Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

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Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

#21 Message par Laetitia » ven. 20 déc. 2019 15:35

VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.

CHAPITRE V.

Correspondance.

Désolations. - Les éclats de rire et les larmes. - Le bon prêtre.- Vous êtes bienheureuse ! - Les gloires de la souffrance. - Les joies de la méditation. - Communion et bonheur. - Quand il ne faudrait qu'un Ave Maria !

N'allons pas croire toutefois que Lidwine soit déjà arrivée, et encore moins qu'elle soit arrivée sans peine et sans combat à une perfection sans nuage. Les saints ne sont pas d'une autre nature que nous et Dieu en soit loué ! S'ils nous apparaissaient toujours comme des êtres surhumains, étrangers à toutes nos faiblesses ; si nous ne les apercevions jamais que dans l'éblouissante et lointaine splendeur d'une sainteté consommée dès le premier instant, qui donc oserait, sans se sentir écrasé, s'arrêter seulement à la pensée de s'élever jusqu'à eux ! Nous avons besoin de les voir de près, de les rencontrer marchant dans les mêmes sentiers que nous, avec les mêmes misères et les mêmes défaillances. C'est en voyant leurs luttes et en entendant leurs gémissements ; c'est en touchant leurs plaies que, saintement enthousiasmés, nous nous disons : « Nous aussi, allons avec eux ! » C'est leur faiblesse qui fait notre force ; ce sont leurs imperfections qui nous encouragent à leurs vertus !

Lidwine paya donc, elle aussi, son tribut à l'humanité. Au commencement de ses épreuves, malgré toute sa piété, il lui en coûta excessivement pour se dominer. Plus d'une fois, sa patience se démentit. Elle avait certains jours comme des accès de tristesse ou de découragement et alors, trop souvent, elle entrait dans de cruelles désolations. Un jour, par exemple, de son lit, elle entendit des éclats de rire au dehors. C'étaient de jeunes filles qui, presque à sa porte, se livraient à une bruyante joie. Cette joie lui fit mal. Son imagination lui retraça aussitôt son douloureux état. « Ah ! pour moi, se dit-elle, plus d'amusements, plus de joyeux rires ! pour moi, plus d'espérance, plus de guérison ! Demain, après-demain, toujours, ce sera la souffrance ! la souffrance jusqu'à la tombe ! et l'isolement et l'oubli par-dessus ! » Et elle se mit à pleurer; elle pleura avec une effusion, avec une amertume qui navraient le cœur. Bien d'autres fois, elle pleura ainsi !

Ces désolations durèrent pendant les quatre premières années. Sans doute, alors qu'elles se renouvelaient, on accourait près d'elle. C'était son vieux père, sa vieille mère qui, avec toute la tendresse de leur cœur, essayaient de la consoler. C'étaient quelques-unes de ses compagnes, moins oublieuses et plus charitables ; c'étaient des voisins et des parents qui venaient, qui lui disaient tout ce dont ils étaient capables pour relever son courage, pour faire diversion à ses douleurs. Mais rien ne réussissait. Souvent même, loin de la soulager, les consolations lui étaient à charge. Qu'est-ce que les consolations humaines, quand elles ne peuvent guérir, quand elles ne changent rien à nos maux ? Lidwine se désolait toujours. On l'entendait parfois, du fond de son angoisse, mêler à ses sanglots les plus lamentables plaintes. « Mon Dieu ! s'écriait-elle avec un accent plein de déchirement, mon Dieu, pourquoi n'avez-vous pas pitié de moi ? Mes jours et mes années sont des tortures; ma vie n'est qu'une affreuse mort qui se prolonge ! C'est trop me faire souffrir ! Oh ! je suis trop malheureuse !Qui donc est châtié, qui donc est humilié comme moi ? Mon Dieu ! mon Dieu ! mettez fin à vos rigueurs, ou au moins pourquoi ne m'aidez-vous pas ?

Ces quatre années furent ainsi quatre années bien difficiles. C'était l'essai du martyre, le noviciat de la douleur !


Mais le jour des vraies consolations était proche. Lidwine allait enfin entendre la parole qui embaume toutes les souffrances et les rend suaves et glorieuses. Elle allait s'unir à Dieu, à Dieu tout seul, à Dieu tout entière et sans réserve, mais d'une union qu'elle n'avait pas connue jusque-là et, dès lors, Dieu allait lui parler au cœur ; il allait, par de saints enivrements, surabondamment récompenser sa fidèle et bien-aimée servante.


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#22 Message par Laetitia » sam. 21 déc. 2019 14:59

Un prêtre donc vint un jour visiter Lidwine. C'était un saint ecclésiastique, un de ces prêtres animés de l'esprit de Dieu, qu'une douce charité embrase et que les larmes et le malheur attirent, comme on dit que des chants plaintifs attirent certains oiseaux du ciel; une de ces âmes que Dieu prend dans ses trésors et semble avoir faites des splendeurs de sa bonté, pour leur donner ici-bas la plus douce et la plus glorieuse de toutes les missions, la mission de consoler !

