L'acte maximal de la Divine Charité envers nous

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Abbé Zins
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Re: L'acte maximal de la Divine Charité envers nous

#31 Message par Abbé Zins » ven. 11 sept. 2015 18:14

Synthèse a écrit :
Pour finir, il convient de nuancer la juste réponse de Si vis pacem, en précisant ce qui suit.

L’Incarnation est en effet infiniment plus qu’une simple venue sur la terre de Notre-Seigneur.

Notre divin Maître aurait pu, ce qui aurait été assurément déjà un don immense, se contenter de prendre une apparence humaine comme l’Ange ayant accompagné Tobie, ainsi que l’ont pensé les hérétiques docètes ; ceci, afin de nous instruire en se mettant déjà ainsi à notre portée.

Le Verbe de Dieu a fait infiniment plus et mieux : Il s’est comme anéanti en prenant réellement chair, en s’unissant hypostatiquement et définitivement à une nature humaine parfaite, douée d’une vraie intelligence, volonté et sensibilité, la personnalité étant celle-là même de la Deuxième Personne de la Très Sainte Trinité : ce qui dépasse infiniment notre compréhension et tout autre don.


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gabrielle
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Re: L'acte maximal de la Divine Charité envers nous

#32 Message par gabrielle » ven. 11 sept. 2015 18:19

Abbé Zins a écrit :
De ce fait, l’Incarnation qui, sans que cela implique un changement en la nature divine en Elle-même, a créé en Dieu une nouvelle relation par l’Union Hypostatique du Verbe avec une nature humaine (...) Tandis qu’entre le Verbe infiniment abaissé en étant devenu homme et l’abaissement surérogatoire de la Passion et de l’immolation en Croix entre deux larrons, il n’y a qu’une distance limitée et finie.
Je ne comprends pas le sens, d'une distance limitée et finie. Sur la Croix, le Dieu-Homme, subit une humiliation extrême, par le fait de l'union hypostatique, c'est donc le même Dieu-Homme qui est suspendu au gibet, que Celui qui s'incarne dans le sein virginal de Marie, pourquoi alors dit-on que c'est une distance limitée et finie ?

Dieu ne crée-t-il pas au moment de la Passion, une nouvelle relation du Verbe avec une capacité humaine... relation cruelle et infiniment distante de son essence ?

Dans l'Évangile, Notre-Seigneur dit : "il n'y a pas de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime.". Comment entendre ce passage Évangélique ?

Jésus marque le don de la vie comme preuve suprême de l'amour... Doit-on entendre ce don dès le moment de l'Incarnation en la Personne du Verbe ? Merci.

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Abbé Zins
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Re: L'acte maximal de la Divine Charité envers nous

#33 Message par Abbé Zins » ven. 11 sept. 2015 18:37

Synthèse a écrit :
Réponses aux difficultés ou objections :


Ad 1. L'objection de SJ ne considère l'acte qu'en sa source, en Dieu même : Tout dans ce que fait Dieu est infiniment charitable car Il est infiniment Bon.

Tandis que l'acte maximal dont il est ici question ne porte point ni sur la nature même de Dieu qui est la Bonté même, ni sur la perfection de ses intentions évidemment infiniment charitables en tout, y compris dans le rejet définitif des damnés (Cant. 8,6), mais sur ses actes mêmes ou oeuvres externes à Lui-même (ad extra).

Certes aussi, comme l'a si profondément exprimé Anne-Marie, Dieu étant Dieu, la bonté infinie étant toujours en acte, tout est charité maximale en Lui. Mais la question présente ne porte pas sur l'acte maximal de Dieu en soi et ad intra, qui est Son Essence même - laquelle est un acte pur permanent et éternel - ; la question porte sur Son acte maximal ad extra envers nous.

Or, en ses actes ou oeuvres externes, Dieu ne produit point des effets ou dons égaux, mais extrêmement variés, complémentaires, hiérarchisés des plus petits êtres (minéral, végétal, animal, spirituel) ou dons jusqu'aux plus sublimes et plus élevés. Et, parmi tous ces effets ou dons, Dieu ne pouvait point en accorder de plus grand que Lui-même, comme l'a du reste fait remarquer ultérieurement SJ ainsi : le don de Lui-même est le don le plus important que Dieu nous fait.

Ce don de l'Incarnation est en outre si grand qu'il n'a point seulement été produit à l'extérieur (ad extra), comme une simple visite ou manifestation divine, mais encore, comme il a été dit plus haut, sans que cela implique un changement en la nature divine en Elle-même, il a établi en Dieu (ad intra) une nouvelle relation par l’Union Hypostatique du Verbe avec une nature humaine qu’Il a créée et assumée hypostatiquement pour l’éternité.

Dieu ne pouvait donc point nous faire de don plus élevé que Lui-même ni plus parfaitement qu'Il ne l'a fait par cette sublime Union Hypostatique.

