LES ACTES D'AMOUR DE DIEU d’apprès saint Thomas, par l’Abbé CHATEL

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LES ACTES D'AMOUR DE DIEU d’apprès saint Thomas, par l’Abbé CHATEL

#1 Message par InHocSignoVinces » dim. 17 mai 2020 20:38

LES ACTES D'AMOUR DE DIEU d’apprès saint Thomas

par l’Abbé CHATEL
Revu et augmenté par le Père Eugène Prévost de la Cong. de la Fraternité Sacerdotale



NIHIL OBSTAT
Issiaei prope Parisios, die 30 Novembris 1933
P. Pourrat, c. d.


IMPRIMATUR
Lutetiæ Parisiorum, in vigilia Nativitatis D. N. J. C. die 24 Decembris 1933

V. Dupin, v. g.



Le plus puissant moyen de sanctification

LES ACTES D’AMOUR DE DIEU
d’après Saint Thomas


La fin de la vie spirituelle est l’union de l’homme avec Dieu, laquelle s’opère par la charité.
(S. Thomas, 2. 2. q. 44, a 1)



I. — Nature et excellence des actes d’amour de Dieu


Nature de la charité.

« Le plus grand et le premier commandement, a dit Jésus, est celui d’aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre coeur, et de toute notre âme, et de tout notre esprit1 », c’est-à-dire de tout notre être intérieur et au plus haut degré.

Par conséquent, la première en dignité et la plus grande des vertus chrétiennes est la charité. Elle est, dit saint Thomas : « une certaine participation de l’infinie charité, qui est le Saint-Esprit 2 ».


1 Matth., xxii, 37, 38.
2 2. 2. q. 24, a. 7.


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Re: LES ACTES D'AMOUR DE DIEU d’apprès saint Thomas, par l’Abbé CHATEL

#2 Message par InHocSignoVinces » lun. 18 mai 2020 19:45

Les théologiens définissent la charité quant à son objet matériel principal, qui est Dieu : une habitude surnaturelle infuse, qui nous incline à l’aimer par-dessus tout pour lui-même, c’est-à-dire à cause de ses infinies perfections ou de l’excellence de son être 1.


1. L’objet matériel secondaire de la charité est le prochain et nous-mêmes. — On entend par habitude une qualité consistant dans une disposition permanente à agir d’une certaine manière. — On distingue, en théologie, les habitudes acquises ou naturelles, qui naissent de la fréquente répétition des mêmes actes, et donnent le pouvoir de les faire facilement ; et les habitudes infuses ou surnaturelles, dont Dieu seul est l’auteur, et qui donnent le pouvoir de faire des actes au-dessus de la nature. Les habitudes infuses, tout en inclinant le chrétien aux actes qui leur sont propres, ne les lui facilitent pas, parce quelles laissent subsister la concupiscence et les habitudes vicieuses acquises, ce qui explique la grande difficulté pour bien des âmes en état de grâce, de résister à la violence de leurs passions. C’est la répétition des actes qui permet aux habitudes infuses de les produire facilement.

Sont des habitudes infuses : a) la grâce sanctifiante, qui donne un nouveau mode d’être à notre âme, en la rendant participante de la nature divine ; b) les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité ; c) toutes les vertus morales, car, dit le Catéchisme du Concile de Trente (De baptismi sacramento, n. 51), à l’infusion de la grâce dans le baptême s’ajoute celle de toutes les vertus ; d) les dons du Saint-Esprit, lesquels, dit saint Thomas, disposent l’homme à suivre promptement les inspirations divines. (1. 2. q. 68, a. 3.)

Les vertus infuses émanent physiquement de la grâce sanctifiante : la foi dans l’intelligence ; l’espérance et la charité dans la volonté ; certaines vertus morales, comme la tempérance et la force, même dans l’appétit sensitif ; les dons du Saint-Esprit : quatre dans l’intelligence et trois dans la volonté.


Nous pouvons augmenter en nous la grâce sanctifiante et aussi les autres dons infus : par tous les actes bons faits librement et en état de grâce, avec une intention surnaturelle ; par la fréquente réception des sacrements.

Cette intéressante mais difficile question des habitudes infuses, trop peu connue, est très importante, car d’abord les dons infus constituent notre organisme surnaturel ; ensuite nous n'aurons dans le ciel, en habitudes, que les degrés acquis pendant cette vie ; nous devons donc nous efforcer de les multiplier le plus possible, afin d’augmenter, autant qu’il dépend de nous, notre gloire et notre béatitude éternelles, et la gloire que nous procurerons à Dieu pendant les siècles des siècles. (Cf. Ripalda : De Ente supernaturali.)


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#3 Message par InHocSignoVinces » ven. 22 mai 2020 17:03

Ce qui constitue donc essentiellement la charité, c’est : le motif, et non l’intensité, de
l’amour qu’on a pour Dieu ;
la disposition de tout sacrifier, même la vie, plutôt que de commettre le péché mortel, car il est seul essentiellement contraire à la charité, puisqu’il en dépouille les âmes ; le péché véniel a seulement pour effets, suivant saint Thomas, de diminuer la ferveur de ses actes, d’empêcher le prompt essor du coeur vers Dieu, et de disposer les âmes à la perte de la charité 1.


A SUIVRE...


