Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"

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Abbé Zins
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Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"

#1 Message par Abbé Zins » dim. 20 oct. 2019 18:22



Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"



Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 11 (Avril 1988)


4. L I A I S O N D E S L E C T E U R S

(..)

L'étude des "Frères de Chéméré" :
(p. 43 à 49)


Au lieu de se mettre à l'école de saint Thomas et des Papes (et de se servir des définitions traditionnelles de la Scolastique), l'auteur de cette étude s'est mis à l'école du rédacteur de l'article du D.T.C. sur la liberté (ainsi qu'à celle de "théologiens romains", visités à Rome).

Or il est connu que la valeur du Dictionnaire de Théologie Catholique varie beaucoup, selon les divers auteurs de ses articles : les uns sont excellents, d'autres sont déjà teintés de l'esprit moderne et libéral.

Il ne sera pas difficile à nos lecteurs de se rendre compte que c'est le cas de celui sur la liberté, par les deux citations que nous en ferons.


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Re: Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"

#2 Message par Abbé Zins » lun. 21 oct. 2019 20:02

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 11 (Avril 1988)


4. L I A I S O N D E S L E C T E U R S

(..)

L'étude des "Frères de Chéméré" :
(p. 43 à 49)


Un raisonnement vicié à la base :


Le point de départ et de fondement de cette étude, est une définition de la liberté aussi tordue sur le plan philosophique, que révolutionnaire sur le plan moral.


Voici celle du "Frère" : "La liberté peut se définir comme une absence de lien" (p. 2) ;

et celle du D.T.C. : "Etre libre, c'est être dégagé de tout lien" (t. IX A., col. 661)


Or cette définition est complètement tordue sur le plan philosophique, car la liberté étant de soi un bien ne saurait être définie par une "absence", laquelle a raison de mal ou de non—être.


L'appliquant au plan moral, le "Frère" en tire cette aberration :

"La liberté morale est l'absence d'obligation morale" ;


et le rédacteur de l'article du D.T.C. est encore plus clairement dévoyé :

"La liberté morale consiste dans l'immunité de toute obligation légitimement imposée.

Est moralement libre, dans toute la vérité de ce mot, celui qui n'est soumis à aucune loi."
(col. 684) ...


Cela, publié en 1931 !? ... Les censeurs devaient dormir, ou être complices.


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Re: Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"

#3 Message par Abbé Zins » mar. 22 oct. 2019 19:38

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 11 (Avril 1988)


4. L I A I S O N D E S L E C T E U R S

(..)

L'étude des "Frères de Chéméré" :
(p. 43 à 49)


Car cette définition (qui cadre tout à fait avec celle de Vatican II :

"La liberté religieuse, c.à.d. l'immunité de toute contrainte en matière religieuse" — Dignitatis Humanae n° 4 —),

est on ne peut plus révolutionnaire.


Tout d'abord, si la liberté était "une absence de lien", la religion, la morale, la loi, etc. étant des liens, la liberté exigerait leur absence, autant dire leur non—être !


Ne serait libre, "dans toute la vérité de ce mot", que celui qui serait dégagé de toute religion, de toute morale, de toute loi comme nous le dit sans ambage le rédacteur du D.T.C...


On croit rêver, en lisant de telles aberrations sous la plume de qui se veut, ou plutôt se prétend, catholique et thomiste.


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Re: Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"

#4 Message par Abbé Zins » mer. 23 oct. 2019 18:57

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 11 (Avril 1988)


4. L I A I S O N D E S L E C T E U R S

(..)

L'étude des "Frères de Chéméré" :
(p. 43 à 49)


Ensuite, si la liberté morale consistait dans l'immunité de toute obligation légitimement imposée et dans le fait de n'être soumis à aucune loi,

l'Evangile, la loi évangélique, qui implique et impose une multitude d'obligations morales, serait contraire à la liberté morale ;

ceci, à l'opposé de l'enseignement de Notre divin Maître, qui déclare :

"La vérité (prêchée dans l'Evangile) vous rendra libre" (Jn. 8,32).


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Re: Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"

#5 Message par Abbé Zins » jeu. 24 oct. 2019 20:52

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 11 (Avril 1988)


4. L I A I S O N D E S L E C T E U R S

(..)

L'étude des "Frères de Chéméré" :
(p. 43 à 49)


On est là, dès le départ, dès le fondement (!), aux antipodes de la doctrine catholique, tout proche de la "théologie de la libération" ! ...