L'Incarnation est donc bien l'acte maximal de Charité de Dieu vis-à-vis de nous.



Ad 2. Comme l’a expliqué Gabrielle, de toute éternité Dieu aima sa créature, et si la Création est une manifestation merveilleuse de son amour et de sa Bonté dont le propre est de se diffuser, la Rédemption en est une plus grande encore, car pour la Création il a suffit à Dieu de vouloir, tandis que pour la Rédemption, il a fallu une Incarnation douloureuse et une mort sanglante, l’abaissement quasi infini ou comme l’anéantissement du Verbe.

L’Incarnation qui, comme cela a été rappelé dans le corps de la réponse, est à elle seule plus sublime que tout le reste de la Création, est donc une marque d’amour quasi infiniment supérieure à celle de la Création.



Ad 3. Le don que Dieu a fait à chacun de nous, individuellement parlant, de l’avoir pensé de toute éternité et d’avoir créé son âme sans laquelle nul autre don ne pourrait nous être fait, est plutôt le plus fondamental ou radical (pour chacun de nous) que le plus grand ou maximal.

Car en soi, et de manière absolue, le don de Lui-même que Dieu nous a fait par l’Incarnation est infiniment plus grand que le don de nous-mêmes qu’Il nous a fait en nous créant.

A suivre, la réponse ad 4, de loin la plus longue.

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Louis Mc Duff
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Re: L'acte maximal de la Divine Charité envers nous

#34 Message par Louis Mc Duff » ven. 11 sept. 2015 18:48

Saint Thomas, dans son explication sur l'Épître aux Philippiens, dit :

« II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 7) : "Mais il s’est anéanti lui-même en prenant la forme de serviteur, etc.", il exalte l’humilité de Jésus-Christ.
D’abord, dans le mystère de l’incarnation ; ensuite, dans celui de la passion (verset 8) : "Il s’est rabaissé lui-même, etc." (…) 2̊ Quand saint Paul ajoute (verset 8) : "Il s’est rabaissé lui-même etc.", il exalte l'humilité de Jésus-Christ dans le mystère de sa passion. Et d’abord il fait ressortir cette humilité ; ensuite, son mode (verset 8) : "Se rendant obéissant jusqu’à la mort, etc.»

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Laetitia
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Re: L'acte maximal de la Divine Charité envers nous

#35 Message par Laetitia » ven. 11 sept. 2015 18:51

Mais n'y a-t-il pas une distance plus grande encore entre Le Verbe uni au Père et au Saint-Esprit, et son immolation en Croix entre deux larrons ?

Peut-être que le mot mode veut dire que la distance n'entre pas en ligne de compte quand il s'agit de savoir quel est l'acte maximal de la Divine Charité envers nous, et que l'acte maximal est celui qui précède tout mode ?

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gabrielle
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Re: L'acte maximal de la Divine Charité envers nous

#36 Message par gabrielle » ven. 11 sept. 2015 18:55

Doit-on entendre ce don dès le moment de l'Incarnation en la Personne du Verbe ? Quand j'ai vu votre question, je me suis dit : « Sûrement...». Ce mot mode me fait penser au grain de sénevé : tout découle de là. Ainsi de l'Incarnation découle tous les autres actes qu'Il a fait pour nous.

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Abbé Zins
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Re: L'acte maximal de la Divine Charité envers nous

#37 Message par Abbé Zins » ven. 11 sept. 2015 19:15

Synthèse a écrit :
Ad 4. On peut considérer le rapport entre l’Incarnation et la Passion sous un triple point de vue : 1̊ en soi ; 2̊ vis-à-vis de la considération commune des humains ; 3̊ en ce qui concerne le Verbe Incarné, en sa Personnalité divine et en sa nature humaine.

1̊ En soi, comme il a été rappelé dans le corps de la réponse, l’abaissement de l’Incarnation est infiniment plus grand que celui de la Passion, quoiqu’ajouté à celle-là, celle-ci le rende encore plus sublime en fait.

D’où le fait que c’est à la mention de l’Incarnation du Verbe que la Sainte Eglise nous fait agenouiller durant le chant du Credo, tout en poursuivant aussitôt en se relevant : Cruxifixus etiam pro nobis, pour marquer que cet abaissement infini a été encore de fait poussé humainement plus loin par la Très Sainte et hautement bouleversante Passion.


Une saisissante comparaison va aider à mieux saisir ce caractère infiniment plus grand. Le Verbe Incarné ayant voulu sous l’inspiration du Saint-Esprit être comparé (Is. 41,14 ; Job 25,6) et se comparer Lui-même (Ps. 21,7) à un ver de terre, appliquons par analogie cette déjà fort expressive comparaison
à l’acte de l’Incarnation et à celui de l’Immolation en Croix.

