OBJECTIONS :


123. 24/ C'est le propre de Luther (cf. D.B. 744 ; 746), de nouveau condamné solennellement par le Concile de Trente (D.B. 915), de dénigrer l'attrition, fondée sur la crainte de l'enfer (D.B. 818) ou sur la seule espérance, comme quelque chose d'inutile, d'hypocrite et d'impie.

Doctrine pernicieuse et hérétique reprise par les Jansénistes (D.B. 1304-1305), Quesnel (D.B. 1416) et le synode janséniste de Pistoie (D.B. 1525).

Au contraire, le saint Concile de Trente (D.B. 898) enseigne que, pourvu qu'elle soit accompagnée soit du sacrement de baptême soit de celui de pénitence, la simple attrition suffit pour être justifié et par là sauvé.

Or la simple attrition est fondée sur ce que l'on nomme communément la charité imparfaite, en d'autres termes sur la seule crainte de l'enfer ou de la perte des récompenses du ciel, et non sur la charité (dite parfaite), l'amour de Dieu plus que tout, comme l'est la contrition.

Si donc la contrition est nécessaire pour atteindre le ciel en l'absence des sacrements, avec ces derniers l'attrition ou ce que l'on nomme la charité imparfaite y suffit.

Par conséquent, la charité (dite parfaite) n'est pas nécessaire pour pouvoir entrer au ciel et posséder la vie éternelle.



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Re: Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?

#16 Message par Abbé Zins » lun. 18 mars 2019 20:57

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)


3. Actualité doctrinale



Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?



OBJECTIONS :


124. 25/ L'état de grâce implique l'absence de tout péché mortel.

Or s'aimer plus que Dieu serait un péché mortel contraire au premier Commandement. Donc l'état de grâce implique la charité (dite parfaite).

Or ce que l'on nomme la charité imparfaite n'est pas la charité (parfaite).

Par conséquent, la charité seulement imparfaite implique l'absence de l'état de grâce et donc l'état de péché mortel ; ou alors, il faut dire que s'aimer plus que Dieu n'est pas un péché mortel.




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Re: Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?

#17 Message par Abbé Zins » mar. 19 mars 2019 18:21

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 15 - 18 (Avril - Octobre 1989)


3. Actualité doctrinale



Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?



OBJECTIONS :


125. 26/ Enfin, le dénigrement de la vertu d'espérance, comme n'étant qu'un amour mercenaire et vil, est commun aux Calvinistes, Jansénistes (D.B. 1303 ; 1394-1417), Quiétistes (D.B. 1227 ; 1328 ; 1337), et plus récemment, à Kant et aux rationalistes modernes qui condamnent l'espérance et la morale chrétienne comme une "morale d'usurier", comme un marché avec Dieu où l'on troque actes de vertus contre bonne récompense (cf. Tanquerey, Brev. Theol. Mor. n° 206 ; et Goupil, cours sup. de rel., Les Vertus, t. 2 p. 117).

Ceci, à l'opposé de la Sainte Ecriture qui loue l'espérance, la recommande et commande en maints endroits ( Eccli. 2,11-12 ; Gen. 15,1 ; Ps. 146,11 ; Mt. 5,12 ; 6,1-20 ; 10,28 ; Lc. 10, 18-20 ; Jn. 3,15-16 ; 6,40 ; Rom. 5,2,5 ; 8,14,18,23-24,31 ; 12,12 ; 15,13 ; I Cor. 2,9 ; 9,17,24,25 ; 13,12 ; Co1. 1,23 ; Tite 2,13 ; II Tim. 1,12 ; ch. 4 ; Hb. 4,1 ; 6,17-18 ; 11,1 ; I Petr. 1,13, etc...).

Il est du reste connu et facilement constatable que la plupart des hommes sont mus au bien principalement par le désir de leur salut, et qu'il est bien rare qu'il en soit autrement.

Aussi, même si le salut n'était point la fin suprême de l'homme, ce serait néanmoins sur lui qu'il faudrait insister pour mouvoir efficacement les âmes au bien.




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Re: Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?

#18 Message par Abbé Zins » mer. 20 mars 2019 18:15

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3. Actualité doctrinale



Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?



S ’ Y OPPOSE (Sed contra) :


126. « Toute la vie des fidèles est méritoire dans la mesure où elle est ordonnée à la Gloire de Dieu, conformément à ces paroles de l'Apôtre : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quoi que ce soit d'autre, faites tout pour la Gloire de Dieu » (I Cor. 10, 31).» (Saint Thomas in Rom. 14,23)

De cela découle :

1̊) qu'on ne mérite le salut qu'autant que toute notre vie est ordonnée à la Gloire de Dieu ;

2̊) que c'est le salut qui dépend de cette ordonnance de toute la vie à la Gloire de Dieu qui seule le mérite, et non la Gloire de Dieu qui dépend du salut et doit y être ordonnée ;

3̊) que c'est avant tout à la Gloire de Dieu, ce qui revient à dire à Dieu en Lui-même et pour Lui-même, que doit être ordonnée toute la vie des fidèles, et non au salut qui se trouve en dépendre ;

4̊) que le salut, étant subordonné à une autre finalité qui lui est supérieure, comme une fin ultime particulière qui s'inclut dans la fin générale (cf. n° 130-134), n'est pas la fin suprême de la vie de l'homme.