L'enseignement pontifical sur la liberté :


Ces définitions de la liberté sont, selon l'expression du Pape Pie VI ("Quod aliquantulum") "des chimères et des mots vides de sens".


Laissons le Pape Léon XIII nous l'expliquer :


"Rien ne saurait être dit ou imaginé de plus absurde et de plus contraire au bon sens que cette assertion :

L'homme, étant libre par nature, doit être exempté de toute loi ;

car s'il en était ainsi, il s'ensuivrait qu'il est nécessaire pour la liberté de ne pas s'accorder avec la raison (puisque la loi est l'ordonnance de la raison en vue du bien commun),

quand c'est tout le contraire qui est vrai, à savoir que l'homme doit être soumis à la loi précisément parce qu'il est libre par nature...


La cause en est dans l'idée défectueuse et comme à rebours que l'on se fait de la liberté...

La liberté est un bien excellent de la nature et l'apanage exclusif des êtres doués d'intelligence ou de raison..."


(Encyclique "Libertas" du 20/6/1888)


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Re: Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"

#6 Message par Abbé Zins » ven. 25 oct. 2019 20:04

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 11 (Avril 1988)


4. L I A I S O N D E S L E C T E U R S

(..)

L'étude des "Frères de Chéméré" :
(p. 43 à 49)



L'enseignement pontifical sur la liberté :



"La liberté, à en examiner la nature, n'est pas autre chose que la faculté de choisir entre les moyens qui conduisent à un but déterminé...

Le libre arbitre est le propre de la volonté, ou plutôt il est la volonté même, en tant que, dans ses actes, elle a la faculté de choisir.

Or il est impossible à la volonté de se mouvoir si la connaissance de l'esprit, comme un flambeau, ne l'éclaire d'abord : c.à.d. que le bien désiré par la volonté est nécessairement le bien en tant que connu par la raison.

Cela d'autant plus, que dans toute volition le choix est toujours précédé d'un jugement sur la vérité des biens et sur la préférence que nous devons accorder à l'un d'eux sur les autres.

Or juger appartient à la raison, non à la volonté, on n'en saurait raisonnablement douter.

Etant donc admis que la liberté réside dans la volonté, laquelle est de sa nature un appétit obéissant à la raison, il s'ensuit qu'elle—même, comme la volonté, a pour objet un bien conforme à la raison...

Ainsi, s'attacher à un bien faux et trompeur, tout en étant l'indice du libre arbitre, comme la maladie l'est de la vie, constitue néanmoins un défaut de la liberté.


Pareillement la volonté, par le seul fait qu'elle dépend de la raison, dès qu'elle désire un objet qui s'écarte de la droite raison, tombe dans un vice radical qui n'est que la corruption et l'abus de la liberté..."


(Encyclique "Libertas" du 20/6/1888)


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Re: Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"

#7 Message par Abbé Zins » sam. 26 oct. 2019 16:58

Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 11 (Avril 1988)


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L'étude des "Frères de Chéméré" :
(p. 43 à 49)



L'enseignement pontifical sur la liberté :



"La condition de la liberté étant telle, il lui fallait une protection, il lui fallait des aides et des secours capables de diriger tous ses mouvements vers le bien et de les détourner du mal :

sans cela, la liberté eût été pour l'homme une chose très nuisible.

Et d'abord une loi, c.à.d. une règle de ce qu'il faut faire ou ne pas faire, lui était nécessaire...


Par où l'on voit que c'est absolument dans la loi éternelle de Dieu qu'il faut chercher la règle et la loi de la liberté,

non seulement pour les individus, mais aussi pour les sociétés humaines..."



(Encyclique "Libertas" du 20/6/1888)


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Re: Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"

#8 Message par Abbé Zins » lun. 28 oct. 2019 18:04

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L'étude des "Frères de Chéméré" :
(p. 43 à 49)



L'enseignement pontifical sur la liberté :



"La liberté consiste en ce que, par le secours des lois civiles, nous puissions plus aisément vivre selon les prescriptions de la loi éternelle ...

Par sa nature donc, et sous quelque aspect qu'on la considère, soit dans les individus, soit dans les sociétés, et chez les supérieurs non moins que chez les subordonnés,

la liberté humaine suppose la nécessité d'obéir à une règle suprême et éternelle ; et cette règle n'est autre que l'autorité de Dieu nous imposant ses commandements ou ses défenses ;

autorité souverainement juste qui, loin de détruire ou de diminuer en aucune sorte la liberté des hommes, ne fait que la protéger et la parfaire,

car la vraie perfection de tout être, c'est de poursuivre et d'atteindre sa fin : or, la fin suprême vers laquelle doit aspirer la liberté humaine c'est Dieu.