En présence de Lidwine, du premier coup d'œil, l'homme de Dieu, profondément touché de compassion, avait mesuré toute l'immensité de son infortune. Mais plein d'expérience, il avait bien vite compris aussi ce qui manquait à cette âme d'élite, ce qui pouvait seul lui donner toute sa beauté : « Mon enfant, lui dit-il avec une paternelle douceur, vos maux sont inouïs. Tout le monde assurément vous plaint, s'attriste sur vous. Et moi, savez-vous ce que je pense ? Vous, mon père ? répond Lidwine étonnée; vous qui êtes bon, sans doute comme tout le monde, vous pensez que je suis bien à plaindre ! - Eh bien ! détrompez-vous; je suis loin de parler, loin de penser comme le monde. Moi, je pense que vous êtes bienheureuse ! - Comment ! s'écria Lidwine avec une visible émotion, moi bienheureuse ! moi, clouée sur ce lit et pour toujours, broyée par la douleur et dans tous mes membres ! - Oui, vous-même ! Oh ! sans doute, mon enfant, plus que personne je compatis à toutes vos cruelles souffrances ! Mais je vois en vous l'âme chrétienne, l'amante et l'épouse de Jésus-Christ, et voilà pourquoi, plus vos maux sont horribles, plus je me crois en droit de m'écrier : Vous êtes bienheureuse ! Ah! si vous le saviez ! la souffrance chrétienne, mon enfant, c'est le christianisme, c'est l’Évangile tout entier, car c'est la foi qui adore, c'est l'espérance qui attend et se réjouit, c'est l'amour qui s'immole ! Ou plutôt, c'est Jésus-Christ lui-même qui vient à vous, qui vous prend, qui vous met sur une croix pour que vous lui ressembliez, et qui voulant faire resplendir en vous toutes les magnificences de l'âme, vous façonne en quelque sorte par la douleur comme l'artiste façonne avec le ciseau le chef-d'œuvre qu'a rêvé son génie ! Par la souffrance, il vous purifie des moindres taches du passé ; il sauvegarde, il glorifie le présent et l'avenir, il vous donne comme un nouveau baptême d'innocence, il pare votre front de toutes les gloires de la vertu et il vous ouvre le ciel ! - Ah ! mon père, reprit Lidwine, je le comprends, vous aviez raison de m'appeler bienheureuse. Mais souffrir n'est pas assez; vous l'avez dit, il faudrait souffrir chrétiennement, souffrir avec soumission et patience, même avec amour, et ce qui me désole, c'est que je ne puis y réussir ! »

Alors le saint prêtre parla de la passion du divin Maître. Il en parla avec sa foi, avec son cœur. Il en fit ressortir les ineffables exemples, les leçons sublimes comme les divins encouragements. Surtout en concluant, et c'était le but qu'il avait voulu atteindre, il en recommanda la méditation fréquente. « Lidwine, lui dit-il, voilà ce qu'il vous faut, voilà ce qui vous manque. Si vous voulez arriver à la patience et glorifier vos douleurs, méditez cette adorable passion de Jésus; méditez-la souvent, presque sans cesse ; c'est le moyen tout-puissant. »

Lidwine, à la suite de cet entretien, se sentit tout encouragée. Elle se mit bien vite à essayer la méditation. Mais quelle ne fut pas sa déception ! cet exercice qu'on lui avait tant vanté lui sembla insipide, impossible presque. De dépit, au bout de quelque temps, elle le laissa. En revanche elle revint à ses lamentations, à ses plaintes ; ses larmes recommencèrent à couler.

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#23 Message par Laetitia » lun. 23 déc. 2019 17:43

Heureusement le pieux prêtre ne tarda point à revenir. « Eh bien ! lui dit-il, mon remède a-t-il produit son effet? – Non, mon père, répondit-elle avec franchise. C'est peut-être bien une fort bonne chose que la méditation pour ceux qui savent la faire ; quant à moi, je n'y entends rien. J'ai beau vouloir m'occuper des souffrances de Jésus, j'en reviens toujours à méditer les miennes et je les trouve si insupportables que celles de mon bon Maître me touchent peu. - Et ainsi, reprit vivement le prêtre, vous allez de prime abord vous laisser abattre ? Mais ne savez-vous donc pas qu'il n'y a ici-bas point d'entreprise qui ne demande de la peine, point de difficulté dont ne triomphe une opiniâtre volonté ? Ne faut-il pas briser l'écorce avant de manger le fruit ? Est-ce donc au premier coup de la verge de Moïse que l'eau jaillit du rocher ? – Mais, mon père, ajouta la pauvre malade, comment donc voulez-vous que je fasse ? M'est-il possible de méditer avec les tortures que je subis, avec les larmes que m'arrachent incessamment ces tortures ? – Oui, Lidwine, oui, vous dis-je ! essayez, persévérez, et je vous le jure, bientôt vos larmes tariront ; bientôt, en contemplant les douleurs de Jésus, vous ne sentirez plus les vôtres ! Vous ne regretterez plus ce que vous pleurez si amèrement, santé, jeunesse, beauté peut-être, toutes ces joies de la vie qui se sont envolées pour faire place à la souffrance ! Vous n'apprécierez, vous n'aimerez que Jésus crucifié !