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Re: Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?

#19 Message par Abbé Zins » jeu. 21 mars 2019 17:51

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Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?



S ’ Y OPPOSE (Sed contra) :


127. Pour être plus précis, en vue de montrer la place exacte dans l'homme tant

1̊) de sa fin ultime première ou suprême qu'est, pour lui comme pour tout ce qui est, la Gloire de Dieu, soit Dieu en Lui-même et pour Lui-même, que

2̊) de sa fin ultime seconde et particulière qu'est son union au Souverain Bien, soit sa béatitude, son souverain bonheur, sa participation à la Vie éternelle qu'est Dieu,

il faut considérer attentivement cet enseignement solennel du Saint Concile de Trente (Session 6 ch. 7 ; D.B. 799) :

« LA CAUSE FINALE DE LA SANCTIFICATION EST LA GLOIRE DE DIEU ET DU CHRIST, ET LA VIE ETERNELLE.»


Le Saint Concile déclare donc que la sanctification a une finalité double : « Gloire de Dieu et Vie éternelle » ; ce second terme étant employé ici dans le sens de : participation de l'homme sanctifié à la vie éternelle, ce en quoi consiste le salut. Ce qui revient à dire : Gloire de Dieu et salut.


Or comme saint Thomas (1.2. 1,5, S.C.) le démontre, « il est impossible qu'il y ait plusieurs finalités ultimes non subordonnées entre elles pour un seul homme ».

L'un des deux éléments de cette finalité est donc nécessairement subordonné à l'autre.

C'est ce qui est précisé comme suit, au chapitre 11 de la même 6e Session du Saint Concile de Trente :

« UT IN PRIMIS GLORIFICETUR DEUS, MERCEDEM QUOQUE INTUENTUR AETERNAM » (D.B. 804) ;

« AFIN QU'EN PREMIER DIEU SOIT GLORIFIÉ, ET QU'ILS AIENT AUSSI EN VUE LA RÉCOMPENSE ÉTERNELLE ».




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Re: Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?

#20 Message par Abbé Zins » ven. 22 mars 2019 22:02

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Le salut est-il la fin suprême de l'homme ?



S ’ Y OPPOSE (Sed contra) :


128. En outre, comme par « Gloire de Dieu » il faut entendre Dieu en Lui-même et pour Lui-même, comme de plus vouloir le bien c'est aimer (cf. S. Th. 1.2. 26,4), il n'est point étonnant que « le plus grand et premier Commandement » (Mt. 22,38) de Dieu, qui ne peut indiquer et ordonner à l'homme que le but le plus grand et le plus élevé, la fin suprême à laquelle doivent tendre toutes ses pensées, affections, désirs et actions, s'énonce ainsi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit » (Mt. 22,37).


« Et nous lisons dans le Cantique des cantiques (2,4) : « Il a ordonné en moi la charité ». Un ordre est en effet nécessaire dans toute affection.» (S. Jérôme in Mt. 10,37)

D'où ces paroles de Notre divin Maître : « Qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille, plus que Moi, n'est pas digne de Moi » (Mt. 10, 37) ; « Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et soeurs, et même son âme, il ne peut être mon disciple » (Lc. 14,26 ; cf. aussi Deut. 33,9) ; « Qui aime son âme, la perdra ; et qui hait son âme en ce monde, la gardera dans la vie éternelle » (Jn. 12,25) ; paroles qui marquent simplement que l'on doit aimer Dieu plus que tout, plus que nos père, mère, conjoint, enfants, frères, soeurs, que nôtre propre âme et son salut (cf. n° 142 ; 219-220).

« Il nous est donc commandé que toute notre attention se porte en Dieu, ce qu'exprime : « de tout ton coeur » que notre intelligence soit soumise à Dieu, ce qu'indique : « de tout ton esprit » ; que notre désir soit réglé selon Dieu, ce que veut dire : « de toute ton âme » ; et que toute notre activité extérieure soit soumise à Dieu, ce qui est aimer Dieu « de toute ta force » (Deut. 6,5), ou « de toute ta vertu » (Mc. 12,30), ou « de toutes tes forces » (Lc. 10,23).» (S. Thomas 2.2. 44,5)



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