1. 2. 2. q. 24, a. 10 ; 3 p. q. 79, a. 4, et q. 84, a. 1. — Les péchés véniels, quel que soit leur nombre, ne causent aucune diminution intrinsèque de la grâce sanctifiante, de la charité et des autres vertus infuses. C’est ce qu’enseignent tous les théologiens, à l’exception du Docteur extatique, Denys-le-Chartreux.

Ecoutons Suarez : « Il faut dire que la grâce et la charité ne peuvent diminuer. Je regarde cette assertion comme si certaine, que la contraire n’est ni probable, ni vraisemblablement soutenable, d’abord à cause du sentiment commun des théologiens qui la défendent, en premier lieu saint Thomas : 2. 2. q. 24, a. 10. » (De gratia habituali, 1. 11, c. 8, n. 7.) Dieu seul peut diminuer les habitudes infuses, comme lui seul peut les produire et les détruire en cessant de les conserver dans l’existence ; or, s’il punissait les péchés véniels par une diminution de grâce et de charité, ils finiraient, à force de se multiplier, par en priver totalement les âmes, ce qui est contraire à la doctrine de l’Église.


« Et puis, une diminution de grâce et de charité serait un châtiment trop grand pour être proportionné à des fautes légères, car : a) le moindre degré de grâce et de charité est un bien surnaturel inestimable, puisqu’il mérite la vie éternelle ; b) à la diminution de grâce et de charité correspondrait, après cette vie, une diminution proportionnelle de perfection de la béatitude essentielle, c’est-à-dire de la vision et de l’amour béatifiques ; or, cette diminution constituerait une certaine peine éternelle du dam. Comme le dit saint Thomas à propos de cette question : « Celui qui commet une petite faute ne mérite pas de subir un grave dommage.» (2. 2, q.--24, a. 10.)

Quoique le péché véniel ne mérite pas une diminution de grâce et de charité, le chrétien doit être fermement résolu à tout souffrir, même la mort, plutôt que de le commettre. « Il n’est pas une offense de Dieu, dit sainte Thérèse, qui ne soit grande, dès lors qu’elle est commise contre une Majesté infinie et sous ses yeux. C’est là, je crois, un péché prémédité ; c’est comme si l’on disait à Dieu : « Seigneur, bien que cela vous déplaise, je ne laisserai point de le faire ; je vois que vous le voyez, je sais que vous ne le voulez pas, et je le comprends, mais j’aime mieux suivre mon caprice et mon goût que votre volonté. » Et un péché de cette sorte serait peu de chose ! Non, non, je ne le crois pas ; la faute pourra être légère, mais il est mal, très mal de la commettre... L’âme qui aime Dieu se sent résolue à ne commettre pour rien au monde un seul péché. » (Le chemin de la perfection ; édit. Bouix-Peyré ; ch. 43.)

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#4 Message par InHocSignoVinces » lun. 25 mai 2020 21:55

Motifs de la charité.


L’amour de Dieu pour lui-même par-dessus toutes choses, s’appelle amour de bienveillance, amour d’amitié, amour parfait, charité, charité parfaite. L’amour de Dieu pour nous plutôt que pour lui-même, comme moyen d’acquérir le ciel ou d’éviter l’enfer, porte le nom d’amour de concupiscence ou d'espérance, et se confond, dit saint Thomas, avec la vertu théologale d’espérance 1. L’amour de Dieu motivé par les bienfaits reçus de lui se nomme amour de reconnaissance, et appartient, selon le saint Docteur, à la vertu morale de religion 2.


C’est ordinairement de l’amour de concupiscence et de reconnaissance que naît la charité parfaite. On doit même soutenir que la bonté de Dieu à notre égard en est la condition préalable, car l'amour suppose que l’objet aimé est notre bien, c’est-à-dire s’harmonise avec notre nature, nos besoins et nos aspirations. C’est pourquoi : « Si, par impossible, dit saint Thomas, Dieu n’était pas le bien de l’homme, l’homme n’aurait pas de raison de l’aimer 3. » Ontologiquement, on entend ce qui convient à quelqu’un ou à quelque chose.


Subordonné à l'amour de Dieu pour lui-même, l’amour de soi qu’a tout homme par une nécessité physique et psychologique de son être, n’est donc pas déréglé et s’allie avec la charité parfaite. L’amour de concupiscence doit même s’unir dans tout coeur à l’amour de charité. « Puisque Dieu, dit un théologien moderne, est et veut être en même temps et le souverain Bien en lui-même et notre souverain Bien à nous, il n’y a pas de raison pour laquelle nous ne puissions, et même nous ne devions l’aimer sous ce double point de vue 4. » Aussi Innocent XII a-t-il condamné cette proposition de Fénelon : « Il existe un état habituel d’amour de Dieu, qui est la charité pure et sans aucun mélange de motif d’intérêt propre. Ni la crainte des châtiments, ni le désir des récompenses n’y ont plus de part. On n’aime plus Dieu pour le mérite, ni pour la perfection, ni pour la félicité qu’on trouvera dans son amour 5.»


1 2. 2. q. 17, a. 8.
2 Ibid., q. 106, a. 1.
3 2. 2. q. 26, a. 13.
4 Pesch : Prælectiones dogmaticæ ; 4* édit. ; t. 8, n. 553.
5 Cf. Denzinger-Bannwart : Enchiridion Symbolorum ; 10* édit. ; n. 1327.



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