« Ah ! quand vous le verrez si pauvre, lui à qui appartiennent la terre et les cieux, si pauvre d'amis, d'honneur, de consolation alors que tout l'abandonne ou l'outrage, si pauvre de toute chose alors qu'il n'a qu'un gibet pour lit de mort, que du fiel pour adoucissement à son agonie, pourrez-vous vous attrister de vos délaissements et de vos privations ?

« Lui, mon enfant, lui, l'éternelle Beauté, lui si bon et si doux, quand vous le verrez, tout couvert d'horribles plaies, le front déchiré sous une couronne d'épines, les yeux éteints dans le sang, les lèvres meurtries, la poitrine ouverte, les pieds et les mains enchaînés à la douleur par d'énormes clous; quand vous le verrez, lui à qui tout doit obéir, obéissant non-seulement à Dieu son Père qui l'accable, mais aux juges iniques qui le condamnent, aux soldats qui le bafouent, aux bourreaux qui le torturent, au peuple qui le maudit ; obéissant sous le fouet, sous la pourpre, sous les soufflets et les crachats,sans révolte, sans murmure, sans plainte ; obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix, ah! ne vous dira-t-il rien ? ne vous sentirez vous pas attendrie ? ne commencerez-vous pas à vous oublier vous-même ?

« Et surtout, Lidwine, quand vous aurez compris par la méditation le mot qui explique ces tourments et cette mort, le mot qui explique tout, ce mot ineffable : Je vous aime ! Quand vous aurez entendu le Sauveur, du haut de sa croix, vous dire au cœur : « Regarde-moi, moi ton Dieu, moi, l'Éternel, me voilà devant toi agonisant, devant toi expirant, devant toi et pour toi, car je t'aime! » Ah ! croyez-vous que votre cœur résiste à tant d'amour ? Vous aimerez, Lidwine, Vous aimerez Jésus de toute votre âme et alors, en lui, pour lui, comme saint Paul, comme tous les saints, vous aimerez vos infirmités, vos plaies, toutes vos souffrances ; vous y trouverez votre gloire et votre bonheur. Encore une fois, méditez ! »

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#24 Message par Laetitia » lun. 23 déc. 2019 17:44

A partir de ce jour, Lidwine se montra sérieusement généreuse. La croix devint son livre de tous les instants, le Calvaire son école de chaque jour. Aussi eut-elle bientôt appris de Jésus l'alphabet de la science des saints. Puis, le temps pascal arriva. Un matin, la petite chambre prit un air de fête. Le bon prêtre allait revenir, il revint. Mais cette fois, il n'était pas seul, Dieu venait avec lui ! Tous étaient à genoux, et la vierge crucifiée adorait avec ferveur quand le Sauveur entra. « Lidwine, lui dit le prêtre avec une indicible émotion et lui montrant dans ses mains la blanche et divine Hostie ; Lidwine, jusqu'à présent, c'est moi qui vous ai parlé des douleurs et de l'amour du bon Maître. Mais aujourd'hui, mais en ce moment, c'est lui-même qui vient vous enseigner. C'est lui, lui qui a tant souffert et tant aimé, lui le crucifié de l'amour, c'est lui-même qui vient vous visiter, qui vient vous consoler sur votre lit d'angoisse, qui vient vous aimer jusqu'à s'unir à vous. Oh ! ouvrez-lui bien votre âme,toute votre âme, écoutez bien son amour; il vous dira au cœur que si vous restez et mourez avec lui, comme lui, sur la croix, bientôt comme lui, avec lui vous ressusciterez dans la gloire ! » Et il lui donna l'adorable Hostie. Que s'était-il alors passé ? Qu'avait dit Jésus au cœur de la vierge ? car Lidwine, au même instant, avait éclaté en sanglots. Elle pleura, elle ne fit presque que pleurer pendant bien des jours. Heureuse crucifiée ! cette fois elle pleurait d'amour et de bonheur.

C'en était fait ; la grâce avait triomphé. Lidwine devint en peu de temps une amante passionnée du Dieu en la croix. Le jour, la nuit, à toute heure, elle ne voyait plus que Jésus. Le jour s'en allait trop vite, les nuits n'étaient pas assez longues, tant elle trouvait de délices à s'occuper de son crucifié Jésus ! On ne la reconnaissait plus. Plus de désolations, plus de plaintes. Son état empirait ; la corruption, les vers, les tortures se multipliaient. que lui importait ? ou plutôt, la corruption, les tortures, les vers, elle les appelait sa joie, elle allait jusqu'à supplier son Dieu de les multiplier encore !