Si vous-mêmes, pour le salut de vos frères et soeurs, aviez à devenir un ver de terre, quel abaissement de vous-mêmes vous paraîtrait-il le plus grand : être devenu ver de terre, ou être ensuite en outre écrasé sous un pied ?

Or, de nous au ver de terre, la distance est finie, limitée, de créature à créature ; tandis que du Verbe éternel à nous, il y a la distance infinie du Créateur aux créatures, de l’Eternel au temporel, du Tout-Puissant à l’impuissant, du Très-Haut au terre à terre !


En outre, l’Immolation en Croix n’a été qu’un acte passager, aux effets salutaires certes éternels et en étant sans cesse actualisé sur les Autels par la Sainte Messe ici-bas, tandis que l’Incarnation est en soi-même un état durable pour l’éternité, qui fait et fera pour l’éternité les délices ineffables des Bienheureux.


2̊ Toutefois, quant à la considération commune des humains, que l’abaissement quasi infini de l’Incarnation et le quasi anéantissement en cela du Verbe de Dieu dépasse complètement, l’abaissement de la Passion sublime fortement et très expressivement celui de l’Incarnation en y ajoutant humainement parlant ce qui est le plus sublime parmi les humains : donner sa vie pour ceux que l’on aime.

Néanmoins, le Verbe de Dieu n’a-t-il pas donné encore infiniment plus que sa vie humaine en se donnant Lui-même, en tant que Dieu, par l’Incarnation ?

En cette optique, la si terriblement douloureuse Passion et Immolation en Croix est très adaptée à notre mentalité humaine pour nous aider à entrevoir au moins quelque peu l’immensité d’Amour que comporte l’acte infiniment supérieur encore de l’abaissement quasi infini de l’Incarnation et le quasi anéantissement en cela du Verbe de Dieu !



3̊ Enfin, en l’optique qui concerne le Verbe Incarné en sa Personnalité divine et en sa nature humaine, l’Incarnation est l’acte maximal de la Charité Divine envers nous, mais la Passion et l’Immolation en Croix est l’acte maximal de la Charité envers nous du Christ-Jésus en sa nature humaine.

Par là se vérifie de quelque manière ce qu’a justement énoncé Anne-Marie, à savoir que l'Incarnation et la mort sur la Croix ne font qu'un sous cet angle de considération, la première comme le fondement infiniment élevé, la seconde comme son prolongement et comme sa pointe de paroxysme dans la manifestation de la Charité Divine du Tout-Puissant envers sa petite créature.

Ce que la Divine Providence a voulu discrètement mais très puissamment insinuer par le fait que l’Immolation en Croix du Vendredi Saint a eu lieu le 25 mars de l’An de Grâce 33, au jour anniversaire même du Fiat de Notre Dame et de l’Incarnation par la mystérieuse Conception miraculeuse opérée par le Saint-Esprit dans le sein de la Toujours Vierge devenue ainsi la Mère de Dieu le Verbe en sa nature humaine.


En outre, après s’être comme anéanti en se faisant petit Poupon, et auparavant tout petit embryon, le Verbe Incarné s’est encore plus abaissé en ayant voulu se faire encore plus petit dans la Très Sainte Eucharistie, en sorte de pousser son excès d’Amour jusqu’à se faire notre nourriture sacramentelle et spirituelle, nous accordant par là une grâce se rapprochant quelque peu de celle de Notre Dame, devenue pendant neuf mois un ciboire vivant !

De même que la Très Sainte Trinité daigne faire spirituellement sa demeure en l’âme en état de grâce.

Aussi n’est-ce point fortuitement que le Très Saint Sacrement est également nommé la Sainte Hostie, donc la Sainte Victime : Victime d’Amour, Victime volontaire de son infinie Charité ! Et par là est répondu aussi ad 6.


Si vis pacem
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Re: L'acte maximal de la Divine Charité envers nous

#38 Message par Si vis pacem » ven. 11 sept. 2015 19:22

Monsieur l'abbé, que puis-je vous dire d'autre si ce n'est... Merci ! Oui, merci monsieur l'abbé de vos explications si claires.

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gabrielle
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Re: L'acte maximal de la Divine Charité envers nous

#39 Message par gabrielle » ven. 11 sept. 2015 19:23

TE DEUM LAUDAMUS TE DOMINUM CONFITÉMUR. ET VERBUM CARO FACTUM EST ! Merci, M. l'abbé pour ces explications si claires sur un sujet si difficile.

Anne-Marie
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Re: L'acte maximal de la Divine Charité envers nous

#40 Message par Anne-Marie » ven. 11 sept. 2015 19:27


ET LE VERBE S'EST FAIT CHAIR...
ACTE MAXIMAL DE DIEU ENVERS NOUS ;

ET LE CHRIST
S'EST FAIT OBÉISSANT JUSQU'À LA MORT DE LA CROIX...


ACTE MAXIMAL DE JÉSUS-CHRIST ENVERS NOUS. Merci M. l'abbé.

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