Ce sont les préceptes de cette doctrine très vraie et très élevée, connus même par les seules lumières de la raison, que l'Eglise instruite par les exemples et la doctrine de son divin Auteur, a propagés et affirmés partout, et d'après lesquels Elle n'a jamais cessé de mesurer sa mission, et d'informer les nations chrétiennes.

En ce qui touche les moeurs, les lois évangéliques non seulement l'emportent de beaucoup sur toute la sagesse païenne, mais elles appellent l'homme et le forment vraiment à une sainteté inconnue des anciens, et, en le rapprochant de Dieu, elles le mettent en possession d'une liberté plus parfaite...

La vraie liberté consiste, comme nous l'avons démontré, en ce que chacun puisse vivre selon les lois et selon la droite raison...


Mais il en est un grand nombre qui, à l'exemple de Lucifer, de qui est ce mot criminel : Je ne servirai pas,

poursuivent sous le nom de liberté ce qui n'est qu'une pure et absurde licence
..."



(Encyclique "Libertas" du 20/6/1888)


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Re: Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"

#9 Message par Abbé Zins » mar. 29 oct. 2019 19:33

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L'étude des "Frères de Chéméré" :
(p. 43 à 49)



L'enseignement pontifical sur la liberté :



"En s'abandonnant à de tels excès, au mépris de la vérité et de la justice, la liberté se vicie et dégénère ouvertement en licence ;

il faut donc qu'elle soit dirigée, gouvernée par la droite raison et, ce qui en est la conséquence, qu'elle soit soumise au droit naturel et à la loi divine et éternelle."


(Encyclique "Libertas" du 20/6/1888)



"Par la même raison, l'Eglise ne peut approuver une liberté qui engendre le dégoût des plus saintes lois de Dieu et secoue l'obéissance qui est due à l'autorité légitime.

C'est là plutôt une licence qu'une liberté, et saint Augustin (tract. 26 in Jn.) l'appelle très justement une liberté de perdition, et l'Apôtre saint Pierre (I,2,16) un voile de méchanceté.

Bien plus, cette prétendue liberté étant opposée à la raison, est une véritable servitude (Jn. 8,34).


Celle-là, au contraire, est la liberté vraie et désirable qui, dans l'ordre individuel,

ne laisse l'homme esclave ni des erreurs, ni des passions qui sont ses pires tyrans,

et dans l'ordre public trace de sages règles aux citoyens,

facilite largement l'accroissement du bien-être et préserve de l'arbitraire d'autrui la chose publique."


(Encyclique "Immortale Dei" du 1/11/1885)


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Re: Notion philosophiquement dévoyée définissant la "liberté" comme "une absence de contrainte"

#10 Message par Abbé Zins » mer. 30 oct. 2019 20:01

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(p. 43 à 49)



L'enseignement pontifical sur la liberté :


"Un fait prouvé par la raison et que l'histoire confirme, c'est que la liberté, la prospérité et la puissance d'une nation grandissent en proportion de sa moralité." ("Libertas")


En effet, la liberté étant la faculté élective des moyens ordonnés à la fin (cf. S.Th. 1. 67,8 ad 3), en d'autres termes la faculté de choisir entre les moyens adéquats (véritables et bons) d'atteindre une fin bonne,

si la loi interdit tous les faux ou mauvais moyens qui ne permettent pas d'atteindre la fin, bien loin d'entraver la liberté, elle la guide et la soutient, elle est une aide efficace lui permettant d'atteindre plus facilement la fin.


Par contre, si la loi permettait positivement les faux ou mauvais moyens, qui détournent de l'obtention effective de la fin en donnant de plus l'impression que l'on puisse l'atteindre ainsi,

elle induirait en erreur ceux qui y sont soumis par la force de son autorité sociale, en leur donnant à penser que ces moyens légalement permis sont moralement bons et propres à atteindre la fin.


Elle légaliserait ce qui est illégitime, ce qui est impropre à atteindre la fin, et ne serait donc plus, à l'encontre de sa définition même,

"une ordonnance de la droite raison promulguée en vue du bien commun par celui qui a charge de la communauté" (Saint Thomas, 1.2. 91,4, corp.)



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