« Oh! n'est-ce pas, lui dit-on un jour, vous voudriez bien être guérie ? - Non, non, répondit-elle, et ne fallût-il qu'un Ave Maria peur obtenir ce miracle, je me garderais bien de le dire ! Ah ! ne plus souffrir avec mon Jésus ! mais ce serait ma souffrance la plus amère ! »

Dieu en soit béni ! Les douleurs d'ici-bas sont comme les flots de l'océan. Elles perdent leur amertume à mesure qu'elles montent vers le ciel !

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#25 Message par Laetitia » jeu. 26 déc. 2019 22:43

VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.

CHAPITRE VI.

État surnaturel.

Les souffrances se multiplient. - La princesse Marguerite vient avec son médecin. - Plus de sommeil, plus d'aliments, plus de breuvage; existence merveilleuse.- On fait enquête sur enquête. - Soldats montant la garde autour du lit de la vierge. - Vous faites semblant de vivre sans manger. - Procès-verbal.

Une fois entrée dans cette admirable voie, Lidwine ne marcha plus qu'à grands pas vers la perfection. L'humilité, la douceur, l'abnégation, la piété, toutes les vertus venaient, pour ainsi dire, se grouper autour de son angélique patience, comme attirées par elle. Aussi Dieu semblait-il se plaire à multiplier dans sa servante, des souffrances si glorieusement fécondes. L'état de Lidwine devenait en effet de plus en plus effrayant. On ne pouvait plus suffire à extirper les vers qui la dévoraient toute vive. La putréfaction dès lors avait fait des ravages tels qu'il avait fallu en venir à l'application constante, sur son ventre, d'un coussin de laine afin d'empêcher les entrailles de sortir. On était même réduit, quand on voulait lui faire subir un mouvement quelconque, à lier solidement avec des bandelettes ses membres entr'eux, ses épaules surtout, autrement son corps eût menacé de s'en aller lambeau par lambeau !

En face de tant de misère, on essaya de revenir aux ressources de la science, on alla jusqu'au médecin de Marguerite de Hollande. Cette princesse, de son côté, désirait voir Lidwine dont la voix publique lui avait déjà raconté d'étonnantes choses. Elle vint à Schiedam, amenant elle-même son docteur. Ce fut en vain. L'habile praticien ayant compris que la gangrène était à l'intérieur, fit une large incision, mit tous les intestins au dehors, sépara ce qui était corrompu, replaça le reste, déclara même à ses confrères présents qu'il avait reconnu, en faisant son opération, que les vers se formaient dans l'épine dorsale, ajouta encore que,fatalement, de nouvelles maladies allaient survenir et que la patiente serait bientôt dans l'impossibilité absolue d'user d'aucun aliment. Mais là s'arrêta sa science. Il quitta la pauvre crucifiée, édifié de sa vertu et désolé de son impuissance à la guérir.

Après lui, vinrent bien d'autres médecins. Il en venait même de fort loin, se présentant sans être appelés, la plupart dans le but d'étudier une si étrange complication de maux, quelques-uns avec la persuasion ingénue qu'ils apportaient la guérison. Bien qu'elle sût que son état de souffrance était la voie par laquelle il plaisait à Dieu de la conduire au ciel, et que tout, dès lors, était inutile, Lidwine cependant se prêtait à leurs expériences. C'était chez elle humble piété et charité touchante; elle ne voulait ni contrister ceux qui lui témoignaient de l'intérêt, ni scandaliser personne en paraissant présomptueusement compter sur une guérison miraculeuse. Mais au fait, tous ces médecins, le plus souvent, ne réussissaient, par leurs tentatives, qu'à multiplier ses douleurs.

Quoi qu'il en soit, le mal progressait. La fièvre, déjà si violente , prenait désormais un caractère étrange; tantôt elle s'annonçait par un froid glacial qui ensuite faisait place à des ardeurs intolérables ; tantôt c'était ce froid convulsif qui succédait lui-même à cette dévorante chaleur. Puis, à tous ces maux, vint s'ajouter une hydropisie excessivement grave et qui ne devait pas avoir de terme. Déjà d'ailleurs se réalisaient, par rapport à la nourriture, les prévisions du médecin de Marguerite. Jusque-là, depuis sa maladie, Lidwine avait pu prendre - dans le principe, un peu de pomme, cuite et desséchée; quelquefois même avec une extrême difficulté, une bouchée de pain trempé dans du lait;-plus tard, seulement un peu de sucre ou de cannelle ;-bientôt, pas autre chose qu'une gorgée d'eau légèrement étendue de vin. Mais à présent, toute nourriture lui devenait impossible et pour le reste de ses jours. Pendant les vingt dernières années de sa vie, elle ne prit absolument aucun aliment ni aucun breuvage.

ll faut en dire autant du sommeil; il était complètement nul. Pendant quelque temps, il est vrai, elle avait eu à lutter contre d'impérieuses tendances l'assoupissement, chaque fois qu'elle voulait ou faire oraison, ou s'unir au divin sacrifice. Ce n'était qu'un piège du tentateur pour la troubler. « Dormez, lui avait bien vite répondu son prudent confesseur, dormez sans résistance toutes les fois que le besoin s'en fera sentir, et laissez là vos exercices pieux, vous les reprendrez ensuite. » Le sommeil, en effet, ne revint plus. En trente ans elle ne dormit pas la valeur de trois nuits, comme en trente ans elle ne mangea pas ce qui eût à peine suffi pour nourrir un homme pendant trois jours.


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#26 Message par Laetitia » ven. 27 déc. 2019 22:45

Ainsi devait désormais se prolonger cette extraordinaire vie - dans la douleur, dans l'insomnie, dans l'abstinence totale d'aliments. Notons qu'à cette abstinence se joignaient les accidents dont nous avons parlé plus haut. Les vomissements, les pertes énormes de sang avaient lieu sans interruption; les vers se nourrissaient toujours de cette chair que plus rien n'alimentait, et la putréfaction ne cessait pas ses ravages ; putréfaction bien étrange, elle aussi, nous tenons à le signaler, car de toutes ces plaies, de toute cette corruption, nulle infection ne s'exhalait; il n'en sortait, disent les historiens, qu'une très-agréable odeur.

Mais, arrêtons-nous un instant. Nous touchons à des faits d'un ordre supérieur, à des faits merveilleux, en dehors des lois ordinaires,à des faits surnaturels en un mot. Il est rare que de tels faits ne rencontrent pas l'hésitation, le doute, le sourire peut-être et le dédain railleur d'une trop prompte incrédulité. Nous disons : « Cette femme que vous voyez là sur ce lit, elle ne mange plus, et cependant, elle vit ! Voilà vingt ans qu'elle s'abstient totalement de nourriture, et cependant, depuis vingt ans, elle subit journellement d'énormes pertes de sang, elle est la proie d'une effrayante hydropisie. » Alors on s'écrie : « Mais comment croire et à une telle abstinence, et à une telle vie ? mais, tout ce que vous nous dites là, c'est tout simplement impossible, ridicule, absurde. »

Et nous en convenons. Nous convenons que ce que nous disons est tout à fait impossible, tout à fait absurde, si ce n'est pas un peu surnaturel, Nous disons, tout le monde dira avec nous : « De deux choses l'une : ou c'est une imposture, ou c'est un miracle; il n'y a pas de terme moyen.» Restons donc au pied de ce lit, la vérité va nous y apparaître ; deux simples réflexions vont suffire à nous la révéler, les deux réflexions que voici : Les faits dont il s'agit sont-ils possibles ? Sont-ils réels ?

Premièrement : cette abstinence et cette vie, c'est à-dire ces faits extraordinaires qui nous occupent, sont-ils possibles ? en d'autres termes, Dieu peut-il les opérer ? Et on le sent, poser ainsi la question, c'est la résoudre ; qui donc oserait mettre en doute ou circonscrire dans des limites la puissance de Dieu ? N'a t-il pas, des profondeurs même du néant, fait jaillir d'un seul mot, des torrents de vie ? N'est-ce pas lui qui a créé, comme en se jouant, la terre et les cieux ? Lui serait-il donc plus difficile de conserver une existence, même sans aliments, que de la produire en la créant, c'est-à-dire en la faisant de rien ? Ne serait-il pas libre, aux jours fixés par les éternels desseins de sa sagesse, de suspendre un moment les lois qu'il a librement établies pour la vie ou pour la mort et qu'il aurait pu à son gré remplacer par des lois tout opposées ?

Le plus simple bon sens le proclame donc : Dieu peut faire les choses inouïes dont nous parlons; il le peut toujours parce qu'il est tout-puissant, et il le veut quelquefois parce qu'il est bon, parce que sa bonté, pour mieux nous toucher, le sollicite à se manifester de temps en temps d'une manière d'autant plus saisissante qu'elle est plus inusitée.

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#27 Message par Laetitia » dim. 29 déc. 2019 17:00

Restent donc les faits eux-mêmes à constater. Ainsi, en second lieu, ces faits extraordinaires que nous avons signalés, que l'on reconnaît possibles, sont-ils réels ? sont-ils authentiques ? Toute la question est là. Et de suite, remarquons-le : une imposture n'est jamais gratuite ; elle ne s'ourdit jamais qu'en vue d'un intérêt quelconque. Mais quel intérêt peut-on supposer dans cette affirmation d'une abstinence totale ? quel profit ? un profit d'argent ou de vanité ? Étrange moyen vraiment pour arriver à un tel but, bien étrange surtout dans une candide et innocente fille ! Mais encore, cette fille, et elle et ses parents, nous les voyons vivre, mourir au sein de la misère, toujours contents, ne demandant jamais rien, recevant peu et donnant beaucoup. Mais cette pauvre fille, elle cherche si peu la réputation et l'éclat, que les applaudissements lui font peur, qu'elle cache autant qu'elle peut les merveilles dont Dieu l'honore, qu'elle ne semble jamais plus heureuse que quand lui vient le mépris. Et en vérité, elle est servie à souhait ; elle trouve l'humiliation bien plus souvent que la gloire.

D'ailleurs, ce n'était pas tout que de vouloir l'imposture, il fallait encore et surtout la faire passer. Il fallait tromper aujourd'hui, demain, tous les jours, et pendant quinze, pendant vingt ans, et tout le monde. Ce n'était pas chose facile évidemment, surtout dans une opération aussi visible que le boire et le manger. N'allons pas croire en effet qu'alors plus qu'aujourd'hui on fût disposé à tout accepter sur parole et sans contrôle. Alors comme aujourd'hui, comme toujours, on observait, on se tenait en garde, on raisonnait. On fit alors autant et peut-être plus que nous ne ferions nous-mêmes pour avoir d'irrécusables garanties de sécurité, pour obtenir la plus haute certitude possible. Oui, sans doute, on venait visiter la merveilleuse malade avec les sentiments d'une religieuse vénération, mais on venait avec défiance aussi. Oui , dans sa chambre, les chrétiens pieux, les âmes saintes et croyantes, parfois, se pressaient en foule ; mais autour de son lit ne manquaient pas, non plus, les curieux, les savants, les incrédules, même les impies. Il serait difficile d'imaginer avec quelle malignité habile la pauvre fille était alors épiée, interrogée, scrutée en tous sens. C'était un vrai supplice ajouté à tous ses autres supplices. Mais, résignée en cela comme en tout le reste, elle laissait faire et répondait humblement. A sa réponse, au besoin, elle mêlait quelques réflexions comme celles-ci. « Vous vous étonnez que, ne mangeant pas, je perde tant de sang; mais dites-moi, vous qui êtes savants, comment se fait-il que la vigne, au printemps, surabonde de sève, quand aux jours d'hiver, elle semblait morte et desséchée ? Du reste, ajoutait-elle, que vous croyiez ou que vous ne croyiez pas que je vive sans manger, c'est une fort petite affaire pourvu que vous croyiez qu'il n'y a rien en cela qui surpasse le pouvoir de Dieu. Quel intérêt puis-je avoir à l'affirmer de moi ? Manger n'est pas un péché, ne pas manger n'est pas une gloire. Je ne puis nier, il est vrai, que Dieu me fasse vivre sans manger, mais bien volontiers je m'abstiendrais d'en rien dire si l'on voulait s'abstenir de m'en parler. » Elle avait beau faire; les questions, les investigations comme les défiances ne continuaient pas moins.

Il vint surtout, nous l'avons déjà remarqué, de nombreux médecins. Ils venaient, attirés par le seul désir de voir et d'étudier. Ils voyaient, ils étudiaient, et tous, après un examen sévère, défiant et minutieux, tel que des hommes prévenus pouvaient le faire au nom de la science et du bon sens, tous, ils s'en allèrent toujours en s'avouant vaincus et en publiant qu'ils ne pouvaient donner aux faits que leur analyse avait constatés qu'une explication surnaturelle.

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#28 Message par Laetitia » lun. 30 déc. 2019 14:43

On fit mieux encore. En 1425, Philippe, duc de Bourgogne, étant entré en Hollande à la tête d'une puissante armée pour appuyer ses droits à la possession de cette principauté, avait laissé à Schiedam, en passant dans cette ville, quelques troupes d'occupation. Or, le commandant de place n'avait pas tardé à entendre parler de Lidwine. C'était un officier français de haute distinction, un homme droit, ennemi juré de toute fourberie, et sévère autant que brave et chrétien. Les merveilles qu'on lui raconta piquèrent vivement sa curiosité; l'idée surtout que cette fille vivait sans manger fixa son attention. Il voulut s'assurer du fait. En militaire accoutumé à marcher rondement à son but, il a bientôt fait son plan. Il prend six hommes de confiance, six hommes de ses meilleurs soldats, leur donne une consigne détaillée, rigoureuse, et les envoie chez Lidwine. Ils auront l'air d'être là pour la protéger, car elle a déjà été outragée depuis la guerre. Mais en réalité, leur mission secrète, essentielle, c'est d'observer, de surveiller la malade, c'est de ne laisser personne l'approcher, c'est d'empêcher toute espèce d'aliment d'arriver jusqu'à elle, en restant là la nuit, le jour, les yeux sans cesse ouverts. Le résultat dès lors,serait inévitable. Ou le miracle se constaterait, ou cette fille, forcément, avouerait sa fourberie. Mais alors, malheur ! un châtiment terrible lui était réservé.

Les soldats arrivent donc chez Lidwine. Ils commencent par signifier aux parents d'avoir à évacuer le logis immédiatement et jusqu'à nouvel ordre. Puis ils font par toute la maison une perquisition minutieuse ; meubles, vaisselle, coins et recoins, rien n'échappe à leurs regards; et, cela fait, tous les six, ils viennent s'installer dans la chambre de la patiente, et les voilà faisant sentinelle autour de son lit.

Une seule personne, une pauvre femme est seule autorisée à pénétrer quelquefois dans la maison et à s'approcher de la malade pour lui donner les plus indispensables soins, mais jamais sans avoir préalablement été fouillée avec une scrupuleuse attention, ni sans être suivie jusqu'à son départ par tous les yeux et dans ses plus simples mouvements.

Singulier spectacle ! des soldats en armes faisant faction pour surveiller une pauvre fille étendue sur un grabat, percluse de tous ses membres !

Ainsi passèrent neuf jours et autant de nuits ; enfin on demanda grâce... c'étaient les soldats ! L'épreuve avait été assez longue. Ils avaient vu une sainte, ils avaient touché au doigt un miracle de Dieu. Et saluant Lidwine comme on salue les anges, la suppliant de prier pour eux comme on supplie les élus du Ciel, ils s'en allèrent raconter partout les merveilles dont ils avaient été les témoins. C'était l'honneur et la vaillance qui rendaient les armes à la vérité.

Une telle enquête eût dû suffire ; mais non. Il s'en faisait une autre, une enquête active, permanente, la pire de toutes, l'enquête par la curiosité, par cette curiosité maligne du voisinage qui, à la ville comme au hameau, une fois éveillée, veut être satisfaite; qui, pour arriver à savoir, se lève de bonne heure et se couche tard; qui va, vient, rôde, épie, regarde, écoute, parle, fait parler , affirme insidieusement le mal comme si elle était convaincue. « Oh ! vous faites semblant, disaient parfois et sans se gêner quelques voisines à la pauvre crucifiée, vous faites semblant de vivre sans manger. Oh ! allez, vous ne nous abusez point, nous savons bien ce que vous faites en secret ; vous êtes une fourbe et une hypocrite. » Lidwine ne répondait que par une héroïque douceur.

Cette enquête dura longtemps, bien longtemps ; elle finit comme la précédente, par l'hommage le plus glorieux.

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Laetitia
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Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

#29 Message par Laetitia » mar. 31 déc. 2019 19:54

Il n'y eut pas jusqu'au curé qui ne tendît des pièges, jusqu'au confesseur lui-même qui ne se crût autorisé à se cacher furtivement pour mieux juger sa pénitente.

Enfin, ce fut la ville entière qui s'émut et qui voulut se fixer sur un si merveilleux état. On nomma, à cet effet, une commission composée des hommes les plus honorables de Schiedam. L'examen fut sévère, mais le résultat fut un éclatant triomphe pour la vérité. On le trouve consigné dans un acte officiel gardé aux archives de la cité et qui subsiste encore sous la date du 21 juillet 1420. Abstinence totale d'aliments, énormes pertes de sang, maladies surhumaines, tout ce que nous avons dit de Lidwine y est proclamé hautement, et rien, il nous semble, n'est imposant comme ce témoignage signé par tous les magistrats d'un peuple et publié sur les lieux, en face des contemporains qui avaient vu ou qui pouvaient encore voir et juger.

Nous transcrivons ici, tout en l'abrégeant, cette pièce d'une autorité si haute. La voici :

« Nous, Magistrats, Bailli, Bourgmestres, Échevins et Consuls de la ville de Schiedam, au duché de Hollande : à tous ceux qui ces présentes verront, salut et connaissance de la vérité; 

« Persuadés que c'est toujours un droit et souvent un devoir de manifester et de publier, d'affirmer et de certifier toute évidente vérité, toute vérité surtout d'où l'honneur et la gloire de Dieu doivent resplendir;

« Nous manifestons et nous publions, nous affirmons et nous certifions les choses merveilleuses et inouïes qui se sont accomplies et s'accomplissent encore dans notre susdite ville, en la personne de la vierge Lidwine, fille de Pierre. Nous affirmons donc et nous certifions par cet écrit : 1° que, depuis vingt trois ans, ladite Lidwine est couchée sur son lit, en proie à d'horribles tortures ; 2° que, pendant les trois premières années de sa maladie , elle n'a pris pour toute nourriture et de loin en loin, qu'un peu de pomme cuite ou une bouchée de pain trempé dans du lait ; 3° que, durant les treize années qui ont suivi, elle a dû se borner, par semaine,à une demi-pinte de vin mêlé d'eau, avec un peu de sucre ou de cannelle; 4° qu'enfin, depuis sept ans, elle n'a pris et ne prend absolument plus ni aucun aliment, ni aucun breuvage; 5° que dans le cours de ces vingt-trois ans et seulement dans le principe, elle a dormi à peine la valeur de deux nuits ; 6° que l'on a extrait de son corps une partie de ses intestins ; 7° qu'elle est couverte d'effrayantes plaies où pullulent les vers, sans qu'il s'en exhale cependant aucune odeur désagréable ; 8° que, dans le temps où elle pouvait encore se mouvoir, il fallait lier ensemble les membres de son corps pour les empêcher de se disjoindre ;9° que depuis sept ans elle demeure couchée sur le dos, immobile comme un cadavre ; 10° qu'elle perd fréquemment une abondante quantité de sang par le nez, la bouche, les oreilles, les yeux, ce qui est inexplicable puisqu'elle n'use d'aucun aliment; 11° que de trois en trois jours elle est prise d'une fièvre atroce qui commence par une intolérable chaleur et finit par un froid glacial, et qui toujours,-quand elle vient à cesser,-laisse la patiente pendant dix ou douze heures,presque sans vie; 12° que son ventre est tellement putréfié qu'on est forcé d'y employer un coussin pour retenir les entrailles, etc., etc.

« En témoignage de quoi, nous, Magistrats de Schiedam, bien informés et témoins oculaires, avons écrit les présentes. »

« Fait, signé et scellé de notre sceau, à Schiedam, le 21e jour de juillet, l'an du Seigneur 1420. » - Suivent les signatures. »

Laissez passer les mauvais jugements des hommes ; un jour ou l'autre se lèvera la vérité, le soleil de Dieu !

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Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

#30 Message par Laetitia » jeu. 02 janv. 2020 22:11

VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.

CHAPITRE VII.

Nouvelles épreuves.

Touchante mort de la mère de Lidwine. - La vierge redouble de ferveur. - Un cilice, un lit de paille, un affreux hiver. - Le vieux Pierre a un pied gelé. - Le comte de Hollande lui fait une pension de douze écus. - Le lit de paille en feu.


Au milieu de tant de souffrances de toute espèce, au moins Lidwine avait sa mère. Sa mère était là, près d'elle, à son chevet, lui prodiguant les soins les plus empressés, le jour, la nuit, à toute heure. Et nous le savons, nulle main n'est légère et douce pour panser les plaies, pour embaumer les douleurs, comme la main d'une mère !

Mais Pétronille arrivait à un âge avancé; ses forces diminuaient chaque jour. L'heure vint où elle n'eut plus assez de son courage ; il fallut céder; elle se mit au lit près de Lidwine : c'était le moment suprême qui était venu !

Nous l'avons dit ailleurs, Pétronille était une digne et pieuse femme. Sa vie entière avait été une vie de foi sérieuse et active, une vie par conséquent d'honneur chrétien comme de sainte résignation. Mais en face de la mort, sur le seuil de l'éternité, alors que l'âme entrevoit déjà le souverain Juge, qui donc se sent assez fort, assez pur pour soutenir ses regards sans regretter de n'avoir pas mieux fait ? Pétronille avait des frayeurs. Elle se reprochait, l'humble femme, quelques vanités de sa jeunesse, quelques vivacités aussi. Elle s'accusait surtout d'avoir trop souvent ou perdu ou mal employé un temps précieux, et un jour que tous ces souvenirs désolaient son âme, elle ne put s'empêcher de pleurer. « Oh! je vais mourir ! disait-elle à travers ses sanglots. Dieu m'en est témoin, je ne tiens pas à la vie; mais mourir avec tant de fautes et sans aucun mérite à présenter à mon Juge, voilà ce qui m'épouvante !» Puis faisant un effort pour se soulever sur son lit et se tournant vers sa fille : « Ma bien-aimée Lidwine, disait la pauvre femme d'une déchirante voix, ô mon enfant ! Ô toi à qui j'ai donné la vie et que j'ai nourrie avec tant d'amour sur mon sein, n'est-ce pas ? tu intercéderas pour moi ! Oh ! oui, promets-moi d'intercéder en ma faveur et je mourrai pleine de joie !»

Mais Lidwine pleurait. En entendant sa mère parler ainsi, son cœur s'était brisé de compassion. Elle ne pouvait répondre, tant elle sanglotait. Enfin, cependant, parvenue à se dominer : « Oui, ma mère, s'écria-t-elle, oui, je vous le jure, je ferai avec transport tout ce que vous me demandez. Mais, je vous en supplie, ne vous alarmez point ainsi. Souvenez-vous que Jésus-Christ est moins un juge qu'un doux et miséricordieux Sauveur que la confiance honore et devant qui une larme de repentir efface tout ! Du reste, ô ma tendre mère, pour suppléer au bien que vous croyez n'avoir pas fait, si vous voulez les quelques œuvres qu'aidée de la grâce je puis accomplir; mes souffrances, mes jeûnes, mes insomnies, mes oraisons, tous mes mérites, si faibles qu'ils soient, de toute mon âme et autant que j'en ai le pouvoir, je vous abandonne tout, mais à la condition que vous vous jetterez sans inquiétude entre les bras de Celui qui peut et veut vous sauver ! »

A ces mots, l'heureuse mère leva les mains au ciel. On la vit prier avec ferveur. Elle remerciait Dieu du riche héritage en possession duquel elle entrait; elle lui disait, comme le vieillard Siméon : « Maintenant, Seigneur, vous pouvez m'appeler à vous, car je puis mourir en paix ! » Et en souriant d'espérance, elle rendit son âme à Dieu, Hélas ! elle mourut à côté et sous les regards de sa fille, qui ne put pas même, pauvre martyre condamnée à tous les genres de supplices, déposer sur ses lèvres un dernier baiser !

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